Garde rouge (Chine)

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Trois gardes rouges sur un manuel scolaire chinois de 1971.

Les gardes rouges (chinois : 紅衛兵 ; pinyin : Hóng wèi bīng) constituaient un mouvement de masse chinois comprenant en grande partie des étudiants et des lycéens, dont Mao Zedong s'est servi pour poursuivre le processus de la révolution culturelle.

Origines[modifier | modifier le code]

Cette « révolution » visait à purger le parti et renforcer le maoïsme après l'échec du Grand Bond en avant[1]. Les Gardes rouges seront les auteurs de terribles excès durant celle-ci, allant de la destruction systématique du patrimoine à l'humiliation publique, l'enfermement en « camps de rééducation » (ou laogai) et parfois l'exécution des « intellectuels ».

Ce mouvement fut encouragé et manipulé par Mao dans une stratégie de reconquête du pouvoir. Il ferma les lycées et les universités de 1966 à 1972 pour favoriser leur développement. « Curieuse alliance que celle du hiérarque vieillissant avec ces adolescents fanatisés qui le considèrent comme un dieu » indique la sinologue Marie-Claire Bergère[2].

Les Gardes rouges furent ensuite disgraciés et persécutés par Mao qui exila nombre d'entre eux dans les campagnes les plus reculées et mit fin brutalement à leurs excès. De nombreux anciens Gardes rouges, revenus de leurs illusions, figurent plus tard parmi les premiers dissidents chinois et les plus âpres critiques de la légende du « Grand Timonier », comme Wei Jingsheng ou Jung Chang.

Ils contribuèrent à faire prendre à la Chine des années de retard économique, technique et culturel, et représentèrent, au moins pour la société urbaine chinoise, un traumatisme dont le pays ne commença à se remettre qu'après la mort de Mao.

Naissance des gardes rouges[modifier | modifier le code]

Les gardes rouges sont des groupes de garçons et de filles dont l'âge varie de douze à trente ans, et dont la majeure partie est constituée de lycéens. Ils portent un brassard de coton rouge sur lequel figure trois caractères jaunes qui forment l'expression « gardes rouges ». Ils ont pour fonction de revivifier la société chinoise par opposition au modèle de la société russe rigidifiée. Ils débaptisent à Pékin les noms de rues et monuments évoquant l'ancienne Chine impériale. Ils confisquent les biens des anciens capitalistes. Leur mission est surtout de propager les pensées de Mao Zedong.

Factions rivales[modifier | modifier le code]

Les gardes rouges s'attaquèrent aux cibles désignées : les hauts fonctionnaires et les intellectuels, mais aussi à tous les Chinois soupçonnés de s'opposer au président Mao. Les interprétations des consignes données conduisent les gardes rouges à se scinder en fractions rivales[3].

  • La première faction se désigne par le nom de « vieux gardes rouges » (lao hongweibing) pour marquer sa prééminence sur les autres fractions. Elle est composée essentiellement des enfants des cadres du parti communiste. Ces gardes rouges considèrent être les plus compétents pour interpréter les orientations de Mao du fait de leur appartenance aux proches du pouvoir.
  • Puis ce sont les rebelles (zaofanpai) qui s'opposent d'une part à la hiérarchie et aux orientations des fractions rivales.
  • Les conservateurs (baohuangpai) se donnent pour mission de protéger Mao.

D'autres scissions donnent naissance aux « rebelles conservateurs » et aux « rebelles révolutionnaires ». À ces groupes s'ajoutent des factions locales qui s'organisent dans les provinces chinoises. Ainsi le garde rouge Dai Hsiao-ai évoque les différentes fractions de la région de Pékin : « les aigles », « drapeau rouge », « rebelles révolutionnaires ». Un groupe de l'université de Qinghua allait acquérir une réputation nationale puis mondiale, il se dénommait « gardes rouges[4] ».

Pour Jacques Andrieu, les Gardes rouges conservateurs défendaient « l'ordre établi » alors que les Gardes rouges rebelles est un « courant anti-bureaucratique, qui percevait celui-ci comme reposant sur l'oppression d'une partie de la population par une nouvelle classe sociale »[5]

Première apparition des gardes rouges[modifier | modifier le code]

Cette réputation fut acquise le 18 août 1966. Lors d'une manifestation de masse sur la place devant la porte de la Paix Céleste (Place Tian'anmen), Mao accepta et porta le brassard qui servait d'insigne à l'une des fractions de l'école moyenne dépendant de l'université de Qinghua (chinois traditionnel 清華大學 ; chinois simplifié 清华大学 ; pinyin qīnghuá dàxué). Le brassard était rouge avec l'inscription Hong Weibing (« Gardes rouges » ; chinois traditionnel 紅衛兵 ; chinois simplifié 红卫兵 ; pinyin hóng wèibīng) en lettres dorées.

Ce brassard lui fut remis par Song Binbin, la fille d'un des dirigeants historiques du PCC, Song Renqiong (en). Près de cinquante ans plus tard cette « princesse rouge » a demandé pardon pour ses actes commis pendant la révolution culturelle[6].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mémoires du Garde Rouge Dai Hsiao-ai autobiographique politique présentée par Gordon A Bennett et Ronald N. Montaperto. Traduit de l'américain par Robert Latour et Robert Genin. Éditions Albin Michel, 1971.
  • Michel Bonnin, Génération perdue. Le mouvement d'envoi des jeunes instruits à la campagne en Chine, 1968-1980, Paris, Éditions de l'EHESS, 2004 (ISBN 2-7132-2016-5)
  • Les massacres de la Révolution culturelle Textes de Song Yongyi, traduit par Marc Raimbourg sous la direction de Marie Holzman, 2008, Buchet-Chastel, (ISBN 2-283-02201-0).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Révolution culturelle en Chine Encyclopédie Universalis, « Contesté à la tête du régime après l'échec du Grand Bond en avant (1958-1961), qui a provoqué un véritable marasme économique en Chine populaire et accéléré la rupture des relations avec l'U.R.S.S. (1960), Mao Zedong lance, lors de l'été de 1966, une « grande révolution culturelle prolétarienne » censée représenter une nouvelle étape de développement dans l'histoire du pays. »
  2. Marie-Claire Bergère, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, Paris, 1989.
  3. Les massacres de la Révolution culturelle : Textes de Song Yongyi, traduit par Marc Raimbourg, sous la direction de Marie Holzman, p. 9
  4. Mémoires du garde rouge Dai Hsiao-ai, autobiographie politique présentée par Gordon A. Bennett et Ronald N. Montaperto, Éditions Albin Michel, 1971, p. 89
  5. Jacques Andrieu, Les gardes rouges : des rebelles sous influence
  6. Révolution culturelle en Chine : les remords d'une garde rouge Le Figaro, 14 janvier 2014