Oflag XVII-A

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L'Oflag XVII-A est un camp de prisonniers de guerre pour officier (Offizier-Lager) situé en Autriche à Edelbach (village aujourd'hui disparu), dans le camp militaire d'Allentsteig, à 100 kilomètres environ au nord-nord-est de Vienne.

Il a fonctionné entre 1940 et avril 1945, date de sa libération par les troupes soviétiques. Il accueillait principalement des officiers français et environ 6 000 y étaient détenus.

Les gardiens étaient souvent des vétérans autrichiens et les conditions de détention y étaient moins draconiennes que dans d'autres camps.

Ces conditions expliquent en partie plusieurs caractéristiques de ce camp :

  • Il détient le record de la tentative d'évasion de groupe la plus importante  : 132 personnes sortirent de l'enceinte du camp[1]. Presque tous les officiers furent repris, sauf cinq. Par ailleurs, deux officiers furent abattus lors de leur fuite.
  • Un film y a été tourné et est toujours visible : Sous le manteau ; documentaire sur la vie du camp, articulé autour d’un scénario de Robert Christophe. Dans les années 1950, le film a été recopié en 16 mm à 24 images par seconde. Une vingtaine de prisonniers s’étaient engagés dans l’entreprise : il y avait les promoteurs, régisseurs, techniciens et, bien entendu, les acteurs.
  • Plusieurs centaines de photos, prises avec quatre appareils ont été tirées. Elles constituent un témoignage unique, vu de l'intérieur, des conditions de vie en détention.

Emplacement du camp[modifier | modifier le code]

L'Oflag XVII-A se trouvait en Autriche dans le camp militaire d'Allentsteig (dont le nom initial était Truppenübungsplatz Döllersheim), à quelques kilomètres au sud de Göpfritz an der Wild.

Situé sur un terrain doucement vallonné, parsemé de boqueteaux de sapins, dans une région agricole, à une altitude de 600 mètres environ, le camp militaire d'Allentsteig a été créé par les allemands après l'Anschluss entre 1938 et 1941. Il couvrait environ 157 km² et a conduit à l'évacuation de 42 villages, parmi lesquels Edelbach. Le camp a été maintenu après la Seconde Guerre mondiale ce qui explique que les villages n'ont jamais été réoccupés et que le nom du village d'Edelbach où était implanté l'Oflag XVII-A ne figure plus sur les cartes aujourd'hui.

Aménagement du camp[modifier | modifier le code]

Le camp se compose de deux parties : le «Hauptlager» (camp principal où se trouvent les cuisines et les 28 baraques où logent les prisonniers) et le «Vorlager» (avant camp) où se trouvent la Kommandantur, l'infirmerie, les magasins et ateliers, et la baraque des douches et de la désinfection. Les officiers et soldats Allemands sont logés dans des baraques situées à l'extérieur de l'enceinte.

Le « Hauptlager » se présente sous la forme d'un carré d'environ 400 mètres de côté, traversé par une allée centrale de chaque côté de laquelle s'alignent les baraques des prisonniers. Il est entouré d'une double clôture de barbelés, hautes d'environ trois mètres et distantes l'une de l'autre d'une dizaine de mètres. La surveillance extérieure est assurée par sept miradors (tours de guet) en planches ; chacune est armée d'une mitrailleuse équipée de deux projecteurs et montée par deux hommes et par des sentinelles postées entre les miradors. De nuit, les projecteurs balaient fréquemment le terrain et la surveillance est renforcée par des patrouilles circulant à l'extérieur et à l'intérieur du camp Les patrouilles extérieures sont fréquemment accompagnées par des chiens policiers.

Le "Hauptlager" est, de plus, compartimenté en secteurs de bataillon (un bataillon comprend quatre baraques) par d'autres barrières de fil de fer barbelé, partant de la clôture intérieure et s'arrêtant à l'allée centrale. Un espace libre de 100 mètres est donc délimité derrière chaque groupe de quatre baraques, espace où les prisonniers peuvent circuler de jour. De jour également, on peut circuler librement sur l'allée centrale et se rendre visite de baraque en baraque dans tout l'intérieur du camp. De 20 heures à 7 heures, il est interdit de sortir des baraques.

Aménagement des baraques[modifier | modifier le code]

Les baraques, longues d'environ 60 mètres, sont en bois à double plafond et, pour la plupart d'entre elles, une couche calorifuge de laine de verre est déroulée sur le plafond inférieur. C'est là incontestablement une protection assez efficace contre le froid. Chaque baraque comprend deux chambres, d'environ 100 occupants chacune. Les deux chambrées sont séparées par trois pièces situées au milieu de la baraque : une buanderie, les lavabos et la cuisine. Dans la buanderie se trouve un grand chaudron chauffé au bois pour l'eau chaude qui sert à la vaisselle et au lavage du linge (mais si l'on préfère, on peut donner le linge à laver à Vienne) Les lavabos à eau courante comportent une trentaine de robinet-douches. La cuisine est équipée d’un fourneau sur lequel les prisonniers peuvent faire un peu de cuisine (conserves réchauffées, riz, pâtes, haricots, potages, etc.) Dans le four de la cuisinière quelques fins cuisiniers réussissent même à faire des entremets courants (gâteaux de riz, de semoule), ou plus inédit, une tarte à la confiture dont la pâte est faite à base de biscuits de guerre écrasés. Chaque chambrée est chauffée par deux (ou trois) poêles en céramique. Le charbon ne manque pas et pendant tout le rude hiver 40/41 les baraques ont été convenablement chauffées. À chaque extrémité de la baraque se trouve un W.C. en grès et chasse d’eau, à utiliser la nuit seulement. Les W.C. de jour sont à l’extérieur, dans une baraque spéciale (une pour quatre baraques). Les prisonniers couchent dans des châlits à 3 couchettes superposées. Deux étages seulement (rez-de-chaussée et premier) sont occupés, le troisième (plateforme supérieure) étant réservé aux bagages. Sur les planches du châlit repose une paillasse garnie de paille ou de fibre de bois. Le matériel de couchage comprend de plus un oreiller garni comme la paillasse, un sac de couchage en toile servant de drap, une taie d’oreiller et trois couvertures. La paille est changée peu souvent (d’août à mars, nous en avons touché une seule fois) . Le sac de couchage et la taie d’oreiller sont envoyés au lavage en principe tous les mois, en pratique très irrégulièrement. Les châlits ne sont pas disposés de la même façon dans toutes les baraques. Parfois ils sont rangés parallèlement les uns aux autres d’un seul côté de la chambre et perpendiculairement aux grands côtés de la salle, le côté libre est alors garni de tables et sert de réfectoire et de salle de réunion. Parfois les châlits sont disposés de façon à former, devant chaque fenêtre, une petite pièce dont ils constituent les cloisons, cette pièce est alors meublée d’une table et les occupants des lits y vivent dans une atmosphère moins bruyante et moins dispersée que celle de la chambrée. L’alvéole crée l’illusion d’une intimité. Inconvénient : les alvéoles les plus éloignés des poêles ne sont pas très chaudes… En tout cas, il n’y a pas de système obligatoire ; les occupants d’une chambrée adoptent la disposition qui sied le mieux à leur fantaisie. Chaque baraque est prévue pour le logement de 300 prisonniers ; pratiquement elle en contient 200, ce qui est largement suffisant.

Discipline[modifier | modifier le code]

Un colonel français ( lieutenant Colonel ROBERT, de l’artillerie coloniale) assume le commandement français du camp. Son titre officiel est « représentant général des prisonniers français » Il me suffira de dire qu’il est l’intermédiaire obligatoire entre les prisonniers et le commandement allemand pour faire comprendre combien sa tâche est lourde et délicate, et combien son rôle exige de tact et de fermeté tout ensemble. Dans chaque baraque, il y a un officier « chef de baraque » choisi par le colonel. Les chefs de baraque vont quotidiennement prendre les ordres au rapport du Colonel. Dans chaque chambrée un officier « Chef de chambre » est responsable de la discipline générale et veille aux intérêts de ses camarades. D’autre part les officiers de chaque chambre prennent le service de jour à tour de rôle. Celui-ci consiste à assurer les distributions de vivres, à rendre l’appel, à veiller à la propreté de la chambre et à prendre la garde pendant l’autre moitié de la nuit, la garde d’incendie est assurée par un autre officier, dit « officier pompier ». Cette deuxième garde est également prise à tour de rôle. Il y a de plus, par baraque, un officier fourrier chargé du matériel qui veille à la bonne conservation des locaux, du mobilier et des effets confiés par l’autorité allemande aux prisonniers (literie, couchage, couvert de table) et un officier chargé du linge, qui tient la comptabilité du linge envoyé à Vienne ou qui en revient ; par chambre un officier vaguemestre.

Enfin chaque jour, un capitaine pour tout le camp prend le service de « grand jour » et veille à la discipline générale de tout le camp.

Il est évident que les services ainsi assurés par les prisonniers devraient, si l’on s’en tient à la stricte et rigoureuse logique, être assurés par les Allemands, les premiers responsables de l’organisation du camp et les premiers intéressés à son bon fonctionnement. Il faut cependant reconnaître qu’il est de l’intérêt des prisonniers de faire marcher eux-mêmes les services du camp toutes les fois que la possibilité leur en est laissée. C’est de la collaboration si l’on veut, mais celle-là est non seulement défendable mais souhaitable, puisqu’elle sert les intérêts de nos camarades sans qu’elle ne présente une contre partie incompatible avec leur dignité de français. Du côté Allemand, le commandement est assuré par un général Autrichien qui a sous son autorité tous les Oflags et Stalags de la XVIIIe Région. Les prisonniers, pour le peu qu’ils en connaissent, le tiennent pour un homme bienveillant et juste.

Le commandement direct de l’Oflag XVII-A est un officier allemand, le capitaine TRISCHTEL, qui a longtemps vécu en France ; il habitait Vincennes et occupait parait-il, un poste important à la Banque de l’Europe centrale. Encore qu’il ait le souci d’apparaître aux prisonniers comme affable et préoccupé de leurs intérêts plus qu’ils le sont eux-mêmes, il est fort peu populaire dans le camp.

Chaque bataillon (quatre baraques) est sous l’autorité directe d’un officier allemand (lieutenant ou capitaine). Ces chefs de bataillon presque tous Autrichien, sont pour la plupart courtois, extrêmement corrects, voire aimables. Quelques-uns exagèrent même parfois dans ce sens, ce qui produit chez beaucoup de prisonniers un effet de méfiance, bien opposé au résultat peut-être recherché.

Les chefs de bataillon sont aidés par des sous-officiers et soldat allemands, généralement d’origine autrichienne eux aussi, et qui, dans l’ensemble sont également corrects et courtois.

Tous ce personnel militaire est supervisé par la Gestapo, invisible et présente partout. Aucune mesure, sollicitée par le commandement Français ou décidée par le commandement Allemand, n’est appliquée avant d’avoir reçu le visa de la Gestapo.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Le régime alimentaire des prisonniers est le suivant : À 7 heures, un seau de café-ersatz pour deux groupes, c’est-à-dire pour 20 prisonniers. (à noter, en effet, que pour la facilité des distributions et de la discipline, les prisonniers sont répartis en groupes de dix, formés la plupart du temps par affinités ou convenances particulières.

Entre 11 heures et 13 heures, un seau de soupe pour un groupe. Comme il n’y a pas assez de seaux pour servir tous les groupes en même temps, on fait deux services, un par chambre ; chaque chambre est à tour de rôle du premier service pendant une semaine. D’autre part, chaque baraque est à tour de rôle la première servie. Ceci pour expliquer l’imprécision de l’heure du premier repas.

La soupe est tantôt bonne, quand elle renferme des pommes de terre et de la farine de soja, tantôt moins bonne, quand elle est à base de rutabagas. Ce qu’il faut noter, c’est quelle s’est considérablement améliorée depuis le début de la captivité. En juillet et août, les pommes de terre étaient mise dans la soupe non épluchées et même non lavées. Depuis la première quinzaine d’août, la cuisine est faite par des français qui tirent des vivres mis à leur disposition, le meilleur parti possible.

Une ou deux fois par semaine, on distribue en plus de la soupe, une très faible ration de viande, environ 30 grammes, ce qui correspond à une bouchée.

Une fois par semaine, régulièrement, la soupe est remplacée par de la morue avec des pommes de terre rondes. Dans l’après midi, on touche le pain, (un pain de 1 500 g environ pour cinq) et un casse croûte composé soit de confiture (50 g) soit de fromage blanc (75 g), soit de miel, soit d’une ou deux rondelles de saucisson cuit, soit le plus souvent de graisse. Tout cela est synthétique, bien entendu. Il est impossible de déterminer le fruit qui a servi à confectionner la confiture et la seule chose dont on soit sûr, c’est que le miel n’a pas été fabriqué dans une ruche et qu’il n’y a pas une goutte de lait dans le fromage blanc ! Mais tout cela n’est pas mauvais, tout cela est parfaitement mangeable, sauf toutefois la graisse, elle n’est guère fameuse en tartines, mais on l’emploie avantageusement soit pour la cuisine, soit pour alimenter de petites lampes qui servent à allumer les cigarettes, soit pour graisser les chaussures.

À 18 heures ; nouvelle distribution de soupe : un seau pour deux groupes. Cette soupe du soir n’est pas absolument règlementaire et je crois qu’elle n’existe pas beaucoup dans d’autres camps. Mais à l’Oflag XVII-A, les cuisiniers français (qui travaillent sous le contrôle d’un officier français désigné par le colonel ROBERT) ont obtenu des Allemands l’autorisation de faire, avec les vivres touchés, une soupe le matin et une soupe le soir. Cette solution satisfait tous les prisonniers.

Comme on le voit, le régime est maigre et il faut bien dire, que sans les colis, on ne mangerait pas à sa faim (pendant les premiers mois, avant l’arrivée des colis, tout le monde avait maigri d’une quinzaine de kilos). Les colis, presque toujours mis en commun dans les groupes de camarades, permettent de compléter la ration règlementaire et fournissent un appoint suffisant, mais indispensable. (Je reviendrai plus loin sur la question des colis).

Cantine[modifier | modifier le code]

Une cantine, autorisée par les Allemands, fonctionne au camp. Elle fonctionne d’ailleurs très mal, elle est parfois alimentée en objets hétéroclites, d’une utilité plus contestable pour des prisonniers, huile à bronzer, crème de beauté, pinces à épiler… Très rarement, on y trouve l’indispensable : objets courants de toilette, cahiers, crayons, jeux de cartes. À deux ou trois reprises, elle a vendu des cornichons en saumure ou de petits poissons conservés dans la gélatine. Cependant chaque jour, on peut s’y procurer une ou deux canettes de bière légère, mais très agréable, à un prix assez élevé d’ ailleurs : 40 Pfennigs, c’est-à-dire 8 Francs (1941).

Colis[modifier | modifier le code]

Les colis arrivent assez régulièrement (plus régulièrement que les lettres) et ne sont pas en général, soumis à une censure trop rigoureuse. Ils sont distribués dans une baraque du Hauptlager (baraque 18) spécialement aménagée à cet effet. Derrière les tables se tiennent les censeurs Allemands, assistés de vaguemestres Français. Ceux-ci tirent les colis des sacs postaux, appellent le destinataire qui vient alors se présenter à la table, muni d’une musette et de quelques récipients métalliques . Le censeur Allemand ouvre le colis et vérifie le contenu, le remet au destinataire en gardant toujours le papier d’emballage et le couvercle de la boîte portant l’adresse. Le plus souvent la vérification est rapide et sommaire, mais quand l’officier Allemand de surveillance se trouve près du censeur, celui-ci est obligé de faire du zèle ; il ouvre alors les boîtes de conserves, larde les saucissons et coupe les pains d’épice. En janvier, la censure allemande a traversé une période de mauvaise humeur, tout à fait exceptionnelle d’ailleurs, pendant cinq à six jours toutes les boites de conserves étaient non seulement ouvertes mais vidées dans des récipients que devaient apporter les prisonniers. Les censeurs retenaient, de même, tous les emballages de carton ou de papier des paquets de pâtes, de riz, de chocolat, de tabac. Certains prisonniers qui ne s’étaient pas munis de récipients en assez grand nombre, ont vu vider pêle-mêle dans leur gamelle, riz, tabac, lait condensé, etc. Le Colonel ROBERT a protesté énergiquement auprès du général autrichien et tout est rentré dans l’ordre immédiatement. J’avais l’intention de donner aux familles de mes camarades des conseils très nets sur la meilleure composition des colis ; envoyer des colis de cinq kilos, ne pas perdre un poids précieux soit en mettant des emballages trop lourds, soit en envoyant des colis de 2 ou 3 kilos seulement ; mettre de préférence de grosses boîtes de conserves, des saucissons, des noix de jambons, du riz, des pâtes, du fromage, du beurre, ne pas oublier le tabac pour les fumeurs qui n’en ont jamais assez. J’ai quelques scrupules à donner d’aussi formelles instructions, car je sais maintenant à quelles énormes difficultés de ravitaillement se heurtent en France, les meilleures volontés. Je me borne donc à conseiller à chacun de faire le maximum de ce qu’il peut pour ravitailler les prisonniers régulièrement et selon ses possibilités.

Un dernier conseil, théoriquement, les étiquettes rouges doivent servir uniquement pour les envois de vêtements, et les étiquettes bleues pour les envois de vivres. Pratiquement, tout ce qui arrive au camp est distribué. N’hésitez donc pas à envoyer, le cas échéant, les vivres avec des étiquettes rouges, le colis arrivera tout aussi sûrement.

Sur l’initiative du Colonel ROBERT, une œuvre appelée « Le Colis de France » a été créée parmi les prisonniers. Elle a pour but de donner aux officiers et soldats moins favorisés des colis composés par des prélèvements volontaires sur les colis reçus par les plus favorisés. De très nombreux colis ont ainsi été distribués, surtout aux environs de Noël et du jour de l’An. À la date du 1er février 1941, 2293 « Colis de France » avaient été distribués, dont 3 977 officiers et soldats avaient bénéficié (il y a en effet des colis de groupe pour cinq prisonniers).

Activités[modifier | modifier le code]

Cours et conférences[modifier | modifier le code]

Il y a dans le camp de nombreux professeurs, instituteurs, avocats, etc. On a pu organiser, d’une part, une « Université Oflag XVII A » et d’autre part, tout un programme de conférences sur les sujets les plus divers. C’est ainsi que l'université donne des cours d'allemand, d’anglais, d’italien, de polonais, d’espéranto, de norvégien, de mathématiques, de biologie, de français, de philosophie, etc. Les prisonniers ont pu entendre des conférences sur la Chine, l’enfance coupable, l’élevage des chevaux en Europe centrale, les Assurances-Vie, l’Architecture Romane, le mimétisme des animaux marins, la conquête de l’Algérie, la vulcanisation du caoutchouc, Barrès et l’âme française, etc. Cette énumération d’allure incohérente montre la très grande diversité des sujets traités. Chacun peut vraiment choisir la conférence qui convient le mieux à ses goûts ou à sa fantaisie.

Théâtre et concerts[modifier | modifier le code]

De nombreuses troupes d’amateurs se sont créées au camp : « les Compagnons du Plateau », « Les Jeunes 41 », « l’Equipe », « Le Traiteau », « Les Trois Masques », « La Troupe sans Nom », etc. Ils ont monté dans la baraque 18 réservée aux spectacles, des pièces telles que : « Les Trente sept Sous de Monsieur Montaudoin » de Labiche, « Sud » de Paluel-Marmont, « Le Médecin Volant » et « l’Amour Peintre » de Molière, « Cigalon » de Pagnol, etc. L’ingéniosité déployée par eux pour la confection des costumes, des accessoires et des décors, est purement admirable. La mise en scène de certaines de ces pièces était, sans exagération aucune, digne d’un théâtre Parisien. La direction du Théâtre est assurée par Denis MAUREY, futur Président du syndicat des directeurs de théâtres de Paris de 1961 à 1984. Un groupement d’ « Amis de la Musique » donne des concerts de musique classique et moderne, fort remarquable et très suivis.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Les prisonniers réalisent de manière clandestine un documentaire intitulé Sous le manteau[2]. Les pièces de la caméra ont été passées par les colis de ravitaillement, notamment dans les extrémités de saucisses.

Services[modifier | modifier le code]

Service médical[modifier | modifier le code]

Dans le ‘Vorlager’ se trouvent deux baraques réservées à l’infirmerie. Les locaux sont corrects, très propres, bien aménagés, l’installation est suffisante, mais sans luxe et sans superflu. Outre les salles de visites et de pansement, l’infirmerie comporte un cabinet dentaire et des salles d’hospitalisation pouvant abriter une cinquantaine de malades beaucoup plus confortablement installés que dans les baraques. Le couchage comporte des lits de fer avec sommiers métalliques, des matelas et des draps. Les locaux sont très bien chauffés. Il y a des doubles fenêtres, la nourriture est plus abondante. Les soins sont donnés par des médecins français prisonniers, qui se montrent très dévoués. En cas de maladie grave ou d’infirmité, le médecin français présente les malades aux médecins allemands, qui décident soit de l’envoi à l’hôpital de Vienne, soit le rapatriement. La décision de rapatriement est souvent prise également par une commission allemande de réforme siégeant à Vienne.

Malgré le froid très vif, ou peut-être à cause de cela, l’état sanitaire du camp a été très bon pendant tout l’hiver 40/41. Il n’y a pas eu d’épidémies, très peu de maladies graves. J’apporte d’ailleurs ici une précision caractéristique : en huit mois, nous n’avons eu qu’une seule fois les obsèques d’un camarade. Encore s’agissait-il d’un officier cardiaque, déjà âgé, et qui est mort subitement.

Service religieux[modifier | modifier le code]

Les cérémonies du culte catholique sont célébrées au camp dans une demi-baraque (baraque 9) transformée en chapelle. Ce sanctuaire bien émouvant dans sa pauvreté vraiment évangélique a été décoré par des artistes prisonniers, avec les moyens du bord.

Le Maître-autel se dresse sur une estrade, au milieu de la paroi gauche (à cet autel) le prêtre dit la messe face à l’assistance. Une douzaine d’autels secondaires consacrés à la Vierge, à St Joseph, St Louis, Saint François d’Assisee, St Vincent de Paul, St Bernard, St Benoît, Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, etc. sont répartis tout le tour de la chapelle. Des statuettes en bois ou en terre, des bas reliefs sculptés dans des planches de lit ou découpés dans des boites à cigares, des dessins ou des aquarelles les décorent. Quelques unes de ces œuvres sont tout à fait remarquables.

Il y a en particulier, sur le Maître-autel un admirable crucifix pour les grands-messes. Un prisonnier a fabriqué un encensoir et un bénitier de dessin très moderne. À un mètre de distance, il est impossible de voir qu’ils sont en réalité fabriqués avec des boîtes de conserve.

Pour Noël, une crèche en bois sculpté a été dressée dans un coin de la chapelle.

Le service religieux est assuré par l’aumônier du camp, l’Abbé Joulin, vicaire à Sainte Marie de Vincennes. Sa modestie souffrirait si je disais tout le bien que nous pensons tous de lui. Il fait énormément de bien au camp et son influence est très grande sur les prisonniers. Il est aidé dans son ministère par de nombreux prêtres prisonniers (70 environ) qui célèbrent la messe chaque jour, aux différents autels, à partir de six heures du matin. Une maîtrise a été formée et rehausse l’éclat des cérémonies religieuses. La Communauté Protestante est également représentée. Chaque dimanche un culte est célébré à 10 h. En semaine tous les fidèles peuvent se réunir tous les soirs à 19 h. Des réunions sont organisées régulièrement. (Cercle d’étude sur l’histoire de la réforme, Éclaireurs unioniste, etc.)

Presse[modifier | modifier le code]

Le 18 janvier 1941 paru le premier numéro du journal de l’Oflag XVII-A . Un hebdomadaire « Le Canard en KG ». Au cours de l’année 1943, il devint bi-mensuel, puis mensuel faute de papier.

Ce journal au début comporte quatre pages, format 30X48 cms, puis il fut ramené à 23x30 cms, mais le nombre de pages doublées.

De nombreux articles composent ce journal. Un éditorial, les nouvelles du camp, des mots croisés, des textes de chansons, des dessins humoristiques. Une page est consacrée Théâtre (critique, présentation des pièces à venir) et au programme des cours et conférences. Bref un vrai journal dirigé par René Dubois (futur Secrétaire général de la Fédération de la Presse). Il faut imaginer toutes les difficultés rencontrées pour faire paraître un tel journal ! Mais aussi la joie pour les lecteurs.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Texte en majeure partie, écrit en Mai 1942

Dès 1943, et jusqu’à la libération, les conditions de vie se sont détériorées au fur et à mesure. Les difficultés croissantes du ravitaillement et les restrictions apportées par les autorités Allemandes à la correspondance et aux envois de colis ont contribué à cette détérioration. Les soupes devinrent de plus en plus claires et les rations de pain de plus en plus légères. Mais tant bien que mal, la vie continua !

Références[modifier | modifier le code]

  1. Défense de photographier, recueil de photos réalisées de l'intérieur entre 1940 et 1945 par Marcel Corre
  2. « SOUS LE MANTEAU- Les prisonniers français de la seconde guerre mondiale avaient filmé leur camp et leur évasion », BigBrowser,‎ 31 juillet 2013