Woeser

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Tsering Woeser

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Tsering Woeser

Activités Écrivain, journaliste, poétesse
Naissance 21 juillet 1966 (48 ans)
Lhassa
Langue d'écriture Chinois
Distinctions Prix du Prince Claus (2011)
Prix international Femme de courage(2013)

Tsering Woeser (tibétain : ཚེ་རིང་འོད་ཟེར་, Wylie : Tshe-ring 'Od-zer, pinyin tibétain : Cering Oiser , parfois simplement appelée Woeser, autres graphies Öser, Wéisè ou Wei Se en chinois) est une poétesse et essayiste de nationalité chinoise, et d'ethnie tibétaine, née le 21 juillet 1966[1],[2]. Elle est l'épouse de l'écrivain chinois Wang Lixiong.

Biographie[modifier | modifier le code]

Tsering Woeser est née à Lhassa en 1966. Sa mère, une Tibétaine, vit à Lhassa (en 2014, elle avait 72 ans quand elle fut interrogée par les autorités chinoises alors que sa fille était détenue à l'aéroport de Gongar)[3],[4]. Son père, Tsering Dorjé[5], issu du mariage d'un Han et d'une Tibétaine, était soldat dans l'Armée populaire de libération[6]. Elle a résidé à Lhassa jusqu’à l’âge de quatre ans, avant que son père soit muté dans l'ancien Kham à Tawu dans l'actuelle préfecture autonome tibétaine de Garzê de la province du Sichuan[7]. Son grand-père paternel aurait poussé sa famille à se siniser[6]. Elle reçoit une éducation exclusivement chinoise et athée, avec une « croyance naïve dans les bienfaits du Parti » [8].

En 1988, elle obtint un diplôme en littérature chinoise de l'Université des nationalités du Sud-ouest (c'est-à-dire pour les minorités ethniques) à Chengdu. En 1990, elle devint rédactrice pour la revue de langue chinoise Littérature tibétaine. Elle travailla comme journaliste à Kardzé et plus tard à Lhassa. Ayant perdu son travail et son logement à la suite de ses prises de position dans son livre Notes sur le Tibet [9], elle s'installe à Pékin en 2003. Woeser se marie à Wang Lixiong, un auteur chinois spécialiste du Tibet. Ensemble ils présentent le problème des minorités ethniques dans les milieux prodémocrates jusque là peu sensibilisés à ces questions.

Au cours des troubles de 2008 au Tibet, Woeser et Wang Lixiong, son mari, auraient été mis en résidence surveillée après avoir parlé à des journalistes[10]. Tous deux fournissent régulièrement des analyses pour le service tibétain de RFA[11]. Depuis le 6 janvier 2007, le service en tibétain de RFA diffuse une émission intitulée « le forum de Woeser », consacrée à ses écrits sur la religion, la culture, l'économie et la politique au Tibet[12].

En juillet 2009, suite aux émeutes au Xinjiang Wang Lixiong et sa femme Woeser ont lancé une pétition[13] afin de demander la libération de l'universitaire Ilham Tohti. En effet, le 8 juillet l’économiste ouïgour Ilham Tohti[14], professeur à l’Université centrale des minorités et animateur d'un blog[15], a disparu de son domicile de Pékin. Les autorités chinoises lui reprochent d’avoir provoqué des troubles, en propageant des rumeurs concernant les émeutes au Xinjiang. La pétition souligne qu’Ilham Tohti revendique des relations amicales entre nationalités. Son blog a été conçu comme un espace d'échange, Ilham Tohti ne saurait être tenu pour responsable des propos tenus par des participants au forum du blog[16]. Le 14 juillet, 250 personnes avaient signé cette pétition.

La poétesse Woeser a annoncé le 3 août 2009 l'emprisonnement de 4 écrivains tibétains. RSF indique à leurs sujets: « La répression des auteurs tibétains doit cesser ! L’impossibilité pour les écrivains et journalistes de cette province chinoise de s’exprimer librement et de critiquer les autorités de Pékin et la politique du Parti Communiste Chinois (PCC) est une honte pour la Chine. La plupart sont détenus sans avoir été jugés et leur lieu de détention est inconnu. Apprendre l’incarcération de plusieurs personnalités réputées, parfois plus d’un an après les faits, est par ailleurs symptomatique de la difficulté d’obtenir des informations sur le Tibet » [17]

Woeser demande un passeport depuis 3 ans à l'État chinois et poursuit ce dernier en justice pour l'obtenir [18].

En 2010 à propos de l'arrestation du Tibétain Karma Samdrup et des membres de sa famille, Woeser a indiqué à l'AFP : « ces condamnations font peur à de nombreux intellectuels tibétains », sans autres commentaires par « peur des représailles »[19].

Alors que 16 Tibétains se sont immolés au Tibet depuis mars 2011 et que la police chinoise a ouvert le feu lors de manifestations pro-tibétaine dans la préfecture autonome tibétaine de Garzê[20] (selon l'agence Chine nouvelle, il s'agit d'émeutes ayant entraîné la destruction de magasins, d'un commissariat, d'une maison, de véhicules de police et d'ambulances, par des casseurs armés de pierres et de couteaux, et faisant des blessés chez les agents de police, tibétains pour 90 % d'entre eux)[21],[22], Woeser relaye sur Twitter, à l'intention des communautés chinoises, les informations concernant le Tibet. Le 15 janvier, après avoir découvert l'immolation d'un moine tibétain à Aba, Woeser écrit : « Ce soir, nous sommes en pleurs… C'est moi qui la première ait dit à un Lama qu'un de ses compagnons s'était immolé. Mes larmes ne cessaient de couler. Il ne pouvait parler… Il est si tard à présent, on aimerait parler mais les mots ne peuvent sortir. Alors, finalement, on pleure. Est-ce en raison de la tristesse que les gens ne parlent pas de cela ? »[23].

En mars 2012, Woeser est assignée à résidence à Pékin pour une durée d'un mois, l'empêchant ainsi de recevoir le prix Prince Claus [24],[25]. Le 8 mars 2012, avec le poète Gade Tsering et Arjia Lobsang Tupten, elle lance un appel et une pétition afin que cessent les auto-immolations des Tibétains : « sous cette oppression redoublée, chacune de nos vies est importante, chacune doit être conservée.  »[26],[27].

En 2013, Tsering Woeser, inquiète de la restructuration des abords du barkhor à Lhassa[28] engage une pétition demandant la protection du site[29].

Carrière[modifier | modifier le code]

Selon le Tibet Information Network (TIN), son livre Notes sur le Tibet a été interdit par le gouvernement de la région autonome du Tibet en septembre 2003[30], même s'il « semblait être toujours disponible à l'achat, du moins épisodiquement, sur l'Internet »[31],[18], à cause d’allusions favorables au Dalaï Lama[32]. De fait, l'édition initiale de 2003 serait disponible en Chine sur un site web[33].

Selon l'IFEX[32] et Human Rights in China, en 2004, peu après l'interdiction, Woeser a perdu son travail et son statut[34] et ses droits de citoyenne chinoise car elle pouvait « mettre en péril la Nation » selon les autorités chinoises[35].

Selon Radio Free Asia (RFA), le 28 juillet 2006, ses deux blogues ont été fermés par ordre du gouvernement, apparemment en réponse aux articles dans lesquels elle présentait ses vœux au 14eDalaï Lama à l'occasion de son anniversaire[32],[36]. La poétesse y avait également publié un poème faisant l'éloge du chef spirituel[37].

Selon Reporters sans frontières (RSF), les deux blogues de Woeser auraient été fermés à la demande des autorités chinoises alors qu’une vague de censure dénoncée par RSF frappait l’Internet chinois[38]. Woeser y publiait des essais sur la culture tibétaine et sur des sujets rarement abordés au Tibet comme le SIDA, la prostitution, les dégâts environnementaux et la voie ferrée reliant Pékin à Lhassa, à la construction de laquelle elle était opposée[18], ainsi que des articles de Wang Lixiong dont le forum a aussi été fermé[39].

Cependant, si les premiers blogues ont disparu des serveurs chinois, un nouveau blogue en chinois est accessible chez l'hébergeur américain middle-way.net [40]. Selon le PEN American Center (en), ce nouveau blogue a été la cible d'une cyberattaque en mai 2008[41].

Sur la base de photos prises durant la révolution culturelle au Tibet par son père, alors cadre de l’armée, Tsering Woeser, interviewa de 1999 à 2006, 70 personnes photographiées. Elle conserva 23 témoignages pour un ouvrage, qu’on ne trouve pas en Chine et qui fut publié en chinois à Taïwan. Elle veut comprendre pourquoi des temples comme le Jokhang ont été saccagés par les jeunes gardes rouges, comprenant des Hans, mais aussi une majorité de Tibétains, venus de Pékin ou des lycées de Lhassa. Woeser explique: « Les plus jeunes, souvent, croyaient vraiment à la propagande de Mao. Elle était efficace et, d'ailleurs, on y a cru dans le monde entier. Mais on s'aperçoit aussi combien de gens n'avaient pas le choix : ils participent parce qu'ils ont peur. Parce que c'est la seule manière de survivre. » La traduction française de l'ouvrage de Woeser est parue en 2010[42].

Prix[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 2013 Immolations au Tibet - La Honte du monde, préface Robert Badinter, illustration Ai Weiwei éditions Indigènes.
  • 2010 Mémoire interdite. Témoignages sur la Révolution culturelle au Tibet, éd. Gallimard, traduction Li Zhang & Bernard Bourrit, (ISBN 2070131157)
  • 2005 Unlocking Tibet: A Chinese Author’s Perspective on Tibet Issue, Switzerland, par Wang Lixiong et Woeser.
  • Xīzàng zài shàng 《西藏在上》(Xining, Qīnghǎi rénmín chūbǎnshè 青海人民出版社 1999).
  • Xīzàng Bǐjì 《西藏笔记》 (Guangzhou, Huāchéng chūbǎnshè 花城出版社 2003), (ISBN 7536038313). Aussi publié à Taïwan comme Míng wéi Xīzàng de shī 《名为西藏的诗》 (Taiwan, Dàkuài wénhuà 大块文化 2006), (ISBN 9867291905).
  • Jiànghóngsè de dìtú 《绛红色的地图》 (Taiwan, Shíyīng chūbǎnshè 时英出版社 2003), (ISBN 9867762045) ; (Beijing, Zhōngguó lǚyóu chūbǎnshè 中国旅游出版社 2004), (ISBN 7503222476).
  • Bākuò Jiē de cāngsāng 八廓街的沧桑, in: Jīn Zhìguó 金志国 (ed.): Xīzàng dāngdài lǚxíngjì 西藏当代旅行记 (Lhasa, Xīzàng rénmín chūbǎnshè 西藏人民出版社 2004), (ISBN 7-223-01587-X).
  • Jiànghóngsè de Nímǎ Cìrén 绛红色的尼玛次仁, in: Mǎ Míngbó 马明博, Xiāo Yáo 肖瑶 (eds.): Wénhuà míngjiā huà fóyuán 文化名家话佛缘 (Beijing, Zhōngguó dàng'àn chūbǎnshè 中国档案出版社 2004), (ISBN 7801664159).
  • Shājié 《杀劫》 (Taiwan, Dàkuài wénhuà 大块文化 2006), (ISBN 9867291840).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Vidéo[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf la monographie de l'auteur sur le site (en) Woeser Where Tibetans Write : « This force of hundreds of Tibetan authors and poets have a command of Chinese that readers and critics find superior in many cases to the work of today’s Han writers ».
  2. a et b (en) Tibetan journalists’ body honours Woeser on its 10th Anniversary.
  3. (en) Tibet's most famous woman blogger, Woeser, detained by police
  4. (en) Tibetan writer Woser detained at Lhasa airport, 9 août 2012
  5. (en) Banned Tibetan writer publishes in Taiwan.
  6. a et b Le couple qui tient tête à Pékin (Bruno Philip, Le Monde).
  7. Françoise Robin, Comptes rendus Woeser, Tibet’s True Heart. Selected Poems Ragged Banner Press, 2008. ISBN 978-0-9816989-0-8
  8. Le Nouvel Observateur du 23 décembre au 5 janvier 2010 : La voix des sans paroles de Ursula Gauthier - Tsering Woeser : l'âme du Tibet (page 83).
  9. Informations biographiques sur Woeser.
  10. Jean-Jacques Mével, En Chine, quelques voix bravent le tabou tibétain, LE FIGARO.fr International, 28 mars 2008.
  11. (en) Tibetan Writer Under House Arrest in Beijing Site de RFA ; citation : « Both Tsering Woeser and her husband, Wang, contribute regular commentary to RFA’s Tibetan service ». .
  12. (en) Woeser's forum.
  13. Texte de la pétition en faveur de la libération de l’économiste Ilham Tohti
  14. (en) Page Wikipédia en langue anglaise concernant Ilham Tohti.
  15. (en) Le blog d'Ilham Tohti
  16. Source : Le Courrier International
  17. Source : Reporters sans frontières du 4 août 2009
  18. a, b et c (en) Tibetan writer, a rare outspoken voice against Beijing's policies, sues Chinese government Article de l'Associated Press.
  19. Terre-finance - 4 juillet 2010 : Chine: un militant écologiste tibétain condamné à cinq ans de prison
  20. Tibet:des manifestants tués par les forces de l’ordre, Courrier International, 25 janvier 2012
  21. Les tentatives des forces sécessionnistes à l'étranger de discréditer le gouvernement chinois sont vouées à l'échec, agence de presse Xinhua, 2012/01/25.
  22. (en) Xu Aqing (Global Times), Monks run amok, Ecns.cn, 2012-02-03, p. 1.
  23. Le Tibet est en feu, mais où sont les intellectuels chinois ?, Rue89 : Oiwan Lam Traduit par Noele Belluard-Blondel, 1er février 2012
  24. Reporters sans Frontières, Le Tibet toujours plus coupé du monde, 1er mars 2012
  25. (en) Centre daily, Tibetan writer says China blocks her from award, 1er mars 2012
  26. Tsering Woeser, Demande aux Tibétains de cesser les auto-immolations : Nous devons préserver la vie malgré la terrible oppression, 8 mars 2012
  27. (en) Tania Branigan, Tibetan 'shot dead' at Chinese police station, The Guardian, 9 mars 2012.
  28. La rénovation du centre de Lhassa suscite des inquiétudes Le Monde, 26 juin 2013
  29. Notre Lhassa sera bientôt complètement détruite! Sauvons Lhassa! Tsering Woeser, mai 2013
  30. (en) TAR Authorities Ban Book by Tibetan Author (TIN).
  31. (en) Extracts from ‘Notes on Tibet’
  32. a, b et c Des sites Web sont fermés en plein milieu d'une vague de répression de l'Internet, Archives du "Communiqué de l'IFEX", vol. 15, No. 31, 8 août 2006.
  33. (zh) JQCQ, site book.jqcq.com.
  34. (en) Tibet: China persecuting Tibetan Writer for Pro-Dalai Lama Opinion, Site de l'UNPO
  35. Le blog de Tsering Woeser, activiste des Droits de l’Homme, est inaccessible.
  36. (en) Banned, Blocked Tibetan Writer Vows to Speak Out in China.
  37. (en) TW, China shuts blog that wished Dalai Lama happy birtday, sur le site Tibet Writes, 26 décembre 2007: « She (Woeser) said her birthday wishes and poem posted on July 6, the Dalai Lama’s birthday, praised the spiritual leader who has been exiled in India since 1959 ».
  38. Disparition des deux blogs d’une poétesse tibétaine, Site de RSF.
  39. Un été très mouvementé pour le Dalaï Lama et le Tibet.
  40. (en) woeser.middle-way.net Woeser's blog.
  41. (en) PEN Protests Cyber-Attacks Against Woeser.
  42. Brice Pedroletti, "Mémoire interdite" : nuit de dix ans au Tibet, Le Monde, 25 décembre 2010
  43. (en) Norwegian Authors Union awards Freedom of Expression Prize 2007 to Tsering Woeser Site de Phayul.com.
  44. (en) Tibetan writer Woeser wins ‘Courage in Journalism award’
  45. (en) Press release.
  46. (en) Woeser dedicates ‘Courage’ award to Tibetan self-immolators, Phayul.com, 5 mars 2013
  47. Prix Sakharov : Je soutiens la dissidente tibétaine Tsering Woeser !