Rue de la Paix (Paris)

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1er, 2e arrt
Rue de la Paix
Rue de la Paix en direction de la place Vendôme.
Rue de la Paix en direction de la place Vendôme.
Situation
Arrondissement 1er arrondissement
2e arrondissement
Quartier Gaillon
Début Place Vendôme
Fin Place de l'Opéra
Morphologie
Longueur 230 m
Largeur 22,5 m
Historique
Ancien(s) nom(s) Rue Napoléon
Géocodification
Ville de Paris 6911
DGI 6998

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Rue de la Paix

48° 52′ 09″ N 2° 19′ 52″ E / 48.869131, 2.331128

La rue de la Paix (anc. rue Napoléon) est une rue des 1er et 2e arrondissements de Paris.

Situation[modifier | modifier le code]

La rue de la Paix fait la jonction entre la place Vendôme et l'Opéra Garnier. Située dans un quartier prestigieux et aisé de la capitale, elle comprend principalement des maisons de haute joaillerie comme Cartier, Van Cleef & Arpels ou Mellerio, des magasins de luxe, des grands hôtels et palaces comme l'hôtel Westminster et le Park Hyatt.

Ce site est desservi par la station de métro Opéra.

Histoire[modifier | modifier le code]

Couvent des Capucines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Couvent des Capucines.

L'ordre des Clarisses capucines est introduit en France par la reine Louise de Lorraine et elle souhaitait créer un couvent à Bourges pour y être inhumée. À sa mort, le 29 janvier 1601, elle lègue à son frère, Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, une somme de 60 000 livres pour le construire, mais celui-ci meurt en février 1602.

Par lettres patentes du 8 juin 1602, Henri IV autorise sa veuve, Marie de Luxembourg, duchesse d'Étampes et de Penthièvre, de construire un couvent des Capucines, mais à Paris au lieu de Bourges. Par une bulle de septembre 1603, le pape Paul V accrédite la création à Paris du couvent, sous le nom des Filles de la Passion. Marie de Luxembourg décide d'installer les religieuses dans l'hôtel du Perron, ou de Retz, dans le faubourg Saint-Honoré, qui lui appartient avec l'aide de son beau-frère, le Père Ange de Joyeuse, capucin, frère du duc Anne de Joyeuse époux de Marguerite de Lorraine, sœur de Louise de Lorraine. Les travaux de construction du couvent commencent le 29 juin 1604. La chapelle est inaugurée en juin 1606.

Le couvent des Capucines occupe alors une moitié de la place Vendôme actuelle. Pour construire la place Vendôme quelque 80 années plus tard, il faut donc détruire le couvent des Capucines. Louis XIV offre aux religieuses de reconstruire à ses frais un nouveau couvent. Le plan de la façade de l'église est demandé au premier architecte du roi Jules Hardouin-Mansart et fourni le 6 avril 1686. Les travaux sont suivis par François II d'Orbay. Mais rapidement ce premier plan est changé pour tenir compte de la perspective avec la nouvelle place et en particulier avec le portail du couvent des Feuillants qui se trouve en vis-à-vis, de l'autre côté de la place. La première pierre est posée le 9 juillet 1686. Les religieuses s'y installent le 2 juillet 1688. La nouvelle église est consacrée à saint Louis le 27 août 1689.

Mais pour reconstruire le nouveau couvent, François Michel Le Tellier, marquis de Louvois avait exigé de l'entrepreneur Maurice II Gabriel (1632-1693) de réutiliser les matériaux de l'ancien édifice. En 1720, le portail de l'église est déjà très dégradé, probablement à cause du choix de Louvois de fonder le couvent sur des moellons de plâtre. Le portail est reconstruit en 1721-1722 sur les plans de Sébastien-Antoine Slodtz (1695-1754) avec des sculptures de François-Antoine Vassé (1681-1736). L'architecte Jacques-François Blondel n'appréciait pas l'église. Le portail doit encore être restauré en 1755.

À la Révolution, les officiers municipaux ont pour mission d'expulser les religieuses et le 14 juin 1790, les sœurs quittent le couvent. Par le décret du 7 septembre 1792, le couvent devient l'hôtel des Monnaies où sont imprimés les assignats. L'église profanée voit le physicien Étienne-Gaspard Robertson présenter des spectacles de fantasmagorie à l'aide d'une lanterne magique appelée fantascope. En 1800, le cirque d'Antonio Franconi occupe l'ancien couvent[1].

Percement de la rue de la Paix[modifier | modifier le code]

Percement des rues autour de l'Opéra de Paris

En 1685, est créé à l'avant du rempart des Fossés-Jaunes un cours longeant le jardin du couvent des Capucines (aujourd'hui boulevard des Capucines). Le développement du quartier se fait avec la rue de la Chaussée-d'Antin, à partir de 1720, puis la rue de Caumartin en 1779. Le marais des Porcherons, ou marais aux Mathurins, se lotit entre 1768 et 1793[2].

Le décret du 19 février 1806 approuve l'ouverture de la rue de la Paix, sous le nom de rue Napoléon, entre la place Vendôme et le boulevard des Capucines. Ce décret prévoit aussi la création de la rue Daunou (alors rue Neuve-Saint-Augustin), qui est perpendiculaire[3]. Le décret précise qu'elle doit être la plus belle rue de Paris et qu'une colonne doit être dressée place Vendôme avec le bronze des canons pris à Austerlitz, sur le modèle de la colonne Trajane de Rome. La rue change de nom pour celui de rue de la Paix le 30 mai 1814, pour célébrer la nouvelle paix négociée en Europe[4].

Destruction du couvent des Capucines[modifier | modifier le code]

La rue est percée après la destruction du couvent des Capucines, à la suite des confiscations des biens ecclésiastiques par la Révolution française. Or, certains personnages célèbres avaient été enterrés (parfois seulement une partie de leur dépouille mortelle, tel le cœur) dans l'église conventuelle à la suite d'un testament, d'une fondation de messe ou d'un legs. Parmi ces dignitaires, on compte François Michel Le Tellier de Louvois, Gilbert Colbert de Saint-Pouange, la marquise de Pompadour ou le duc de Créquy, frère aîné du maréchal François de Créquy. On estime que les huit chapelles qui de part et d'autre bordent la Nef où se trouvaient les tombeaux, se situent aujourd'hui à cheval entre la chaussée et le trottoir, au niveau des immeubles érigés au début de la rue de la Paix, du no 2 au no 6, incluant les numéros impairs[5].

Les ossements mis à jour dans le cloître et l'église des Capucines lors de l'édification de la rue de la Paix, sont transférés le 29 mars 1804 aux catacombes de Paris, dans leur ossuaire particulier. La reine Louise de Lorraine, fondatrice du couvent, est déplacée au cimetière du Père-Lachaise en 1806, puis dans la Basilique Saint-Denis en 1817. En 1864, pendant la construction d'un égout haussmannien, trois cercueils sont découverts et sauvés : celui d'Henriette Catherine de Joyeuse, la duchesse de Mercœur et Louvois. Mais d'après l'historien Jacques Hillairet, celui de Madame de Pompadour n'a pas été exhumé. L'écrivain Michel de Decker évoque le devenir de la marquise dans son ouvrage[6] : « C'est ainsi que Jeanne-Antoinette, demeurée dans son tombeau, dort encore aujourd'hui sous le pavé de l'ancienne rue Napoléon - devenue rue de la Paix en 1814 - et sans doute devant l'immeuble portant le numéro trois ».

Premières constructions[modifier | modifier le code]

La rue peinte par Jean Béraud (c.1900)

La rue est terminée sous le règne de Louis-Philippe[7].

Marie-Antoine Carême (1784-1833) y ouvre sa première pâtisserie avant d'officier dans les cuisines de toutes les cours d'Europe et celles des nouveaux riches parisiens.

La rue de la Paix va servir de lieu de passage pour les différentes délégations étrangères se rendant au palais des Tuileries.

Le réaménagement du quartier autour du nouvel Opéra de Paris à partir de 1861 va faire de celui-ci le lieu du commerce du luxe.

Le couturier Charles Frederick Worth y avait sa maison de couture au no 7.

Bâtiments remarquables[modifier | modifier le code]

Rue de la Paix vue de la place Vendôme en direction de la place de l'Opéra.
  • n° 3 : La maison de haute couture Paquin fut installé au 3 rue de la Paix en 1891. À son apogée, l'entreprise comptait près de 2700 employés avant de fermer définitivement ses portes en 1956 pour cause de grandes difficultés financières.
  • no 4 : L'architecte-décorateur Louis Süe (1875-1968) réalisa ici avec André Mare, le Magasin de joaillerie - orfèvrerie de Robert Linzeler (1872-1941), en 1923.
  • no 8 : sous le règne de Louis-Philippe et le Second Empire, emplacement de l'hôtel-meublé Mirabeau et du magasin de l'éditeur Amyot. L'immeuble actuel est de 1867, date à laquelle il fut reconstruit. En 1927, le parfumeur Roger&Gallet y fit faire la devanture de sa boutique en Lap
  • no 9 : emplacement de la joaillerie Mellerio
  • no 17 : emplacement de la confiserie-pâtisserie Carême en 1830 et en 1923 de la Parfumerie d'Orsay, réalisée par l'architecte décorateur Louis Süe (1875-1968) et ses associés le peintre André Mare et le ferronnier d'art Richard Georges Desvallières
  • no 20 : emplacement du magasin de nouveautés À la belle anglaise ouvert en 1824, devenu par la suite l'hôtel-meublé de Hollande, puis la maison de parfum Richard Hudnut, entre autres.
  • no 21 : emplacement d'une salle où N. Kaufmann, un musicien allemand originaire de Dresde, faisait entendre vers 1817 lors de soirées musicales ses inventions : le bellonéon, le cordaulodion, l'harmonicorde et l'automate trompette à double-son[8],[9]. Le bâtiment devint ensuite, vers 1824, la maison Doucet spécialisée dans la vente de lingerie pour hommes et de frivolités pour dames.
  • no 22 : emplacement de l'hôtel-meublé des Îles britanniques en 1860.
  • no 23 : emplacement de la maison de mode Caroline Reboux
  • no 25 : emplacement de l'hôtel-meublé de Douvres en 1862.

La rue de la Paix dans la culture[modifier | modifier le code]

Jeu de société[modifier | modifier le code]

En France, cette rue est connue comme étant la plus chère du jeu de société Monopoly. Elle a aussi donné son nom au jeu Rendez-vous rue de la Paix.

Chanson[modifier | modifier le code]

Elle a inspiré une chanson du même nom de Zazie.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Une séquence du film de Josiane Balasko, Cliente (2008), est tournée rue de la Paix.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ania Guini-Skliar, « Le couvent des Capucines » dans La place Vendôme. Art, pouvoir et fortune, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, Paris, 2002, p. 63-68 (ISBN 2-913246-41-9).
  2. Jean Castex, « Les origines du quartier » dans Autour de l'Opéra. Naissance de la ville moderne, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, Paris, 1995, p. 43-44 (ISBN 2-905-118-81-4)
  3. Florence Bourillon, « Le quartier Gaillon » dans Autour de l'Opéra. Naissance de la ville moderne, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, Paris, 1995, p. 101-102 (ISBN 2-905-118-81-4)
  4. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris (Paris: Editions de Minuit, 8th ed., 1985), vol. I, p. 265.
  5. Bibliothèque nationale de France - Bibliothèque numérique Gallica : Plan du rez-de-chaussée du couvent des Capucines de 1686
    Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, vol. 1 et 2, Éditions de Minuit,‎ octobre 1985 (1re éd. 1960), 1600 p. (ISBN 978-2-70731-054-5)
    Site Jean-François Parot : Le couvent des Capucines
    Site Tombes et sépultures : Le couvent des Capucines de la place Vendôme
  6. Michel de Decker, La Marquise des plaisirs - Madame de Pompadour, Pygmalion,‎ mars 2007 (ISBN 978-2-85704-948-7), p. 205 à 206
  7. Diane de Saint André-Moreau, « La rue de la Paix, 1880-1900 » dans Autour de l'Opéra. Naissance de la ville moderne, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, Paris, 1995, p. 114-126 (ISBN 2-905-118-81-4)
  8. A. L. Millin, Annales encyclopédiques, Paris, 1817, p. 351-52
  9. Arnaud, Jay, Jouy et Norvins, Biographie nouvelle des contemporains, E. Babeuf, Paris, 1823, p.56-57.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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