Norbert Wiener

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Norbert Wiener

Description de l'image  Norbert wiener.jpg.
Naissance
Columbia, Missouri (États-Unis)
Décès (à 69 ans)
Stockholm (Suède)
Nationalité Drapeau des États-Unis américain
Champs Mathématiques
Cybernétique
Institutions Massachusetts Institute of Technology
Diplôme Université Cornell
Université Harvard
Directeur de thèse Carl Schmidt
Josiah Royce
Étudiants en thèse Amar Bose
Colin Cherry
Shikao Ikehara
Norman Levinson
Renommé pour Théorème de Wiener–Khintchine
Déconvolution de Wiener
Processus de Wiener
Distinctions Prix Bôcher (1933)

Norbert Wiener (né le 26 novembre 1894 à Columbia (Missouri), États-Unis, mort le 18 mars 1964 à Stockholm, Suède) est un mathématicien américain, théoricien et chercheur en mathématiques appliquées, surtout connu comme le père fondateur de la cybernétique.

Il fut un pionnier dans l'étude de la stochastique et du bruit, contribuant ainsi par ses travaux à l'électrotechnique, les télécommunications et les systèmes de contrôle. En fondant la cybernétique, Wiener introduit en science la notion de feedback (rétroaction), notion qui a des implications dans les domaines de l'ingénierie, des contrôles de système, l'informatique, la biologie, la psychologie, la philosophie et l'organisation de la société.

Il exposa ses théories sur la cybernétique dans son livre Cybernetics or Control and Communication in the Animal and the Machine[1], parution qui bouscula durablement jusqu'au scandale, le monde des idées, traversant la pensée scientifique et philosophique de la deuxième moitié du XXe siècle, dont il est à ce titre, un des grands penseurs[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Norbert Wiener, aîné des enfants de Leo Wiener (en), historien et linguiste américain originaire d'une famille juive polonaise[3] et de Bertha Kahn, naquit à Colombia dans le Missouri. Son père, professeur de langues slaves à Harvard, avait été le condisciple de Ludwik Lejzer Zamenhof à Varsovie. Enfant prodige, Norbert sut lire à un an et demi et fut instruit à la maison jusqu’à l'âge de sept ans ; son père lui imposa un travail acharné, le faisant lire la plus grande partie des livres de la bibliothèque de la maison, ce qui lui occasionna une sévère myopie au point de devenir quasiment aveugle et d'être obligé d'arrêter de lire pendant 6 mois[4]. Il aura des séquelles de cette éducation forcée, devenant tout le reste de sa vie maniaco-dépressif avec des troubles identitaires profonds[5]. Il fit ensuite un bref séjour à l'école avant de terminer ses études primaires à la maison. En 1903, il retourna à l'école secondaire Ayer jusqu’à l'obtention de son diplôme d'études secondaires en 1906. Bien qu'élevé dans une famille juive, il devint par la suite agnostique[6].

En septembre 1906, à 11 ans, il entra à l'université de Tufts pour étudier les mathématiques. Il reçut son diplôme en 1909 et entra alors à Harvard où il étudia la zoologie. Mais en 1910, il s'inscrivit à l'université Cornell pour commencer une licence en mathématique. L'année suivante, il retourna à Harvard où il commença une thèse sur la logique mathématique. Il obtint son doctorat en 1912 à 18 ans, faisant de lui plus jeune « PhD » de l’histoire d’Harvard[7].

Après sa soutenance de thèse, il partit pour l'Europe, séjournant d’abord à Cambridge où il eut pour professeurs Bertrand Russell et Godfrey Harold Hardy, puis à Göttingen où il suivit les cours d’Edmund Landau et de David Hilbert. Il retourna ensuite à Cambridge, puis aux États-Unis. Entre 1915-1916, il enseigna la philosophie à Harvard, avant de travailler pour General Electric puis l’Encyclopedia Americana. À l’instigation d’Oswald Veblen, il fit ensuite des recherches en balistique sur le terrain d'essais d'Aberdeen dans le Maryland. Il y resta jusqu’à la fin de la guerre, après laquelle il obtint un poste de professeur de mathématiques au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il fut brièvement journaliste pour le Boston Herald, où il écrivit un reportage sur les mauvaises conditions de travail pour de ouvriers de Lawrence (Massachusetts), mais fut congédié après s'être montré réticent à écrire des articles favorables à un homme politique que les propriétaires du journal supportaient[8].

En 1926, il épousa Margaret Engemann, femme odieuse qui traitait ses enfants de mythomanes[9], et retourna en Europe grâce à une bourse de la fondation Guggenheim. Il passa la majeure partie de son temps à Göttingen ou à Cambridge avec Hardy. Il travailla notamment sur le mouvement brownien, la transformation de Fourier, le problème de Dirichlet, l'analyse harmonique et les théorèmes taubériens. Il fut lauréat du prix Bôcher en 1933.

Montant de nombreux cercles intellectuels, il participa activement aux conférences Macy, John von Neumann profitant de ces groupes de réflexion pour construire un supercalculateur qui servit à mettre au point la bombe H[10].

Durant la Seconde Guerre mondiale, il refusa de participer au Projet Manhattan (projet de développement de la bombe nucléaire), tout en travaillant activement au programme de lutte antiaérienne (le radar SCR-584 et l'appareil de préparation de tir électronique M9[réf. souhaitée]), ce qui l'encouragea à synthétiser ses diverses recherches autour de la théorie de la communication. En 1943, avec ses collaborateurs Arturo Rosenblueth et Julian Bigelow, il proposa un nouveau système de « DCA » (Défense Contre les Aéronefs) ; celui-ci pouvait prévoir la trajectoire de l’avion cible à partir d’un modèle analysant le comportement d’un pilote se sachant pourchassé. De 1946 à 1950, il participa aux fameuses rencontres interdisciplinaires dites conférences Macy et en 1947-48, il formalisa le principe central de ces conférences sous le nom de cybernétique.

Durant le maccarthysme (1950-1954), le FBI de J. Edgar Hoover surveilla ce mathématicien qui avait déclaré « la cybernétique est une arme à double tranchant, tôt ou tard elle vous blessera profondément »[7].

La théorie de la cybernétique fut adoptée et répandue par de nombreux scientifiques dans le monde entier, la plupart groupés dans l'association internationale de cybernétique fondée par le professeur Georges R. Boulanger de l'université de Bruxelles.

Après la guerre, selon Philippe Breton, traumatisé par l'implication des scientifiques dans les tragédies d'Hiroshima et Nagasaki d'une part, et par Auschwitz d'autre part, il se transforma en apôtre d'une nouvelle religion laïque : l'utopie de la communication : il proposait une nouvelle vision du monde, dont l'information et la communication étaient les éléments fondamentaux[11]. De fait, on lit dans des lettres de Wiener d'octobre 1945 qu'il hésitait à abandonner la recherche scientifique, faute de pouvoir contrôler les usages qui en étaient faits.

Citations[modifier | modifier le code]

  • Le progrès implique non seulement de nouvelles possibilités pour l'avenir, mais également de nouvelles restrictions[12].
  • Tout travailleur qui est en concurrence avec le travail d'esclave doit accepter les conditions économiques du travail esclave[13].
  • Un physicien moderne étudie la physique quantique les lundis, mercredis et vendredis et médite sur la théorie de la relativité gravitationnelle les mardis, jeudis et samedis. Le dimanche, il prie... pour que quelqu'un trouve la corrélation entre les deux[réf. nécessaire].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Cybernetics, or Control and Communication in the Animal and the Machine (1948) publié, en anglais, par la Librairie Hermann & Cie (Paris), The MIT Press (Cambridge, Mass.) et Wiley (New York).
  • The Human Use of Human Beings (en) (Boston : Houghton Mifflin, 1950).
    • Traduit sous le titre Cybernétique et société (1952, rééd. 1971), Union Générale d'Éditions, Collection 10/18 ;
  • Speech, langage and learning, The Journal of the Acoustical Society of America nº22, 1950 - article dans lequel il ajoute le concept du feedback au schéma de base de Shannon.
  • Ex-Prodigy (1953)
  • I am a Mathematician (1956)
  • Nonlinear Problems in Random Theory (1958)
  • God & Golem, Inc. (en): A Comment on Certain Points Where Cybernetics Impinges on Religion (1964).
  • Collected works. With commentaries, édité par P. Masani, Cambridge, Mass., The MIT Press, 1976-1985. 4 vv.
  • Invention - The Care and Feeding of Ideas Cambridge, Mass., The MIT Press, 1993, ouvrage posthume avec une introduction de Steve Joshua Heims

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hermann & Cie Editeurs, Paris, The Technology Press, Cambridge, Mass., John Wiley & Sons Inc., New York, 1948
  2. (en) Francis Heylighen, Cliff Joslyn (en) et Valentin Turchin (en), What are Cybernetics and Systems Science? (1999), sur le site de Principia Cybernetica (en).
  3. (en) David Jerison, I. Isadore Manuel Singer, Daniel W. Stroock, The Legacy of Norbert Wiener : A Centennial Symposium in Honor of the 100th Anniversary of Norbert Wiener's Birth, American Mathematical Soc.,‎ 1997 (lire en ligne), p. 3
  4. (en) Flo Conway, Jim Siegelman, Dark Hero of the Information Age : In Search of Norbert Wiener, The Father of Cybernetics, Basic Books,‎ 2006, p. 14
  5. (en) David Jerison, op. cité, p.5
  6. (en) Flo Conway, op. cité, p. 329
  7. a et b Jean-Christophe Féraud, « Norbert Wiener Génie, visionnaire et oublié », sur liberation.fr,‎ 16 septembre 2012
  8. (en) Flo Conway, op. cité, p. 45
  9. (en) Flo Conway, op. cité, p. 199
  10. (en) Steve J. Heims, John Von Neumann and Norbert Wiener : from mathematics to the technologies of life and death, MIT Press,‎ 1982, 568 p.
  11. Breton, Philippe, L'Utopie de la communication, Paris : La Découverte, 1995.
  12. Progress imposes not only new possibilities for the future but new restrictions. o The Human Use of Human Beings (1950)
  13. Any labor which competes with slave labor must accept the economic conditions of slave labor. o The Human Use of Human Beings : Cybernetics and Society (1954)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]