Charte 08

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La Charte 08 (chinois : 零八宪章 ; pinyin : Língbā Xiànzhāng) est un manifeste, publié le 10 décembre 2008, signé par plus de 303 intellectuels chinois et activistes des droits de l'homme pour promouvoir la réforme politique et le mouvement démocratique chinois dans la République populaire de Chine[1].

Préambule de la Charte 08[modifier | modifier le code]

« Cette année est celle du centenaire de la constitution chinoise, elle est également le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, le trentième anniversaire de l’apparition du « Mur de la démocratie » et le dixième anniversaire de la signature par la Chine du Pacte international des droits civiques et politiques des Nations Unies. Après avoir fait la longue expérience d’une situation désastreuse en matière de droits de l’homme et de difficiles luttes, le peuple chinois se rend compte plus clairement chaque jour que la liberté, l’égalité et les droits de l’homme sont des valeurs universelles de l’humanité ; et que la démocratie, la république et un gouvernement constitutionnel sont le cadre fondamental d’un système politique moderne. Une « modernisation » qui s'éloigne de ces principes universels et de ces éléments fondamentaux revient à dépouiller les gens de leurs droits, à dégrader les rapports humains, à supprimer la digne lutte des hommes contre le malheur. Dans quelle direction la Chine du 21e siècle ira-telle ? Continuera-t-elle une « modernisation » dont la caractéristique est que ceux qui la dirigent menacent les droits des autres, ou bien, en reconnaissant ces valeurs partagées et universelles, en se fondant dans ce courant commun de civilisation, va-t-elle bâtir un système de gouvernement démocratique ? C'est un choix qu'on ne peut se passer de faire[2]. »

En tant que document d'origine chinoise, il est inhabituel en ce sens qu’il en appelle à une plus grande liberté d'expression et à des élections libres. Il a été publié le 10 décembre 2008, le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, et son nom est une référence au mouvement Charte 77 en Tchécoslovaquie[3].

Contenu de la Charte 08[modifier | modifier le code]

Le document fut signée par 303 personnes, malgré le risque fort d'arrestation et emprisonnement. Les signataires furent des citoyens éminents, comme le blogueur Tibetain, Woeser ou Bao Tong, ancien dirigeant du parti communiste[4]. La Charte réclame 19 titres d'améliorations des droits de l'homme en Chine, comprenant un système judiciaire indépendant, la liberté d'association, et la fin du parti unique. « Toutes sortes de conflits sociaux se sont accumulés, et les sentiments de mécontentement s'accroissent… Le système actuel est rétrograde au point où un changement est devenu inévitable. » La Chine reste le seul grand pouvoir au monde à maintenir un système politique autoritaire qui viole les droits de l'homme. « La situation doit changer ! Les reformes politiques démocratiques ne doivent plus être retardées[4] ! »

Exigences spécifiques :

  1. amendement de la constitution ;
  2. séparation des pouvoirs ;
  3. la démocratisation de la législature ;
  4. l'indépendance judiciaire ;
  5. une fonction publique rendant compte aux citoyens ;
  6. assurances sur les droits de l'homme ;
  7. élection des fonctionnaires ;
  8. égalité rurale–urbaine ;
  9. liberté d'association ;
  10. liberté de rassemblement ;
  11. liberté d'expression ;
  12. liberté de religion ;
  13. l'éducation civique ;
  14. protection de la propriété privée ;
  15. réforme fiscale et financière ;
  16. sécurité sociale ;
  17. protection de l'environnement ;
  18. une république fédérale ;
  19. commission de la vérité et de la réconciliation[5].

Un mois après la publication de la charte, près de 7 000 personnes à l’intérieur et à l'extérieur de Chine ont signé la charte[6],[7].

L'avocat chinois Zhang Sizhi, signataire de la Charte 08, considère celle-ci comme étant mal rédigée. Malgré ce défaut, il indique que « la Charte 08 a la qualité de vouloir faire évoluer le système dans un cadre modéré et constitutionnel. »[8].

Réactions[modifier | modifier le code]

En Chine[modifier | modifier le code]

Protestation à Hongkong contre l'arrestation de Liu Xiaobo

Le gouvernement de la Chine a fait peu de déclarations à ce sujet[9]. Le 8 décembre 2008, deux jours après le 60e anniversaire de l'adoption de la déclaration universelle des droits de l'homme par l'ONU et dans l'imminence de la mise en ligne de la charte, Liu Xiaobo fut arrêté par la police[10] et incarcéré dans un lieu inconnu ; on lui a permis de voir sa femme une fois[6],[11] ; plusieurs lauréats du Prix Nobel ont écrit au Président Hu Jintao demandant sa libération[9]. En réponse, le gouvernement continue d'écraser le mouvement[6] : au moins 70 des 303 signataires originaux ont reçu des « invitations » ou ont subi des interrogatoires de la police ; il existe une interdiction aux journalistes d'interviewer tous ceux qui ont signé la charte[6] ; la police aurait interrogé le journaliste Li Datong et deux avocats qui sont toujours en liberté[9]. Tout rapport médiatique sur la charte aurait été interdit[12]. Le site bullog.cn (en), soupçonné d'être lié aux militants, fut bloqué[13].

Le Quotidien du Peuple indique dans un article du 29 octobre 2010, concernant Liu Xiaobo, que la Charte 08 « s'oppose à la dictature démocratique du peuple, au socialisme et à la structure unitaire de l'État, inscrits dans la Constitution chinoise »[14].

Internationale[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de gouvernements étrangers, dont les États-Unis, l'Allemagne[15] et Taïwan[16] ont condamné le harcèlement de ceux qui soutiennent la Charte 08. Selon Human Rights in China, les médias internationaux ont plutôt bien reçu la charte et les ONG soutiennent son message[17],[18],[19]. Le Dalai Lama a également exprimé son admiration pour la charte[20].

Prises de positions aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Le 11 décembre 2008, Sean McCormack, porte-parole du Département d'État des États-Unis à Washington, publie une notice du gouvernement des États unis[21] :

« Les États-Unis sont profondément préoccupés par les rapports selon lesquels des citoyens chinois ont été détenus, interrogés et harcelés alors qu'ils se préparaient à commémorer le Jour des droits de l'homme et le 60e anniversaire de l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Nous sommes particulièrement inquiets du sort de Liu Xiaobo, un écrivain dissident éminent, qui demeure entre les mains des autorités. Nous demandons au gouvernement de la Chine de remettre en liberté Liu Xiaobo et de mettre fin au harcèlement des citoyens chinois qui expriment de manière pacifique leur aspiration aux libertés fondamentales reconnues par la communauté internationale. Publié le 11 décembre 2008[22]. »

Conséquences pour les signataires de la Charte 08[modifier | modifier le code]

Liu Xiaobo[modifier | modifier le code]

Le 1er octobre 2009, jour du soixantième anniversaire de la proclamation par Mao Zedong de la République populaire de Chine, le Congrès des États-Unis a appelé la Chine à libérer Liu Xiaobo emprisonné formellement depuis juin 2009 sur suspicion d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’état »[23],[24]. Howard Berman, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis, a indiqué lors du débat :

« Le gouvernement chinois ne semble pas être conscient de l'ironie de ses actes, car ses efforts pour étouffer la Charte 2008 ne font que souligner l'incapacité de la Chine à se conformer aux principes mêmes qu'elle avance[25]. »

Le 25 décembre 2009, Liu Xiaobo est condamné à onze ans de prison pour subversion, ce qui provoque de nombreuses réactions internationales[26]. Il a reçu le prix nobel de la paix 2010.

Ai Weiwei[modifier | modifier le code]

Ai Weiwei un des artistes majeurs de la scène artistique indépendante chinoise, a été arrêté le 3 avril 2011[27].

Teng Biao[modifier | modifier le code]

Le 19 février 2011, Teng Biao a été arrêté par la police et détenu dans un lieu inconnu. Il s'était rendu à une réunion trois jours auparavant pour discuter des moyens de venir en aide au dissident Chen Guangcheng, maintenu illégalement en résidence surveillée après avoir purgé sa peine de prison. Deux autres avocats, Tang Jitian et Jiang Tianyong, présents à cette réunion, ont également été arrêtés. Teng Biao a été libéré le 29 avril, après plus de deux mois de détention. Selon Amnesty International, les trois avocats sortis de prison restent "maintenus sous surveillance"[28].

Xiaa Yeliang[modifier | modifier le code]

En octobre 2013, Xia Yeliang, professeur d'économie à l'université de Pékin, est limogé en raison de ses prises de position en faveur de réformes démocratiques. Il était l'un des premiers signataires de la Charte 08[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « 《零八宪章》签名已超过5000人 », Boxun,‎ 17 déc. 2008 (consulté le 22 juin 2013) — Plus de 5 000 personnes ont signé la Charte 08
  2. Traduction depuis le texte chinois : 今年是中国立宪百年,《世界人权宣言》公布60周年,“民主墙”诞生30周年,中国政府签署《公民权利和政治权利国际公约》 10周年。在经历了长期的人权灾难和艰难曲折的抗争历程之后,觉醒的中国公民日渐清楚地认识到,自由、平等、人权是人类共同的普世价值;民主、共和、宪政是现代政治的基本制度架构。抽离了这些普世价值和基本政制架构的“现代化”,是剥夺人的权利、腐蚀人性、摧毁人的尊严的灾难过程。21世纪的中国将走向何方,是继续这种威权统治下的“ 现代化”,还是认同普世价值、融入主流文明、建立民主政体?这是一个不容回避的抉择。
  3. (en) Richard Spencer, « Chinese dissidents emulate anti-Soviet heroes with Charter 08 », Telegraph.co.uk,‎ 9 décembre 2008 (consulté en 10 déc. 2008)
  4. a et b (en) Jane Macartney, « Leading Chinese dissident, Liu Xiaobo, arrested over freedom charter », Times Online,‎ 10 déc. 2008 (consulté en 9 déc. 2008)
  5. (en) Perry Link, « China’s Charter 08 (Translated from Chinese by Perry Link) », The New York Review of Books,‎ 18 décembre 2008 (lire en ligne)
  6. a, b, c et d Beijing acts to stifle dissident call for reform, Financial Times, January 3, 2009.
  7. L'opposition chinoise rêve d'une révolution de velours Le Figaro, janvier 2009
  8. Arnaud de la Grange, Zhang Sizhi, la noblesse des causes perdues 20 octobre 2010
  9. a, b et c China aims to silence reform call, BBC News, 12 janvier, 2009.
  10. Human Rights in China, "Independent Scholars Detained: Start of 2009 Crackdown?," 9 décembre 2008.
  11. "Detained Chinese writer allowed meeting with wife," Taiwan news, 5 Janvier 2009.
  12. "Media Ban on Charter Activists," UNHCR and RFA, 24 décembre 2008.
  13. "Edgy China blog site shut amid Internet porn sweep," Associated Press, January 9, 2009.
  14. Le Quotidien du Peuple en ligne : Qui est vraiment Liu Xiaobo ?
  15. (en) « China retaliates against signatories of rights charter », Trend News,‎ 11 déc. 2008 (consulté le 22 juin 2013)
  16. Taiwan should heed "Charter 08" message, Taiwan News, 25 décembre 2008.
  17. "Independent Scholars Detained: Start of 2009 Crackdown?" Human Rights in China, décembre 9, 2008.
  18. (en) « China: Retaliation for Signatories of Rights Charter Critic Liu Xiaobo Remains in Police Custody », Human Rights Watch,‎ 10 déc. 2008 (consulté en 10 déc. 2008)
  19. (en) « International PEN protests the detention of leading Chinese dissident writer Liu Xiaobo », International Pen,‎ 17 déc. 2008 (consulté en 18 déc. 2008)
  20. (en) « Statement From His Holiness the Dalai Lama », sur dalailama.com,‎ 11 déc. 2008 (consulté en 11 déc. 2008)
  21. « Les É.-U. s'inquiètent des actions de la Chine contre les défenseurs des droits de l'homme »,‎ 18 décembre 2008 (consulté le 22 juin 2013)
  22. (en) Sean McCormack, « Harassment of Chinese Signatories to Charter 08 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), U.S. Department of State, 11 déc. 2008. Consulté le 22 juin 2013
  23. Benjamin Kang Lim, China's top dissident arrested for subversion, Reuters, June 24, 2009.
  24. "« 刘晓波因涉嫌煽动颠覆国家政权罪被依法逮捕 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-25" (Liu Xiaobo Formally Arrested on 'Suspicion of Inciting Subversion of State Power' Charges), China Review News, June 24, 2009.
  25. Aujourdhui la Chine du 2 octobre 2009
  26. Réactions à la condamnation du dissident chinois Liu Xiaobo, Le Nouvel Observateur, 25/12/2009
  27. Paris Match : Ai Weiwei, Liu Xiaobo et la philosophie du porc
  28. Amnesty International, 10 mai 2011; Action urgente (bonne nouvelle): Teng Biao, avocat chinois spécialiste des droits humains libéré
  29. Patrick Saint-Paul, « Xia Yeliang, économiste libéral "purgé par le régime chinois », in Le Figaro, mercredi 23 octobre 2013, page 8.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]