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Raymond Ruyer

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Raymond Ruyer (Plainfaing dans les Vosges, 1902 - Nancy, 1987) est un penseur et philosophe français du XXe siècle. Formé à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, ce montagnard vosgien tôt orphelin de père est devenu, à son retour de guerre et de captivité, professeur de philosophie à l'université de Nancy.

Penser le monde par l'observation et l'étude des sciences[modifier | modifier le code]

Raymond Ruyer est un chercheur en quête d'une épistémologie qui délaisse les poncifs éculés de l'histoire des sciences traditionnelles et se concentre sur les acquis récents de la recherche du début du XXe siècle. Il a pris évidemment en compte les courants d'évolutions au siècle précédent, si spécifiques par l'industrialisation, les fortes mutations sociales et les dogmes scientistes qui ont souvent enchaîné la science. Il a donc étudié la science et découvert par l'étude et l'observation le monde des techniques actuelles, quitte à se consacrer à la physique et la mécanique quantique, la biologie, la physiologie, l'embryologie, la psychologie... qu'il n'avait nullement apprise à Ulm.

Captivé par l'étude des théories biologiques, psychologiques et cybernétiques, ce penseur de l'information propose des encadrants axiologiques des êtres vrais, de Dieu à la fois agent et idéal universels, à l'actualisation des mécanismes et automatismes, en passant par l'agent individuel et la volonté humaine, l'animal et ses instincts, les montages pyscho-biologiques ou les référents mnémiques mis en œuvre. Il ne faut pas s'attarder sur les raccourcis proposés pour aborder sa conception du monde. Raymond Ruyer s'est proclamé avec humour le fondateur d'une théorie philosophique, le panpsychisme car la description des niveaux de consciences et des sens piégés dans les complexes psychiques lui a permis de relier le monde des valeurs à l'actualisation mécaniste présente également au premier stade dans le monde biologique et chez tous les êtres vrais.

L'étude de la biologie, en particulier de l'embryologie, révèle la nécessité de l'existence de régions inobservables de mémoire spécifique et typique, de thèmes actifs et formatifs en conjugaison avec des localisations strictes dans l'espace-temps du code génétique. Des formes spécifiques comme les instincts formatifs et les comportements nécessitent également un autre monde transpatial, non localisable dans l'espace-temps de la physique. Où est le lien spatial entre l'instinct ou l'amour maternel et la structure moléculaire de prolactine ? De même l'anticipation psychologique, fruit d'un montage, ou la familiarité d'être dans un groupe humain, incorporée par un habitus sociologique, appelle un semblable monde caractérisé par une utopie et une uchronie.

Considérant la genèse interne par embryogenèse et le comportement des organismes comme un tout d'action structurée et structurante, il s'oppose à ce que toutes les formes de vie, de l'amibe à l'homme, ne relèvent que du seul mécanisme. Le mécanisme apte à décrire un présent spatio-temporel au moment de l'effectuation ou actualisation matérielle est toujours subordonné, encadré. Il relève de l'ici-maintenant spatial et du temps, quatrième dimension de la physique. Le mécanisme, comme le monde physique, ne serait rien sans une organisation d'êtres vrais, caractérisée par ses liaisons informantes qui engendrent ou laissent à son tour des liaisons conservatrices.

Le philosophe pense qu'il est ridicule d'appliquer et généraliser la causalité mécanique à l'existence, c'est-à-dire à la création et au développement de la vie hors du stade de l'automatisme et d'actualisation mécanique[1]. Même un rationaliste mécaniste ne va jamais au bout de sa méthode, à moins que l'apprenti penseur ne tienne à l'absurde. Un biopsychisme transpatial sous forme de montages anticipateurs ou renouvelés enveloppe la vie de tout organisme et guide son comportement interne et externe : au métabolisme biochimique des sucres correspond, tôt ou tard, sous une forme peut-être plus vague, une appétence de l'animal pour le sucré. Au delà du montage bio-psychique, apparaît un agent individuel et volontaire qui continue cet autre monde transpatial et intemporel, à la fois fournisseur spécialisé et offertoire en partie accessible de thèmes, d'essences, de types-idéaux, d'idéaux, de sens et de valeurs. Il existe une axiologie invisible, niée par les tenants de la pensée mécaniste qui, toujours facilement repoussée dans le domaine complexe des possibles, efface l'espace par l'ubiquité, le temps par l'éternité et explique le survol du temps et de l'espace par la conscience ou ses multiples niveaux ou avatars interpénétrés[2].

Les individualités élémentaires de la physique ne sont pas des choses ou des structures inertes, mais des formations actives, des actions irréductibles à un fonctionnement selon une structure. L'atome se comporte tel un être vrai en activité, caractérisé par des incessants mouvements intrinsèques définis par les lois quantiques, activité de liaison incessante à l'origine du maintien de sa forme ou de sa participation à des structures collectives ayant elle-même une forme, des mouvements et des configurations. Un atome ou une molécule caractérisée par une axiologie transspatiale et intemporelle, qui porte une identité et recèle donc une dimension génératrice d'information, est en ce sens une individualité vraie par opposition aux amas ou foules diverses, agrégats ou mélanges. Une vraie entité particulaire n'a qu'une fonction connue sur le plan de l'existence. Elle ne fait qu'actualiser son existence. On comprend que les variations d'énergie, intrinsèquement liées aux temps propres, constituent une source possible de mesure du temps, ainsi l'horloge atomique.

Les individualités microphysiques, caractérisées par des liaisons vraies et des informations liantes, sont des sources d'information et de structuration, aussi primaires qu'un champ de conscience avec lequel s'effectue un survol absolu.

L'eau, un corps pur, dans la pratique composé d'un très grand nombre de molécules d'eau similaire dans une phase déterminée, est facilement caractérisé alors qu'un nuage, un brouillard ou la mousse n'est pas un être vrai. C'est pourquoi un atome ou une molécule, caractérisé par une carte d'identité physico-chimique, peuvent être identifiables par des techniques de spectroscopie.

Comment encadrer un être, se demande Ruyer, soucieux d'une taxinomie minimaliste ? Deux cadres descriptifs, le premier fondamental et le second dérivé existent :

  • I. Une individualité x ( il faut préciser : particule, atome, molécule, virus, organisme, association ou société organique...) maintient ou développe activement un certain état ou forme conforme à un type spécifique ou idéal.
  • II. Un amas tend automatiquement vers un état d'équilibre maximal.

Toutefois, ce qui est en italique, n'est et ne peut être pleinement reconnu par les sciences positives. Au stade premier, la chimie comme la physique n'étudie pas une molécule ou une particule en soi, mais se limitent aux actions et interactions qui ont pour effet de maintenir la forme de la molécule ou les constantes caractéristiques des particules. La biologie n'étudie l'organisme comme une sorte d'être-principe, mais seulement les développements et interactions qui aboutissent en fait à la forme organique. La psychologie n'atteint jamais l'x de l'individualité. Au stade final, la notion de forme typique, de but idéal reste une chimère finaliste, aux yeux des savants rationalistes.

Partant d'une exploration du second encadrement, bien développé avec les savants du siècle industriel utilisant le bilan d'énergie, par le développement des calculs statistiques, Ludwig Boltzmann a pu valider les lois macroscopiques de la thermodynamique. Mais ce faisant, sa quête de précision l'a conduit à redécouvrir la nécessité de l'hypothèse atomique. Sur le terrain de la chimie, les pionniers qui ont ouvert les perspectives les plus prometteuses ont été les plus en conformité avec le premier encadrement, suscitant souvent la risée de leurs collègues établis. Si les expérimentateurs comme James Joule ou les tenants d'une science appliquée comme Pasteur n'ont pas souffert de l'ostracisme de la science positive, c'est le cas de modeste théoricien, de John Dalton, d'Auguste Laurent, tenant ridiculisé d'une chimie organique basée sur la description par molécule squelette et de groupe d'atomes de substitution, de Dimitri Mendeleiev qui posait la carte d'identité d'un atome par case, ordonné par masse croissante et disposé par similitude de valence. Il faudrait encore rappeler l'ouverture du champ marginal de la chimie physique ou Physikalische Chemie, qui fournit matière à Albert Einstein, jeune héritier des chimistes tenant de l'atomisme et des physiciens théoriciens les plus proches des techniques et de la science expérimentale, comme James Clerk Maxwell ou Boltzmann.

Le mouvement, d'après la mécanique ondulatoire, est propagation, et non pas transport matériel. L'étude capitale de la physique, c'est d'abord la manière de se propager, le mouvement permet la propagation de l'information et la formation, sorte d'autocanalisation par invention, de la liaison informante et structurante. Le corps mobile dans l'espace ou la consistance matérielle du mobile n'est qu'une apparence en mécanique quantique.

Notons que la bonne physique ou l'excellente chimie définissent bien leurs domaines d'investigation et partent dans une quête éperdue de précision. La science ne se préoccupe nullement du monde religieux défini précédemment alors que ses résultats bousculent les petites certitudes routinières des religions naturalistes. La modeste tâche de Ruyer a été de fondre des modèles généraux incluant les mécanismes et les valeurs, de restaurer une continuité entre le monde des sciences et le monde philosophique étrangement assimilable au religieux.

L'écriture de Raymond Ruyer et sa réception[modifier | modifier le code]

Ruyer est très familier de la philosophie anglo-saxonne, et surtout de la seconde partie des investigations philosophiques de Ludwig Witgenstein, après que ce dernier a définitivement abandonné sa prime posture de logicien positiviste. Il est manifestement faux de classer Ruyer parmi les assidus de Bertrand Russell ou de Georges Moore, philosophes proches des écrivains et artistes de Bloomsbury et du modernisme littéraire anglo-saxon défenseur d'un courant de conscience. Ruyer n'est nullement un prolongateur du positivisme du XIXe siècle qu'il trouve fallacieux, il est moderne par sa méfiance toute witgensteinienne envers les fausses grandeurs et affirmations philosophiques, il l'est surtout car il a suivi le bouleversement des sciences à partir de 1905. Il lit les physiciens Louis de Broglie, Werner Heisenberg, Eddington, il suit l'évolution de la physique, de la chimie quantique... ainsi que de nombreuses techniques tout en étant vigilant sur les postulats tronqués des précurseurs de la cybernétique Norbert Wiener, Von Neumann, Bigelow, V. Bush, Mac Culloch, W.B. Cannon. Il a également suivi les principaux courants de la psychologie.

Ouvrages et principaux articles de Raymond Ruyer[modifier | modifier le code]

  • Esquisse d'une philosophie de la structure (Presses Universitaires de France, 1930)
  • L'humanité de l'avenir d'après Cournot (Presses Universitaires de France)
  • La conscience et le corps (Presses Universitaires de France, 1936 puis Alcan, 1937)
  • "Le psychologique et le vital", Bulletin de la Société française de Philosophie, novembre 1938.
  • Éléments de psycho-biologie (Presses Universitaires de France, 1946)
  • Le monde des valeurs (Aubier, 1947),
  • L'Utopie et les Utopies (Presses universitaires de France, 1950),
  • L’action à distance d’après la science contemporaine - Revue Métapsychique, 1951, n°16, 183-196
  • Néofinalisme (Presses universitaires de France, 1952, 2012),
  • La cybernétique et l'origine de l'information (Flammarion, 1954; édition révisée et complétée dans la collection Science de la nature en 1967),
  • La genèse des formes vivantes (Flammarion, 1956 puis 1958; réédité après révision et complément sous le titre L'origine des formes vivantes, collection Science de la nature, 1967)
  • La philosophie de la valeur (Armand Colin, 1959),
  • Paradoxes de la conscience et limites de l'automatisme (Albin Michel, 1960 puis 1966),
  • L'animal, l'homme, la fonction symbolique (Gallimard, 1964)
  • Éloge de la société de consommation (Calmann-Lévy, 1969),
  • Dieu des religions, Dieu de la science (Flammarion, 1970),
  • "Finalité", in Encyclopaedia Universalis, Corpus 9, Paris, 2002, article préservé, rédigé pour l'édition 1970.
  • Les nuisances idéologiques (Calmann-Lévy, 1972),
  • La gnose de Princeton (Fayard, 1974 et « Pluriel », 1977),
  • Les nourritures psychiques (Calmann-Lévy, 1975),
  • Les cent prochains siècles (Fayard, 1977),
  • Homère au féminin ou La jeune femme auteur de l'Odyssée (Copernic, 1977),
  • L'art d'être toujours content (Fayard, 1978),
  • Le sceptique résolu (Robert Laffont, 1979).
  • Souvenirs -1- Ma famille alsacienne et ma vallée vosgienne (Vent d'Est 1985)
  • L’embryogenèse du monde et le Dieu silencieux, manuscris nepublicat, Université de Nancy, 1983-1987, et, Klincksieck, Paris, 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il existe un grand nombre de lignes d'activité discernables qui restent invisibles sur le plan des mécanismes
  2. La conscience n'est pas un état, elle est acte. Un tableau est vu, une mélodie entendue, ce sont des formes qui se présentent. La conscience pure est fascination par l'essence. L'actualisation de l'essence fait toujours exister une individualité, un "je" en même temps que l'essence. Vie et conscience sont indissociables. La vraie conscience est une unité absolue à double sens. "je" résumable à "ici, maintenant" exprime commodément l'absolu de la présentation et de l'actualisation du sens. Il n'existe que par cette présentation et actualisation du sens.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fabrice Colonna , Ruyer, Les Belles Lettres, 2007. ISBN 2-251-76056-3
  • Fabrice Colonna, Georges Chapouthier (sous la direction de), Dossier "Raymond Ruyer : l’appel des sciences", avec des textes de Raymond Ruyer, Georges Chapouthier, Fabrice Colonna, André Conrad, Denis Forest, Revue Philosophique de la France et de l'Etranger, 2013, N°1, pp 3-70.
  • Sylvie Leclerc-Reynaud, Pour une documentation créative, l'apport de la philosophie de Raymond Ruyer, Collection Science et techniques de l'information, 2007. ISBN 2-84365-085-2
  • Laurent Meslet, Le psychisme et la vie, Harmattan, 2005 ISBN 2-7475-8688-X
  • Laurent Meslet, La philosophie biologique de Raymond Ruyer, 1997 ISBN 2-284-00489-X
  • Louis Vax et Jean-Jacques Wunenburger (collectif sous leur direction), Raymond Ruyer, de la science à la théologie, Editions Kimé, 1995.

Liens externes[modifier | modifier le code]