Aby Warburg

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Aby Warburg

Aby Moritz Warburg (né le 13 juin 1866 à Hambourg, Allemagne, et mort également à Hambourg le 26 octobre 1929) est un historien de l'art. Son travail a servi à jeter les bases de l'iconologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une riche famille de banquiers juifs, Aby Warburg entre à l'Université de Bonn en 1886 pour y étudier l'histoire de l'art à laquelle il consacrera sa vie (la légende veut qu'il ait abandonné l'héritage familial au profit de son frère en échange de l'engagement de celui-ci à lui fournir tous les ouvrages qui lui seraient nécessaires). Ouvert à de nombreuses approches (philosophie, anthropologie, histoire de l'art, psychologie…), il est tenu pour fondateur de l'iconologie, une nouvelle méthode d'analyse qui consiste, selon l'auteur, à « opérer une décomposition [de l'œuvre] qui en fera apparaître clairement l'hétérogénéité matérielle ou essentielle ».

Son intérêt pour l'histoire de l'art lui attire les foudres de sa famille qui le destinait à une autre carrière, et il poussera l'opposition jusqu'à déclarer à son père qu'il ne peut prendre le temps de manger kasher en raison de l'emploi du temps de ses études. Dès lors, sa relation avec la religion ne cessera d'être ambiguë (il se déclara même chrétien « au fond de [son] âme »[réf. nécessaire]) et, en 1892, il se mariera contre l'avis de son père avec une non-juive, Mary Hertz.

Ses travaux le conduisent à devenir un spécialiste de la Renaissance. Il retrouve dans l'étude de cette période cette même idée que Nietzsche avait développée quant à l'art antique grec dans La Naissance de la tragédie, qui y voit apparaître une civilisation prise entre une raison symbolisée par Apollon et une passion représentée par Dionysos.

En 1895-1896, au cours d'un voyage aux États-Unis, Aby Warburg se rend dans le Sud-Ouest dans les pueblos, où résident les Indiens Hopis. Il découvre la poterie, puis les poupées kachinas et assiste finalement à des danses. Il ne rapporte de cette expédition que quelques clichés qu'il présentera dans des clubs de photographie et qui n'auront pas un grand retentissement.

Au cours de l'année 1918, Warburg rassemble des documents afin de comprendre le conflit qui se déroule sous ses yeux et, au sortir de la Première Guerre mondiale, finit par se croire le responsable de son déclenchement. Commence dès lors une période de folie qui durera jusqu'en 1923 ; qualifiée de « psychose aiguë », celle-ci se manifeste par des angoisses, un sentiment de persécution et des passages délirants (il entend les cris de sa famille sous la torture, croit que la viande qui lui est servie est la chair de ses enfants). Après avoir été interné pendant trois années dans une clinique d'Hambourg, il intègre la clinique Bellevue de Kreuzlingen, en Suisse, où il est suivi par Ludwig Binswanger, un disciple de Sigmund Freud.

Binswanger estime à l'époque que bien que Warburg ait conservé toutes ses facultés intellectuelles, ce dernier n'est plus apte à mener sa recherche en raison des difficultés qu'il éprouve à se concentrer longuement sur un sujet précis. En 1923, Warburg propose un marché incroyable à l'équipe thérapeutique : s'il parvient à produire un travail scientifique, ceux-ci devront l'autoriser à mettre un terme à son séjour dans l'établissement. Le 21 avril, il présente à un public composé tout autant de soignants que de patients de la clinique, une conférence sur les rituels des Indiens Hopis, qu'il mettra en relation avec le sacrifice, le débat sur la civilisation mais aussi encore avec l'art du Quattrocento. Son exposé insiste notamment sur le haut degré de la civilisation hopi dont les rites procèdent d'une nécessité pratique (exemple, faire venir la pluie) et se situent au niveau symbolique (le serpent n'est pas réellement sacrifié, mais « intégré » par le geste de le prendre dans sa bouche et relâché dans la nature pour aller « porter le message »).

Le résultat convainc les thérapeutes et Warburg sort de l'institution. Il continue sa recherche en travaillant sur un ouvrage inachevé, l'Atlas Mnemosyne, jusqu'à sa mort due à une crise cardiaque survenue en 1929.

Il laisse derrière lui un héritage important, malgré le caractère spécialisé de ses publications, ainsi qu'une vaste bibliothèque qu'il constitua tout au long de sa vie comprenant 80 000 ouvrages et située en 2006 à l'Institut Warburg à Londres, à la suite du déménagement opéré en catastrophe sous le nazisme. Les locaux de sa bibliothèque à Hambourg abritent toujours un centre de recherches.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Aby Warburg, La Naissance de Vénus et Le Printemps de Sandro Botticelli, trad. par Laure Cahen-Maurel, Paris, Éditions Allia, 2007.
  • Aby Warburg, Le Rituel du serpent : Récit d'un voyage en pays Pueblo, trad. par Sibylle Muller, Paris, Macula, 2003.
  • Aby Warburg, Essais florentins, trad. par Sibylle Muller, Paris, Klincksieck, 1990; rééd. en 2003.
  • Aby Warburg, L’Atlas Mnémosyne, trad. par Sacha Zilberfarb, Paris, L’écarquillé - INHA, 2012
  • (de) Biographie de Aby Warburg, sur le site de la Warburg Electronic Library
  • Ludwig Binswanger, La Guérison infinie. Histoire clinique d'Aby Warburg, trad. de M. Renouard et M. Rueff, postface de C. Marazia, Paris, Rivages, 2007, rééd. en poche coll. « Petite Bibliothèque », 2011 (286 pages).

Études de l'homme et de l'œuvre[modifier | modifier le code]

  • Ernst Gombrich, Aby Warburg : An intellectual biography, Warburg Institute [of the] University of London, London, 1970.
  • Philippe-Alain Michaud, Aby Warburg et l'image en mouvement, Macula, Paris, 1998.
  • Giorgio Agamben, Image et mémoire, Hoëbeke, Paris, 1998.
  • Georges Didi-Huberman, L'Image survivante : histoire de l'art et temps des fantômes selon Aby Warburg, Éd. de Minuit, Paris, 2002.
  • Georges Didi-Huberman, Atlas ou le gai savoir inquiet - L'œil de l'Histoire, 3, Éd. de Minuit, Paris, 2011.
  • (de) Karl Königseder, « Aby Warburg im "Bellevue" (1995) ». In: Galitz, R. und Reimers, B.: Aby M. Warburg "Ekstatische Nymphe ... trauernder Flussgott" Portrait eines Gelehrten. Dölling und Gallitz, Hamburg. S. 74-103.

Études bibliographiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :