Syncope (linguistique)

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La syncope (du latin syncopa, à son tour du grec συγκοπή sunkopḗ « retranchement ») est, à l’origine, un terme de rhétorique, adopté par la linguistique aussi. Il dénomme une modification phonétique faisant partie du groupe des métaplasmes, qui consiste dans la chute d’un segment à l’intérieur d’un mot. Il peut s’agir d’un phone ou d’un groupe de phones[1],[2],[3],[4],[5].

Les types de syncopes peuvent être considérés de deux points de vue.

L’un de ceux-ci concerne les perspectives diachronique vs synchronique. Dans la première, qui concerne l’histoire des langues, la syncope est un phénomène dans l’évolution des mots. Dans la seconde, qui se réfère à l’état des langues à un moment donné de leur histoire, par exemple actuel, la syncope peut être un phénomène morphophonologique dans leur variété standard, ou qui tient de l’accélération du tempo de la parole. Ce type de syncope peut être accepté par le standard concernant l’orthoépie, ou être un écart par rapport à celle-ci.

De l’autre point de vue il s’agit du type de segment de mot qui tombe par syncope.

En perspective diachronique[modifier | modifier le code]

La syncope est l’un des phénomènes qui expliquent la forme actuelle d’un mot par rapport à celle du mot dont il provient. Il peut provenir de la langue base de la langue considérée ou être un emprunt qui évolue dans celle-ci. Voici des exemples dans quelques langues.

Une syncope qui a eu lieu en latin vulgaire par rapport au latin classique, est passée dans les langues romanes actuelles, ex. latin classique calidus > latin vulgaire caldus > (fr) chaud, (it) caldo, (ro) cald[1],[4].

En hongrois, une syncope semblable est apparue en tant que phénomène d’évolution de mots formés à partir de mots hérités, sur le terrain de la langue déjà constituée, et dans des mots empruntés au slave, en vertu d’une règle selon laquelle dans un mot de trois syllabes au moins, s’il y a deux syllabes ouvertes qui se succèdent, alors la voyelle de la seconde subit la syncope, ex. malina > málna « framboise », palica > pálca « baguette (de bois) »[6].

En perspective synchronique[modifier | modifier le code]

Il existe divers facteurs qui déterminent la syncope en fonction de la langue considérée.

Dans la variété standard de certaines langues il peut s’agir dans leur aspect oral de syncopes morphophonologiques, c’est-à-dire d’alternances entre présence est absence de certaines voyelles dans des formes différentes d’un même mot, qui sont rendues par l’aspect écrit de la langue.

On trouve ce type de syncope dans les langues du diasystème slave du centre-sud (bosnien, croate, monténégrin, serbe), par exemple. Ainsi, la syncope de la voyelle /a/ différencie, entre autres, la forme de génitif singulier de celle de génitif pluriel des noms masculins qui ont /a/ au nominatif singulier aussi, ex. (sr) borac « combattant » vs borca « du combattant » vs boraca « des combattants »[7].

En hongrois aussi on trouve ce type de syncope en vertu de la règle mentionnée plus haut. Par exemple bokor « buisson » + la désinence d’accusatif -ot a donné d’abord bokorot, puis cette forme est devenue bokrot[6].

Il y a aussi, dans des langues à orthographe où c’est le principe étymologique qui prédomine, des syncopes dans la langue parlée par rapport à la langue écrite.

En français, par exemple, la voyelle /ə/ (e caduc) est souvent affectée par la syncope ou par l’apocope. En français standard, la syncope est parfois obligatoire, par exemple dans la deuxième syllabe du mot, si elle est ouverte, comme dans acheter [aʃˈte], mais dans le Midi de la France, un tel /ə/ est prononcé : Elle m’a dit qu’elle viendrait le lendemain à sept heures [ɛləmadikɛləvjɛndʁeləlandəmɛŋasɛtœʁə]. Moins le registre de langue est soutenu, plus la syncope de /ə/ est fréquente, ce qui vaut pour le Nord de la France, ex. Il est debout devant la petite fenêtre [iledbudvɑ̃laptitfnɛtʁ][8].

En anglais aussi il y a syncope dans la langue parlée par rapport à son aspect écrit. Il y a, par exemple, des mots standard en anglais britannique qui diffèrent par syncope de leurs correspondants, toujours standard, en anglais américain, ex. secretary [ˈsekrɪtri] (brit.) vs secretary [ˈsekrɪteri] (am.) « secrétaire »[3], ou par la position de la syncope en association avec la place de l’accent : laboratory – [labˈorətrɪ] (brit.) vs laboratory [ˈlabrətorɪ] (am.) « laboratoire »[2].

Il peut également y avoir, par syncope, des variantes de mots standard par rapport à leurs correspondants non standard ou inversement, manque de syncope dans des variantes non standard par rapport à leurs correspondants standard. Les variétés non standard en question peuvent être régionales ou de registre de langue. Telle est, en français, la syncope de /ə/ en français standard par rapport à sa prononciation dans le Midi, ainsi que sa syncope en registres non standard par rapport à sa prononciation en français standard (voir plus haut).

En roumain aussi il y a des phénomènes semblables. Par exemple, le standard prescrit la forme de vocatif domnule! « Monsieur ! », mais en roumain familier on entend dom’le! « M’sieur ! ». Par contre, le mot signifiant « oreiller » est peri dans certaines régions, alors qu’en roumain standard, c’est pernă, sans [i][5].

La syncope peut aussi être individuelle. En français, par exemple, concernant le /ə/, « les habitudes varient grandement selon les locuteurs »[8]. Il peut aussi s’agir de l’ignorance du standard quand, en hongrois, par exemple, on applique la syncope morphophonologique mentionnée plus haut à un emprunt relativement récent comme motor « moteur » : motrok « (des) moteurs » (non standard individuel) vs motorok (standard)[9].

Segments affectés par la syncope[modifier | modifier le code]

La syncope d’une voyelle atone est la plus fréquente, par exemple :

(fr) dangereux [dɑ̃ʒʁø][8] ;
(ro) culca « coucher » < (la) collocare[5] ;
(en) secretary [ˈsekrɪtri] « secrétaire »[3] ;
(sr) bubanj « tambour » vs bubnja « du tambour », bubnjevi « tambours »[7] ;
(hu) uruszág (ancien hongrois) > ország (hongrois actuel) « pays »[6].

Plus rarement, il y a aussi syncope de consonne, par exemple en hongrois, dans certains verbes irréguliers : eszünk « nous mangeons » vs ehet « il/elle peut manger », evés « (action de) manger » (chute de la consonne finale sz /s/ du radical)[10].

Il y a aussi syncope de plus d’un phone :

(fr) parole < (la) parabola (phones successifs en syllabes voisines)[11] ;
(ro) domnule! « Monsieur ! » vs dom’le! « M’sieur ! » (syllabe)[5].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dubois 2002, p. 464.
  2. a et b Bussmann 1998, p. 1162.
  3. a b et c Crystal 2008, p. 469.
  4. a et b Bidu-Vrănceanu 1997, p. 453.
  5. a b c et d Constantinescu-Dobridor 1998, article sincopă.
  6. a b et c A. Jászó 2007, p. 51.
  7. a et b Klajn 2005, p. 38.
  8. a b et c Kalmbach 2013, §§ 6.8.–6.10.
  9. Kálmán et Trón 2007, p. 111.
  10. Bokor 2007, p. 261.
  11. Dubois 2002, p. 84.

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]