William Tyndale

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William Tyndale

Grande-Bretagne, Pays-Bas

XVIe siècle

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Portrait

Naissance vers 1494
prob. Dursley (Gloucestershire)
Décès 6 octobre 1536
dans les environs de Vilvorde, Duché de Brabant
Nationalité Drapeau de l'Angleterre Angleterre
École/tradition humanisme
Principaux intérêts Bible
Idées remarquables libre-arbitre
Œuvres principales Bible en langue vernaculaire (anglais courant)
Influencé par Martin Luther, Érasme
Citation « Je défie le pape et toutes ses lois, et si Dieu me prête vie, je ferai qu'en Angleterre le garçon qui pousse la charrue connaisse l'Écriture mieux que le pape lui-même ». (Cambridge, 1522)
William Tyndale

William Tyndale ou Tindale (né dans le Gloucestershire en 1494 - exécuté par strangulation le 6 octobre 1536 à Vilvorde) est un protestant anglais connu comme le premier traducteur du Nouveau Testament depuis le texte grec dans une langue moderne (le moyen anglais). Brillant érudit, il parlait l'hébreu, le grec, le latin, l'espagnol et le français, « si bien que chacune de ces langues aurait pu être sa langue maternelle ».

Influencé par les idées réformatrices de Martin Luther, Tyndale avait rencontré Érasme de Rotterdam, avait découvert son Nouveau Testament grec-latin et s'était mis à le traduire en anglais[1]. Dans un premier temps, il rechercha la protection de Tunstall, évêque de Londres, mais lorsque ce dernier apprit ses intentions, il lui refusa l'accès à son palais de Lambeth.

S'il existait déjà au Moyen Âge plusieurs versions partielles ou romancées des récits bibliques en langue vernaculaire (vieil anglais, anglo-normand), le courant initié par la publication de la Bible de John Wycliffe fut condamné et la détention non autorisée des Saintes Écritures en anglais était passible en Angleterre de la peine de mort[2],[3]. La traduction de Tyndale est tout à la fois la première bible traduite depuis les textes originaux (à savoir la version en hébreu pour l'Ancien Testament, et le texte grec pour le nouveau Testament), la première édition anglaise imprimée, et la première bible protestante. Elle fut un défi jeté à l’autorité de l'Église Catholique et à la législation religieuse anglaise. En 1530, Tyndale écrivit un pamphlet : The Practyse of Prelates, par lequel il dénonçait le divorce de Henri VIII comme contraire aux Saintes Écritures.

Tyndale dut aller dans le Saint Empire pour étudier l'hébreu, car en Angleterre l'Édit d'Expulsion (1290) interdisait activement les livres en hébreu. Mais en ce début de XVIe siècle, les écrits en grec ancien devenaient, pour la première fois depuis des siècles, accessibles à la communauté savante d'Europe. Fort des manuscrits rendus disponibles par la diaspora des érudits byzantins depuis la Chute de Constantinople (1453), Érasme venait de traduire et d'éditer, sous le titre (ironique) de « Textus Receptus » le texte grec des Saintes Écritures, dépassant la Vulgate. Tyndale, qui partageait l'idéal humaniste d’Érasme, choisit pour sa traduction l’anglais courant (plutôt que l’anglo-normand, plus relevé), langue alors jugée vulgaire, maladroite et roturière ; tout juste l'améliora-t-il par des tournures inspirées du grec classique et l’emploi de mots hébreux « anglicisés », initiative qui fut l'acte de naissance du moyen anglais, qui sera la langue de Shakespeare et des grands auteurs de l'ère élisabéthaine[2],[4]. Lorsqu’en 1534 le roi Henri VIII lut le manifeste de Tyndale intitulé « La Soumission du Chrétien » (The Obedience of a Christian Man), il y trouva des raisons de rompre avec Rome[4],[5].

En 1535, Tyndale fut arrêté et jeté dans les geôles du château de Vilvorde, non loin de Bruxelles. Jugé en 1536, il fut convaincu d’hérésie, exécuté par strangulation, et son cadavre brûlé au bûcher. Ses dernières paroles, par lesquelles il formait le vœu « que le roi d'Angleterre ouvre les yeux », furent presque exaucées moins de deux années plus tard, avec l'impression de la « version autorisée du roi Henri » (Great Bible) destinée à l'Église d'Angleterre — et qui reprenait largement le texte de Tyndale. Par là, la « Bible Tyndale », comme on l'appelait, contribua à l'essor de la Réforme dans le monde anglophone et tout l’Empire britannique. Elle exerça aussi une influence profonde sur la Bible de Genève, qui fut celle de la colonie de Jamestown (fondée en 1607) et du Mayflower (1620). Il n’est pas anodin qu'en 1611, les 54 érudits chargés par le Roi de compiler la Bible du roi Jacques, se soient, à leur tour, beaucoup inspiré de la traduction de Tyndale, et des traductions qui s'étaient appuyées dessus. Selon une étude[6], le Nouveau Testament de la Bible du roi Jacques reprendrait 83 % de la « Bible Tyndale », et l’Ancien Testament, 76 %.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années d'études[modifier | modifier le code]

Tyndale est né à une date indéterminée, entre 1484 et 1496, peut-être dans un des villages voisins de Dursley, dans le Gloucestershire. La famille Tyndale portait aussi le patronyme de « Hychyns » (Hitchins), et c’est sous le nom de William Hychyns que Tyndale fut immatriculé au Magdalen College School, un lycée préparatoire pour entrer à l'université d’Oxford. La famille Tyndale, originaire du Northumberland, s'est établie via l’East Anglia dans le Gloucestershire au XVe siècle – probablement à cause de la Guerre des Deux-Roses. L’oncle de Tyndale, Edward, était le métayer de Lord Berkeley. Deux études généalogiques[7] citent Edward Smith comme le frère de Sir William Tyndale, de Deane (Northumberland) et Hockwald (Norfolk), qui fut anobli à l'occasion du mariage du prince de Galles à Catherine d'Aragon. La famille Tyndale serait donc de la lignée du baron Adam de Tyndale, un des premiers vassaux de Henri Ier. Margaret Tyndale est une nièce de William Tyndale qui épousa Rowland Taylor dit « le Martyr ».

Tyndale étudia les arts libéraux à Magdalen Hall (qui deviendra par la suite Hertford College) de l’Université d'Oxford en 1506 et fut reçu licencié ès Arts en 1512 ; la même année, il reçut les ordres mineurs et devint sous-diacre. Il fut diplômé Maître ès Arts en juillet 1515, considéré comme un homme aux mœurs pures et menant une vie sans tache[8]. Le titre de « M.A. » lui permettait de s'inscrire à la Faculté de théologie, mais pour lui les cours furent une grave déception :

« Ils ont donné ordre que personne ne lise les Saintes Écritures avant d'avoir été gavé de paganisme pendant huit ou neuf ans et abruti de faux principes, ce qui me rendra définitivement inapte à la vraie compréhension de l’Ècriture. »

Particulièrement doué pour les langues, il parlait couramment le français, l’allemand, l’italien et l’espagnol, et maîtrisait le Latin, le grec et l’hébreu[9]. De 1517 à 1521, il fréquenta l'université de Cambridge[10]. C'est peut-être à cette période qu'il fit la connaissance de Thomas Bilney et de John Frith[11].

Corbeau à l’effigie de William Tyndale, église de St Dunstan-in-the-West, à Londres.

Tyndale entra au service de Sir John Walsh en 1521 comme chapelain et précepteur à Little Sodbury. Ses opinions religieuses vinrent à être connues, et vers 1522 il fut convoqué par John Bell, chancelier du Diocèse de Worcester, sans qu'aucune charge soit retenue contre lui[12].

Après cette entrevue houleuse avec Bell et d'autres dignitaires religieux, vers la fin du séjour de Tyndale à Little Sodbury, John Foxe rapporte une dispute avec un prélat « érudit » mais « blasphématoire », qui aurait déclaré à Tyndale : « il vaudrait mieux que nous soyons privés des lois de Dieu que de celles du pape. » Tyndale répondit : « Je lance un défi au pape et à toutes ses lois, et si Dieu me préserve, avant longtemps j'amènerai le garçon de charrue à en savoir davantage que toi sur les Saintes Écritures[13],[14]! »

Tyndale partit pour Londres en 1523 afin d'obtenir l'autorisation officielle de traduire la Bible en anglais. Dans un premier temps, il rechercha la protection de Tunstall, l'érudit évêque de Londres qui avait travaillé avec Érasme à la collation des Écritures grecques, mais lorsque l’évêque fut mis au fait de ses intentions, il lui refusa l'accès à son palais de Lambeth, déclarant qu'il n'avait pas de poste à lui proposer[15]. Tyndale se mit à précher dans Londres, notamment à St Dunstan-in-the-West, travaillant « à son livre » avec le soutien d'un tailleur, Humphrey Monmouth.

Publication de la bible en anglais[modifier | modifier le code]

Premier chapitre de l’Évangile selon Saint Jean (The Gospell off Sancte Jhon - The fyrst chapter).

En 1524, Tyndale quitte sa patrie qu'il ne reverra plus. H. Samworth suggère d'interpréter l'immatriculation d’un certain Guillelmus Daltici ex Anglia, présente dans les registres de l’Université de Wittenberg comme celle de William Tyndale[16]. Ce pourrait donc être à Wittenberg que Tyndale paracheva sa traduction du Nouveau Testament, en 1525, avec l'aide du frère minorite William Roy.

Il remet sa traduction à l’imprimeur Peter Quentell mais l'entrée en vigueur des mesures anti-luthériennes à Cologne stoppe net la publication : des ouvriers trop bavards auraient informé le prêtre Cochlaeus. Tyndale se précipite à l'atelier, saisit ses précieux manuscrits et les emporte à Worms, ville libre d'Empire alors en voie de conversion à la Réforme. Il faut attendre l'année suivante pour voir la parution du Nouveau Testament par l'imprimeur Peter Schoeffer de Worms[17].

De nouveaux exemplaires parurent bientôt à Anvers. On ignore à quel moment au juste Tyndale était parti pour le port d'Anvers[18] ; à la date du 11 août 1526, on lit dans le journal de Georg Spalatin que Tyndale est resté à Worms près d'une année entière.

Cochlaeus alerte cependant l'évêque Tunstall, qui interdit les bibles en octobre 1526. Tyndale sait donc que les précieux volumes seront saisis à leur arrivée en Angleterre. Pour déjouer l'étroite surveillance qui s'exerce dans les ports, les Nouveaux Testaments sont cachés dans des ballots d'étoffe ou des barils de vin. Beaucoup d'exemplaires sont néanmoins confisqués. Leurs destinataires sont astreints à défiler à cheval, le visage tourné vers la queue de l'animal, et portant visiblement le livre défendu ; ils devront le jeter eux-mêmes au feu devant tous et faire pénitence[19]. L'historien du protestantisme Richard Marius avance que « le spectacle des Ècritures enflammées par une torche (...) déchaîna la controverse même parmi les fidèles[19]. » Mais les efforts de l'évêque de Londres sont voués à l'échec. Les Londoniens veulent prendre connaissance de l'ouvrage proscrit et s'ingénient à l'obtenir au mépris des menaces. En désespoir de cause, l'évêque de Londres[20] prie Packington, un négociant de la cité, de mettre à profit ses relations commerciales avec le port d'Anvers, pour accaparer à la source toute l'édition de Tyndale. Muni d'une forte somme d'argent, Packington se rend sur le continent. L'évêque a cru « mener Dieu par le bout du doigt », écrit un chroniqueur de l'époque. Mais il ne réussira pas mieux dans cette entreprise que dans les précédentes. Packington, ami secret de Tyndale, arrive chez le traducteur :

« Monsieur Tyndale, je vous ai trouvé un bon acquéreur pour vos livres,
- Et qui donc ?
- L'évêque de Londres !
- Mais, si l'évêque veut ces livres, ce ne peut être que pour les brûler !
- Eh bien qu'importe ! D'une manière ou d'une autre l'évêque les brûlera. Il vaut mieux qu'ils vous soient payés ; cela vous permettra d'en imprimer d'autres à leur place ! »

Le marché est conclu et l'édition est apportée en Angleterre. L'évêque de Londres convoque la population devant la cathédrale Saint-Paul pour assister à la destruction massive des livres hérétiques. Cependant, le bûcher de l'évêque devient une publicité inespérée pour la deuxième édition du Nouveau Testament Tyndale. Imprimé cette fois en petit format, pour faciliter la dissimulation des volumes et mieux échapper aux perquisitions, sa diffusion est un vif succès. Le cardinal Wolsey condamna Tyndale comme hérétique, et le premier procès en hérésie s'ouvrit en 1529[21].

Arrestation et exécution[modifier | modifier le code]

William Tyndale au bûcher, s'écriant « Lord, open the King of England's eyes » (bois gravé de l'édition de 1563 des Actes et Monuments de John Foxe).

Tyndale serait retourné à Hambourg vers 1529, emmenant son manuscrit. Il y révisa son Nouveau Testament et commença à traduire l'Ancien Testament, non sans travailler à d'autres essais. Pourtant les adversaires de sa Bible ne désarment pas. Ils tendent un piège à Tyndale. Trop confiant, le traducteur accepte une invitation à un repas chez de prétendus amis ; on met la main sur lui et on l'enferme au château de Vilvorde (Belgique). De son cachot, il adresse au gouverneur de la ville de Vilvorde, le marquis de Bergen, la requête suivante :

« Je souffre gravement du froid, et je suis affecté par un catarrhe perpétuel, qui s'est beaucoup développé dans mon cachot humide. J'aurais besoin d'un habit plus chaud, car celui que je possède est très mince. Mon manteau est complètement usé, mes chemises sont déchirées ; il me faudrait également un pardessus plus épais. De même, je sollicite de votre part la permission d'avoir une lampe le soir, car il m'est fastidieux de m'asseoir seul dans les ténèbres pendant les longues veilles de l'hiver. Mais ce que je vous demande par-dessus tout, et ce que je sollicite de votre clémence en tout premier, c'est une Bible hébraïque et un dictionnaire hébreu, afin que je puisse passer mon temps à étudier. »

Le réformateur, ayant obtenu Bible, grammaire et dictionnaire hébreu, poursuivit son travail de traduction. L'inquisiteur Jacques Latomus siégeait à son procès ; il joua un rôle prépondérant pour le faire condamner et exécuter par le bras séculier de l'empereur Charles Quint. Tyndale fut étranglé et brûlé le 6 septembre 1536. Avant de subir le supplice, il cria d'une voix puissante : « Seigneur, daigne ouvrir les yeux du roi d'Angleterre ! ». 

Cette ultime requête sera exaucée deux ans plus tard. Recueillant sa traduction faite en prison, les amis de Tyndale la complètent et la font imprimer. Il aurait été beaucoup trop dangereux d'indiquer le nom du traducteur sur la page de garde ; aussi cette édition est-elle désignée comme la « Bible de Matthieu » (Matthew's Bible), selon le prénom de l'imprimeur.

En 1538, un exemplaire de cette édition est remis au roi Henri VIII. Bouleversé par la beauté du texte et la profondeur de son message, le monarque qui s'est distingué par ses actes d'indépendance à l'égard du pape, passe outre une nouvelle fois les interdictions ecclésiastiques et décrète que cette Bible doit être lue « dans toutes les paroisses d'Angleterre ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A.C. Partridge, English Biblical Translation (London: Andrè Deutsch Limited, 1973), 38–39, 52–52.
  2. a et b Cf. interview du bibliste David Daniell, par Paul O'Donnell.
  3. Cf. David Daniell et Russell Boulter, « William Tyndale: Man with a Mission », Christian History Institute,‎ 2005, p. 2.
  4. a et b Cf. David Daniell et William H. Noah, William Tyndale: his life, his legacy, Avalon Press,‎ 2004.
  5. Cf. David Daniell, William Tyndale: a biography, New Haven & Londres, Yale University Press,‎ 1994.
  6. D'après Naomi Tadmor, The Social Universe of the English Bible: Scripture, Society, and Culture in Early Modern England, Cambridge University Press,‎ 2010 (ISBN 978-0-521-76971-6), p. 16, qui cite l'étude de John Nielson et Royal Skousen, « How Much of the King James Bible is William Tyndale's? An Estimation Based on Sampling », Reformation, no 3,‎ 1998, p. 49–74.
  7. John Nichol, Literary Anecdotes, Vol IX: Tindal genealogy; Burke's Landed Gentry, éditions du XIXe siècle, 'Tyndale of Haling'
  8. Brian Moynahan. William Tyndale: If God Spare my Life (Londres, 2003), p. 11.
  9. David Daniell, William Tyndale: A Biography (New Haven & London, 1994), p. 18
  10. Érasme y avait été professeur de grec d’août 1511 à janvier 1512. Cf. Daniell, William Tyndale, p. 49-50.
  11. Moynahan, William Tyndale, p. 21.
  12. Moynahan, William Tyndale, p. 28.
  13. "I defy the Pope, and all his laws; and if God spares my life, ere many years, I will cause the boy that driveth the plow to know more of the Scriptures than thou dost!", cité dans la conférence de Dom Henry Wansbrough OSB MA (Oxon) STL LSS
  14. Cf. Foxe, Actes et Monuments, chap. XII.
  15. Tyndale, preface to Five bokes of Moses (1530).
  16. D'après The Life of William Tyndale du Dr Herbert Samworth, « 5 – Tyndale in Germany ».
  17. Joannes Cochlaeus, Commentaria de Actis et Scriptis Martini Lutheri (Saint-Victor-devant*Mayence, impr. Franciscus Berthem, 1549), p. 134.
  18. Le colophon de la traduction de Tyndale du Livre de la Genèse et les pages de titre de plusieurs pamphlets de cette époque sont attribués à l’imprimeur Hans Luft « de Marbourg », mais il s'agit là d'une fausse adresse : car Luft, l’imprimeur de Luther, n'eut jamais d'atelier à Marbourg.
  19. a et b Peter Ackroyd, The Life of Thomas More (Londres, 1999), p. 270.
  20. Il s'agirait plutôt, selon l'édition 1911 de l'Encyclopaedia Britannica, de l’archevêque de Cantorbéry, William Warham.
  21. Moynahan, William Tyndale, p. 177.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Protestantisme | Réforme protestante | Bible

Liens externes[modifier | modifier le code]