Stepan Bandera

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Stepan Bandera
Stepan Bandera avant 1934.
Stepan Bandera avant 1934.
Fonctions
Dirigeant de l'OUN(B).
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Staryï Ourhyniv (uk), Galicie, Autriche-Hongrie
Date de décès (à 50 ans)
Lieu de décès Munich, Allemagne de l'Ouest
Nature du décès Assassiné par un agent du KGB

Signature

Stepan Andriïovytch Bandera (ukrainien : Степа́н Андрі́йович Банде́ра), né le dans la province de Kalouch dans l'Est de l'Empire Austro-Hongrois et mort le à Munich, est un homme politique et idéologue nationaliste ukrainien. Il fut l'un des dirigeants de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et dirigeant de l'Organisation des nationalistes ukrainiens tendance extrémiste dite OUN(B). Dans sa lutte pour l'indépendance de l'Ukraine contre la Pologne et l'Union soviétique, il collabora avec l'Allemagne nazie en créant la légion ukrainienne sous commandement de la Wehrmacht.

Le 30 juin 1941 à Lviv, il rédigea avec Yaroslav Stetsko une Déclaration d'Indépendance de l'Ukraine, qu'il diffuse. Celle-ci étant rejetée par l'occupant nazi, il fut arrêté et envoyé après janvier 1942 dans le camp de Sachsenhausen. Libéré en septembre 1944, il fuit en Suisse avant la fin de la guerre pour réapparaître en Allemagne de l'Ouest, où il fut assassiné par les services secrets soviétiques en 1959.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Stepan Bandera enfant en tenue de Plast

Stepan Bandera est né le dans le village de Staryï Ouhryniv (ukrainien : Старий Угринів), province de Kalouch en Galicie (actuellement dans l'oblast d'Ivano-Frankivsk, en Ukraine), qui appartenait à l'époque à l'Autriche-Hongrie. Son père, Andriy Bandera, prêtre gréco-catholique (uniate) était un nationaliste membre de l'Organisation militaire ukrainienne (UVO) et de l'OUN[1]. Sa mère, Myroslava Bandera, est issue d'une vieille famille de prêtres catholiques grecs (elle est la fille du prêtre de Staryï Ouhryniv).

Stepan Bandera a passé son enfance dans ce village, dans la maison de ses parents et grands-parents, grandissant dans une atmosphère de patriotisme ukrainien et de nationalisme. De 1919 à 1927, Stepan Bandera étudie au lycée de Stryï et de 1928 à 1932, il étudie l'agronomie à l'École polytechnique de Lviv[2].

Au printemps 1922, sa mère meurt de tuberculose à la gorge.

Début dans le nationalisme[modifier | modifier le code]

En 1928, il devient membre[2] de l'Organisation militaire ukrainienne[Note 1],[3] où il s'occupe de la propagande. Et en 1929, il entre dans l'OUN qui vient d'être fondé. En 1931, Stepan Bandera devient le chef de la propagande anti-polonaise du OUN[4]. En 1932, il part pour l'Allemagne pour apprendre les techniques de renseignement dans une académie à Dantzig[5] et à son retour en 1933, il devint directeur adjoint des guides régionaux et commandant de l'UVO. Cette période se caractérise par une tension grandissante entre les autorités polonaises et la minorité ukrainienne. Les revendications des Ukrainiens se heurtent à une action punitive de « pacification » menée par les autorités polonaises.

En 1933, Richard Yari et Yevhen Konovalets engagent des pourparlers avec la Gestapo en vue d'une collaboration et d'un soutien financier[6]. Selon un rapport de l'ONU de 1947, dès 1934, Stepan Bandera est un agent de renseignement au profit de l'Allemagne nazie, opérant dans la section spéciale de la Gestapo[7].

En avril 1933, lors de la conférence du OUN à Berlin, Stepan Bandera devient le commandant régional de la zone Ouest de l'OUN[8] et avec Yevhen Konovalets, ils discutent sur la légitimité des assassinats politiques qui sont pour eux, le seul moyen de défense contre un état qui utilise la terreur avec impunité[9] et commencent à élaborer un plan pour assassiner le ministre de l'Intérieur polonais Bronisław Pieracki[6]. L'OUN a assassiné au total une soixantaine de personnalités, dont le super-intendant de l'école de Lviv, Stanislaw Sobinski[10], le ministre des affaires étrangères polonaises Tadeusz Holowko, le commissaire de la police polonaise de Lviv, Emilian Czechowski. Le 21 octobre 1933, un étudiant âgé de 18 ans, prénommé Mykola Lemyk, s'est présenté au consulat soviétique et a tenté de tuer le vice-consul soviétique Mayorov en criant : « Pour la mort de millions de mes frères ukrainiens, morts de faim »[11], cependant, Mykola Lemyk rate sa cible et abat un employé du consulat, un dénommé Alexei Mailov[12],[13],[Note 2]. Le 15 juin 1934, le ministre de l'Intérieur polonais Bronisław Pieracki tué par Hryorii Matseiko. Cependant la majorité des victimes des assassinats politiques commis par l'OUN furent des ukrainiens[14] qui s'opposaient à la politique du OUN, comme l'écrivain Sydor Tverdokhlib[6] ou le directeur du lycée de Lviv, Ivan Babii, sur ordre de Stepan Bandera, assassiné le 25 juillet 1934 pour avoir empêché ses étudiants de distribuer des propectus nationalistes[15]. Il a aussi personnellement ordonné d'exécuter un étudiant dénommé Bachynskyi[16].

À la suite de l'assassinat du ministre de l'Intérieur Bronisław Pieracki, la police polonaise procède à des arrestations de masse dans le milieu nationaliste ukrainien. C'est au cours de cette vaste opération que les autorités polonaises mettront la main sur les archives du OUN appelés aussi « registre de Senyk » du nom de Omelian Senyk, qui éclairent sur les activités criminels du mouvement. Stepan Bandera soupçonnera par la suite Omelian Senyk d'avoir collaboré avec les polonais[17].

Du 18 décembre 1935 au 13 janvier 1936[10] s'est déroulé le procès de l'assassinat de Bronisław Pieracki où Stepan Bandera est jugé avec onze autres prévenus[Note 3]. Stepan Bandera et Mykola Lebed sont condamnés à mort pour avoir mené avec onze autres personnes l'attentat contre Bronisław Pieracki, le ministre de l'Intérieur polonais. En recevant la sentence, Stepan Bandera crie « Gloire à l'Ukraine »[18]. En mai 1936, procès contre les dirigeants du OUN, où figure en plus de Stepan Bandera, Yaroslav Stetsko, Roman Choukhevytch et Volodymyr Ianiv. Pour la seconde fois, Stepan Bandera est condamné à mort[10].

Mais les deux décisions de justice sont commuées en emprisonnement à vie dans la prison de Bereza Kartuska qui selon l'historien ukrainien Vladimir Dovgan[16] serait une clause secrète du pacte de non-agression germano-polonais[19]. Pendant l'incarcération de Stepan Bandera, c'est Lev Rebet qui assure la fonction, pendant trois ans, du poste de commandant régional du OUN[20], période pendant laquelle Lev Rebet stoppe les assassinats et réorganise le réseau[18].

Pendant son incarcération, Stepan Bandera est mis en isolation durant laquelle il effectue trois grèves de la faim de 9, 13 et 16 jours[21]. Entretemps, le 27 août 1939, lors de la seconde grande assemblée de l'OUN qui s'est déroulée à Rome, Andry Melnyk alors en exil en Allemagne[22] après l'assassinat de Yevhen Konovalets est nommé chef du mouvement nationaliste et prend le titre de vozhd[12].

C'est à l'occasion de l'invasion de la Pologne qu'est créé la première unité ukrainienne qui va collaborer avec les nazis, forte de six cent hommes issus du OUN, commandés par le colonel Roman Souchko[23].

À la suite de l'offensive allemande contre la Pologne, Stepan Bandera est libéré de prison en septembre 1939. Le colonel de l'Abwehr Erwin Stolz[Note 4],[24] avoue lors du procès de Nuremberg que les Allemands ont libéré de prison et recruté Stepan Bandera pour leur servir d'agent[25] à l'intérieur de l'URSS avec comme nom de code : Consul II[23],[26].

En novembre 1939, fraîchement libéré de prison, il part faire traiter ses rhumatismes à Piešťany dans la toute récente République slovaque devenue indépendante grâce à la protection de l'Allemagne, après quasiment un millénaire de domination étrangère[Trad 1],[27]

Le 10 février 1940[28], sous l'impulsion de Stepan Bandera[29], un congrès à Cracovie est organisé dans le but de manifester son désaccord sur la direction de l'OUN par Andry Melnyk et qui se concluera par la division en deux de l'OUN afin d'entreprendre une politique et des actions plus radicales. De cette scission émergèrent l'OUN(M) mené par Andry Melnyk et les Banderistes OUN(B) dirigé par Stepan Bandera. Le 19 avril 1940, au château du Wawel, les nationalistes du OUN(B) déclarent leur loyauté au IIIe Reich devant le gouverneur général de la Pologne, Hans Frank et en gage de leur bonne foi, offre 38 cloches d'église aux fonderies allemandes[30]. En novembre 1940, par l'intermédiaire de Richard Yari, Stepan Bandera et l'Abwehr mettent en place le Bureau de l'OUN(B) à Vienne.

En avril 1941[2], à la suite du second congrès général de l'OUN(B) à Cracovie, Stepan Bandera est reconduit comme leader du mouvement. L'OUN-B prend la résolution de combattre les juifs, à l'époque favorables aux soviétiques[31], qui sont d'après lui l'avant garde de l'impérialisme moscovite en Ukraine[32],[33] et aussi le « principal ennemi »[34] En 1941, l'OUN(B) et le prêtre nationaliste Ivan Hrinyoch créent une unité de renseignement, le SB (Sluzhba Bezpeky) au méthode similaire à la Sicherheitsdienst[35] commandé par Mykola Arsenych[Note 5].

Collaboration initiale avec les nazis[modifier | modifier le code]

Des ukrainiens accueillants les nazis en 1941

La Gestapo et l'Abwehr protégent les partisans de Stepan Bandera du fait que les organisations qu'il dirige pourraient être utiles pour leurs propres desseins[Trad 2],[36]. En décembre 1939[37], la Gestapo entraîna Mykola Lebed et les bandéristes au sabotage, à la guérilla et aux assassinats à Zakopane. Mykola Lebed supervisa personnellement les tortures et les exécutions de juifs pour endurcir ses hommes[38].

Le 25 février 1941, à la suite de tractations avec le chef de l'Abwehr Wilhelm Canaris, Stepan Bandera reçoit au nom de l'OUN(B) deux millions et demi de marks[39],[40]. pour former le corps de la future armée de l'Ukraine indépendante. En avril 1941, cette légion ukrainienne, composée de 600 bandéristes[41] incorporés dans les bataillons Roland et Nachtigall toutes deux équipées par l'Abwehr est créée ad hoc dans le but de combattre les soviétiques pour le compte du Troisième Reich[42]. C'est une des unités du régiment école Brandebourg, qui regroupe alors tous les commandos de la Wehrmacht[43].

Le 22 juin 1941, l'opération Barbarossa est déclenchée. La légion ukrainienne se bat au côté de l'armée allemande contre l'armée rouge. Stepan Bandera envoie 1500 bandéristes supplémentaires derrière l'avancée allemande[41] parfois les devançant, pour fomenter une insurrection contre l'autorité soviétique comme le lui avait ordonné le colonel de l'abwehr Erwin Stolze[44],[45], en annonçant dans les villes et villages principalement autour de Jytomyr et de Berdytchiv que l'Ukraine est unie avec l'Allemagne contre le bolchevisme et que Stepan Bandera est le nouveau chef du peuple ukrainien[46].

Le 25 juin 1941, les membres de l'OUN(B), armés de gourdins et de barres de fer[47] commencent les pogroms contre les Juifs à Lviv en représailles contre les meurtres de prisonniers commis par le NKVD[48] qui, suivant des témoignages récoltés par les Allemands, la majorité des prisonniers étaient des membres de l'OUN. Mais il y avait parmi eux également des Polonais et des Juifs[49]. Naturellement, les Ukrainiens accusèrent la population juive locale d'avoir soutenu le régime d'occupation soviétique en général et surtout d'avoir aidé le NKVD dans son offensive meurtrière contre les nationalistes ukrainiens[49].

Le , dès que la Wehrmacht eut chassé l'Armée rouge, la population ukrainienne de l'ouest[50] accueille l'armée allemande comme des libérateurs.

Victimes des pogroms de Lviv

Du 30 juin 1941 au 5 juillet 1941[48], c'est le massacre des Juifs de Lviv. Yaroslav Stetsko déclare à Stepan Bandera qu'il ont levé une milice pour aider (les nazis) à exterminer les Juifs[51]. Les Einsatzgruppen organisèrent les pogroms de Lviv contre les Juifs avec l'aide des unités paramilitaires ukrainiennes pro-nazi menées par Stepan Bandera qui ont torturé et tué des milliers de juifs[52],[53]. La Wehrmacht a ordre de ne pas s'interposer entre les milices et les Juifs[54]. Environ 4 000 Juifs, femmes et enfants compris, furent torturés, violés et tués par les nationalistes ukrainiens et les nazis[48],[55]. L'historien Yehuda Bauer déclare que les bandéristes « ont tué autant de juifs qu'ils pouvaient en trouver... plusieurs milliers »[56].

Lors du massacre des professeurs de Lviv, le nom des enseignants juifs de l'école polytechnique de Lviv où Stepan Bandera étudiait l'agronomie étaient sur les listes des personnes à éliminer[57].

Article détaillé : massacre des professeurs de Lwow.
Article détaillé : Ghetto de Lvov.

Le 30 juin 1941, la Déclaration d'indépendance de l'Ukraine est proclamée à Lviv par l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) sous la direction distante[Note 6] de Stepan Bandera[Note 7]. Le premier ministre du nouveau gouvernement est Yaroslav Stetsko, et le président du Conseil des Anciens Kost Levytsky. La troisième clause de la déclaration est sans équivoque dans la nature collaborationniste[Trad 3],[58]:

« 3/ L’État ukrainien nouvellement formé travaillera en étroite collaboration avec le national-socialisme de la Grande Allemagne, sous la direction de son chef, Adolf Hitler, qui veut créer un nouvel ordre en Europe et dans le monde et aide les Ukrainiens à se libérer de l'occupation soviétique. L'Armée révolutionnaire populaire ukrainienne, qui a été formée sur les terres ukrainiennes, veut continuer à se battre avec l'armée allemande alliée contre l'occupation moscovite pour un État souverain et uni et un nouvel ordre dans le monde entier »

.

Le 2 juillet 1941, à Ternopil, trois soldats allemands sont retrouvés morts. En représaille, les nazis tuent 127 juifs, mais les bandéristes massacrent 600 juifs, femmes et enfants compris[59].

Puis animosité[modifier | modifier le code]

Malgré les conseils d'Alfred Rosenberg qui expliquait que Stepan Bandera serait utile et facilement manipulable si les nazis le laissait diriger son gouvernement[60], ce nouvel État ukrainien ne sera finalement pas reconnu par Hitler car en contradiction avec les projets nazis de transformer les territoires de l'est en simples colonies allemandes, le fameux espace vital[Note 8]. Les artisans de sa proclamation sont arrêtés. Le , Stepan Bandera est arrêté à Cracovie et transféré à Berlin avec Yaroslav Stetsko[61]. Stepan Bandera protesta devant la chancellerie du Reich au sujet de l'arrestation de son gouvernement[62]. Stepan Bandera est assigné à résidence, tandis que Yaroslav Stetsko est libre de circuler dans la ville jusqu'en août 1941[63]. Selon l'historien Timothy Snyder, il est gardé en réserve dans l'hypothèse où il pourrait un jour être utile aux nazis[Trad 4],[64],[Note 9],[65].

La Gestapo et l'Abwehr se disputent les services de Stepan Bandera et de l'OUN(B), le premier pour des opérations de basse police dans le Reichskommissariat Ukraine, le second pour une infiltration derrière les lignes soviétiques[66]. Les deux dirigeants de l'OUN soumettent à l'OKW comme au RSHA des projets de collaboration mais, internés à la prison centrale de Berlin-Spandau dès le 15 septembre 1941 à la suite de l'assassinat le 30 août 1941 de deux leaders de l'OUN-M, Omelian Senyk et Mykola Stsiborskyi[67], qui refusèrent de rejoindre le OUN(B)[68], ils perdront la partie définitivement avec la dénonciation le 25 novembre 1941 d'un complot indépendantiste[Trad 5],[69],[70].

Pendant l'incarcération de son leader, l'OUN(B) est dirigé par Mykola Lebed[71] qui malgré un avis de recherche ne sera jamais arrêté car ayant des amis bien placés[68] comme le père Ivan Hrinyoch. À l'automne-hiver 1941, les bataillons Nachtigall et Roland sont dissous. Certains de leurs combattants sont intégrés volontairement au 201e bataillon de la Schutzmannschaft pour mater la résistance ukrainienne et continuer les massacres contre les Juifs, les Polonais et les communistes notamment lors du massacre de Babi Yar où 33 771 personnes[72] (juifs, prisonniers de guerre soviétiques, communistes, Roms, ukrainiens et otages civils) furent assassinés par les nazis et leurs collaborateurs ukrainiens.

Stepan Bandera est emprisonné après janvier 1942 à la prison (Zellenbau) du camp de concentration de Sachsenhausen, dans une section spécialement dévolue aux hautes personnalités politiques[73], où il se serait retrouvré en compagnie de l'ancien chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg et de Horia Sima, le chef de la Garde de fer. En tant que prisonnier du Zellenbau, Stepan Bandera aurait eu accès aux soins de la Croix-rouge et à la presse; il aurait pu envoyer et recevoir du courrier[Note 10], aurait été dispensé de l'appel et bien nourri. L'historien Alexander Dallin souligne que Stepan Bandera aurait été « traité avec déférence »[74] lors de son séjour à Sachsenhausen.

Victimes de l'UPA, Liszna, Voïvodie des Basses-Carpates, Pologne

Début 1942, en Volhynie, l'OUN(B) distribue des tracts pour encourager les ukrainiens d'aider matériellement et moralement les nazis dans leur combat contre le bolchevisme[75].

En octobre 1942, en Volhynie, mécontents de la politique nazie en Ukraine, les ukrainiens forment une armée qu'ils baptisent armée insurrectionnelle ukrainienne UPA avec comme objectif de combattre l'Allemagne Nazie, l'URSS et les partisans polonais. Mykola Lebed et Roman Choukhevytch prennent la tête de cette armée qui passe sous l'autorité de l'OUN(B)[64]. Stepan Bandera, depuis sa prison, s'y oppose d'abord, car il croit qu'une armée clandestine ne peut pas gagner la guerre. Cependant, lorsque l'UPA devient réalité, Stepan Bandera lui donne son appui.

Le 20 mars 1943, Stepan Bandera lance aux auxiliaires de polices ukrainiens, l'UP, un appel à déserter avec leurs armes. C'est le « dérangement vers la forêt » : refusant de combattre contre leurs compatriotes, dix mille membres de l'UP prennent le maquis pour échapper aux sanctions[76]. Ils constitueront les éléments aguerris[77]. En août 1943, au cours du troisième grand rassemblement du mouvement, l'OUN(B) procède à une révision majeure de sa politique vers plus de pluralisme et une sociale démocratie, cependant Stepan Bandera, depuis sa prison rejette toute idée dans ce sens pour un nationalisme total[2]. En 1943, l'UPA a massacré entre 40 000 à 60 000 Polonais dont beaucoup de femmes et d'enfants[64] en copiant les méthodes des nazis sur la purification ethnique[78].

Article détaillé : Massacres des Polonais en Volhynie.

Nouvelle collaboration contre l'ennemi commun[modifier | modifier le code]

À partir de mars 1944, l'UPA commence à combattre franchement l'occupation nazie[79], lutte qui sera finalement de courte durée car en mai 1944 la direction de l'OUN(B) envoya l'instruction de « basculer complètement d'une lutte, menée contre les Allemands, vers une lutte totale contre l'Union des républiques socialistes soviétiques ».

Le 22 avril 1944, le colonel de l'abwehr Hanns Linhardt rend compte à ses supérieurs que « les renseignements militaires délivrés par l'UPA sont assez abondants (10-15 rapports par jour). Parfois les unités ukrainiennes se battent en coopération avec la Wehrmacht contre l'Armée rouge et les bandes bolcheviques ... Les unités de l'UPA ont subi de lourds pertes et nous ont déjà rendu des services incalculables dans certaines affaires politiques. Fait important, les bandes ukrainiennes ont cessé de se battre contre les allemands »[80].

Le 9 juin 1944, après que Stepan Bandera ait souligné que c'est tout le peuple russe l'ennemi, l'UPA mené par Roman Choukhevytch a exécuté tous ses membres douteux, tous ceux qui ne sont pas d'origine ukrainienne[81], dont 500 juifs[82], des Polonais et des tziganes[79].

Affiche de propagande pour le recrutement d'Ukrainiens au sein de la Division SS Galicie

Le 25 septembre 1944[2], alors que l'Armée rouge progresse rapidement, les nazis veulent créer un organisme politique ukrainien favorable aux nazis et placer à la tête de ce comité national ukrainien une personnalité consensuelle. Le responsable du SD et du RSHA, Ernst Kaltenbrunner[83] propose de libérer Stepan Bandera pour représenter le comité afin de collaborer de nouveau. Stepan Bandera est libéré avec d'autres leaders du courant nationaliste ukrainien le jour même. Toutefois, Stepan Bandera n'adhère pas au comité national ukrainien, pensant que l'Allemagne Nazie est en train de perdre la guerre et que toute collaboration avec elle est désormais inutile. Malgré tout, en septembre 1944, il aide les nazis en incitant la population ukrainienne de prendre les armes contre l'avancée soviétique et envoie des troupes du OUN(B) et de l'UPA équipées et armées par les Allemands derrière les lignes ennemies avec les moyens de transport mis à dispositions par les nazis jusqu'en début 1945[84],[85]. D'après l'universitaire américain Mordecai Paldiel, en octobre 1944, jusqu'à 220 000 ukrainiens ont combattu du côté allemand[86].

De plus Stepan Bandera et son adjoint, Yaroslav Stetsko sont approchés par Otto Skorzeny pour discuter de plans de sabotages contre l'Armée rouge[Trad 6],[87]. Stepan Bandera profite pour installer son quartier-général à Berlin[88]. La presse allemande publie un grand nombre d'articles sur les succès de l’UPA, dans la lutte contre le bolchevisme et appelle les membres de l'UPA « les militants ukrainiens pour la liberté[89] ».

Puis Stepan Bandera, voyant la défaite allemande inéluctable, en décembre 1944, il décide de fuir Berlin pour se diriger vers le Sud[90] et d'attendre la fin de la guerre[91].

Exil en Allemagne[modifier | modifier le code]

Fin 1944, la cavale de Stepan Bandera commence en Suisse et afin d'échapper aux espions soviétiques, il change sans cesse de villes: Berlin, Innsbruck, Seefeld[92]. Puis, sous les recommandations des services britanniques, Stepan Bandera rejoint la zone américaine de Munich où il vit avec sa femme Yaroslava Oparivska et ses trois enfants Natalka (née en 1941), Andrii (né en 1942) et Lesya (née en 1948), sous l'identité du correspondant apatride[93] Stefan Popel[94] né à Jarosław. Sous cette fausse identité, Stefan Bandera pût toujours assurer la direction de l'OUN(B). Dès le retour de l'Armée rouge en Ukraine de l'Ouest, l'UPA se livre à une guerre sans merci, les deux côtés se livrant à des atrocités. Les combats ne cessent qu'en 1953-1954. Pendant toute cette période, depuis la RFA, Stepan Bandera encourage l'insurrection et essaie de la diriger. Il donne son appui inconditionnel à toutes les actions de l'UPA[95].

À la conférence du OUN(B) de février 1945, Stepan Bandera est toujours reconnu comme membre de la direction de l'organisation. En février 1946, Stepan Bandera fonde à Munich[96], le département étranger du OUN(B) baptisé OUN(Zch)[97]. Puis, le nom de l'organisation OUN(B) change pour OUN(R) comme révolution[98],[Note 11]. En 1947 il devient le chef unique du OUN(R). Mais en 1956, le mouvement OUN(R) se divisera en deux entité qui donnera naissance au OUN(Z) mené par Lev Rebet et Zinoviy Matla[39], qui suit le programme modéré d'août 1943 que Stepan Bandera a rejeté[99]. En 1952, en protestation de « l’influence croissante de l’opposition à son leadership parmi les leaders nationalistes, qui s’opposaient à ses tactiques totalitaire », Stepan Bandera démissionne temporairement de son poste de chef de l'OUN(R)[100].

Malgré son combat contre l'URSS, Stepan Bandera n'obtiendra jamais officiellement l'appui des États-Unis. L'agent double Kim Philby décrit à la CIA que Stepan Bandera est un anti-américain et que son organisation est ultranationaliste et fasciste[101] ce qui a effrayé la CIA en considérant Stepan Bandera comme dangereux[102],[103] et enfin des documents déclassifiés de la CIA reconnaissent que Stepan Bandera a torturé et tué des juifs pendant la collaboration avec les nazis[104]. Jusqu'au début de l'année 1951, seul les services secrets anglais (SIS) entretenaient encore de façon officielle des liaisons avec Stepan Bandera, mais ils cessèrent sous la pression américaine[105],[106]. Toutefois, les services de contre-espionnage américains ont travaillé main dans la main avec les cadres du OUN(R) comme Mykola Lebed, Yaroslav Stetsko et Stepan Bandera, à l'occasion de l'Opération Ohio[35] dont l'objectif consistait à recruter des membres du OUN en territoire soviétique pour des missions d'espionnage ou d'assassinat.

Assassinat[modifier | modifier le code]

La tombe de Stepan Bandera à Munich (avril 2014)

Le 15 octobre 1959, à 13 heures 15, Stepan Bandera est retrouvé étendu au sol le visage ensanglanté[107] à l'entrée du 7 rue Kreittmayr (Kreittmayrstraße) à Munich, alors qu'il rentrait de l'épicerie[108], il meurt sur le chemin de l’hôpital des suites d'un empoisonnement au cyanure de potassium qui sera dans un premier temps considéré comme un suicide[109]. Le , Stepan Bandera est enterré au cimetière Waldfriedhof à Munich.

Deux ans plus tard, à la suite de la confession du meurtrier[109], la justice ouest-allemande établit que le meurtrier de Stepan Bandera était Bohdan Stachynsky (uk), un espion à la solde du KGB depuis ses années d'étudiant à Lviv[110] qui aurait utilisé un ingénieux pistolet[111] à gaz pour abattre Stepan Bandera créé par les laboratoires Khozyaïstvo Jeleznovo. Cet arme projette une capsule de cyanure qui par écrasement vaporise en fines gouttelettes le poison provoquant un arrêt cardiaque[112].

Après une enquête approfondie, un procès eut lieu du 8 au 15 octobre 1962. La décision du tribunal fut annoncée le 19 octobre : Stachynsky fut condamné à huit ans d'emprisonnement ferme. La Cour suprême allemande confirma à Karlsruhe que le gouvernement soviétique de Moscou[Note 12] était le principal responsable du meurtre de Stepan Bandera.

Destin tragique de la famille Bandera[modifier | modifier le code]

Le 22 mai 1941, le père de Stepan Bandera, le prêtre nationaliste Andrij Bandera, est arrêté par le NKVD, qui l'élimine le 10 juillet 1941. Le même jour, les sœurs de Bandera, Maria-Marta et Oksana, sont déportées en Sibérie en tant que membres de la famille d’un « ennemi du peuple ». Elles sont libérées en 1960 sans droit de retour en Ukraine. Marta mourut en Sibérie en 1982. Oksana put retourner en Ukraine en 1989. Volodymyra, fut arrêtée par le NKVD en 1946 et condamnée à dix ans de camp de travail.

Ses frères Vasyl et Oleksandr, arrêtés par la Gestapo en 1941, furent internés à Auschwitz, où ils périrent en septembre 1942, tabassés à mort[113] par un kapo polonais[114],[Note 13],[115] prénommé Josef Kral[116].

Son frère cadet, Bohdan, prend la direction d’un groupe de résistance sous l’Occupation. Il est tué en 1942 (ou 1943).[réf. nécessaire]

Relation avec les différentes forces[modifier | modifier le code]

Les Polonais[modifier | modifier le code]

Le premier ennemi chronologique de Stepan Bandera fut la Deuxième République de Pologne, alors dirigeante de la ville de Lviv.

L'URSS[modifier | modifier le code]

Le grand ennemi de Stepan Bandera fut l'Union soviétique après la disparition de la République populaire ukrainienne (1917-1920). Les années 1931 à 1933 sont marquées par une série de famines dans le pays qui emporta de 2,6[117] à 5 millions[118] de personnes. De nombreux historiens soutiennent que Staline a utilisé cet Holodomor, voire l'a sciemment provoquée, pour briser la paysannerie et le nationalisme ukrainiens[119].

Les Juifs[modifier | modifier le code]

Stepan Bandera et ses hommes estimaient que les Juifs d'Ukraine étaient derrière le communisme et l’impérialisme moscovite et devaient donc être annihilés. Stepan Bandera a notamment envoyés des missives au bataillon Nachtigall dont les ordres sont clairs sur le caractère xénophobe et antisémite par ses mots : « détruisez l'ennemi, peuple! Sachez-le! Moscou, la Pologne, les Hongrois, les Juifs - ce sont nos ennemis - détruisez-les! »[120].

Juste dans la région de Galicie, 500 000 Juifs[121] ont été exterminés par les nazis et leurs collaborateurs ukrainiens.

Les nazis[modifier | modifier le code]

Les relations avec l'Allemagne nazie sont restées plus disputées: L'historien David Marples qualifie la relation d'ambivalente, où chacun cherche à exploiter l'autre pour leurs propres intérêts[Trad 7],[122]. Une sorte d'alliance avec un mal pour se prémunir d'un autre[Trad 8],[122], comportant des périodes de coopération et des périodes d'animosité[Trad 9],[122].

Toutefois, l'alliance entre Stepan Bandera et les nazis n'est pas que circonstancié selon Michaël Prazan qui souligne la similarité idéologique[47]. Alexander Werth signale que Stepan Bandera est « férocement antipolonais et antijuif »[123]. D'après l'universitaire américain Mordecai Paldiel, en octobre 1944, jusqu'à 220 000 ukrainiens ont combattu du côté allemand[86].

David Marples relève que les historiens ukrainiens préfèrent rester silencieux sur les négociations menées avec les Allemands, contrairement aux historiens soviétiques qui les ont exagéré, dans le but évident de faire passer un ennemi du régime pour un collaborateur[Trad 10],[124] alors même que ceux-ci étaient en possession de documents prouvant des actes précoces de confrontation avec les forces allemandes[Trad 11],[124].

Les nationalistes rivaux[modifier | modifier le code]

Comme l'avait cerné le colonel de l'Abwehr, Erwin Stolze, Stepan Bandera est un carriériste, un fanatique et un bandit[24] . Il a usé tous les stratagèmes, même les moyens illégaux, pour grimper les marches du pouvoir et y rester.

Après que la Wehrmacht ait chassé l'Armée rouge à Lviv, il proclame aussitôt l'indépendance de l'Ukraine le 30 juin 1940 afin de devancer les autres factions nationalistes qui cherchaient à prendre la tête d'un État ukrainien[125].

L'OUN(B) ne reconnaît pas l'autorité de la République populaire ukrainienne, la cause que défend Taras Borovets, considérant que l'OUN(B) est une sorte de proto-état. De plus, Taras Borovets était en désaccord sur la politique de nettoyage ethnique perpétré ar l'UPA contre les polonais de Volhynie. Alors le 18 août 1943, l'armée révolutionnaire du peuple ukrainien de Taras Borovets fut cernée et désarmée par l'UPA de Stepan Bandera. Taras Borovets qui refusa de rejoindre le mouvement extrémiste des bandéristes, réussit toutefois à s'échapper. Cependant, en représailles, les officiers de l'armée révolutionnaire du peuple ukrainien et la femme de Taras Borovets furent torturés et exécutés par les assassins du OUN(B)[126], le reste des troupes de Taras Borovets a été soit dispersé, soit intégré dans l'UPA. Des soupçons existent aussi sur la responsabilité du OUN(B) concernant le meurtre du colonel Roman Souchko en 1944.

Alors en exil, un rapport du Counter Intelligence Corps dévoile que Stepan Bandera est « extrêmement dangereux » car il utilise la violence, la terreur et l'intimidation contre ses rivaux ukrainiens en Allemagne[97] afin de garder le leadership du nationalisme ukrainien.

Les partisans soviétiques ukrainiens[modifier | modifier le code]

L'Ukraine fut la première et la plus durement touchée des républiques socialistes soviétiques par l'invasion de l'Axe. Malgré le fait que les Ukrainiens de l'ouest accueillirent les Allemands, les dirigeants nazis choisirent une ligne dure, préservant le système de fermes collectives, déportant les populations locales vers la Grande Allemagne, comme main d'œuvre forcée et perpétrant la solution finale sur le territoire de l'Ukraine. Dans ces circonstances, les ukrainiens des régions orientales résistèrent à l'occupation nazie et formèrent les premiers détachements de partisans soviétiques en Ukraine autour de Oleksiy Fedorov, Mykola Poupoudrenko et de Sydir Kovpak. Bien que leur objectif fût de libérer l’Ukraine, Stepan Bandera n'en fera jamais des alliés, au contraire, les troupes de l'UPA les combattirent aux côtés des nazis.

Les opposants ukrainiens[modifier | modifier le code]

Stepan Bandera a aussi eu des ennemis ukrainiens. Outre les rivaux du OUN(M), il exécutait aussi tout ceux qui se mettait en travers de sa route, comme ce paysan dénommé Biletskyi qui n'était pas d'accord avec la politique radicale de Bandera[16]. Ou encore ce directeur de lycée Ivan Babii qui a été tabassé avant d'être abattu de plusieurs balles dans le dos par un étudiant qui s'est suicidé par la suite[15].

En 1943, les jeunes ukrainiens qui refusaient seulement de rejoindre l'UPA étaient même exécutés[127].

Postérité[modifier | modifier le code]

Stepan Bandera est une figure controversée en Ukraine, certains le considérant, dans sa région natale, comme un héros national, d'autres comme un collaborateur des Allemands[110]. L'assassinat de Bandera par l'URSS a conféré à ce dernier un statut de martyr de l'indépendance côté ukrainien tandis que les russes appellent indistinctement les nationalistes ukrainiens des « banderovtsi »[31],[128].

Révisionnisme[modifier | modifier le code]

C'est en taisant les crimes des nationalistes contre les civils juifs et polonais, et comme le rappelle l'historienne Sofiya Grachova, par l'absence d'enquête honnête[129] que la glorification de Stepan Bandera en tant que héros de l'Ukraine a pu se produire. D'autant plus que, comme le signale l'universitaire Canadien Francis Blouin, la collaboration de Stepan Bandera reste un sujet tabou dans l'étude de l'Ukraine[130]. Pendant la présidence de Viktor Iouchtchenko, les manuels scolaires d'Ukraine participent à la réhabilitation de Stepan Bandera auprès des jeunes générations en occultant les massacres perpétrés par l'OUN(B) et l'UPA[131].

De surcroit, l'insinuation de mensonges a aussi permis de réhabiliter l'image de résistant anti-nazi de Stepan Bandera. Par exemple, que c'est à la suite de l'offensive allemande contre la Pologne que Stepan Bandera a été libéré de prison en septembre 1939 car l’administration pénitentiaire polonaise aurait évacué les lieux et tous les prisonniers[réf. nécessaire]. Ou encore qu'il est parvenu à s'échapper[132]. Alors que dans les faits, c'est les Allemands qui l'ont libéré afin de collaborer avec eux. Les nationalistes ukrainiens ont voulu faire croire que Viktor Lutze a été exécuté par l'UPA[133], le chef d'État-major de la SA alors qu'en réalité il est décédé lors d'un accident de la circulation en Allemagne le 2 mai 1943.

Ihor Kamenetsky raconte que l'UPA a engagé le combat contre 10 000 allemands et 50 tanks mené par le général SS Erich von dem Bach-Zelewski, durant l'été 1943 en Volhynie[134], cependant l'historien Reuben Ainzstein révèle qu'à Volyn, c'est le résistant soviétique Oleksiy Fedorov et ses partisans qui se sont battu contre les forces allemandes composés de 15 000 nazis et renforcés par 5000 nationalistes ukrainiens de l'UPA de Stepan Bandera[135].

Stepan Bandera a été déporté au camp de concentration de Sachsenhausen[136]. Détenu à la prison (Zellenbau), Stepan Bandera avait accès au soin de la Croix-rouge et à la presse, il pouvait envoyer et recevoir du courrier[Note 10], était dispensé de l'appel et était bien nourri. L'historien Alexander Dallin souligne que Stepan Bandera a été « traité avec déférence »[74] lors de son séjour à SachsenhausenSachsenhausen. De plus, en 1966, le ministère des affaires étrangères britanniques qui gérait un fond d'indemnisation pour les victimes des persécutions nazies, refusa d'indemniser les déportés du Zellenbau de Sachsenhausen, sous prétexte que les conditions de vie dans ce camp n'avaient rien à voir avec ceux endurés à l'intérieur du camp et des autres camps de concentration[137].

Dans le documentaire français Shoah par balles, l'Histoire oubliée d'après les recherches du père Patrick Desbois, Simone Veil dénonce la complicité des ukrainiens dans les atrocités commises contre les Juifs en disant qu'« il y a eu en Ukraine, avant même que les Allemands n'interviennent, la population locale, qui a assassiné des quantités de Juifs (...) était très impliquée, elle était très impliquée. Il y a eu à un moment où les Allemands n'étaient pas encore très sensibilisés sur cette question, ce sont très souvent les Ukrainiens qui on agit eux-même ». Le négationniste Robert Faurisson remet en cause dans son blog[138] les travaux du père Patrick Desbois.

La réhabilitation de Stepan Bandera et de son mouvement continue en automne 2014, quand Petro Porochenko remplace le Jour du défenseur de la patrie, fête de la tradition soviétique célébrée chaque année le 23 février, par la Journée des défenseurs de l'Ukraine le 14 octobre, date qui commémore la fondation de l'UPA[139].

Le 7 janvier 2015, le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk sur la chaîne de télévision allemande ARD, fait une déclaration clairement révisionniste[réf. nécessaire] en disant qu'« on se souvient très bien de l'invasion soviétique de l'Ukraine et de l'Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale. Et qu'il s'agit d'éviter que cela se reproduise maintenant »[140],[141]. Arseni Iatseniouk révise la Seconde Guerre mondiale, en transformant la libération de l'Europe du nazisme en « agression russe » contre Hitler.

Tentative échouée par l’État d'honorer la mémoire de Bandera[modifier | modifier le code]

Stepan Bandera est élevé à la dignité posthume de Héros d'Ukraine par un décret signé le 22 janvier 2010 par le président ukrainien Viktor Iouchtchenko, provoquant une vague de protestations dans la fédération de Russie et au sein de la population russophone d'Ukraine ainsi que la désapprobation et des mises en garde d'associations d'anciens combattants en Europe. Les ukrainiens russophones accusèrent Viktor Iouchtchenko de « blanchir un fasciste »[142].

Fin janvier 2010, le Centre Simon-Wiesenthal a dénoncé, dans une lettre adressée à l'ambassade ukrainienne aux États-Unis, l'attribution du titre de Héros de l'Ukraine à un « collaborateur nazi responsable du massacre de milliers de Juifs pendant la guerre de 1939-1945 »[143],[144]. En 2010, après l'arrivée au pouvoir de Viktor Ianoukovytch, le tribunal régional de Donetsk invalide le décret.

En février 2010, le député d'extrême droite Andriy Paroubiy demande au Parlement européen de reconsidérer la réaction négative à la décision de l'ancien président ukrainien Viktor Iouchtchenko d'attribuer à Stepan Bandera, le titre de Héros de l'Ukraine[145]. Or la décision est confirmée en 2011 par le haut tribunal administratif d'Ukraine, sous le prétexte formel que Stepan Bandera n'était pas citoyen ukrainien et est donc inéligible à cette dignité, et l'attribution de ce titre est annulée.

Icône des partis nationalistes[modifier | modifier le code]

Stepan Bandera, icône de certains manifestants de l'Euromaïdan.

L'organisation paramilitaire ukrainienne d'extrême droite Tryzub[146] fondé en 1993 par le congrès des nationalistes ukrainiens utilise comme nom complet « Tryzub Organisation pan-ukrainienne Stepan Bandera » (en ukrainien : « Тризуб » de Всеукраїнська імені Степана Бандери) dont l'objectif principal est de créer un État ukrainien indépendant[147].

Le 1er janvier 2015, à l'appel des partis nationalistes secteur droit, Svoboda et du bataillon Azov, une marche a été organisé pour une manifestation pour commémorer la naissance de Stepan Bandera[148].

Durant les crises en Ukraine en 2014[modifier | modifier le code]

Instrumentalisation du nom de Bandera[modifier | modifier le code]

Pendant la crise de Crimée, le président russe Vladimir Poutine salue l'annexion de la péninsule par la Fédération de Russie en déclarant que la Crimée « a été sauvée des nouveaux dirigeants ukrainiens qui sont les héritiers idéologiques de Bandera, le complice d'Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale »[149].

Rassemblement à Kiev (janvier 2015).

En janvier 2015, le Komsomolskaïa Pravda titrait ironiquement que« Hitler n'a pas été vaincu par l'Armée rouge mais par Bandera » à la suite de la déclaration de Grzegorz Schetyna, président de la commission des Affaires étrangères polonaise, pour qui le camp d'Auschwitz a été libéré par des soldats ukrainiens et non par l'armée rouge, ce qui déclenche la colère du ministère russe des Affaires étrangères qui affirme qu'il faut cesser de se moquer de l'Histoire et que dans cette hystérie anti-russe, il y a un manque de respect à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour la libération de l'Europe[150],[151]. En réalité, le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau a été libéré le 27 janvier 1945 par des soldats de la 322e division du front de Voronej de l’Armée rouge, front appelé plus tard « premier front ukrainien ». Ces soldats pouvaient provenir de toutes les républiques soviétiques[Note 14].

Tentative de profanation de la tombe de Bandera[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du samedi 16 août au dimanche 17 août 2014, des individus ont commencé à creuser la tombe de Stepan Bandera situé dans le cimetière Waldfriedhof à Munich. Le consul ukrainien de Munich Vadym Kostiuk a confirmé les faits[152].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'UVO collabore déjà avec l'abwehr dès les années 1920 au détriment de la Pologne, puis l'OUN prendra la relève par la suite
  2. En représaille du holodomor
  3. Dont Yaroslav Stetsko, Roman Choukhevytch, Mykola Lebed
  4. Le colonel Erwin Stolze dira aussi que Stepan Bandera lui semblait être un carriériste, un fanatique et un bandit
  5. Mykola Arsenych a commandé le SB depuis sa création, jusqu'à son suicide en 1947 quand son bunker fût encerclé par l'Armée Rouge
  6. Selon les sources, Bandera se trouvait alors à Paris ou à Cracovie
  7. Bandera ne se donne aucun rôle dans le gouvernement, mais se fait acclamer comme chef de L'OUN
  8. Hitler veut faire de la Crimée, la Riviera pour les nazis
  9. Selon un membre du OUN(B) dénommé Ievhen Stakhiv, si Stepan Bandera n'aurait jamais été emprisonné il aurait été un deuxième Quisling
  10. a et b Courrier qui était ouvert et lu
  11. Parallèlement le OUN(M) change de nom pour devenir OUN(S) pour soldarist
  12. et notamment Alexandre Chélépine et Nikita Khrouchtchev de par leurs fonctions
  13. Les témoins ukrainiens l'affirment, les témoins polonais le nient
  14. Primo Levi raconte dans son livre la trêve : La première patrouille russe arriva en vue du camp (Buna-Monowitz) vers midi, le 27 janvier 1945. C’étaient quatre jeunes soldats à cheval qui avançaient avec précaution, la mitraillette au côté, le long de la route qui bordait le camp. Lorsqu’ils arrivèrent près des barbelés, ils s’arrêtèrent pour regarder, en échangeant quelques mots brefs et timides et en jetant des regards lourds d’un étrange embarras sur les cadavres en désordre, les baraquements disloqués et sur nous, les rares survivants

Citations en langues étrangères[modifier | modifier le code]

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  2. (uk)« У владних структурах рейху знайшлися сили яки з прагматичних міркувань стали на захист бандерівців. Керівники гестапо сподівалися використовувати їх у власних цілях а керівники абверу а радянському тилу »
  3. (uk)« 3. Новоповстаюча Українська Держава буде тісно співдіяти з Націонал-Соціалістичною Великою Німеччиною, що під проводом свойого Вождя Адольфа Гітлера творить новий лад в Европі і світі та допомагає Українському Народові визволитися з під московської окупації. Українська Національна Революційна Армія, що твориться на Українській Землі, боротимесь дальше з Союзною Німецькою Армією проти московської окупації за Суверенну Соборну Державу і новий лад у цілому світі. »
  4. « Like other east European nationalists of stature, he was being held in reserve for some future contingency when he might be useful to the Nazis. »
  5. « Order by the einsatz-kommando C/5 to its branch offices, 25 November 1941: All functionaries of the ukraine Bandera Movement are to be liquidated on account of their preparations for a revolt. »
  6. (uk)« Завдання підривної діяльності проти Червоної армії обговорювалося на нараді під Берліном у квітні того ж року (1944) між керівником таємних операцій вермахту О.Скорцені й лідерами українських націоналістів С.бандерою та Я.Стецьком »
  7. « The relationship between the German occupiers and the nationalists was ambivalent. Possibly one could say that both sides tried to exploit the other for their own benefit. »
  8. « It is akin to an alliance with one devil in order to avoid another devil. »
  9. « there were times of cooperation and times of animosity. »
  10. « (OUN-B-UPA conducting negociations with the Germans) was something about which Ukrainian historians in the Diaspora preferred to remain silent. Soviet historians, on the other hand, chose to emphasize it, since it depicted the OUN-UPA as collaborators. »
  11. « (les documents prouvant les discussions entre les Allemands et les bandéristes) also revealed that the Germans had questionned OUN-B leaders as to why its earlier actions had been directed against the German occupying forces »

Références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) David R. Marples, Heroes and Villains : Creating National History in Contemporary Ukraine, Central European University Press,‎ , 363 p. (ISBN 978-9639776296, lire en ligne)
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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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