Saint Augustin dans son cabinet de travail (Botticelli, Offices)

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Saint Augustin dans son cabinet de travail
Image illustrative de l'article Saint Augustin dans son cabinet de travail (Botticelli, Offices)
Artiste Sandro Botticelli
Date 1470-1494
Technique Tempera sur panneau
Dimensions (H × L) 41 × 27 cm
Localisation Galerie des Offices, Florence (Italie)

Saint Augustin dans son cabinet de travail (en italien : Sant'Agostino nello studio) est un tableau, peint vers 1490-1494 par Sandro Botticelli.

Cette tempera sur panneau de petit format, 41 × 27 cm, est conservée aux Offices de Florence.

Ses petites dimensions semblent de toute évidence se rapporter à une peinture destinée à la dévotion personnelle et à être vue de près.

Données historiques[modifier | modifier le code]

Se basant sur les habits portés par le saint, Ronald Lightbown suggère que le commanditaire du tableau est peut-être un ermite augustin du couvent florentin de Santo Spirito[1].

Le tableau a appartenu au collectionneur et mécène Bernardo Vecchietti. Giorgio Vasari prétend l'avoir vu dans la maison de ce dernier et l'attribue à Filippo Lippi[2]. Vincenzo Borghini, en 1584, confirme la présence du panneau dans la collection du mécène, plus précisément dans sa villa Il Riposo, le qualifie de « très belle peinture de Botticelli », mais ne fait mention d'aucune œuvre de Lippi[3].

Acheté par le peintre Ignazio Hugford en 1771, il est acquis à la mort de ce dernier, en 1778, par Piero Pieralli. Peu de temps après, en 1779, il entre dans les collections de la Galerie des Offices.

Attribution et datation[modifier | modifier le code]

La toile est toujours présentée comme une œuvre de Filippo Lippi, notamment lors d'une exposition à l'Académie du dessin de Florence, en 1567 ; finalement, cette attribution, le fait de Vasari, est contestée à la fin du XIXe siècle. Le premier à soutenir la paternité botticellienne est Giovanni Morelli, en 1890[4], puis Herbert Horne en 1908[5].

Aujourd'hui, l'intégration de ce Saint Augustin au corpus de Botticelli est bien justement unanime.

Des similitudes stylistiques, relevées notamment par Horne avec « la tête et les mains du saint tracées avec la nervosité qui caractérisait déjà La Calomnie d'Apelle[5] » plaident pour une datation dans la dernière décennie du XVe siècle. À cette période s'observe un changement de thématique pour les commandes passées aux artistes, consécutivement aux prédications de Jérôme Savonarole. La représentation des saints, transmetteurs du message divin par leur écrits, est ainsi mise en lumière[6].

Description[modifier | modifier le code]

La scène, dont la perspective très étudiée et le soin apporté aux ornements architecturaux, sont dus vraisemblablement à la « virtuosité optique » de Botticelli[7], représente saint Augustin en plein travail d'écriture, assis dans son cabinet de travail et accoudé à une table, posée sur un socle surélevé. Un rideau, placé sous la voûte et tiré avec élan sur le côté gauche, dégage la vue sur le saint, lequel porte un scapulaire noir, un rappel de son ordre et une chape d'évêque, dont la couleur vive s'oppose à la tonalité sombre de la pièce. Le sol est jonché de morceaux de papier froissés et de plumes usagées.

La cellule, austère mais néanmoins raffinée, dont l'architecture en pietra serena, ce matériau alors très utilisé en Toscane, évoque une chapelle étroite d’église, est voûtée en plein cintre avec un intrados décoré de 24 caissons. Une porte est percée dans le mur de droite et forme une symétrie avec l'étagère de livres du mur opposé. La lunette du mur du fond est décorée d'un faux relief, une Vierge à l'Enfant, une allusion des écrits du saint sur la mère du Christ. De part et d'autre de l'arc, est représenté, également en faux relief, le profil de deux empereurs romains dans un médaillon formé d'une guirlande de laurier, qui pourraient être, selon Lighbown, Flavius Arcadius et Flavius Honorius[7] ; contemporains de saint Augustin, ils sont, respectivement, premier empereur romain d'Orient et empereur romain d’Occident.

Analyse[modifier | modifier le code]

Les morceaux de papier froissés et les plumes usagées indiquent un travail d'écriture intense, jugé partiellement insatisfaisant par le saint et introduisent une notion de temps dans la scène.

L'accord entre le personnage et son espace n'est pas respecté par Botticelli dans ce tableau. D'une part, le saint ne peut manifestement pas se lever et se tenir debout dans sa cellule ; d'autre part, la porte n'est absolument pas proportionnelle à la taille de saint Augustin.

Le thème de saint Augustin par Botticelli[modifier | modifier le code]

Saint Augustin dans son cabinet de travail est traité à deux autres reprises par Botticelli.

Commandé par la famille Vespucci, le double patronage des frères Nastagio et Giorgio Antonio étant généralement admis[8], Botticelli peint à fresque, en 1480, Saint Augustin dans son cabinet de travail dans l'Église Ognissanti de Florence, face au Saint Jérôme dans son cabinet de travail de Domenico Ghirlandaio.

Entre 1488 et 1490, Botticelli représente une nouvelle fois saint Augustin dans l'une des cinq scènes de la prédelle du Retable de Saint Marc, conservé également aux Offices.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Botticelli. De Laurent le Magnifique à Savonarole, Milan, Skira,‎ 2003, 246 p. (ISBN 978-8-8849-1564-1), p. 138 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    Catalogue de l'exposition à Paris, Musée du Luxembourg, du 1er octobre 2003 au 22 février 2004 et à Florence, Palazzo Strozzi, du 10 mars au 11 juillet 2004, sous la direction de Daniel Arasse, Pierluigi De Vecchi, Patrizia Nitti
  • Alexandra Grömling et Tilman Lingesleben (trad. Stéphane Schoonover), Botticelli 1444/45-1510 [« Meister der italienischen Kunst - Botticelli »], Cologne, H.F. Ullmann,‎ 2007, 120 p. (ISBN 978-3-8331-3810-2), p. 94 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (it) Bruno Santi, Botticelli, in I protagonisti dell'arte italiana, Firenze, Scala Group,‎ 2001 (ISBN 88-8117-091-4) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ronald Lightbown, Life and Works, London, Paul Elek,‎ 1978, p. 119
  2. (it) Giorgio Vasari, Le vite de' piu eccellenti pittori, scultori et architettori, in Le opera di Giorgio Vasari, vol. 2, Firenze, G. Milanesi,‎ 1878-1885, p. 625-626
  3. (it) Vicenzo Borghini, Il Riposo, Milano, M. Rosci,‎ 1967, p. 13
  4. (it) Giovanni Morelli, Della pittura italiana. Le Gallerie Borghese e Doria-Pamphili in Roma [« Kunstkritische Studien uber Italienische Malerei. Die Galerien Borghese und Doria Panfili in Rom »], Milano,‎ 1897, p. 33-39
    Écrit sous le pseudonyme russe d'Ivan Lermolieff
  5. a et b (it) Herbert Percy Horne, Botticelli [« Commonly Called Sandro Botticelli, Painter of Florence »], Firenze,‎ 1986, p. 371
    Réimpression anastatique et traduction italienne sous la direction de C. Caneva et G. Giusti
  6. Dominique Thiébault, Botticelli, Paris, Chêne,‎ 1991, 155 p. (ISBN 978-28510-8714-0), p. 132
  7. a et b (en) Ronald Lightbown, Life and Works, London, Paul Elek,‎ 1978, p. 120
  8. (it) Herbert Percy Horne, Botticelli [« Commonly Called Sandro Botticelli, Painter of Florence »], Firenze,‎ 1986, p. 97-106
    Réimpression anastatique et traduction italienne sous la direction de C. Caneva et G. Giusti