Straight edge

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tatouage Straight Edge

Le Straight edge est une sous-culture et un sous-genre du punk hardcore dont les adhérents ne consomment ni alcool, ni tabac et autres drogues récréactives. C'était une réaction directe à la révolution sexuelle, l'hédonisme et l'excès associée au punk rock[1],[2]. Pour certains, cela s'étend à ne pas s'engager dans la promiscuité sexuelle, suivi d'un régime végétarien ou végétalien, et ne pas consommer de la caféine ou de médicaments[1]. Le terme a été adopté à partir de la chanson « Straight Edge » par le groupe de punk hardcore des années 1980 Minor Threat[3].

Le straight edge a émergé au milieu des années 1980 à mi-scène du hardcore. Depuis lors, une grande diversité de croyances et d'idées ont été intégrées dans le mouvement, y compris le végétarisme[4], le bien-être animal[4], le communisme[5] et les croyances de Hare Krishna[6]. Dans de nombreuses régions des États-Unis, le straight edge est traité comme un gang par les forces de l'ordre[7]. Une étude de 2006 a suggéré que la grande majorité des personnes qui s'identifient comme straight edge sont non-violentes[8].

Origine de l'appellation et des symboles[modifier | modifier le code]

L'utilisation de l'appellation Straight Edge vient de l'expression to have the edge, qui veut dire, en anglais, avoir l'avantage, en effet, en ne buvant pas, etc. donc en gardant une clarté d'esprit les straight edge estiment avoir l'avantage sur les gens saouls ou drogués qui ne se contrôlent plus. La chanson Straight Edge reprend cette expression, en rajoutant straight, qui devient l'avantage total.

Les lettres XXX, devenues le symbole du Straight Edge, tirent leur origine de la croix marquée sur le dos de la main des jeunes de moins de 21 ans lors des concerts aux États-Unis, qui leur interdit de commander des boissons alcoolisées au bar. Une technique utilisée par Ian MacKaye et les membres de son groupe The Teen Idles, en effet pour pouvoir jouer dans des bars interdits aux moins de 21 ans ils s'inscrivaient eux-mêmes des X sur les mains afin que les videurs les croient sur paroles (cf. l'interview de Ian MacKaye à Loyola University sur youtube.com.)[réf. nécessaire]

En ce qui concerne les trois X, il convient de démentir l'idée fausse qu'ils correspondent à "I don't drink, don't smoke, don't fuck" de la chanson Out of Step, de Minor Threat, les trois X sont en fait la parodie des trois étoiles du drapeau de la ville de Washington que Ian MacKaye avait remplacés pour une affiche de concert[réf. nécessaire].

Principes fondateurs du Straight Edge[modifier | modifier le code]

Ce mouvement issu du milieu punk est d'abord un mode de vie, une liste de choix que chaque Straight Edge prend la responsabilité d'assumer. Ne pas boire, ne pas fumer, ne pas se droguer pour conserver une éthique propre aux modes de vies alternatifs. La promiscuité sexuelle reste un sujet de débat chez les Straight Edge, l'essentiel reste le fait de respecter son corps et le corps de l'autre. On peut rappeler ici une autre chanson de Minor Threat; Out of Step dont le refrain I don't smoke, Don't drink, Don't fuck, At least I can fucking think qui se traduit par « Je ne fume pas, ne bois pas, ne baise pas. Au moins je pense » qui est souvent prise, à tort, comme les trois piliers fondateurs du Straight Edge, or, Ian MacKaye l'a dit lui-même (cf. la deuxième version de Out Of Step, présente sur Minor Threat, Complete Discography) "This is not a set of rules" "Ceci n'est pas un ensemble de règles"[réf. nécessaire].

Il manifeste le refus du nihilisme, des tendances autodestructrices et négatives du punk, ainsi qu'un besoin de valeurs plus positives, l'aspect social revendicatif du punk étant toujours présent. La promiscuité sexuelle est interprétée de manière différente selon les adeptes du Straight Edge: la plupart n'ont de rapports sexuels que s'ils ont des sentiments envers leur partenaire, ou simplement s'ils ont du respect envers le partenaire, certains (les Hardline : "SxE" extrémistes) prônent l'abstinence avant le mariage.

On y associera bientôt une image pour prendre la forme d'une mode chez les jeunes. Cette nouvelle attitude branchée, souvent éphémère, causera du mécontentement chez les plus intègres. Les individus abandonnant le style de vie Straight Edge seront donc souvent perçus par leurs pairs comme étant vendus. Alimenté par les textes de plusieurs groupes, l'engagement personnel devient alors presque un engagement social.

Ian MacKaye, le chanteur de Minor Threat refuse l'étiquette de fondateur du straight edge qu'on lui a accolée et il a toujours affirmé que Minor Threat n'avait pas été un groupe straight-edge. Il avance au contraire que le mouvement straight-edge est né d'un malentendu qui a pris de l'ampleur, tenant au sens des paroles de la chanson : il le disait encore à l'occasion d'une interview récente[9] :

« Je pense que l'idée du straight edge, de la chanson que j'ai écrite, et de l'interprétation qui en a été faite, a été déformé par certaines personnes. Ils ont modifié, avec leur fondamentalisme, le vrai message, qui dans mon esprit, était qu'on devrait permettre aux gens de vivre leurs vies comme ils le veulent. Généralement, je pense que la plupart des personnes qui s'identifient avec cela sont juste de bonnes personnes, qui ont essayé de faire quelque chose de bien de leurs vies, et que c'est une honte qu'elles doivent souffrir le genre de stigmate que d'autres ont collé à cette attitude. Mais pour ce qui en est devenu un mouvement, ou autre chose car ce n'est pas vraiment un mouvement pour moi, je ne l'ai jamais conçu. »

Renaissances du mouvement[modifier | modifier le code]

La première vague constituée de groupes comme Teen Idles, SSD, Negative FX ou 7 Seconds s'étant assez vite essoufflée, vers 1984-88 une seconde vague de groupes Straight Edge, nommée Youth Crew, prend le relais; elle est emmenée par des groupes comme Youth of Today qui accoleront le végétarisme aux idéaux Straight Edge initiaux, une nouvelle forme de Straight Edge se crée, laissant celle de base.

Des label comme Victory Records, Equal Vision Records et des dizaines d'autres ont grandement contribué à faire connaitre le mouvement avec des groupes Hardcore comme Earth Crisis, Ten Yard Fight, Snapcase, Bane, Wizzer, Good Clean Fun ou AFI (mince partie des plus connus) Dans cette 3e vague on note l'émergence de frange telle que le Krishna-Edge, les Hardline, etc.

D'autres groupes issus de différents styles musicaux s'identifieront également aux idéaux Straight Edge qui désormais ne seront plus systématiquement associés aux mouvements punk rock ou punk hardcore.

Il y a des Straight Edge dans le monde entier, principalement en Amérique du Nord, en Europe (Scandinavie, Angleterre, Europe de l'Est, Franceetc.) et on commence à voir une scène importante en Amérique du Sud (Brésil, Argentine, etc.)

La Superstar de la WWE CM Punk est Straight Edge.

Radicalisation d'une frange du mouvement[modifier | modifier le code]

Musicalement, le mouvement se différencie peu de la scène hardcore. Son idéal était de perpétuer l'idéal punk sur des bases positives. Mais sous l'influence d'une frange radicale, essentiellement américaine, il a connu une dérive, appelée hardline (littéralement : ligne dure). L'inventeur de la hardline est le groupe Vegan Reich. Pas de promiscuité sexuelle s'est transformé en pas de sexe avant le mariage, hostilité à l'homosexualitéetc. Le refus des drogues a dévié en une profonde intolérance et en sectarisme donnant également une très mauvaise image de la scène straight edge. Le respect de la vie s'est transformé en soutien aux campagnes hostiles à l'avortement. Cette vague ne constitue aujourd'hui plus qu'une infime quantité d'individus.[réf. nécessaire] Vegan Reich plaidera plus tard un rapprochement entre le style de vie Straight Edge et l'islam. Après ceci, le Straight Edge en a pris un coup, et beaucoup de personnes crurent que ce mouvement était lié à du racisme ou de l'homophobie. Le style de vie Straight Edge est plutôt ascétique et certains dogmes religieux tenteront d'en faire un levier pour populariser et moderniser la religion. On parlera alors de hardcore chrétien ou christiancore. Ces récupérations opportunistes et ces excès ne font en aucun cas partie du mouvement Straight Edge réel.[non neutre]

Les adeptes de la scène[modifier | modifier le code]

Religion[modifier | modifier le code]

Même la religion n'est pas un élément important de la scène. Bien qu'il y ait eu des tentatives d'influencer l'image religieuse du mouvement, en particulier le Hardline, et comme son nom l'indique dans le Krishna-core, mais aucun groupe ne pourrait l'emporter.[non neutre]

L'intuition initiale du Straight Edge en tant que décision personnelle positive et constructive, en tant qu'ascèse, rejoint un cheminement assez similaire de l'ascèse religieuse telle qu'on peut la retrouver dans le christianisme ou l'islam par exemple. Il n'est donc pas surprenant de retrouver des groupes et des artistes confessionnels dans la scène straight edge, comme c'est déjà le cas dans la scène hardcore. C'est le cas du Spirit-Filled Hardcore (ou Christcore) pour le christianisme par exemple.

Influences de sous cultures[modifier | modifier le code]

Hip Hop[modifier | modifier le code]

Le mouvement Straight Edge a été repris par une petite partie de la scène politique de Hip-Hop[10]. Il s'agit notamment de deux compilations Hip-Hop qui ont été lancées par le site Veganstraightedge.org[11]. Mais la scène n'a cependant pas de grosse influence[12].

Net-Edger[modifier | modifier le code]

Les adeptes des idées Straight Edge sont désignés comme "Net-Edger", "Self-Edger" ou "Drug Free Kids", qui ne prennent pas part à la scène. Certes ils ont le même mode de vie, mais n'ont pas de lien avec la scène Punk-Hardcore. "Net-Edge" se réfère ici à internet, leur moyen de communication le plus utilisé, qui a été choisi parce que personne n'a les mêmes idées dans la région où ils habitent. Pendant que le "Net-Edger" est un terme sociologique, les termes "Drug Free Kids" et "Self-Edger" proviennent de la scène même. Ils servent de codes pour les adeptes des principes fondamentaux Straight-Edge, qui n'ont pas d'intérêt à mettre en valeur le "X" et à participer activement à la scène. Surtout que ce dernier terme est généralement utilisé de façon négative[13].

NS-Straight-Edge[modifier | modifier le code]

Une interprétation de droite des idées Straight Edge est apparue au cours d'un flux de militants d'extreme droit de la scène Néonazi et de camaraderie, qui sont qualifiés de nationalistes autonomes[14].

Queer-Edge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Queercore.

Le mouvement Hardline a énormément de problèmes avec l'homosexualité. Mais même en dehors de ces aspects extrêmes, la scène Straight Edge homophobe est présente. En 2000, le "Queer Edge" est apparu, en opposition à cela, au sein de la scène Punk-Hardcore, une approche qui combine Straight Edge et l'homosexualité. Des fans et des groupes critiquent souvent la consommation de drogue de la culture queer, mais aussi les comportements machistes de la scène Straight Edge. "Queer Edge" fait partie du mouvement Queercore, qui préfere une sexualité plus ouverte[15].

Médias[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Le mouvement Straight-Edge a été représenté dans les films américains The Edge of Quarrel de 2000 et American Hardcore de 2006. En 2008, est apparu avec Inside Straight Edge, un reportage du National Geographic sur la scène Straight Edge. C'est à ce moment que le côté positif de la scène s'est opposé au côté négatif avec l'association à la violence à Salt Lake City et Reno (Nevada). Le Film EDGE the Movie - Perspectives on a Drug Free Culture (2009 - Marc Pierschel / Michael Kirchner) traite explicitement l'Histoire, la motivation et l'interprétation du mouvement.

Littérature[modifier | modifier le code]

Plusieurs livres ont été écrits sur le thème de Straight Edge, y compris plusieurs volumes d'interviews : All Ages. Reflections on Straight Edge (1997) de Beth Lahickey et Sober Living for the Revolution: Hardcore Punk, Straight Edge, and Radical Politics (2010) de Gabriel Kuhn traitent exclusivement de Straight Edge. "American Hardcore. A Tribal History" de Steven Blush de 2001 traite en général de la scène Hardcore et a été un modèle pour le film documentaire du même nom.

Ross Haenfler (Straight edge : Clean-living Youth, Hardcore Punk, and Social Change, 2006) et Robert T. Wood (Straightedge Youth. Complexity and Contradictions of a Subculture, 2006) aspiraient à un débat scientifique. Le travail scientifique de Merle Mudler (Straight Edge. Subkultur, Ideologie, Lebensstil?, 2009) a été traduit en allemand.

Note[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sutherland, Sam, « The Complicated Contradictions of Straight Edge Punk », Exclaim!,‎ juillet 2006 (consulté le 22 février 2010)
  2. Josh Krist, « White Punks on Hope », Phoenix New Times,‎ 22 août 1996 (lire en ligne)
  3. Encyclopedia of Punk, 2006
  4. a et b Wood, 1999, pp=130–40
  5. Kuhn, 2010, p=42
  6. Wood, 1999, pp=141–43
  7. Épisode Inside Straight Edge de la série Inside, d'une durée de 50 minutes. Diffusé pour la première fois le 9 April 2008 le réseau National Geographic Society. Autres crédits : Writer: David Shadrack Smith. Directors: Jim Gaffey and David Shadrack Smith. Visionner l'épisode en ligne
  8. Wood, 2006, pp=38, 41
  9. Interview avec Scenepointblank : « I think that the idea of straight edge, the song that I wrote, and the way people have related it it, there's some people who have abused it, they've allowed their fundamentalism to interfere with the real message, which in my mind, was that people should be allowed to live their lives the way they want to. By and large, I think most people who identify with that are just good people, who are just trying to do something good in their lives, and it's a shame they have to suffer the kind of stigma that other people have put on that thing. But in terms of it being a movement or whatever, it's just not a movement for me, I never thought of it. »
  10. Gabriel Kuhn, Straight Edge Geschichte und Politik einer Bewegung, p. 45.
  11. « Vegan Edge Hip Hop for every mc who opens cages », Veganstraightedge.com (consulté le 8 septembre 2011).
  12. http://de.wikipedia.org/wiki/Straight_Edge#Hip-Hop
  13. http://de.wikipedia.org/wiki/Straight_Edge#Net-Edger
  14. http://de.wikipedia.org/wiki/Straight_Edge#NS-Straight-Edge
  15. http://de.wikipedia.org/wiki/Straight_Edge#Queer-Edge

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) La Philosophie du Punk, de Craig O’Hara, Éd. Rytrut, 2003, d’après le mémoire de sociologie de 1992 de l’auteur, ayant contribué au fanzine américain Maximumrocknroll. Publié chez AK Press en 1995 et 1999, traduction française. Une étude de différents aspects du mouvement punk avec extraits d’interviews et commentaires, agrémentée de photos et d’iconographies.
  • (fr) Génération Extrême - 1975-1982, du punk à la cold-wave, de Frédéric Thébault (Éditions : Camion Blanc) - 2005, ouvrage présentant un panorama des mouvements musicaux de l'époque, depuis l'explosion du mouvement punk.
  • (en) 1988, The New Wave Punk Rock Explosion, de Caroline Coon (Éditions : Omnibus Press) - 1977, premier ouvrage publié sur le mouvement punk britannique, en pleine période punk, par une journaliste elle-même devenue punk.