Straight edge

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Tatouage straight edge.

Le straight edge est une sous-culture et un sous-genre musical du punk hardcore dont les adhérents ne consomment ni alcool, ni tabac et autres drogues récréatives. C'était une réaction directe à la révolution sexuelle, l'hédonisme et l'excès associée au punk rock[1],[2]. Pour certains, cela s'étend à ne pas s'engager dans la promiscuité sexuelle, suivi d'un régime végétarien ou végétalien, et ne pas consommer de la caféine ou de médicaments[1]. Le terme est adopté à partir de la chanson Straight Edge par le groupe de punk hardcore des années 1980 Minor Threat[3].

Le straight edge émerge au milieu des années 1980 à mi-scène du hardcore. Depuis lors, une grande diversité de croyances et d'idées ont été intégrées dans le mouvement, y compris le véganisme abolitionniste (le végétarisme participant à l'exploitation animale), le bien-être animal[4], le communisme[5] et les croyances de conscience de Krishna[6].

Approches[modifier | modifier le code]

Bien que certains groupes straight edge soient identifiés comme un « gang » par les forces de l'ordre[7], une étude de 2006 démontre que la majeure partie des groupes straight edge sont pacifiques[8]. Bien que la scène punk hardcore à D.C. soit félicitée pour son implication dans les changements sociaux positifs, le mouvement youth crew des années 1980 et le mouvement végétalien des années 1990 attirent de nombreuses polémiques. Le straight edge est souvent perçu avec scepticisme, ridicule, et hostilité, malgré une idéologie moins dogmatique[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Années 1970 et 1980[modifier | modifier le code]

Minor Threat, groupe ayant utilisé pour la première fois le terme straight edge.

En 1999, William Tsitsos identifie trois ères durant lesquelles s'est impliqué le straight edge depuis son lancement au début des années 1980[10]. Depuis les analyses de Tsitsos, d'autres analystes ont identifié une nouvelle ère dans le mouvement[11]. Le straight edge est lancé depuis la scène punk hardcore de la fin des années 1970 et du début des années 1980, et se caractérise principalement par des hurlements plutôt que par des chants[12]. Les individus associés au straight edge de cette ère sont également associés aux idéaux punk comme l'individualisme, le refus de travailler, et des attitudes souvent dangereuses[10].

Le straight edge est le sujet de chansons des années 1980 du groupe Minor Threat (plus explicitement dans leur chanson Straight Edge)[13]), dans la chanson Keep it Clean du groupe punk britannique The Vibrators, et dans la chanson I'm Straight des Modern Lovers dans les années 1970 (dans laquelle ils rejettent l'usage des drogues)[14]. En tant que personnalité de la scène hard rock rejetant l'alcool et la drogue, Ted Nugent influence particulièrement l'idéologie du straight edge[15]. Ian MacKaye, le chanteur de Minor Threat refuse l'étiquette de fondateur du straight edge qui lui est accolée, et affirme que Minor Threat n'est pas un groupe straight edge. Il avance au contraire que le mouvement straight-edge est né d'un malentendu qui prend de l'ampleur, tenant au sens des paroles de la chanson : « Je pense que l'idée du straight edge, de la chanson que j'ai écrite, et de l'interprétation qui en a été faite, a été déformé par certaines personnes. Ils ont modifié, avec leur fondamentalisme, le vrai message, qui dans mon esprit, était qu'on devrait permettre aux gens de vivre leurs vies comme ils le veulent. Généralement, je pense que la plupart des personnes qui s'identifient avec cela sont juste de bonnes personnes, qui ont essayé de faire quelque chose de bien de leurs vies, et que c'est une honte qu'elles doivent souffrir le genre de stigmate que d'autres ont collé à cette attitude. Mais pour ce qui en est devenu un mouvement, ou autre chose car ce n'est pas vraiment un mouvement pour moi, je ne l'ai jamais conçu[16]. »

Le straight edge est lancé sur la côte est américaine à Washington D.C., et se propage rapidement dans le reste du pays, puis jusqu'au Canada[17]. Dans les années 1980, des groupes originaires de la côte est, comme America's Hardcore, Stalag 13, Justice League, et Uniform Choice, se popularisent. À l'aube du mouvement, les concerts se composent souvent de groupes punk et straight edge. Néanmoins, cette situation change peu après et le début des années 1980 est considéré comme la période « avant laquelle les deux scènes se séparent[12]. » Les premiers groupes straight edge impliquent Minor Threat, State of Alert (en), Government Issue, Teen Idles, The Faith, 7 Seconds, SSD, DYS, Negative FX, Cause for Alarm, et The Abused[18],[19],[20].

Un contre-courant du straight edge, le bent edge, est lancé par des membres de la scène hardcore de Washington, D.C. frustrés par la rigidité et l'intolérance de leur scène[21]. Ce mouvement prend de l'ampleur, et pendant la première tournée des Minor Threat en 1982, des gens du public identifient le groupe de bent ou curved edge[22]. Ce contre-courant n'est que de courte durée et s'efface rapidement à la fin des années 1990[23].

Youth crew[modifier | modifier le code]

Youth of Today (en), pionniers de la youth crew.

À l'aube de la youth crew, lancée au milieu des années 1980, l'influence de cette musique dans la scène straight edge s'accroît significativement. La plupart des nouveaux groupes youth crew s'inspirent du heavy metal[24]. Des groupes notables de la youth crew incluent Youth of Today (en)[24], Gorilla Biscuits (en)[24], Judge, Bold, Chain of Strength (en), Uniform Choice (en), et Slapshot[25].

Au milieu des années 1980, le groupe Youth of Today deviennent associé au straight edge, et leur chanson Youth Crew exprime un désir de rassembler la scène en un mouvement[26]. Le végétarisme devient un thème important du straight edge durant cette ère[27], à commencer par la chanson No More des Youth of Today, sortie en 1988, dont les paroles se revendiquent anti-consommation de viande[28]. La défense pour les droits des animaux et pour le véganisme dans le mouvement straight edge atteint son pic de popularité pendant les années 1990[27].

Années 1990[modifier | modifier le code]

Au début des années 1990, un mouvement straight edge militant se fait entendre dans la scène punk et DIY. Néanmoins, les punks militants straight edge ne sont pas connus pour leur tolérance. Ils se revendiquent fiers et n'hésitent pas à faire usage de la force et de la violence pour faire entendre leur voix[29]. Les individus militants straight edge se veulent également plus conservateurs et moins tolérants envers l'homosexualité et l'avortement[30]. Au milieu des années 1990, un nombre de groupe qui défendent la justice sociale, le droit des animaux, le véganisme, et les pratiques courantes du straight edge se convertissent dans le metal. À cette période, le straight edge se divisent en deux parties : hardline[31] et conscience de Krishna[32].

Au début et au milieu des années 1990, le straight edge se popularisent en parallèle aux États-Unis et dans les pays nord-européens[33], en Europe de l'Est[34], au Moyen-Orient[35] et en Amérique du Sud[36]. Le straight edge se popularise dans le monde grâce aux tournées permanentes organisées par les groupes de la youth crew, notamment[37].

Années 2000[modifier | modifier le code]

Au début des années 2000, seule une poignée de groupes militants straight edge parvient à survivre[38]. Contrairement aux médias qui considèrent les groupes straight edge comme un gang[39],[40], de nombreuses études démontrent que les membres associés au mouvement sont pacifiques et non violents[41]. Dans les années 2000, une tolérance parmi les membres du straight edge s'installe pour ceux qui ne participent pas à leur mouvement[42]. Dans cette incarnation du straight edge, les styles musicaux adoptés par les groupes commencent à varier, oscillant entre youth crew, metalcore, et posicore (en)[38]. Les groupes straight edge des années 2000 impliquent Champion, Down to Nothing (en), Embrace Today (en), Have Heart, et Throwdown[43].

Littérature[modifier | modifier le code]

Plusieurs livres sont écrits sur le thème du straight edge, y compris plusieurs volumes d'interviews : All Ages. Reflections on Straight Edge (1997) de Beth Lahickey et Sober Living for the Revolution: Hardcore Punk, Straight Edge, and Radical Politics (2010) de Gabriel Kuhn traitent exclusivement de straight edge. American Hardcore. A Tribal History de Steven Blush de 2001 traite en général de la scène Hardcore et a été un modèle pour le film documentaire du même nom. Ross Haenfler (Straight edge : Clean-living Youth, Hardcore Punk, and Social Change, 2006) et Robert T. Wood (Straightedge Youth. Complexity and Contradictions of a Subculture, 2006) aspiraient à un débat scientifique. Le travail scientifique de Merle Mudler (Straight Edge. Subkultur, Ideologie, Lebensstil?, 2009) est traduit en allemand.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Sutherland, Sam, « The Complicated Contradictions of Straight Edge Punk », Exclaim!,‎ (consulté le 22 février 2010).
  2. (en) Josh Krist, « White Punks on Hope », Phoenix New Times,‎ (lire en ligne).
  3. (en) Encyclopedia of Punk, 2006.
  4. (en) Wood 1999, p. 130–140.
  5. (en) Kuhn 2010, p. 42.
  6. (en) Kuhn 2010, p. 141–143.
  7. Épisode Inside Straight Edge de la série Inside, d'une durée de 50 minutes. Diffusé pour la première fois le 9 avril 2008 sur le réseau National Geographic Society. Autres crédits : Writer: David Shadrack Smith. Directors: Jim Gaffey and David Shadrack Smith. Visionner l'épisode en ligne
  8. (en) Wood 2006, p. 38, 41.
  9. (en) Gabriel Kuhn, Sober Living for the Revolution, PM Press,‎ , p. 14.
  10. a et b (en) Tsitsos 1999.
  11. (en) Kuhn 2010, p. 8–9.
  12. a et b (en) Haenfler 2006, p. 11.
  13. (en) Wood 1999, p. 137–38.
  14. (en) Goldfein 1989, p. 18.
  15. (en) Henry Rollins reports that he and friend Ian MacKaye (vocalist for Minor Threat) would read about the Nuge and the thing that really rubbed off on us was the fact that he didn't drink or smoke or do drugs... [Nugent's performance] was the craziest thing we'd ever seen onstage and here's this guy saying, 'I don't get high.' We thought that was so impressive. Azerrad 2001, p. 121.
  16. (en) « Interview with Scenepointblank » (consulté le 25 mars 2014), p. I think that the idea of straight edge, the song that I wrote, and the way people have related it it, there's some people who have abused it, they've allowed their fundamentalism to interfere with the real message, which in my mind, was that people should be allowed to live their lives the way they want to. By and large, I think most people who identify with that are just good people, who are just trying to do something good in their lives, and it's a shame they have to suffer the kind of stigma that other people have put on that thing. But in terms of it being a movement or whatever, it's just not a movement for me, I never thought of it..
  17. (en) Barlett 2006.
  18. (en) Cogan 2008, p. 317.
  19. (en) Blush 2001, p. 26–29.
  20. (en) Blush 2010, p. 163–165.
  21. (en) Andersen 2003, p. 125.
  22. (en) Kuhn 2010, p. 37.
  23. (en) Mullaney, Jamie L. All In Time: Age And The Temporality Of Authenticity In The Straight-Edge Music Scene. Journal Of Contemporary Ethnography 41.6 (2012): 611-635. Academic Search Premier. 9 février 2013.
  24. a, b et c (en) Tsitsos 1999, p. 404.
  25. (en) Haenfler 2006, p. 218.
  26. (en) Haenfler 2006, p. 12.
  27. a et b (en) Wood 1999, p. 139
  28. (en) Youth of Today 1988, comme cité dans Haenfler 2006.
  29. (en) Haenfler 2006, p. 88.
  30. (en) O'Hara 1999, p. 150.
  31. (en) Wood 1999, p. 140–141.
  32. (en) Wood 1999, p. 143–46.
  33. (en) Kuhn 2010, p. 121.
  34. (en) Kuhn 2010, p. 132.
  35. (en) Kuhn 2010, p. 112.
  36. (en) Kuhn 2010, p. 66.
  37. (en) Kuhn 2010, p. 50–52.
  38. a et b (en) Haenfler 2006, p. 16–17.
  39. (en) Wood 2003, p. 45.
  40. (en) Haenfler 2006, p. 91.
  41. (en) Wood 2003, p. 46.
  42. (en) Wood 2003, p. 46–47.
  43. (en) Haenfler 2006, p. 219.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mark Andersen, Mark Jenkins, Dance of Days: Two Decades of Punk in the Nation's Capital, Akashic Books,‎ (ISBN 1-888451-44-0)
  • (en) Michael Azerrad, Our Band Could Be Your Life: Scenes from the American Indie Underground, 1981–1991, New York, Little, Brown and Company,‎ (ISBN 0-316-78753-1)
  • Thomas Barlett, « Study Rock's Clean, Mean Movement », Chronicle of Higher Education, vol. 53, no 6,‎
  • (en) Steven Blush, American Hardcore: A Tribal History, 1,‎ (ISBN 978-0-922915-71-2)
  • (en) Steven Blush, American Hardcore: A Tribal History, 2,‎ (ISBN 978-0-922915-71-2)
  • (en) Brian Cogan, The Encyclopedia of Punk, New York, Sterling,‎ (ISBN 978-1-4027-5960-4)
  • Erik Davis, « Hare Krishna Hard Core », Spin, vol. 11, no 5,‎ , p. 69–73 (lire en ligne)
  • Josh Goldfein, « Straight and Narrow », Spin, vol. 5, no 1,‎ , p. 18
  • (en) Ross Haenfler, Straight Edge: Hardcore Punk, Clean Living Youth, and Social Change, Rutgers University Press,‎ (ISBN 0-8135-3851-3)
  • (en) Sharon M. Hannon, Punks: a guide to an American subculture, ABC-CLIO,‎
  • Jesse J. Helton et William J. Staudenmeier, « Re-imagining being 'straight' in straight edge », Contemporary Drug Problems, vol. 29, no 2,‎ , p. 445 (ISSN 0091-4509)
  • (en) Gabriel Kuhn, Sober Living for the Revolution: Hardcore Punk, Straight Edge, and Radical Politics, PM Press,‎ (ISBN 1-60486-051-0)
  • Jamie Mullaney, « 'Unity Admirable But Not Necessarily Heeded:' Going Rates and Gender Boundaries in the Straight Edge Hardcore Music Scene », Gender & Society, vol. 21, no 3,‎ , p. 384–408 (DOI 10.1177/0891243207299615)
  • (en) Craig O'Hara, The Philosophy of Punk: More Than Noise, AK Press,‎ (ISBN 1-873176-16-3)
  • William Tsitsos, « Rules of Rebellion: Slamdancing, Moshing, and the American Alternative Scene », Popular Music, vol. 3, no 18,‎ , p. 403 (DOI 10.1017/s0261143000008941)
  • Robert T. Wood, « Nailed to the X: A Lyrical History of Straightedge », Journal of Youth Studies, vol. 2, no 2,‎ , p. 133–151 (DOI 10.1080/13676261.1999.10593032)
  • Robert T. Wood, « The Straightedge Youth Sub-Culture: Complexities of Subculture Identity », Journal of Youth Studies, vol. 6, no 1,‎ , p. 33–52 (DOI 10.1080/1367626032000068154)
  • (en) Robert T. Wood, Straight Edge Youth: The Complexity and Contradictions of a Subculture., Syracuse, NY, Syracuse University Press,‎ (ISBN 0-8156-3127-8)
  • (en) Youth of Today, We're Not In This Alone, Caroline Records,‎

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

  • La Philosophie du Punk, de Craig O’Hara, Éd. Rytrut, 2003, d’après le mémoire de sociologie de 1992 de l’auteur, ayant contribué au fanzine américain Maximumrocknroll. Publié chez AK Press en 1995 et 1999, traduction française. Une étude de différents aspects du mouvement punk avec extraits d’interviews et commentaires, agrémentée de photos et d’iconographies.
  • (en) Haenfler, Ross (2004). Rethinking Subcultural Resistance. Journal of Contemporary Ethnography, vol. 33, pages 406–436.
  • Sam McPheeters, « The Straight Edge Movement », Buzz,‎
  • Darrell D. Irwin, « The Straight Edge Subculture: Examining the Youths' Drug Free Way », Journal of Drug Issues, vol. 29, no 2,‎ 1999, p. 365–380
  • (en) Raymond McCrea Jones, Out of Step: Faces of Straight Edge, Philadelphia, Empire Press,‎ (ISBN 978-0-615-15884-6)
  • Gabriel Smith, « White Mutants of Straight Edge: The Avant-Garde of Abstinence », Journal of Popular Culture, vol. 44, no 3,‎ , p. 633–646 (DOI 10.1111/j.1540-5931.2011.00852.x)

Liens externes[modifier | modifier le code]