Épanalepse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'épanalepse (du grec ancien ἐπανάληψις / epanálêpsis « répétition simple ») est une figure de style qui consiste à reprendre littéralement un segment de phrase, un groupe de mots ou un terme après un temps d'arrêt ou passant d'une fin de phrase au début de la phrase suivante. Elle est d'ordre connotatif, pouvant servir d'amplificateur ou d'antithèse. L'épanalepse est une répétition simple qui désigne un ensemble de figures secondaires caractérisées par des répétitions de termes ou de groupes de mots dans le même membre de phrase selon le schéma : A, A ______

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Le temps s'en va, le temps s'en va, ma Dame » (Pierre Ronsard) est une épanalepse simple
  • « Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle... » (Jean Racine)
  • « Pierre, je l’ai vu hier » : la pronominalisation peut être considérée comme une épanalepse.

« Ô triste, triste était mon âme
À cause, à cause d’une femme. »

— Verlaine, Romances sans paroles, Ariettes oubliées VII: « Ô triste, triste était mon âme »

« Viens. Là sur des joncs frais ta place est toute prête
Viens, viens. Sur mes genoux viens reposer ta tête. »

— André Chénier, Viens. Là sur des joncs frais ... in Anthologie de la poésie française du XVIIIe siècle au XXe siècle

« Que dis-je ?... hélas ! hélas ! Tout cela, c'est un rêve,
Un rêve à jamais effacé !... »

— Gérard de Nerval, En Avant Marche ! in Anthologie de la poésie française du XVIIIe siècle au XXe siècle

« De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace... »

— Danton, Discours le 2 septembre 1792

« Je suis gai ! Je suis gai ! Vive le vin et l'art !... »

— Émile Nelligan, La Romance du vin in Poésies complètes

« Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle... »

— Charles de Gaulle, appel du 18 juin

« Toute amélioration réelle de l'emploi passe par une certaine croissance ; toute croissance durable suppose un appareil de production solide ; tout appareil de production solide requiert d'être moderne pour soutenir la concurrence… »

— Laurent Fabius, déclaration de politique générale le 24 juillet 1984

Définition[modifier | modifier le code]

Définition linguistique[modifier | modifier le code]

L'épanalepse est une figure appartenant au groupe des répétitions, hiérarchiquement supérieur, combinant, selon la place donnée à la répétition dans la phrase ou le vers, et la nature de la transformation (mot, groupe de mots) diverses figures (voir chapitre figures proches). Elle opère une transformation morpho-syntaxique de répétition à l'identique. La place dans la phrase donnée à la répétition détermine la nature et la fonction de la figure.

Epanalepse et répétition simple sont souvent employés de manière synonymique; en linguistique, on lui préfère la seconde acception). On la nomme souvent, par paraphrase étymologique, reprise à la suite mais son extension linguistique est difficile à identifier[1].

Définition stylistique[modifier | modifier le code]

L'épanalepse introduit une gamme variée d'effets stylistiques, tous liés au phénomène de répétition tels: l'angoisse (voir l'exemple de Ronsard), la douleur, la suggestion de sentiments (ou lyrisme), l'humour. En poésie, l'effet est avant tout rythmique et prosodique comme chez Verlaine. Ses effets dépendent en définitive du contexte.

Sa définition pose des problèmes d'extension, ainsi Molinié (voir bibliographie) la nomme : « la variété la plus élaborée de la répétition ». Elle est donc le prototype du débat de définition, opposant linguistes purs et partisans de la stylistique et de la rhétorique; le débat se centrant autour de sa hiérarchisation à la notion de pronominalisation (voir section débat).

Le langage parlé et oral utilise l'épanalepse dans des tournures figées, proches des proverbes comme : « Un monde fou, fou, fou » ou « Gai, gai, marions-nous ». La chanson ou la publicité en exploitent les ressources suggestives : « Belles, belles, belles comme le jour » (Claude François). Les hommes politiques utilisent fréquemment cette répétition afin de montrer la continuité du raisonnement par ricochets. Mais elle peut être prise pour une figure d'incantation[2] ou créer des amalgames subjectifs sous des apparences de raisonnements logiques déductifs[3].

Genres concernés[modifier | modifier le code]

L'épanalepse est une figure de répétition concernant tous les genres littéraires, également transverse à tous les types de textes. On la retrouve surtout dans les poésies, dans les textes lyriques, les oralisations.

Sous sa forme pronominalisée, l'épanalepse est très récurrente dans la publicité (exemple : « x, il lave plus blanc que blanc »). On peut la traduire également dans d'autres arts comme le cinéma (répétition d'une scène, constitutive formelle d'une flash-back), dans le journalisme (« rajouter de l'horreur à l'horreur »).

Historique de la notion[modifier | modifier le code]

Débats[modifier | modifier le code]

Parmi la complexité et la multitude des figures associées au phénomène de répétition, l'épanalepse ne profite pas d'une définition claire et précise. Ainsi, le linguiste français Jules Marouzeau, dans le Lexique de la terminologie linguistique et le linguiste canadien Brian Gill dans son Dictionnaire de la linguistique considèrent l'épanalepse comme une figure syntaxique consistant en la reprise d’un mot ou d’un groupe de mots par un pronom qui le représente, proche de la pronominalisation[4] ou de l'anaphore lexicale comme dans : « Les autres, ils sont arrivés hier »[5]. Ils réduisent ainsi la figure à une opération purement linguistique, un fait de langue démotivé de toute recherche esthétique, sinon pragmatique. Pour la majorité des linguistes modernes, l'épanalepse est plus proche de l'épanadiplose que de la répétition, qui n'en apporte pas une acception évidente, comme dans cet exemple cité par Henri Morier : « À Paris accourus, ils quitteraient Paris ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.cnrtl.fr/lexicographie/%E9panalepse?
  2. Figure de rhétorique qui consiste pour l'orateur à confondre ce qui est et ce qu'il voudrait qu'il soit.
  3. Jean-Claude Martin, Comment bien prendre la parole en public, Éditions Leduc.s, (lire en ligne), p. 232.
  4. http://www.ac-grenoble.fr/disciplines/lettres/podcast/logotype/glossaire/epanalepse.htm
  5. http://www.ditl.info/arttest/art13588.php

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mazaleyrat, Jean et Molinié, Georges, Vocabulaire de la stylistique, Paris, Presses Universitaires de France, 1989.
  • Catherine Fromilhague, Les figures de style, Nathan Université, 1995.
  • F. Neirynck, L'épanalepsis et la critique littéraire. À propos de l'évangile de Jean,revue Ephemerides Theologicae Lovanienses Gembloux, 1980.

Bibliographie des figures de style[modifier le code]

  • Quintilien (trad. Jean Cousin), De L’institution oratoire, t. I, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé Série Latine », , 392 p. (ISBN 2-2510-1202-8).
  • Antoine Fouquelin, La Rhétorique françoise, Paris, A. Wechel, (ASIN B001C9C7IQ).
  • César Chesneau Dumarsais, Des tropes ou Des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Impr. de Delalain, (réimpr. Nouvelle édition augmentée de la Construction oratoire, par l’abbé Batteux.), 362 p. (ASIN B001CAQJ52, lire en ligne)
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours, Paris, Flammarion, (ISBN 2-0808-1015-4, lire en ligne).
  • Patrick Bacry, Les Figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets », , 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8).
  • Bernard Dupriez, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18, coll. « Domaine français », , 540 p. (ISBN 2-2640-3709-1).
  • Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Paris, Armand Colin, coll. « 128 Lettres », 2010 (1re éd. nathan, 1995), 128 p. (ISBN 978-2-2003-5236-3).
  • Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d’aujourd’hui », , 350 p. (ISBN 2-2531-3017-6).
  • Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands Dictionnaires », (ISBN 2-1304-9310-6).
  • Michel Pougeoise, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Armand Colin, , 228 p., 16 cm × 24 cm (ISBN 978-2-2002-5239-7).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier cycle », , 256 p., 15 cm × 22 cm (ISBN 2-1304-3917-9).
  • Hendrik Van Gorp, Dirk Delabastita, Georges Legros, Rainier Grutman et al., Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion, , 533 p. (ISBN 978-2-7453-1325-6).
  • Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Larousse, coll. « Langue et langage », .
  • Nicole Ricalens-Pourchot, Dictionnaire des figures de style, Paris, Armand Colin, , 218 p. (ISBN 2-200-26457-7).
  • Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de poche, , 475 p. (ISBN 978-2-253-06745-0).
Figure mère Figure fille
répétition épizeuxe (répétition d'un groupe de mots) • gémination (... d'un mot isolé ou/et d'un groupe de mots)

anaphore (... en début de vers) • épiphore (... en fin de vers)
pallilogie (... d'un mot isolé) • antépiphore (... cumulant anaphore et épiphore)

Antonyme Paronyme Synonyme
aucun concaténation, itératif, polyptote anadiplose, épanode, épanadiplose, pronominalisation