Abbaye d'Abondance
Abbaye Notre-Dame-d'Abondance
| Abbaye Notre-Dame-d'Abondance | ||||
Chevet de l'abbatiale. | ||||
| Fondation | av. 1108 | |||
|---|---|---|---|---|
| Diocèse | Ancien diocèse de Genève, aujourd'hui diocèse d'Annecy | |||
| Personnes liées | Ponce de Sixt, François de Sales | |||
| Style(s) dominant(s) | Architecture gothique | |||
| Protection | ||||
| Site web | https://www.abondance-patrimoine.fr/fr/ | |||
| Localisation | ||||
| Pays | ||||
| Région historique | Auvergne-Rhône-Alpes | |||
| Subdivision administrative | Haute-Savoie | |||
| Commune | Abondance | |||
| Coordonnées | 46° 16′ 52″ nord, 6° 43′ 13″ est | |||
| Géolocalisation sur la carte : Haute-Savoie
Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Rhône-Alpes
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L'abbaye Notre-Dame d'Abondance (ou abbaye d'Abondance) est une ancienne abbaye de chanoines réguliers du Chablais située à Abondance dans le département de la Haute-Savoie et la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Elle a été fondée vers 1100 par des religieux issus de l'abbaye Saint-Maurice d'Agaune, désireux de mener une vie régulière et érémitique dans un contexte de réforme du clergé. Rapidement, Abondance fonde quatre abbayes-filles dans l'ancien diocèse de Genève et dans le Jura, donnant naissance à une congrégation régionale. Celle-ci disparaît au début du XVIIe siècle lors de la réforme de l'abbaye d'Abondance par François de Sales. L'abbaye est supprimée en 1761.
Les bâtiments de l'abbaye sont classés au titre des monuments historiques par la liste de 1875. Elle est particulièrement connue pour le cycle de peintures murales représentant la vie de la Vierge qui orne son cloître du XIVe siècle.
Situation géographique
[modifier | modifier le code]- Le village et l'abbaye d'Abondance depuis le sud-est du village.
- Le village et l'abbaye d'Abondance depuis le sud.
- L'abbaye dominant le village (2020).
L'ancienne abbaye d'Abondance a été construite dans la haute vallée de la Dranse, qui prendra le nom de l'abbaye, sous la forme val d'Abondance[2]. Cette vallée appartient à la région du Haut-Chablais, un massif qui appartient aux Préalpes[3]. L'abbaye s'est installée au pied du mont Jorat et au bord de la Dranse d'Abondance, affluent de la Dranse[3],[4],[5]. Elle se trouve également en face de la vallée du torrent du Malève (« mauvaise eau »), l'un des affluents de la Dranse, et en contrehaut de la plaine d'Offaz[6].
Elle est à environ vingt-sept kilomètres au sud-est de la préfecture de Thonon-les-Bains, ainsi que d'Évian-les-Bains, et à treize kilomètres au nord-est de la frontière avec la Suisse, où le passage se fait au col non loin du Pas de Morgins[3]. L'abbaye se situait ainsi, à sa fondation, sur une voie secondaire d'accès au col du Grand-Saint-Bernard, anciennement Mont-Joux, via le pas de Morgins (1 369 m) et l'abbaye Saint-Maurice d'Agaune[7]. Saint-Maurice, dont sont issus les premiers moines, se situe en Valais, à une quarantaine de kilomètres, en passant par Morgins avant de descendre sur la vallée du Rhône[8].
Quelques découvertes de l'époque romaine indiquent que la vallée était au moins traversée dès l'Antiquité: une monnaie de l'empereur Trajan Dèce a été trouvée en 1865 à Chevenoz, une monnaie de Constantin Ier a été trouvée en 1963 à Vacheresse; enfin, une monnaie de l'empereur Caligula a été découverte dans le cloître de l'abbaye d'Abondance à l'occasion de travaux de restauration à l'époque contemporaine[9]. Par ailleurs, un tronçon de voie romaine du Haut-Empire romain a été découvert en 2016, lors d'un diagnostic réalisé par l'INRAP (direction Christophe Landry) à Thonon-les-Bains, au débouché des vallées de la Dranse, accréditant l'hypothèse de routes secondaires passant par la vallée d'Abondance[10]. Aucune découverte archéologique ne concerne pour l'heure le haut Moyen Âge.
Historique
[modifier | modifier le code]Moyen Âge central
[modifier | modifier le code]À la recherche d'un saint fondateur
[modifier | modifier le code]La fondation du prieuré a été un temps attribuée au moine irlandais saint Colomban[11], qui traversa les Alpes vers 610 pour se rendre à Rome. Cependant cette hypothèse est invraisemblable ; même si le saint a fait halte à Saint-Maurice-d'Agaune, aucune source historique ou archéologique n'accrédite cette hypothèse. Une autre légende basée sur la toponymie voudrait que le prieuré ait été établi dans les environs de La Chapelle-d'Abondance[11] : là encore, rien ne soutient cette hypothèse. La date de 1043 parfois avancée est également erronée[12].
La fondation du prieuré d'Abondance (vers 1100)
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Le prieuré a en réalité été fondé peu avant 1108 par des chanoines issus de l'abbaye Saint-Maurice-d'Agaune[13]. Laurent Ripart a expliqué que cette fondation s'était probablement déroulée en trois temps : d'abord, les chanoines s'installent dans la vallée, ensuite les seigneurs de Féternes donnent en 1088[14] ou 1103 l'ensemble de leurs biens dans la vallée, enfin, en 1108, le prévôt Gui de Saint-Maurice cède à la nouvelle communauté la vallée d'Abondance[13],[15],[16]. Le consentement est donné par le comte de Savoie[13],[17]. Le seigneur Guy de Féternes, avoué de Saint-Maurice, se réserve toutefois l'avouerie et un droit de chasse exclusif, « tout en exemptant de son bannum le personnel de l’abbaye, ce qui suppose que son ban s’exerçait normalement sur la vallée »[18],[17]. La disparition rapide de la lignée avant 1203 permet aux abbés de recouvrer l'avouerie, sans que celle-ci ne passe aux comtes de Savoie, obtenant ainsi l'exercice de la basse et de la haute justice au cours de ce siècle[17]. Les religieux suivent la règle de saint Augustin[17].
L'accroissement du temporel (XIIe siècle-XIIIe siècle)
[modifier | modifier le code]Ce prieuré est érigé en abbaye avant 1121[16], tandis que le domaine progressivement s'accroit, dans la vallée, mais aussi dans le pays de Gavot voisin (Féternes et Larringes dans un premier temps, deux paroisses situées au nord de la vallée, puis à partir des années 1170 dans les paroisses lacustres de Maraîche et Saint-Gingolph) puis dans le reste du Chablais[19]. Enfin, au cours du XIIIe siècle, les chanoines entrent en possession de nouveaux biens, toujours à proximité de la vallée, notamment à Vinzier, à Publier, à Bernex, à Saint-Paul, à Champanges, etc.[20].
Les chanoines d'Abondance, comme ceux du prieuré de Meillerie ou des abbayes de Sixt et d'Entremont, obtiennent également au XIIe siècle des droits de justice, d'abord dans la vallée d'Abondance puis dans le pays de Gavot à Saint-Gingolph[21]. Isabelle de Bex donne en 1218 ses droits sur les hommes de Maraîche[22]. Nicolas Carrier écrivait que les chanoines détenaient les droits de justice sur Vacheresse dès le XIIIe siècle[23]. Aussi, les chanoines se dotent de lieux de justice tels que des tours-prisons, attestée à Abondance[24] et supposée à Saint-Gingolph, de lieux de jugement telle la halle du Pas d'Abondance — au moins à partir du XVe siècle[23] — et des lieux d'exécution des peines : un gibet à Saint-Gingolph, dont les piliers furent découverts en 2018[24], et un autre à La Chapelle d'Abondance au lieu-dit Les Passengués attesté au XVIe siècle[25].
La congrégation d'Abondance
[modifier | modifier le code]En parallèle, les chanoines d'Abondance essaiment dans les montagnes préalpines et jurasiennes en fondant d'abord l'abbaye de Sixt avant 1144 en Faucigny puis l'abbaye d'Entremont en Genevois avant 1154 — toutes deux dans l'ancien diocèse de Genève —, puis les abbayes de Grandvaux et de Goaille dans le Jura et attachées au diocèse de Besançon[26]. Ils reçoivent également de nombreux prieurés, d'abord celui de Peillonnex (Faucigny) — donné par Amédée Ier de Genève en 1156[27] à l'abbé Burchard, qui serait un parent du comte[28] —, puis celui de Vions à la fin du XIIe siècle[29]. Dans la première moitié du XIIIe siècle, Abondance reçoit trois autres prieurés dans le Haut-Valais : Géronde (avant 1233), Kippel (1233) et Niedergesteln (v. 1248)[26]. En 1244, les chanoines reçoivent temporairement — comme dédommagement à la suite de la perte de Grandvaux (Jura) lors d'un échange avec l'abbaye de Saint-Oyand de Joux[30] — le prieuré de Divonne (pays de Gex), avant de finalement recevoir les prieurés de Saint-Genis (pays de Gex), d'Avregny (Genevois) et celui de Nyon (Vaud)[31]. Après la perte du Grandvaux, la congrégation fait face au transfert de l'abbaye d'Entremont aux chanoines réguliers de Saint Ruf sur décision de l'évêque Robert de Genève en 1279[32]. En 1275, l'abbaye possédait également un prieuré à Presinge[33]. En 1331, Géronde est échangé contre le prieuré de Val-d'Illiez[34], plus près d'Abondance et dont la gestion est confiée à des chanoines chablaisiens[35].

Une bulle pontificale du montre l'autorité de l'abbaye sur les églises paroissiales d'Abondance, Vacheresse, Chevenoz, Larringes, Féternes, Évian, Maraîche (donnée en 1211, en même temps que l'église de Neuvecelle), Publier, Thusy et Passy[36],[37]. Les chanoines d'Abondance détiennent aussi Assens dans le canton de Vaud grâce à l'évêque de Lausanne et Cusy dans l'Albanais[38]. Au début du XVe siècle, une dizaine de paroisses dépendaient encore de la congrégation[39]. La paroisse de La Chapelle des Frasses (actuelle Chapelle-d'Abondance) est détachée de celle d'Abondance, elle mentionnée comme dépendance de l'abbaye depuis au moins 1178[40],[41]. Le , Châtel est détaché de La Chapelle-des-Frasses et est érigé en paroisse. L'indépendance paroissiale est obtenue en 1728[42].
La communauté religieuse
[modifier | modifier le code]La communauté religieuse d'Abondance comme de ses dépendances est composée de chanoines (normalement douze, mais parfois moins), de frères convers et de sœurs converses, dirigés par un abbé. La liste des prieurs est mal connue, en revanche, la succession des abbés est globalement assez bien documentée à partir du XIIIe siècle[43]. Le nécrologe de l'abbaye, publié en 1848, permet d'en connaître les membres, de même que les bienfaiteurs et bienfaitrices[44]. L'historien Arnaud Delerce a entrepris en 2025 une nouvelle étude de ce document, ainsi que du nécrologe de l'abbaye de Sixt, publié en 1913[45]. Parmi ces derniers figurent principalement des nobles chablaisiens issus des familles de Féterne, Neuvecelle, Blonay, etc. Plusieurs abbés sont issus de ces mêmes grandes familles chablaisiennes, tel Girold et Guillaume de Lugrin, Pierre de Lully, Girard Dupas de Saint-Paul, Claude de Blonay, ou de familles du Faucigny et du Genevois, tels Rodolphe de Vozérier, Guillaume de Viuz et Jean de Fillinges. Les chanoines sont moins bien connus, même si quelques noms apparaissent dans les archives çà et là[46]. Les supérieurs des maisons de la congrégation se réunissaient à l'occasion de chapitres généraux à Abondance[47]. Les filiales étaient visitées régulièrement, par exemple Sixt en 1282[48].
Le bas Moyen Âge
[modifier | modifier le code]Des difficultés externes...
[modifier | modifier le code]Au XIVe siècle, les tensions internes à la congrégation s'apaisent et Abondance renoue avec une période d'expansion temporelle après la crise sanitaire et démographique du milieu du siècle. En 1369, l'abbé Pierre de Lully achète au comte de Savoie ses biens de Vacheresse[49]. La même année, l'abbé achète à Guillaume de Châtillon son domaine de La Forclaz (Haute-Savoie) ainsi que des revenus et des droits de Jean-Étienne de Rivaz[48]. Finalement, en 1383, l'abbé d'Abondance échange avec celui de l'abbaye d'Aulps les biens de La Forclaz contre des biens dans le pays de Gavot[50].

Néanmoins, les chanoines d'Abondance font face à l'opposition croissante de la communauté de la vallée qui conteste les droits de justice des abbés. Les habitants des deux paroisses du temporel initial de l'abbaye, c'est-à-dire d'Abondance et de La Chapelle des Frasses, bénéficiaient de libertés et de franchises[23], contrairement à ceux de Vacheresse. Ils obtiennent que la justice soit rendue sous la halle de la communauté au Pas d'Abondance et non plus à l'abbaye[51]. Les conflits se multiplient au XIVe siècle et les habitants font appel à la duchesse Marie de Bourgogne en 1419[52]. Désormais, c'est l'ensemble des habitants de la vallée qui forme la communauté des habitants d'Abondance[23].
... et internes
[modifier | modifier le code]La règle de saint Augustin professait que les chanoines devaient manger et dormir ensemble et vivre dans la pauvreté et la chasteté comme les moines qui suivaient la règle de saint Benoit. Les chanoines devaient donc se réunir la nuit au dortoir et le jour au réfectoire. Néanmoins, lors de sa visite pastorale de , l'évêque Jean V de Bertrand découvre que les chanoines ne dorment plus et ne mangent plus ensemble[53]. Le dortoir a été remplacé — probablement au XIVe siècle — par des cellules individuelles[54]. Par ailleurs, les chanoines ne respectent guère la clôture et certains ont des relations personnelles à l'extérieur du couvent[55]. Le recrutement s'est resserré et de nombreux religieux sont issus de familles du Chablais, du pays de Gavot et de la vallée[56].
Une réforme de l'abbaye s'impose : celle-ci prend la forme d'une mise en commende imposée par Amédée VIII de Savoie[57], duc très religieux résidant régulièrement à Thonon, probablement à la demande de l'évêque Jean de Bertrand. La veille du décès de l'abbé Thomas Guersat le , soit quelques mois après la visite pastorale de juin, les chanoines tentent d'élire un nouvel abbé. Malgré cela, le duc de Savoie impose son ami Guillaume de Lugrin, alors abbé de Filly. Le procureur de Thomas Guersat, Berthet de Charrières, fait lui le voyage inverse et devient chanoine de Filly. C'est dans ce cadre que sont réalisées, au cours de la décennie 1430, les peintures du cloître[58].
Quelques tensions internes à la congrégation réapparaissent ; elles sont le fait des prieurs de Peillonnex, les plus importants supérieurs de la congrégation après les abbés[59].


Incendies et restaurations (vers 1440-1481)
[modifier | modifier le code]Une nouvelle visite pastorale menée le par Bartolomeo Vitelleschi pour l'évêque de Genève François de Metz s'inscrit de nouveau dans un climat de réforme de la Chrétienté[60]. La population de la paroisse compte alors soixante feux. Dix chanoines sont alors présents à l'abbaye[61]. Mais l'intérêt principal de le compte-rendu est de documenter un grave incendie survenu quelque temps auparavant : la nef est alors complètement en ruine, de même que la tour qui se trouvait à l'entrée de l'église, tandis que la partie orientale (transept et chevet développé) a survécu et est utilisée[62] En tombant, la nef a entraîné la chute de la galerie nord du cloître et des peintures qui s'y trouvaient[63]. Des réparations de l'église sont ordonnées, mais il faut attendre les années 1470 pour que la reconstruction de seulement deux travées de la nef soient initiées par l'abbé élu Guigues d'Arlod. Les travaux sont menés à bien en 1481[64].
Peu après la visite de Vitelleschi, un second incendie survenu dans le couvent en 1446 a entraîné la destruction partielle de l'aile orientale, dont la salle du chapitre gothique et la salle des archives[65], ce qui explique en partie le mauvais état de conservation des archives[66].
L'époque moderne
[modifier | modifier le code]Le XVIe siècle
[modifier | modifier le code]L'époque moderne débute avec un nouvel incendie survenu dans la première moitié de l'année 1515 et qui n'endommage que les toitures. L'abbé de Valpergue rechignant à payer ces travaux, les paroissiens s'adressent à son prédécesseur, le cardinal Marco Vigerio della Rovere qui leur consent une aide financière[67]. En 1509, les chanoines ne sont que neu[68], mais leur nombre monte à onze en 1536[69]. Cette même année, les Valaisans catholiques entrent en Chablais par l'est, tandis que les Bernois protestants entrent par l'ouest. Le pays de Gavot, le val d'Abondance et la vallée d'Aulps sont occupés par les Valaisans jusqu'en 1569. Ceux-ci maintiennent les établissements religieux et rétablissent les élections des abbés. C'est ainsi que Dominique Ciclati est élu en 1536[70], puis Claude de Blonay en 1550[71].
Issu de l'une des plus nobles familles du Chablais, Claude est d'abord pitancier de l'abbaye. Il entretient une relation continue avec une habitante d'Abondance, Perronette Devaux, avec qui il a quatre fils légitimés en 1575 et au moins deux filles[72]. C'est probablement lui qui fait construire la maison abbatiale dans l'angle sud-est du couvent. Il devient chanoine de Sion en 1556[73]. Jusqu'en 1569, le nombre des chanoines se maintient à douze incluant l'abbé élu. Lorsque le Chablais est rendu au duc de Savoie Emmanuel-Philibert de Savoie (1528-1580) par le Traité de Thonon, les abbés sont désormais deux : Claude de Blonay et Jean-François de Valpergue. Blonay est contraint de résigner sa charge en 1574[74].
Dix ans plus tard, le , un grave tremblement de terre survient dans la région lémanique. L'angle sud-est du couvent, y compris la maison abbatiale, s'effondre.
La réforme cistercienne
[modifier | modifier le code]Vespasien Aiazza, dernier abbé augustinien d'Abondance, est nommé en 1597. Les chanoines, peu nombreux, sont âgés et malades. De concert avec François de Sales, devenu évêque de Genève et qui a ramené le Chablais au catholicisme, l'abbé décide de réformer l'abbaye — mettant fin à la congrégation — au moyen du remplacement des chanoines réguliers par des cisterciens réformés : les feuillants. Les négociations débutent en 1604 et le remplacement est effectif début [74]. Seul un chanoine, le plus jeune, reste pour devenir le curé d'Abondance (Jean Moccand), car les moines ne peuvent pas assurer cette mission. Cette réforme entraîne des travaux nécessaires pour adapter l'abbaye à ses nouveaux occupants et notamment pour diviser les lieux jusqu'alors partagés par les chanoines et les laïcs. Aussi, en , Aiazza vend à l'évêque de Sion tous les doits qu'il possédait en Valais[74].
Le but de François de Sales était certainement de redonner à l'abbaye d'Abondance un certain prestige. Néanmoins, dès la décennie 1610, les feuillants sont en conflit à propos de l'église avec les habitants de la vallée qui s'en plaignent à l'évêque de Genève lui-même[75]. Les relations ne s'améliorent pas : non seulement les moines et les paroissiens ne trouvent jamais un terrain d'entente à propos de la reconstruction du clocher, abattu sur ordre d'Aiazza, et le partage de l'église abbatiale, mais les jeunes moines fréquentent les cabarets de la paroisse[76]. Les abbés qui succèdent à Aiazza se désinvestissent, tel Melchior de Grilly qui rechigne à payer les réparations qui s'imposent après un nouvel incendie des toitures le [77]. Il y est contraint par le sénat de Savoie en 1638[77].
L'évêque de Genève Jean d'Arenthon d'Alex meurt à Abondance en 1695 au cours d'une visite pastorale[78].
Vers la suppression de l'abbaye (1761)
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Un cinquième incendie touche l'abbaye le ; le devis dressé au cours des jours suivants a été publié[79]. Les travaux de reconstruction durent onze ans et sont bien connus grâce aux archives[80]. C'est à cette époque qu'est dressée la mappe sarde de la paroisse d'Abondance, qui représente le site abbatial durant les travaux ainsi que son enceinte et ses dépendances[81].
Les relations conflictuelles des moines avec le clergé séculier et notamment diocésain au XVIIIe siècle sont documentés par un mémoire à charge : ils seraient la cause de très nombreux scandales, on ne compterait plus leurs compagnes ni leurs enfants. Certains témoignages rapportent qu'ils se battraient entre eux, porteraient des pistolets et fréquenteraient les cabarets[82]. Frédéric Meyer estime pourtant que "l'observance cistercienne était respectée à Abondance à la fin du XVIIIe siècle[83]. L'évêque de Genève demande en 1760 au roi Charles-Emmanuel III de Sardaigne de solliciter du pape la suppression de l'abbaye qui est définitivement fermée en 1761 par "une succesion de brefs et de décrets du roi [...], du pape Clément XIII et du sénat de Savoie" au printemps 1761[82]. Les biens et revenus de l'abbaye sont transférés à la Sainte-Maison de Thonon, dépendant de l'Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare. Les bâtiments de l'abbaye sont alors loués à des particuliers et des prêtres y sont installés[84].
Liste des prieurs et des abbés
[modifier | modifier le code]Prieurs
[modifier | modifier le code]- 1108 : Herluin (ou Arloin)
- … : Robert…
- 1121… : Rodolphe…
- 1124 – 1128 : Emerard, Aimerard (Ameraldus), peut-être le même qui fut abbé de Saint-Maurice d'Agaune (v. 1130-1136)[86].
Abbés élus
[modifier | modifier le code]- 1144 – 1153 : Rodolphe de Vauserier (Voserier), puis abbé de Saint-Maurice d'Agaune[86].
- 1153 – 1171 : Bouchard.
- 1171 – 1175 (résigne) : Bienheureux Ponce dit de Faucigny, fondateur et ancien abbé de Sixt (1144), puis de nouveau de 1175 à sa mort le .
- 1175 – 1180 (résigne) : Pierre Ier, ancien abbé de Sixt (1171), puis évêque (on ignore le siège).
- 1180-1184 : Girold Ier, ancien abbé d'Entremont (1154).
- 1187 – 1214: Guillaume de Viuz.
- 1217 – 1232 : Albert.
- 1232 - 1233 : Pierre II.
- 1233 - 1250 : Jean Ier.
- 1255 – 1260 : Pierre III.
- 1264 - 1266 : Guiffray.
- 1272 – 1295 : Raymond Bondat, ancien prieur de Meillerie.
- 1300 – 1325 : Girold II de Lugrin.
- 1331 – 1354 : Jean II (fit reconstruire le cloître d'après le nécrologe).
- 1354 – 1379 : Pierre IV de Lully.
- 1380 – 1397 : Jean V de Fillinges.
- 1404 – 1408 : Girard du Pas de Saint-Paul.
- 1409 – † : Thomas Guersat, peut-être originaire d'Aigle (Vaud), chanoine de Saint-Maurice et prieur de Saint-Michel de Tarentaise dès 1402[87], recteur de la maison d'Ollon en 1408[88].
Abbés commendataires
[modifier | modifier le code]Abbés nommés par les ducs de Savoie depuis Amédée VIII de Savoie.
- 1411 – 1432 : Guillaume de Lugrin, proche ami et conseiller des ducs Amédée VIII et son fils Louis[89], auparavant abbé de Filly (dès 1391).
- 1433 – † : François du Crêt ou Ducrêt, connu sous le titre d’abbé de Filly.
- 1460 - † à Genève le : Amblard de Viry, également vicaire épiscopal (1462) et chanoine de la cathédrale de Genève[90].
- 1480 - 1485 : Jean-Louis de Savoie (alors âgé de onze ans).
- 1485 - † 3 ou à Turin : François de Savoie, fils du duc de Savoie Louis Ier, protonotaire apostolique, archevêque d’Auch et administrateur perpétuel du diocèse de Genève (1483), aussi abbé de Staffarda, Payerne et Saint-André de Verceil.
- 1490 - 1498 : Cesar Borgia
- 1498 - 1507 : Antonio Gentile Pallavicino, cardinal (1489).
- 1507 - 1512 : Marco Vigerio della Rovere, évêque de Senigallia et cardinal en 1515, résigne en faveur du suivant.
- 1512 - 1533 : Jean-François de Valpergue
- 1533 - 1573 : Jérôme de Valpergue.
Abbés élus (période valaisanne, 1536-1569)
[modifier | modifier le code]Abbés commendataires
[modifier | modifier le code]- 1574 - 1576 : Philibert Provana, de la famille seigneuriale piémontaise de Leyni.
- 1576 – 1586 : Gaspard Provana, seigneur de Novalaise.
- 1586 - 1597 : Philibert II Provana.
- – 1627 (résigne) : Vespasien Aiazza, se retire à l'abbaye des Feuillants à l’âge de 65 ans, mort saintement à Toulouse le .
- – 1635 (résigne) : Maurice de Savoie, créé cardinal à l’âge de 14 ans, se marie à 50 ans avec sa nièce Louise de Savoie, mort à Turin le .
- - : Melchior du Nant de Grilly d'Evian.
- 1643 - 1654 : Barthélémy Soldati, aumônier de Maurice de Savoie.
- 1658 - † 1687 : Jean-Baptiste Amoretti, aumônier de Christine de France, ambassadeur du duc de Savoie auprès de Louis XIV.
- 1689 – : Jean-François Carron de Sommerive de Saint-Thomas.
- 1710 – 1711 : Michel-Ange de Santena.
- 1714 – † : Pierre Guérin de Tencin. Mort à Lyon à l’âge de 78 ans, docteur en théologie (1705), grand archidiacre et grand vicaire de l’archevêque de Sens, puis archevêque d’Embrun (1724) après une mission à Rome, créé cardinal le et ambassadeur de France auprès du Saint-Siège (1739-42), puis archevêque de Lyon (1740) et membre du Conseil du Roi, Ministre d’État (), aussi abbé de Vézelay (1702), Trois-Fontaines (1739), S. Paul de Verdun (1741) et Ainay (1757).
L'époque contemporaine
[modifier | modifier le code]Le XIXe siècle
[modifier | modifier le code]En , les Français révolutionnaires envahissent la Savoie. Le , l'ancienne abbaye est dans son entièreté vendue à un investisseur de Thonon : Claude Berthet[91]. Dans les années qui suivent, les bâtiments sont divisés en lots vendus à des particuliers qui s'installent dans l'ancien couvent. Les frères Sallavuard achètent une partie des bâtiments en 1836. Progressivement, des services sont installés dans les ailes des bâtiments : une école de filles au milieu du XIXe siècle, puis la mairie, une école de garçon et la justice de paix dans les années 1870[92]. La commune d'Abondance s'engage dans le rachat progressif de toutes les parcelles jusqu'à racheter le cloître à Jérôme Sallavuard en 1900[93], après plus de trente ans de tractations.
En 1860, la Savoie devient française et l'architecte Léon Charvet « redécouvre » l'abbaye et son cloître peint à la demande du préfet de la Haute-Savoie. Dès lors, il s'agit de faire classer le site au titre des monuments historiques[94]. C'est chose faite par la liste de 1875[1],[95]. Plusieurs plans sont dressés dans les décennies suivantes par Léon Charvet, par Charles Suisse (architecte) et des photographies sont prises par Camille Enlart, Séraphin-Médéric Mieusement et Abel Forey (arz). Les érudits chablaisiens, dont les fondateurs de l'Académie chablaisienne, s'intéressent à l'abbaye et publient leurs travaux (Jean Mercier, Amédée de Foras, Jules Guyon, Louis-Étienne Piccard, etc.). En 1888, le mauvais état de l'église attire l'attention de la commune et de l'État. C'est l'architecte diocésain Joseph-Samuel Revel qui en dresse l'état des lieux et propose d'agrandir la nef de deux travées terminées par la façade néogothique actuelle ; il meurt pendant les travaux, achevés par Arthur Bertin en 1900[96].
Dans l'ancien couvent, le presbytère occupait toute l'aile occidentale, les cellules du premier étage de l'aile sud et l'ancien chauffoir. Un logement pour les religieux chargés de l'instruction des garçons est créé au rez-de-chaussée de l'aile sud, au contact avec les salles de classe dans l'ancienne maison abbatiale (1874)[97]. On y trouve aussi la justice de paix. L'ensemble de l'aile sud et de la maison abbatiale est acquis en 1889 pour y agrandir l'école et le logement de l'institutrice[98].
| Le cloître d'Abondance avant sa restauration | ||||||||||
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XXe siècle
[modifier | modifier le code]En 1904, le cloître fait l'objet d'une importante campagne de restaurations[99] documentée par plusieurs photographies anciennes. Le cimetière qui se trouvait sur le parvis de l'église est déplacé en dehors du village en 1905[100]. Des chercheurs s'intéressent au site : Raymond Oursel, Maurice Dumolin, Waldemar Deonna, Ernest Renard. Vers 1937, une salle de cinéma est aménagée au premier étage de l'aile occidentale. A l'occasion du centenaire de l'Annexion de la Savoie à la France en 1960, le site est ouvert aux visites. Un tremblement de terre fissure certains murs en . Les peintures du cloître se dégradent et sont une première fois restaurées en 1959 puis entre 1977 et 1981 par Isabelle Dangas[101]. Dans les années 1970, le prêtre Georges Baud entame des recherches historiques et archéologiques. En , Charles Bonnet visite le site à l'invitation du père Baud.
En 1985, la commune s'inquiète d'une dégradation accélérée des peintures murales depuis les restaurations de 1959. De nouvelles restaurations sont commandées[102]. A la fin des années 1990, un projet de musée voit le jour.
XXIe siècle
[modifier | modifier le code]Un nouveau musée est inauguré en [102]. De nouvelles restaurations sont entreprises tant dans l'église que dans le cloître. Entre 2011 et 2016, un important chantier de restauration concerne les toitures du couvent[102]. Des opérations archéologiques programmées dirigées par Sidonie Bochaton sont menées en 2016 et 2017[103]. C'est seulement en 2022 que la commune est devenue l'unique propriétaire des anciens bâtiments de l'abbaye[104]. Ceux-ci sont actuellement occupés par les services municipaux d'Abondance, l'école de musique, le bureau touristique intercommunal de la Communauté de communes Pays d'Évian Vallée d'Abondance, le presbytère et le site culturel (cloître, exposition d'art sacré, réserves, festivals de musique). Un programme d'extension des lieux a débuté en 2025 par l'achat d'un bâtiment adjacent à l'abbaye pour y reloger le presbytère[105] et par des travaux du côté sud de l'abbaye (destruction d'une terrasse construite dans la première moitié du XXIe siècle pour y aménager un nouvel accueil)[106].
| Site culturel de l'abbaye d'Abondance | ||||||||||||
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Les bâtiments conventuels
[modifier | modifier le code]L'église abbatiale
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Architecture
[modifier | modifier le code]L’église est construite au nord du site et au pied du mont Jorat (1 830 m) sur une terrasse (931 m) qui domine le site abbatial[5]. Désormais uniquement paroissiales, elle était autrefois partagée par les chanoines et les paroissiens. Orientée nord-est/sud-ouest, elle mesure environ 50 m de longueur[107]. L’église présente un plan étonnant qui est la conséquence de plusieurs sinistres survenus entre le XVe siècle et le XVIIIe siècle : sa partie orientale, composée d’un transept débordant (environ 15 m de longueur pour environ 9 m de largeur, 18 m de hauteur sous voûte[108]) poursuivi par un chevet semi-circulaire développé — comprenant sept chapelles rayonnantes organisées autour d’un déambulatoire et mesurant environ 9 m de longueur[109] — est beaucoup plus large et plus longue que la nef qui ne comprend qu’un unique vaisseau composé de quatre travées et ne mesure qu’environ 20 m de longueur pour 9 m de largeur. Ce type de chevet est rare dans la Savoie médiévale et moderne ; un autre exemple peut être trouvé à Chambéry, à la cathédrale, ancienne église des franciscains datée du début du XVIe siècle. Le rond-point du déambulatoire est délimité par quatre colonnes de calcaire gris dont les chapiteaux sont décorés de motifs végétaux et de figures humaines. La tour quadrangulaire[110] du clocher se trouve à l’angle entre le bas nord du transept et de la nef. Sa flèche est surmontée d’un clocher à bulbe[110]. Du côté sud, un mince couloir longe la nef et l’angle nord-est du cloître.
La façade de l’église a été construite dans un style néogothique à la fin du XIXe siècle ; elle présente un portail d’entrée surmonté d’un triplet orné de vitraux contemporain représentant Jean d'Abondance, le bienheureux Ponce de Sixt et saint François de Sales[111]. Côté nord, un portail secondaire construit en marbre de La Vernaz est daté de de l’époque moderne.
La décoration peinte du chœur et des bras du transept est réalisée entre 1839 et 1845. Les peintures des voûtes représentent les quatre Pères fondateurs de l'Église et les quatre Évangélistes[112]. On peut également apercevoir le monogramme de la Vierge puisque l'église a toujours été dédiée à Sainte Marie ; aujourd'hui, son vocable est Notre-Dame de l'Assomption.
| L'église abbatiale d'Abondance | ||||||||||||
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Tribune dans le transept
[modifier | modifier le code]Dans le bras sud du transept se trouve une courte tribune de bois mesurant 7 m de longueur pour 1,30 m de profondeur[113]. Elle est suspendue contre le mur occidental du transept de façon à faire face au sanctuaire. Le garde-corps est composé de vingt panneaux peints de vases contenant des bouquets de fleurs. Ces panneaux faisaient à l’origine partie des stalles du chœur liturgique[110].
| Objets et mobilier liturgique dans l'église d'Abondance | ||||||||||
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Objets et mobilier liturgiques
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L’ancienne abbaye conserve de nombreux objets liturgiques qui ont été inventoriés en 1992 par le Service régional de l’inventaire[114]. La statue Notre-Dame d’Abondance est exposée dans la chapelle axiale du chevet développé[115]. Il s’agit d’une œuvre en bois peint représentant une Vierge à l’Enfant[115]. Elle est datée du XVe siècle. Volée en 1980, elle a été retrouvée en 2007 et restaurée par Florence Lelong[115].
Le calice en argent doré de l’abbé Guillaume de Lugrin date également du XVe siècle[116]. Exposé dans le musée, il est orné de son blason ainsi que d’un Christ en croix[116]. Un antiphonaire daté d’environ 1475 est également présenté dans le musée[117].
Les stalles de l’ancien chœur liturgique supprimé datent également du XVe siècle[118]. Exécutées en noyer, il en reste vingt. Elles sont principalement disposées dans le sanctuaire de l’église, tandis que d’autres sont exposées dans le musée. Un banc de célébrant dit banc abbatial se trouve également dans le sanctuaire ; il dispose de trois places[118],[119]. L’église contient également des aménagements datant de l’époque moderne[114]. Une chaire à prêcher datée du XVIe siècle est accrochée à l’entrée du sanctuaire. Deux statues en trompe-l’œil disposées de chaque côté d’un crucifix dans le bras sud du transept ont été datées de 1680 ; elles ont été réalisées à Turin. Plusieurs tableaux d’autel datent également du XVIIe siècle. C’est notamment le cas d’un saint Bernard de Clairvaux agenouillé et portant les instruments de sa passion qui se trouve dans le bras sud du transept ; l’œuvre a été réalisée par Claude Chapuis en 1671[120].
Le fresquiste Casimir Vicario réalise les statues en trompe-l'œil de l'église en 1845[112].
Le couvent
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L’aile orientale
[modifier | modifier le code]Ce bâtiment est accolé à l’église (bras sud du transept et couloir au sud de la nef). Il mesure 52 m de longueur pour 10 m de largeur[121]. Installé dans la pente, il rejoint l’aile sud et s’organise sur quatre niveaux : une cave, le rez-de-chaussée (niveau de circulation du cloître), un étage et des combles sous la charpente[122]. Cette aile est bordée à l’ouest par la galerie orientale du cloître et à l’est par un jardin. Les élévations côté cloître présentent des peintures murales relativement mal conservées de même que les vestiges médiévaux d’un salle du chapitre gothique qui a été supprimée (encadrement de l’entrée monumentale). Une porte située au centre de la galerie permet d’entrer dans l’aile orientale où se trouve aujourd’hui, du côté nord, la sacristie de l’église — dans laquelle une porte datée de la seconde moitié du XVe siècle permet de rejoindre l’église — et du côté sud une pièce qui était la salle du chapitre de l’abbaye à l’époque moderne[123]. À l’étage existait jusqu’au début du XXIe siècle un appartement privé qui a été racheté par la commune. Plusieurs fenêtres éclairent ces pièces dont une fenêtre à meneau située dans la sacristie.
L’aile occidentale
[modifier | modifier le code]Cette seconde aile mesure 60 m de longueur pour environ 17 m de largeur[124]. Elle accueille depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle le presbytère d’Abondance[124]. Elle s’organise également sur quatre niveaux. Côté cloître, la galerie occidentale qui la borde est mal conservée : les voûtes de la moitié nord ont disparu, tandis que quatre peintures murales présentent des états de conservation différents[125]. Une travée présente une disposition différente qui signale une entrée monumentale aujourd’hui condamnée qui se trouvait exactement en face de celle de la salle du chapitre médiévale[126]. Tout au nord se trouve l’actuelle entrée du site culturel. Dans la façade extérieure se trouve un autre portail en marbre de La Vernaz ouvrant sur l’actuelle chapelle de semaine ; il est également daté de l’époque moderne[125]. Des escaliers en façade permettent d’accéder au presbytère.
L’aile sud
[modifier | modifier le code]Construite tout en bas de la pente et non loin de la rivière Dranse, l’aile méridionale relie les deux ailes latérales et se dresse face à la vallée du Malève, l’un des affluents de la Dranse. Elle comprend cinq niveaux : des caves, trois niveaux d’habitation ainsi qu’un niveau de combles. Mesurant 90 m de longueur pour 20 m de largeur, elle dissimule entièrement le cloître[127]. Sa façade sud est rythmée par les nombreuses fenêtres des anciennes pièces communes au rez-de-chaussée et des anciennes cellules des religieux aux étages. Quatre contreforts soutiennent le bâtiment et quatre arcs de décharge sont visibles au rez-de-chaussée. Les deux façades latérales présentent des portes qui ouvrent sur un long couloir qui dessert l’ensemble de l’aile. On y trouve actuellement les bureaux de la mairie d’Abondance au rez-de-chaussée, une partie du musée au premier étage et des réserves au second étage[128].
| Le côté sud de l'abbaye d'Abondance | |||||||||
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La maison abbatiale dite Tour de l’abbé
[modifier | modifier le code]Attaché à l’angle sud-est du couvent, ce bâtiment quadrangulaire mesure 10 m de largeur nord-sud pour environ 18,3 m de longueur est-ouest[129]. La façade sud révèle qu’il est composé de trois bâtiments : un noyau central évoquant une tour et deux extensions latérales. Sa façade orientale n’est pas alignée avec la façade du couvent, mais déborde. Composée de quatre niveaux, le bâtiment comprend au rez-de-chaussée le bureau touristique intercommunal, au premier étage l’école de musique et une grande pièce au second étage sous les combles[130].
Le cloître
[modifier | modifier le code]Situé au centre du couvent, le cloître était à l’origine composé de quatre galeries comprenant elles-mêmes vingt-quatre travées[131] ; aujourd’hui, seules quatorze travées subsistent. La galerie nord a complètement disparu à l’exception de la travée orientale à la jonction avec la galerie orientale. C’est là que se trouve la porte dite Porte de la Vierge qui permettait aux religieux de rejoindre l’église[132]. La galerie orientale est entièrement conservée ; elle penche néanmoins du côté du préau. La galerie sud est également conservée dans son entièreté. En revanche, la galerie ouest n’est que partiellement conservée : seule la travée sud subsiste ; le reste de la galerie est couvert d’un appentis de bois[125]. C’est par l’angle nord-ouest que débute aujourd’hui la visite du site. Le préau est gazonné et présente en son centre un puits perdu.
| Le cloître d'Abondance | ||||||||||||
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Décor sculpté
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Construit au milieu du XIVe siècle sous l’abbatiat de Jean, le cloître présente de nombreux décors sculptés dans une pierre provenant de la région lémanique : la molasse[133]. Les clés des voûtes représentent les signes du zodiaque et les travaux des mois ; de rares clés présentent les deux thèmes. Le cycle débute par le mois de janvier (travée d’angle nord-est, au-devant de la Porte de la Vierge) et se développe dans le sens anti-horaire : dans la galerie nord devaient être représentés l’hiver et le printemps. Le cycle reprend dans la galerie occidentale avec le mois de juin (Cancer). Viennent ensuite, dans les galeries sud et est, l’été puis l’automne[134]. Le cloître présente également des culots sculptés : dix-neuf sont conservés. Différents motifs sont utilisés : des bustes supportant la retombée des voûtes, des personnages représentés en entier (acrobates, danseurs, musiciens), des décors végétaux. Les chapiteaux présentent également des décors différents, mais sont mal conservés. Certains sont néanmoins encore revêtus de peintures ocres. Dans les angles, les colonnettes avaient été remplacées par des silhouettes en pied. Les remplages, également de molasse, forment des roses. Deux d’entre elles servent d’assises à deux personnages assis — certainement des chanoines — qui regardaient autrefois à l’intérieur de la salle du chapitre. Les têtes de ces statues ont souvent disparu[135].
L’iconographie mariale
[modifier | modifier le code]Ces thèmes païens cohabitent avec un cycle marial sculpté et peint. La Porte de la Vierge, utilisée par les frères pour rejoindre l’église depuis le couvent[136], est ornée au tympan d’une Vierge à l’Enfant couronnée par deux anges. Ses pieds foulent un dragon. La tête du Christ est perdue ; il tient dans l’une de ses mains le globe de la Création. Les ébrasements sont décorées de deux silhouettes féminines en pied : l’une, côté ouest, à les yeux bandés et tient dans ses mains les Tables de la loi — il s’agit d’une allégorie de la Synagogue —, l’autre représente l’Église. Une seconde Vierge à l’Enfant en molasse est accrochée au tympan méridional de la galerie est du cloître. Elle est endommagée[137].
Le cloître possédait vraisemblablement autour d'une vingtaine de peintures ; aujourd'hui seules seize ont survécu de manière plus ou moins fragmentaire[131]. Ces peintures murales ont été réalisées durant la première moitié du xve siècle, la décennie 1430 est généralement admise[138]. Cela correspond à l'abbatiat de Guillaume de Lugrin ou François Ducrêt et au règne d'Amédée VIII de Savoie[139]. Elles ont été peintes par un atelier piémontais, proche de l'artiste Giacomo Jaquerio, un des chefs de file de la peinture dans les États de Savoie, présent dans la région à cette époque-là[140].
Les peintures représentent le cycle de la vie de Marie et témoignent de l'importance du culte marial pour les chanoines de saint Augustin[131]. Les peintures les mieux conservées représentent l' Annonciation, la Visitation, la Nativité, le Songe de Joseph et de la Fuite en Égypte, Jésus au temple et les Noces de Cana. La particularité de ce cycle est de représenter l'histoire de la vie de la Vierge dans le décor de la Savoie médiévale[137]. En effet, chaque détail peint la vie des habitants du Chablais et du Piémont au XVe siècle[141].
| Les peintures murales dans le cloître | ||||||||||
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Pour ce qui est de l'architecture, les personnages se trouvent de façon alternative dans des chapelles gothiques à rosaces et clés de voûte pendantes, dans des cabanes de bois aux toits de tavaillons, et dans de riches habitations piémontaises. Tous ces décors sont représentés de façon très détaillée : fenêtres à meneaux, vitraux, loggia, escaliers, créneaux à merlons fendus, etc. Les paysages, représentés de façon réaliste, dévoilent des coins de montagne, avec ses rivières et ses forêts, sa faune et sa flore. Mais le plus original reste le paysage de La Fuite en Égypte, dans lequel le ou les peintres ont représenté la région lémanique sous le règne d'Amédée VIII : le Léman, mais aussi le Rhône, la Dranse, les environs du lac, les principales villes et principaux monuments[142].

Bien qu'étant le théâtre de scènes bibliques, ces peintures sont envahies de petits personnages représentant la vie quotidienne au XVe siècle en Savoie : paysans travaillant aux champs, chasseurs sur leurs chevaux et bergers avec leurs chiens, moine et marchand de fromage sillonnant les routes, batelier, lavandières, serviteurs et pendu[143].
Quant à la technique, on note ici des notions de début de Renaissance italienne, et certains y voient l'influence de Giotto[144]. Dans ces peintures apparaissent des tentatives de perspective (angles, fenêtres, paysages…), mises en valeur par des compositions dynamiques et des couleurs chaudes.
Enfin, il est indéniable que ces peintures portent un message politique : en plus des écussons de la Maison de Savoie présents en dessous de chaque peinture, sur les clés de voûte pendantes et les drapeaux des monuments de La Fuite en Égypte, elles représentent des galères médiévales sur le lac, des châteaux, des tours, un gibet, et peut-être Amédée VIII lui-même sous les traits d'un curieux personnage vêtu à l'orientale dans Les Noces de Cana[145].
État de conservation et interventions
[modifier | modifier le code]L'état des peintures s'est dégradé depuis les relevés partiels (sept des dix peintures alors conservées) effectués en 1889 par Marcel Rouillard pour les monuments historiques.
En effet, certaines scènes (La Naissance de Marie, La Présentation de Marie au Temple) ont presque entièrement disparu depuis la fin du XIXe siècle, en raison de l'humidité remontant par les maçonneries. Des mesures conservatoires ont été prises à partir des années 1970 afin d'assurer la pérennité des œuvres encore conservées aujourd'hui[146].
Autres
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Portail d’enceinte
[modifier | modifier le code]Rattachée à l’aile occidentale, une portion de l’ancienne muraille de l’abbaye présente encore un portail construit en calcaire rouge. Ce mur relie l’abbaye au bâtiment appelé Pension de Savoie, un ancien restaurant acheté par la commune d’Abondance pour y déplacer le presbytère[105]. Il s’agissait de l’une des entrées de l’abbaye ; celle-ci donnait sur le parvis de l’église.
Terrasse du monument aux morts
[modifier | modifier le code]Contre la façade sud de l’abbaye, une terrasse a été aménagée au cours de la première moitié du XXe siècle. Le monument aux morts, œuvre de l’atelier Camus de Toulouse (1921-1922), y a été dressé. Protégée au titre des monuments historiques en 1949, elle est détruite en 2026 pour laisser place à un nouveau bâtiment destiné à accueillir la nouvelle entrée du site culturel ainsi qu’un nouveau bureau d’information touristique[106],[147]. Le monument aux morts a été déplacé de l’autre côté de la maison abbatiale l’année précédente[147].

Le verger
[modifier | modifier le code]Dernière partie privée de l’ancienne abbaye à avoir été achetée par la commune en 2022[104], ce verger comprend une portion de l’ancien cimetière médiéval des convers qui se trouvait au chevet de l’église[148].
Redécouverte et étude de l’abbaye d’Abondance (1860-nos jours)
[modifier | modifier le code]Le classement au titre des monuments historiques (1862-1875)
[modifier | modifier le code]C’est dès 1862, c’est-à-dire très rapidement après l’Annexion de la Savoie à la France (), que le préfet de la Haute-Savoie fait appel à l’architecte lyonnais Léon Charvet pour « faire le travail graphique et descriptif nécessaire pour obtenir le classement de l’abbaye d’Abondance parmi les monuments historiques »[94]. Lors de sa visite, « le milieu du cloître est un chaos de débris, de pierres et de fumier »[149]. L’architecte formule de nombreuses mesures de conservation à prendre urgemment[150]. Il juge très sévèrement les trompe-l’œil de Casimir Vicario : « Il n’y a pas de doute que l’auteur de cette composition ait cru faire un chef-d’œuvre et pourtant c’est un non-sens à tous les points de vue. »[151] Il signale déjà le problème du cloître qui se trouve en indivision et recommande la copie des peintures murales. Évoquant la question de la fondation par saint Colomban, avancée pour la première fois par Joseph-Antoine Besson en 1759, il ne se prononce pas[152], mais au contraire évoque les archives conservées. En revanche, il écrit que c’est François Ducrêt qui est le premier abbé commendataire et que la période valaisanne « contribua à faire décliner le monastère en affaiblissant la religion catholique dans ces contrées »[153]. Il dresse un plan du couvent et de la partie sud de l’église abbatiale le à Lyon.


Les premières photographies
[modifier | modifier le code]Après le classement de l’ancienne abbaye, plusieurs archéologues et photographes visitent Abondance. Leurs clichés permettent de connaître l’état du site avant l’agrandissement de l’église (1898-1900) et la restauration du cloître (1904). C’est le cas de Séraphin-Médéric Mieusement (1840-1905), photographe de monuments historiques, qui travaille dès 1875 pour la commission des monuments historiques et dont certaines photos sont conservées à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie ; elles ont été déposées sur Wikimedia Commons. L’archéologue et historien de l’art Camille Enlart (1862-1927) prend également des clichés de l’ancienne abbaye, tout comme Abel Forey (arz) (1867-1941) qui travaille avec l’architecte en chef — entre autres de la Savoie et de la Haute-Savoie — Charles Suisse et dont les clichés sont conservés aux archives départementales de la Côte-d'Or (11 Fi)[154].
Avec le développement du tourisme thermal dans les villes voisines de Thonon-les-Bains et Evian-les-Bains, la production de cartes postales se développe. En Haute-Savoie, les photographes suisses Pittier père (Auguste, 1845-1920) et fils (Ernest, 1866-1953) réalisent de nombreux clichés. Implantés à Bonneville (Haute-Savoie) au milieu des années 1870, ils rayonnent dans tout le département[155]. Les archives départementales de la Haute-Savoie conservent un important fonds de photographie des Pittier (57 Fi, 1899-1946).

Les recherches historiques des érudits chablaisiens (1885-1905)
[modifier | modifier le code]Quelques années après Léon Charvet, Melville Glover, professeur de langues, était revenu sur la question de la fondation de l’abbaye d’Abondance par saint Colomban en expliquant l’erreur de Besson par une ressemblance entre les noms habundancia (Abondance) et habend (Habend), une terre située dans les Vosges[156] ou fut créé une abbaye par saint Romaric. Les auteurs suivants se rallièrent plutôt à Besson.
C’est d’abord le chanoine d’Annecy Jean Mercier qui publie une monographie sur l’abbaye en 1885 aux éditions de l’Académie salésienne[157]. Né dans le pays de Gavot, à Saint-Paul, en [158], il est mort en 1901. Il travailla à partir de 1880 à la rédaction d’un ouvrage basé en grande partie sur les archives collectées par l’abbé Dufour, vicaire d’Abondance pendant douze ans. Plusieurs pièces justificatives étaient publiées en annexes, permettant de connaître des écrits aujourd’hui perdus. Contrairement à Glover, Mercier soutenait qu’Abondance avait bien été fondée par saint Colomban.
Dans le premier tome des Mémoires & documents publiés par l’Académie chablaisienne publié en 1887, deux autres chablaisiens s’intéressaient à Abondance. D’abord, c'est le généalogiste Amédée de Foras (1830-1899), premier président de l’académie, qui publie un article sur l’élection des deux abbés de la période valaisanne : Dominique Ciclati et Claude de Blonay[159]. Ensuite, c'est Jules Guyon (1843-1907), conservateur du musée du Chablais entre 1878 et 1888, qui publie une transcription du devis rédigé après l’incendie de 1728[160].
Vingt ans après Jean Mercier, un autre prêtre chablaisien publiait en deux volumes une étude sur l’abbaye d’Abondance. Né à Massongy en 1853, Louis-Étienne Piccard était membre fondateur de l’Académie chablaisienne à Thonon-les-Bains et un historien très actif qui était l’auteur, depuis 1882, d’une Histoire du Chablais[161]. En 1904, il publiait aux éditions de l’Académie chablaisienne L’abbaye d’Abondance et la vallée du même nom[162] ainsi que de nombreuses pièces justificatives l’année suivante[163].
L’intérêt des premiers chercheurs (1912-1967)
[modifier | modifier le code]Quelques années plus tard, ce sont deux chercheurs suisses qui publient une monographie d’Abondance. Waldemar Deonna (1880-1959), photographe et professeur d’archéologie à l’université de Genève, et Ernest Renard (1882-1971), photographe et archiviste genevois et membre de l’Académie chablaisienne, publient en 1912 un petit ouvrage (130 p.) sur l’abbaye[164].
Après la Première Guerre mondiale, l’historien de l’art allemand Heribert Reiners (1884-1960), professeur à l’université de Fribourg en Suisse voisine entre 1922 et 1945, visite l’abbaye dans les années 1920 et en fait de au moins dix-neuf photographies, peut–être destinées à illustrer ses cours, qui sont aujourd’hui conservées par le Service des biens culturels de Fribourg (ville suisse). Au début des années 1930, c’est l’historien Maurice Dumolin (1866-1935) qui publie un article de vingt pages sur l’architecture de l’abbaye dans le Bulletin monumental de 1931, en reprenant les photos parues dans l’ouvrage de Deonna et Renard. Après la Seconde Guerre mondiale, deux archivistes travaillent sur l’abbaye d’Abondance. Le premier, Raymond Oursel (1921-2008), est également historien de l’art. Conservateur des archives départementales de la Haute-Savoie entre 1949 et 1963, il est un médiéviste reconnu. Il publie en 1954 un article basé sur les comptes-rendus des visites pastorales de l’abbaye d’Abondance et sur son architecture pour tenter d’expliquer l’étrange plan de l’église abbatiale. Le second est l’archiviste Robert Tinthoin (1904-1993) qui commence à fréquenter Abondance en 1948 avant d’y bâtir une résidence secondaire[165] ; durant sa retraite, il transcrit et étudie les archives notariales dans un manuscrit jamais publié déposé à l’Académie salésienne.
Enfin, Clément Gardet (1910- 1997), Annécien spécialiste des peintures murales en Savoie et président de l’Académie florimontane entre 1961 et 1984, publie en 1967 un dossier sur le cycle de la vie de la Vierge à Abondance et propose de situer la réalisation des peintures aux années 1425-1426, dates du séjour de Giacomo Jaquerio à Thonon, tout en restant prudent sur cette hypothèse. Quelques années plus tard, en 1976, il synthétisait les différentes datations proposées (XIVe siècle pour les Français Pierre Gélis-Didot, Henri Laffillée et Robert de Lasteyrie, vers 1480 pour le Suisse Conrad von Mandach, premier quart du XVe siècle pour les Italiens Vittorio Viale (it), Marziano Bernardi (it) et Enrico Castelnuovo (historien de l'art)) et optait plus généralement pour la période bornée par la visite pastorale de 1411 et celle de 1443.
La nouvelle érudition chablaisienne (1983-2000)
[modifier | modifier le code]Après l’engouement international causé par la redécouverte des peintures murales et l’intérêt des archivistes et historiens de l’architecture régionaux, l’abbaye d’Abondance est un sujet qui n’intéresse plus que la seconde vague de l’érudition chablaisienne représentée par deux nouveaux prêtres. Le premier est l’abbé haut savoyard Claude Châtelain (1922-2014) ; le second est l’abbé Georges Baud (1924-2002), natif d’Yvoire et curé d’Abondance entre 1978 et 1992[166]. L’abbé Baud se passionne pour Abondance et initie des recherches nouvelles dans l’abbaye et certains espaces condamnés. Tenant un cahier de fouilles entre 1979 et 1984 et prenant de nombreux clichés antérieurs aux restaurations des façades, il s’associe à Châtelain. Ensemble, ils publient en 1983 une monographie pour laquelle ils demandent à l’architecte de La Chapelle-d'Abondance Bernard Maxit de dresser un plan de l’abbaye ainsi qu’une restitution basée sur leurs observations[167]. En 1988, Claude Châtelain publie seul un autre ouvrage sur l'abbaye d'Abondance[168]. Enfin, au tournant du XXIe siècle, Jean-Marie Benand publie une nouvelle étude des peintures murales et propose comme date pour leur réalisation les années 1430. Toujours en 2000, l’historienne de l’art Jessica Volet publie un article dédié aux Noces de Cana[169].

Les études techniques (1992-2013)
[modifier | modifier le code]Entre 1992 et 1993, les objets d'art de la vallée d'Abondance ont été recensés par le Service de l'inventaire et entrés dans la base Palissy[114]. Après les inscriptions au titre des monuments historiques de nombreux objets et meubles dans les années 1950 et 1970, de nouveaux objets sont inscrits en 2000. Au début du XXIe siècle, les enduits intérieurs de l'église ont besoin d'être restaurés ; les photos prises par l'abbé Baud montrent déjà un état dégradé autour de 1980. L'église est fermée pour travaux entre et et le restaurateur de peintures murales Gérard Emond intervient en amont pour étudier les enduits anciens[170]. Il en met plusieurs en évidence, datés entre la fin du XIIIe siècle et l'intervention de Vicario en 1845-1846.
En 2008, la tribune de bois dans l'église est étudiée par Christine Mouterde et Florence Cremer[113]. Enfin, en 2013, Christian Dormoy dirige une étude dendrochronologique en amont de la rénovation de la charpente, qui confirme que la charpente actuelle est en grande partie celle qui a été reconstruite après l'incendie de 1728[171].
Les recherches des universitaires (2005-2021)
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À partir du XXIe siècle ont débuté les recherches universitaires, d'abord menées en histoire de l'art par des étudiantes en master des universités de Lausanne et de Grenoble. C'est d'abord Alessandra Gerber qui réalise un mémoire sur les décors sculptés du cloître en 2005, puis Séverine Ferraro qui étudie également le cloître, mais en se focalisant sur l'iconographie mariale et notamment le cycle peint. En 2013, le Pays d'art et d'histoire de la vallée d'Abondance a commandé à l'historien Arnaud Delerce, docteur en histoire médiévale et spécialiste du monachisme alpin, une reconstitution du chartrier de l'abbaye d'Abondance qui a été publiée en 2019 aux éditions de l'université Savoie Mont Blanc. La première étude archéologique a enfin été menée entre 2016 et 2021 par Sidonie Bochaton dans le cadre d'un doctorat réalisé à l'université Lumière-Lyon-II ; le manuscrit a été publié en 2025 par l'Académie chablaisienne.
La reprise des études techniques (depuis 2022)
[modifier | modifier le code]En raison du projet de restructuration de l'abbaye débuté en 2026, deux études techniques préalables ont été menées respectivement en 2022 et en 2024/2025. La première a consisté en un diagnostic archéologique dirigé par Sylvie Bocquet (INRAP) qui a permis la découverte, dans l'emprise de l'ancienne galerie nord du cloître, d'un large contrefort témoignant d'un projet de nef à au moins cinq vaisseaux avorté[172]. Par ailleurs, une Étude climatique du cloitre d’Abondance a été menée entre et par un bureau d'étude (direction François Bourges) ; elle a conclu que, contrairement à ce qui avait longtemps été exposé, ce n'est pas la disparition de la galerie nord du cloître au XVe siècle et l'engouffrement du vent qui a entraîné une dégradation des peintures murales à partir de la seconde moitié du XXe siècle[173].
Histoire architecturale de l’abbaye
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L’installation
[modifier | modifier le code]Les chanoines s’installent autour de l’an 1100 dans la vallée et doivent nécessairement faire construire un premier lieu de culte et de premiers bâtiments. Cette phase de l’histoire de l’abbaye demeure très mal connue en l’absence de sources écrites, mais aussi en raison de la disparition de ces tout premiers bâtiments[174]. De la même manière, on ignore tout des personnes qui accompagnent les religieux dans leur installation. L’église Sancte Marie de Abundantia est mentionnée pour la première fois en 1108[175], puis à quelques reprises au milieu du XIIe siècle jusque dans les années 1180[176]. La reconstruction complète de l’église au XIIIe siècle ne permet pas d’en dire plus. Néanmoins, les opérations archéologiques menées dans l’aile orientale en 2016[177] et 2017[178] ont permis de mettre en évidence un premier état de cette abbaye originelle dans ce secteur : accolée à l’église primitive, l’aile orientale était composée du nord d’une pièce qui aurait pu être un vestiaire, un armarium ou encore une sacristie[174]. Au sud de cette pièce devait exister un passage pour relier l’intérieur du couvent à l’extérieur (la porte côté extérieur est conservée) puis une salle du chapitre primitive dont ne subsiste qu’une fenêtre. A l’étage, il est possible qu’un dortoir ait existé ; la découverte par Gérard Emond d’une baie en hauteur dans le mur sud du bras du transept de l’église, au contact de l’aile, semble l’indiquer[179]. L’aile occidentale a pu être construite dans un second temps, jusqu’au chaînage d’angle visible dans l’élévation extérieure de l’aile, et dans un troisième temps, l’aile sud et le cloître[180].
L’église médiévale
[modifier | modifier le code]Chantier de construction XIIIe siècle
[modifier | modifier le code]La question de la datation de l’église et de la succession des sinistres et des travaux qui ont amené à son plan actuel a fait couler beaucoup d’encre. Certains penchaient pour la fin du XIIIe siècle (Oursel[181], Deonna et Renard, Enlart, Baud et Châtelain[182]), d’autres pour le début du XIVe siècle (Dumolin[183] et Emond). Sidonie Bochaton a daté ce chantier « d’un large XIIIe siècle en montrant que plusieurs chantiers s’étaient succédé[184]. Plusieurs éléments indiquent un début des travaux à la fin du XVe siècle : d’abord la mention d’un certain ‘’operarius’’ d’Abondance Falcon en 1208 à Saint-Maurice d’Agaune, terme que l’on peut traduire par « ouvrier constructeur » ou encore « maître de l’œuvre » d’après le Dictionnaire de Charles du Fresne du Cange, ensuite la découverte en 2017 de carreaux de pavement datés par Liliana Ceci entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe siècle[185] et également trouvé à l’Abbaye d'Aulps. En outre, l’étude archéologique des élévations a permis de mettre en évidence un plan initial sans doute très proche de celui de l’église de Notre-Dame d’Aulps, c’est-à-dire une église de type bernardin composée d’une nef à trois vaisseaux. Néanmoins, le diagnostic archéologique réalisé en dans le cloître et dirigé par Sylvie Bocquet permet d’émettre l’hypothèse qu’à l’origine, les chanoines souhaitaient bâtir une nef plus large encore, comprenant peut-être cinq vaisseaux, avant d’y renoncer[186]. Ce premier chantier a été suivi de l’agrandissement du chevet plat par l’adjonction d’un sanctuaire à cinq pans entouré d’un déambulatoire comme celui de la cathédrale de Lausanne[187]. Les quatre colonnes du rond-point du sanctuaire dateraient donc du XIIIe siècle, tout comme celles de la cathédrale de Lausanne. Enfin, ce chevet est agrandi par la construction de cinq chapelles rayonnantes, portant leur nombre à sept. Raymond Oursel soulignait que ce plan évoquait ceux des églises cisterciennes de l’église de Clairvaux et de Pontigny[188].
Aménagement intérieur
[modifier | modifier le code]La destruction de la nef avant la visite pastorale d’ ne permet pas de connaître son organisation ni la façon dont elle était organisée avec certitude : néanmoins, quelques éléments permettent d’en faire une ébauche. D’abord, l’absence d’une autre église à Abondance qui aurait été réservée à la communauté paroissiale indique que l’église abbatiale était partagée[189]. Mesurant probablement environ 70 m de longueur, l’église était donc composée d’une nef à trois vaisseaux séparée en deux parties : du côté du transept, une partie réservée aux chanoines où se trouvait leur chœur liturgique, et du côté de la façade, une autre ouverte aux laïcs ; les deux parties étaient séparées par un jubé[189]. Au-devant du jubé côté est se dressait l’autel de la paroisse en position centrale et probablement deux autels secondaires de chaque côté de la porte centrale qui permettait de circuler d’une partie à l’autre[190]. Un exemple de jubé augustinien peut être trouvé à l’abbaye de Vezzolano. En revanche, le maître-autel se trouvait dans le sanctuaire de l’église. Les murs sont alors recouverts d’un enduit ‘’a pietra rasa’’ laissant apparaître en partie les pierres[170] et le sol pavé de carreaux de pavement ornés de motifs géométriques, floraux et végétaux sobres[185].
La reconstruction du cloître et de l’aile orientale
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La construction d’un transept avait empiété sur l’aile orientale qui devait donc être au moins en partie nord reconstruite. C’est sous l’abbatiat de Jean (1331-1345) que ces travaux eurent lieu, accompagnés de la reconstruction du cloître mentionnée dans le nécrologe[44]. Avant les campagnes archéologiques de 2016 et 2017, on pensait que ce chantier n’avait concerné que le cloître (construction et décor sculpté). Ce chantier voit la molasse être utilisée pour la première fois à Abondance. Anne Baud et Anne Schmitt ont évalué que la pierre avait dû être importée soit depuis les rives du lac Léman soit des carrières du Val-d’Illiez, soit une distance de 20 km de chemins. D’après elles, « L’utilisation de la molasse répond à une commande de prestige qui valorise l’abbaye des augustiniens et le commanditaire : cette roche autorise en effet une sculpture raffinée difficilement réalisable dans le calcaire dur qui constitue la ressource locale. »[191] Les recherches archéologiques (fouilles et études d’élévation) dans la moitié nord de l’aile orientale ont montré que la salle du chapitre primitive avait été reconstruite en même temps que le mur de façade intérieur sur cloître[85]. Si on ne conserve que les piédroits de l’entrée du chapitre de l’abbé Jean, l’étude du bâti a permis de repérer l’une des baies qui l’éclairaient dans le mur extérieur sur jardin ; une petite partie de cette baie, dissimulée derrière un meuble, est actuellement visible dans la sacristie. La taille de cette salle de réunion est estimée à environ 90 m2. Elle devait être voûtée d’ogives, comme les galeries du cloître[192].
La tour des prisons
[modifier | modifier le code]Les prisons de l’abbaye sont mentionnées indirectement en 1325, quand les habitants de la vallée de plaignent d’abus de la part des officiers de l’abbaye[193]. Les chanoines pouvaient également y être enfermés, tel le curé de Féternes Aymon d’Arlod vers 1430[194]. Les textes de l’époque moderne permettent de mieux connaître l’aspect de ces prisons : il s’agissait d’une tour, comme le confirme un acte de 1598 portant sur la réparation de sa toiture puis un second de 1636 et un troisième de 1697[195]. De cette tour des prisons — dont on trouve d’autres exemples dans la région, notamment au prieuré de Meillerie, à l’Abbaye d'Aulps et à l’Abbaye d'Entremont [196] — subsistent quelques vestiges qui permettent d’en reconstituer le plan. La tour était inscrite dans l’angle sud-ouest du couvent et dépassait de la toiture, comme en témoignent encore quelques murs dans les combles du bâtiment[197]. Elle est composée de trois cellules superposées ; la porte de la cellule du rez-de-chaussée est conservée. C’est au pied de cette tour que la justice était rendue avant d’être déplacée au Pas d’Abondance, sous la halle de la communauté de la vallée[73]. Au XIIIe siècle, après l’incendie de 1728, les prisons sont déplacées à l’extérieur de l’abbaye et dans une maison située au bord de la rivière[198] (emplacement de l’actuel hôtel de l’abbaye).
La clôture
[modifier | modifier le code]Une partie des murs d’enceinte de l’abbaye existe encore, mais il s’agit en partie des murs de l’époque cistercienne qui apparaissent déjà sur la mappe sarde réalisée vers 1730. Cette enceinte est mentionnée dans les textes au milieu du XVe siècle : deux portes permettent d’entrer dans l’abbaye ; l’une se trouvait près du cimetière, soit du côté nord du site, l’autre du côté sud, non loin de la tour des prisons[73]. Ces portes étaient surveillées par un gardien[199].
Destructions et reconstructions au XVe siècle
[modifier | modifier le code]L’abbaye d’Abondance connut plusieurs sinistres déjà évoqués : deux incendies survenus dans les années 1440 et qui endommagèrent considérablement l’abbaye médiévale, un incendie des toitures en 1515, un nouvel incendie des toitures en 1635 qui entraîna la destruction de certaines voûtes, enfin un autre incendie des toitures en 1728 auxquels il faut ajouter un tremblement de terre survenu en 1584. Les érudits et chercheurs du XIXe siècle (Charvet) et du XXe siècle ont tenté d’appréhender les destructions occasionnées par ces sinistres et de définir les travaux de restauration qui avaient suivi (Deonna & Renard, Dumolin, Oursel, Baud et Châtelain). C’est néanmoins l’étude archéologique menée dans les années 2010 qui a permis de dresser un phasage architectural cohérent[200].
La destruction de la nef
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C’est le compte-rendu de la visite pastorale du qui signale que l’abbaye a été victime d’un sinistre qui n’est ni daté ni caractérisé[201]. A cette date, l’église est utilisée, bien que la ruine soit entièrement ruinée, de même que la tour qui se trouvait à l’entrée[202] : ne subsiste donc de l’église que la partie orientale (transept et chevet développé) qui doit accueillir les deux communautés. A cette date, la population d’Abondance est estimée à environ trois cents habitants[201]. Une nouvelle division de l’espace est donc mise en place : les paroissiens prennent place dans le transept tandis que les chanoines se retranchent dans les deux travées du sanctuaire où est aménagé un nouveau chœur liturgique composé des stalles conservées ainsi que des panneaux peints disposés dans le garde-corps de la tribune du bras sud du transept[200]. Ces stalles, de même que le banc de célébrant, évoquent le travail du Champenois Jehan de Vitry établi à Genève avant 1440 et qui travailla « surtout pour la maison de Savoie »[203], dont les armoiries figurent sur l’une des miséricordes.
Les miséricordes des stalles
[modifier | modifier le code]- Tête et couvre-chef.
- Blason de la Savoie.
- Pomme de pin.
- Canidé.
- Vieil homme.
- Tête masculine.
- Feuille de chêne.


La nef n’est jamais entièrement reconstruite. Seules deux travées sont bâties dans les années 1470 pour accueillir la population. Ces travaux sont certainement financés par la Maison de Savoie dont l’un des membres, Jacques-Louis, né en 1470, est abbé commendataire[204] ; leur blason apparaît encore dans l’élévation de la nef partiellement reconstruite[205]. Un nouveau jubé est construit au droit du transept pour isoler de nouveau la population de la partie de l’église réservée aux chanoines (transept et chevet développé), tandis qu’une tribune est construite dans le bras sud du transept ; elle est nommée « chœur d’hiver » en 1728[206]. Une autre tribune accueille un orgue dérobé par les Valaisans en 1476[207]. Enfin, un couloir est ménagé au sud de cette courte nef pour permettre de nouveau le passage par la Porte de la Vierge ; à l’étage, ce même couloir dessert la tribune de l’orgue et le second chœur des religieux dans la tribune du bras sud du transept[208]. Une fois les travaux terminés, les élévations intérieures sont décorées d’un enduit à faux appareil blanc dans le chevet développé, mais rosé dans le transept, la nef et le couloir de liaison[209].
Le cloître et les ailes latérales
[modifier | modifier le code]Avec la destruction de la nef, la Porte de la Vierge n’était plus utilisable ; le seul point de contact entre le couvent et l’église était l’aile orientale, qui est probablement touchée par l’incendie de 1446[210]. Une rénovation complète de l’aile a lieu : à l’intérieur, deux couloirs perpendiculaires sont aménagés pour desservir l’ensemble des nouvelles pièces et maintenir la circulation vers l’extérieur (côté est). Du côté nord, la salle du chapitre de l’abbé Jean est supprimée et la porte monumentale qui ouvrait sur la galerie est du cloître est condamnée ; à cet emplacement, on crée la sacristie actuelle accessible depuis l’église par une porte ménagée dans le bras sud du transept[211]. Cette porte en plein cintre présente une clé ornée du blason de la famille de Saint-Jeoire surmonté du monogramme du Christ et de la Vierge[108]. La salle du chapitre est déplacée dans la moitié sud de l’aile ; elle mesure 46 m2. Elle est déjà mentionnée dans les textes en 1458[212]. Au-dessus existait probablement la bibliothèque des religieux[204]. Enfin, une extension orientale est accolée à la façade : il s’agit d’une cage d’escalier qui permettait aux chanoines de descendre dans l’église en passant par la sacristie directement depuis leurs cellules. Ce bâtiment disparu a été mis en évidence lors de la campagne archéologique de 2016[177]. L’aile occidentale de même que sa galerie de cloître ont également été concernées par l’effondrement de la nef de l’église avant : l’analyse des éléments architecturaux montre une rénovation de la galerie et de ses éléments sculptés, probablement parce que l’entrée de l’abbaye s’y trouvait encore. La galerie nord n’est en revanche pas reconstruite[213]. Le nécrologe de l’abbaye indique que les chanoines étaient enterrés dans le cloître tandis que le cimetière des convers se trouvait au chevet de l’église[148].
Construction de la maison abbatiale au XVIe siècle
[modifier | modifier le code]Si une première mention de maison abbatiale date de 1420 et de l’abbatiat de Guillaume de Lugrin, il faut attendre ensuite 1569 pour la voir réapparaître, ce qui incite à placer la construction de la ‘’Tout de l’abbé’’ en ce milieu du XVe siècle[214]. Endommagée par le tremblement de terre de 1584, comme une partie de l’aile sud, elle est reconstruite et agrandie par l’ajout d’une extension orientale. Un inventaire dressé après le décès de l’abbé Melchior de Grilly en permet de connaître les pièces qui la composaient. Chaque étage disposait d’une grande pièce et de deux plus petites dans l’extension : au rez-de-chaussée se trouvait la cuisine de l’abbé et à l’étage sa chambre. Les petites pièces servaient de chambres ou de rangement. Des caves et un grenier complétaient la maison abbatiale[215].
Les changements du XVIIe siècle
[modifier | modifier le code]Travaux à l’arrivée des moines
[modifier | modifier le code]Le remplacement des chanoines par les feuillants au début du XVIIe siècle oblige l’abbé Aiazza à réaliser des travaux pour adapter l’abbaye augustinienne à des moines : le partage de l’église est immédiatement identifié comme le principal problème. On prévoit dans un premier temps la construction d’un mur au droit du transept — ce qui n’est toujours pas fait en 1664 — et de réserver la sacristie dans l’aile orientale à l’usage de la cure[216]. Le clocher reconstruit au-dessus des voûtes de l’église est abattu sur décision d’Aiazza vers 1616[217]. Divers travaux ont lieu dans le couvent à cette même époque : maçonnerie en 1614 (aile orientale), création d’un appartement pour le procureur dans l’aile occidentale, agrandissement de la clôture, création d’un accès entre le parvis de l’église et le cloître dans l’aile ouest. Un presbytère est construit aux abords de la Dranse avant 1617. Le cimetière se trouvait dans les pentes du mont Jorat, au-dessus de l’église[218].
Nouvel incendie de l’église en 1635
[modifier | modifier le code]Le , l’abbaye brûle à nouveau et les travaux qui s’ensuivent sont bien connus grâce aux recherches de Robert Tinthoin dans les archives notariales. Les voûtes de la nef sont endommagées par la chute de la cloche[219], qui avait été simplement accrochée dans les combles de l’église après la suppression du clocher. Des devis sont dressés par deux équipes de charpentiers : l’une du Biot se chargerait d’une moitié des travaux du couvent à la charge des moines, une autre composée d’artisans originaires d’Evian et de la Vallée d'Aulps se chargerait de l’autre moitié des travaux du couvent, de ceux de la maison abbatiale et de l’église à la charge de l’abbé de Grilly[220]. Dans l’église, un nouvel enduit est réalisé : les murs sont blanchis, mais « les arcs, les piles, les piles engagées et les arcs doubleaux »[221] sont ornés d’un décor rouge et rose délimité par un filet gris clair[170].
La construction avortée d’une église paroissiale
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C’est lors de la visite pastorale de François de Sales en 1617 qu’apparaît pour la première fois le sujet de l’éviction des paroissiens de l’église paroissiale au moyen de la construction d’une église qui leur serait dédiée[75]. À l’étroit dans les deux travées reconstruites dans les années 1470, ils sont sans doute à l’étroit et les moines préfèreraient ne pas partager leur église. Le sujet revient en 1644 lorsque les moines « intentent un procès à l’abbé Barthélemy Soldati pour l’obliger à construire une nouvelle paroissiale »[222]. Le sénat de Savoie leur rappelle alors que les paroissiens n’ont pas à être privés de leur partie de l’église abbatiale. Néanmoins, des décennies de vexations poussent la communauté paroissiale à accepter, en 1662, à bâtir eux-mêmes leur propre église. Les travaux débutent, probablement dans le prolongement de l’église abbatiale, mais les frères sabotent finalement le projet. Ces fondations avaient été observées par Charvet lors de sa visite à l’abbaye en 1862[223]. Un mur de séparation est finalement construit dans l’église au droit du transept[224]. Aussi, pour permettre aux moines de continuer à prêcher, une niche est ménagée dans le mur sud de la nef ; elle était accessible par le couloir bâti entre l’église et l’aile orientale[225]. Au-dessus de ce même couloir, on bâti « une chambre pour loger et faire battre carillon »[226] en 1667, puis un véritable clocher est édifié en 1685 au-dessous de ce même couloir[227].
Les suites de l’incendie de 1728
[modifier | modifier le code]Un nouvel incendie détruit les toitures de l’abbaye le . Le bon état de conservation des archives permet non seulement de connaître les dégâts, mais aussi l’état de l’abbaye juste avant le sinistre et les travaux qui sont menés jusqu’en 1739 et la réfection des enduits intérieurs de l’église[228].
L’abbaye avant l’incendie
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Le devis post-sinistre dressé au mois d’ et la mappe sarde réalisée avant sa copie datée du permettent d’avoir une bonne idée de l’état et de l’organisation de l’abbaye avant l’incendie. L’église est alors séparée par un mur dont on ignore s’il monte jusqu’aux voûtes ; le crucifix et les statues en trompe-l’œil de la Vierge Marie et de saint Jean présentés dans le bras sud du transept devaient y être accrochés. Au-devant se trouvent les fondations de l’église paroissiale dont la construction a été arrêtée au siècle précédent. L’aile orientale comprend la sacristie, la salle du chapitre et la bibliothèque, tandis que l’aile occidentale est composée d’une grange et d’une écurie, de l’appartement du procureur ainsi que de chambres pour les visiteurs. Au devant se dressaient deux mazots (petits greniers en bois bâtis sur une base en pierre). Dans l’aile sud, le chauffoir accueillait les réunions du chapitre entre novembre et mai. Dans la maison abbatiale désertée par les abbés, les moines avaient installé leur réfectoire dans l’ancienne cuisine du rez-de-chaussée. À l’extérieur se dressait un bûcher appuyé au mur de soutènement du jardin ainsi que le four à pain et des latrines. Dans la première partie de l’année 1728, les toitures avaient été entièrement recouvertes de tavaillons et les fenêtres vitrées[229].
Un long chantier de restauration (1728-1739)
[modifier | modifier le code]Les moines doivent faire face à plusieurs problèmes que sont la difficulté de trouver de la main-d'œuvre en plein été pour couper du bois, les réticences de leur abbé à payer sa part des travaux, l'approvisionnement en matériaux de bonne qualité et des architectes qui ne prennent pas assez en compte le terrain et le climat. Gérard Emond a mis en évidence l'enduit qui a recouvert les murs intérieurs de l'église en 1739 : il s'agit principalement d'un enduit blanc apposé sur un premier badigeon blanc tandis que « les pilastres, les arcs des voûtes et les arcs doubleaux étaient rehaussés d'un décor de faux marbre » ocre[230].
Contrairement aux chantiers de restauration précédents, celui-ci est relativement bien connu grâce au bon état de conservation des archives[228]:
Année 1728 :
- : le sénat de Savoie envoie un avocat à Abondance ;
- : les paroissiens acceptent d'aider les moines à couper du bois pour les travaux ;
- 12- : constatation des dégâts par cinq témoins et six experts ;
- : devis estimatif des réparations à faire à l'abbaye y compris les vitres et les menuiseries ;
- : les moines réunis en chapitre votent un emprunt ;
- : nouvelle enquête, peut-être à la demande de l'abbé d'Abondance ;
- 9- : nouveau devis estimatif des travaux de rénovation ;
- : adjudication des réparations à Thonon en faveur du notaire Antoine Bron de Vacheresse ;
- : contrat passé en faveur d'Antoine Bron de la reconstruction des toitures (charpentes, couverture) et des fenêtres.
Année 1729 :
- : avant cette date, les moines ont intenté un procès à leur abbé qui refuse de payer sa part des travaux.
Année 1730 :
- : nouveau prix-fait pour la reconstruction du clocher ;
- : nouveau projet pour les charpentes qui ne sont pas assez pentues.
Année 1731 :
- : médiation entre Antoine Bron et les producteurs d'ardoise de Châtel à propos de la qualité des ardoises.
Année 1732 :
- : dessin du clocher à bulbe fourni aux ouvriers par les moines sur le modèle de celui de la Chartreuse de Mélan à Taninges ;
- : les moines ont déjà emprunté 10 000 livres sur les 12 000 qu'ils ont été autorisés à emprunter ;
- : réception des travaux des toitures.
Année 1734 :
- : transaction entre l'abbé et les moines. Pierre Guérin de Tencin accepte de payer la moitié des frais.
Année 1738 :
- : quittance passée par les moines en faveur d'Antoine Bron, notaire de Vacheresse chargé des travaux.
Année 1739 :
Le nouveau clocher
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La reconstruction des toitures s’accompagne de la construction d’un clocher décidée en . L’emplacement avait été mûrement réfléchi : le clocher ne serait ni au-dessus de la nef, ni au-dessus du couloir au sud de l’église comme celui du XVIIe siècle, mais bien au-devant de la façade de l’église[231]. Néanmoins, durant l’hiver ou le début du printemps 1730, le clocher dessiné par Claude Pontet s’effondre, car les fondations n’étaient pas assez profondes. Un nouvel architecte, Perret de Samoëns, est embauché pour diriger la construction d’un nouveau clocher situé à l’angle entre le bras nord du transept et la nef, entraînant la suppression de deux fenêtres de l’église. Le bulbe devait être recouvert de fer blanc[232].
Aménagement de l’abbaye après sa sécularisation
[modifier | modifier le code]Le couvent au XVIIIe siècle
[modifier | modifier le code]Après la suppression de l’abbaye, l’aile occidentale est transformée en presbytère pour loger les prêtres qui desserviront la paroisse. On y crée des escaliers pour circuler plus facilement d’un niveau à un autre, ainsi qu’un portail dans la façade extérieure. Dans l’ancien appartement du procureur, on crée une cuisine en construisant une cheminée. Dans la cour côté ouest, on aménage des latrines et un lavoir, un four et un bûcher. La moitié nord de l’aile connaît aussi des travaux : on y aménage, à l’étage, une grange accessible par une grande porte depuis le parvis de l’église. Enfin, dans l’aile sud, deux murs sont construits dans les couloirs du premier et du second étage pour isoler le presbytère du reste des bâtiments. Rapidement, des locataires sont installés dans les autres espaces libres de l’ancienne abbaye. On ignore les conséquences de l’arrivée des Français sur les bâtiments en raison de la disparition des archives de l’époque révolutionnaire[84].
Travaux au XIXe siècle et au début du XXe siècle
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Au fur et à mesure du rachat des parties privatives de l’ancienne abbaye par la commune, des travaux sont réalisés pour adapter les lieux à leurs nouveaux usages : école, mairie, justice de paix. Dans l’église, la famille Sallavuard aménage la tribune qui existe encore dans le bras sud du transept, à l’emplacement de l’ancienne tribune des religieux[92]. Le décor actuel date de l'intervention de Casimir Vicario en 1845-1846[112].
À partir des années 1860, Léon Charvet alerte sur l’état préoccupant du cloître et de l’église. Les couverts de l’église sont rénovés et les voûtes réparées en 1890. Dès 1893, Joseph-Samuel Revel propose un agrandissement de l’église[96]. Le chantier débute seulement en et est terminé en 1900. L’évêque Louis-Romain-Ernest Isoard en avait béni les premières pierres le à l'occasion de la visite pastorale[233].
C’est enfin au cloître de bénéficier d’un important chantier de restauration (1902-1904) qui voit les travées être libérées des maçonneries qui y avait été installées, certains remplages restaurés de même que certaines colonnettes, et l’espace des galeries et le préau vidé de tout ce qui l’encombrait[234], notamment d'un grenier de bois qui avait été bâti dans la galerie sud. Ce chantier est dirigé par Charles Suisse accompagné d'Abel Forey (arz). Des plans du cloître sont dressés avant et après l'achat de la dernière parcelle privée à Jérôme Sallavuard le . Le devis est finalisé à Dijon en . De nouveaux contreforts sont bâtis pour soutenir les galeries. La pierre de Bonnevaux est utilisée pour ces contreforts de même que pour les colonnettes, les ardoises venaient de Châtel. C'est de cette époque que date l'appentis sur poteaux dans la galerie occidentale[235].
| Cloître en 1882 et en 2005 | |||||||||
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Notre-Dame d'Abondance dans la culture populaire
[modifier | modifier le code]L'abbaye est citée ou représentée dans les ouvrages suivants :
- Meurtres en Abondance, bande dessinée de Felix Meynet (2007) ;
- Ski!... Neige jamais pensé à toi, roman de Jérôme Vuilloud (2021) ;
- La dame de Saint-Paul, roman de Sidonie Bochaton (2022).
Elle est également régulièrement représentée sur les affiches publicitaires de Jérôme Phalippou pour des fêtes ou des festivals organisés à Abondance.
Dépendances et propriétés
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Abbayes filles
[modifier | modifier le code]- Abbaye de Sixt à Sixt-Fer-à-Cheval (Haute-Savoie), fondée vers 1140 sur les terres de la Maison de Faucigny. Conservée principalement dans un état moderne (XVIIe siècle), elle fut longtemps connue pour le pèlerinage thaumaturge à la fontaine et sur la tombe de Ponce de Sixt, son premier abbé. Aujourd'hui, il n'en reste que l'église et l'aile sud du couvent, propriété du Conseil départemental de la Haute-Savoie[236]. Elle a bénéficié de plusieurs campagnes de recherches archéologiques dans la décennie 2010.
- Abbaye d'Entremont à Glières-Val-de-Borne (Haute-Savoie), fondée vers 1150 sur les terres du comte de Genève[237]. Transférée en 1279 aux chanoines réguliers de Saint Ruf, elle aussi ne conserve que son église et une unique aile de l'ancien couvent (côté nord)[237]. Elle est principalement connue pour son trésor liturgique. Elle a également bénéficié de recherches archéologiques entre 2020 et 2025.
- Abbaye du Grandvaux à Grande-Rivière (Jura), fondée vers 1170 sur les terres des comtes de Mâcon et sires de Salins. En 1244, elle est cédée à l'abbaye de Saint-Oyand de Joux[238].
- Abbaye Notre-Dame de Goaille à Salins-les-Bains (Jura), fondée à la fin du XIIe siècle à l'emplacement d'un prieuré appelé prieuré de Bonlieu[239].
Prieurés
[modifier | modifier le code]- Prieuré de Peillonnex à Peillonnex (Haute-Savoie), fondé par le comte de Genève Robert au début du XIe siècle et offert à Abondance par son descendant le comte Amédée au milieu du XIIe siècle (1155 ou 1156)[29].
- Prieuré de Nyon à Nyon (Canton de Vaud) a été reçu par Abondance en en dédommagement de la perte de l'abbaye de Grandveaux. En 2024, des fouilles archéologiques ont mis au jour des murs de l'ancien prieuré[240].
- Prieuré de Saint-Genis à Saint-Genis-Pouilly (Ain) a été reçu par Abondance en en dédommagement de la perte de l'abbaye de Grandvaux[241].
- Prieuré d'Avregny à Avregny (Haute-Savoie) a été reçu par Abondance en en dédommagement de la perte de l'abbaye de Grandvaux[241].
- Prieuré de Vions à Vions (Savoie) a été cédé à Abondance au cours du XIIe siècle par l'abbé de Bonmont[241].
- Prieuré de Géronde, commune de Sierre (Canton du Valais), obtenu avant 1233 et jusqu'en 1331[242].
- Prieuré de Kippel (Canton du Valais), de 1233 jusqu'en 1607[243].
- Prieuré de Châtillon, vallée de Lötschen avec Niedergesteln ou Châtillon-le-Bas (Canton du Valais), vers 1248 et jusqu'en 1607[244].
- Prieuré de Val d'Illiez, à Val d'Illiez (Canton du Valais), de 1331 à 1607[245].
Paroisses
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Droit de patronage sur les églises paroissiales de[246],[247] :
- Assens (1376)
- église Saint-Jean-Baptiste de Chevenoz (1383)
- église Saint-Christophe de Cusy (1308)
- Évian-les-Bains (1303)
- église Notre-Dame-de-l'Assomption de Féternes (1285)
- église Saint-Maurice de La Chapelle-d'Abondance (1219)
- église Saint-Maurice de Larringes (1376)
- chapelle de Maraîche, acutelle commune de Neuvecelle (1211)
- Mésinges
- église Saint-Nicolas de Neuvecelle (1211)
- Passy (anc. Passier) (1219)
- Publier
- église Saint-Gingolph de Saint-Gingolph (1539)
- église Saint-Jean-Baptiste de Thusy (1221)
- église Saint-Ours de Vacheresse (1383)
Granges et domaines
[modifier | modifier le code]Seigneuries
[modifier | modifier le code]- Seigneurie de la vallée d'Abondance dès le XIIe siècle[23].
- Seigneurie de Saint-Gingolph (vers 1180[21]-1563).
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 Notice no PA00118335, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
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Voir aussi
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- Sidonie Bochaton, « La "tour des prisons" de l'abbaye d'Abondance. Un espace carcéral au sein du carré claustral », Les espaces carcéraux au Moyen Âge: approche interdisciplinaire des territoires et des matérialités de l'incarcération médiévale, Bordeaux, , p. 75-88 (lire en ligne).
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- Sidonie Bochaton, « Du dortoir aux appartements. Lieux de sommeil chez les chanoines réguliers de la congrégation d’Abondance (ancien diocèse de Genève, XIIe siècle-XVIIIe siècle) », Le sommeil. Théories, représentations et pratiques (Moyen Âge et époque moderne), Florence, 2024b, p. 91-112 (lire en ligne).
- Sidonie Bochaton, « To share or not to share. Churches of Regular Canons in the Western Alps (former Diocese of Geneva) from the 13th century onwards », Reconstructing Past Monastic Life. Vol. 2 : Diet, Landscape and Monastic Space. New Trends from Archaeological, Bioanthropological and Documentary Perspectives. Actes du colloque MonBones - Barcelone - janvier 2024, Oxford, 2025b, p. 109-116.
- Sylvie Bocquet, « Les données inédites du premier diagnostic d'archéologie préventive », Notre-Dame d'Abondance. Une abbaye de chanoines réguliers XIIe-XIXe, Académie chablaisienne, , p. 106-107 (ISBN 2-902030-76-2, lire en ligne [PDF]).
- Nicolas Carrier, « Les communautés montagnardes et la justice dans les Alpes nord-occidentales à la fin du Moyen Âge. Chamonix, Abondance et les régions voisines, XIVe siècle-XVe siècle », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, Bordeaux, no 10, , p. 89-118 (lire en ligne).
- Liliana Ceci, « Les découvertes de carreaux de pavement en Haute-Savoie », Carnet d'études. Approches croisées d’histoire et d’archéologie en Haute-Savoie, Annecy, , p. 40-51.
- Liliana Ceci, « Un lot de carreaux de pavement découvert à l'abbaye d'Abondance (Haute-Savoie) », Notre-Dame d'Abondance. Une abbaye de chanoines réguliers XIIe-XIXe, Académie chablaisienne, , p. 108-109 (ISBN 2-902030-76-2, lire en ligne [PDF]).
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- Maurice Dumolin, « L'abbaye d'Abondance en Chablais », Bulletin Monumental, Paris, nos 90-2, , p. 227-247 (lire en ligne).
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- Melville Glover, « L'abbaye d'Abondance a-t-elle été fondée par saint Colomban ? », La Revue Savoisienne, Annecy, no 10, , p. 99-100 (lire en ligne).
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- Marcel Grandjean, « Cathédrale de Lausanne et abbaye d’Abondance », Nos monuments d’art et d’histoire : bulletin destiné aux membres de la Société d’Histoire de l’Art en Suisse, Société d’Histoire de l’Art en Suisse, .
- Jules Guyon, « Abbaye d'Abondance. Incendie du 19 juillet 1728 », Mémoires & Documents, Académie chablaisienne, , p. 27-35 (ISBN 2-902030-76-2).
- Philipp Kalbermatter (trad. Françoise Vannotti), « Les prieurés valaisans d'Abondance (France) », dans Patrick Braun, Brigitte Degler-Spengler, Elsanne Gilomen-Schenkel, Helvetia Sacra : Section IV : Les ordres suivant la Règle de saint Augustin, Les chanoines réguliers de Saint-Augustin en Valais, Bâle, Helbing Lichtenhahn, (ISBN 3-7190-1595-5, lire en ligne [PDF]), p. 495-504.
- Christophe Landry, « La voie de la Doie à Thonon-les-Bains : un témoin de la circulation entre Bas et Haut-Chablais aux premiers temps de l’occupation romaine », Des routes et des hommes : la construction des échanges par les itinéraires et les transports, (lire en ligne).
- Frédéric Meyer, « La suppression de l'abbaye d'Abondance (1761-1763) », Notre-Dame d'Abondance. Une abbaye de chanoines réguliers XIIe-XIXe, Académie chablaisienne, , p. 80-33 (ISBN 2-902030-76-2, lire en ligne [PDF]).
- Raymond Oursel, « L'abbatiale d'Abondance en Chablais : notes archéologiques », Vallesia, vol. t. IX, , p. 183-194.
- Alexandre Parent, « La visite de l'abbaye d'Abondance en 1443 par Barthélémy Vitelleschi, évêque auxiliaire de Genève », Notre-Dame d'Abondance. Une abbaye de chanoines réguliers XIIe-XIXe, Académie chablaisienne, , p. 80-33 (ISBN 2-902030-76-2, lire en ligne [PDF]).
- Laurent Ripart, « Saint-Maurice d’Agaune et la réforme canoniale (fin Xe siècle – milieu du XIIe siècle) », Autour de saint Maurice. Politique, société et construction identitaire. Actes du colloque de Besançon et Saint-Maurice, 28 septembre-2 octobre 2009, Saint-Maurice, , p. 219-234.
- Laurent Ripart, « Le temps des réformes (an 1000 au début du XVe siècle », L’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. 515-2015, Gollion « Histoire et archéologie », , p. 157-183.
- Jessica Volet, « Les Noces de Cana du cloître d'Abondance : lecture iconographique », dans Art et artistes en Savoie, Actes du 37e congrès des Sociétés Savantes de Savoie, Thonon-les-Bains 19 et , éd. de l'Académie Chablaisienne, , p. 147-154.
Travaux universitaires
[modifier | modifier le code]- Sidonie Bochaton, Les chanoines réguliers en Savoie du Nord. Restitution des abbayes d'Abondance et de Sixt (XIIe - XVIIe), thèse de doctorat préparée à l'université Lumière-Lyon 2, .
- Séverine Ferraro, L'abbaye Notre-Dame d'Abondance en Chablais. Expression de la création artistique chrétienne dans la Savoie médiévale (mémoire réalisé sous la direction de Mme Laurence Rivière-Ciavaldini), Grenoble, Upmf, .
- Alessandra Gerber, Les sculptures du cloître d'Abondance en Haute-Savoie (mémoire de licence réalisé sous la direction de Mme Serena Romano), Lausanne, Unil, .
- R. Gosse, L'abbaye d'Abondance en Haute-Savoie (XIe - XVe) (mémoire de maîtrise préparé sous la direction de Dominique Rigaux), Grenoble, Upmf, .
Rapports scientifiques
[modifier | modifier le code]- Sidonie Bochaton (dir.), Abbaye d'Abondance. L'église et l'aile orientale, vol. 1, Rapport final d'opération archéologique déposé au SRA Auvergne-Rhône-Alpes, , 112 p..
- Sidonie Bochaton (dir.), Abbaye d'Abondance. L'aile orientale et la salle capitulaire, vol. 1, Rapport final d'opération archéologique déposé au SRA Auvergne-Rhône-Alpes, , 110 p. (lire en ligne).
- Sidonie Bochaton (dir.), Abbaye d'Abondance. Histoire architecturale et bilan documentaire, vol. 1, Rapport de mission pour la commune d'Abondance, , 318 p. (lire en ligne).
- Sidonie Bochaton (dir.), L'abbaye canoniale d'Entremont et son environnement au Moyen Âge et à l'époque moderne, vol. 1, Rapport final d'opération archéologique déposé au SRA Auvergne-Rhône-Alpes, (lire en ligne).
- Sylvie Bocquet (dir.), Abondance, (Haute-Savoie), 20 montée du Cloître, Ancienne abbaye d'Abondance, vol. 1, Rapport de diagnostic (INRAP), , 152 p..
- Maryannick Chalabi et Thierry Monnet, Dossier d’inventaire topographique, vol. 2, Rapport du service de l'inventaire général du patrimoine, .
- Christian Dormoy (dir.), Expertise dendrochronologique d’échantillons provenant de charpentes des bâtiments conventuels de l’abbaye d’Abondance (74 360), vol. 1, Rapport d'intervention, .
- Gérard Emond, Abondance. Travaux de sondages sur les parements intérieurs de l’église, vol. 1, Rapport d'intervention, .
- Sébastien Lamouille, Diagnostic du patrimoine de la vallée d’Abondance : Histoire de la vallée, vol. 3, Communauté de communes pays d’Évian vallée d’Abondance, , 49 p.
- Christine Mouterde et Florence Cremer, Église d’Abondance (Haute-Savoie). Tribune située dans le bras sud du transept, vol. 1, Rapport d'intervention, .
Divers
[modifier | modifier le code]- Robert Tinthoin (dir.), Le val d'Abondance..., vol. 1, Manuscrit déposé à l'Académie salésienne, .
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative à la religion :
- Ressource relative à l'architecture :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Page consacrée ou [PDF] Office de Tourisme d'Abondance, « Le patrimoine religieux - Pays d'art et d'histoire de la vallée d'Abondance », Présentation de la vallée d'Abondance : Dossier enseignant, sur abondance.org, (consulté le ), p. 29-38.
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