Affaire Marie-Louise Giraud

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Giraud.

Marie-Louise Giraud, née Lempérière le à Barneville, guillotinée au matin du dans la cour de la prison de la Roquette à Paris par le bourreau Jules-Henri Desfourneaux pour avoir pratiqué 27 avortements illégaux dans la région de Cherbourg. Elle fut la seule « faiseuse d'anges » à être exécutée pour ce motif. Un homme fut également guillotiné la même année pour trois avortements.

Issue d'une famille pauvre, Marie-Louise Giraud fut mariée à un marin, dont elle eut deux enfants. Elle a été successivement domestique, femme de ménage, puis blanchisseuse. À partir du début de la Seconde Guerre mondiale, elle loua également des chambres à des prostituées de Cherbourg. Elle commença également à pratiquer des avortements, d'abord de manière bénévole puis contre rémunération.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

La loi de 1920, réprimant l’avortement, a pour buts :

  • de combler le trou démographique dû à l’hécatombe de la guerre de 1914-1918 (hommes morts au combat + nombreuses veuves et femmes célibataires qui n'auront pas d'enfants) ;
  • de relancer la natalité, alors chroniquement plus faible en France que dans les pays voisins (notamment l'Allemagne), et ce depuis plus d'un siècle (la France, qui n'a pas connu l'explosion démographique allemande ou anglaise des années 1830 à 1880, était de loin le pays le plus peuplé d'Europe en 1800 : ce n'est plus le cas en 1900).

La loi du 27 mars 1923 ne définit plus l'avortement comme un crime mais comme un délit : quiconque aura provoqué l’avortement d’une femme sera puni d’un à cinq ans de prison et d’une amende de 500 à 10 000 F. La femme avortée est passible, quant à elle, de six mois à deux ans de prison. Mais, s'agissant d'un délit et non d'un crime, l'avortement est jugé, non par un jury populaire (qui ne siège que pour les cours d'assises, donc les crimes), mais par un jury de magistrats. C'était l'un des buts recherchés par la loi, les jurys populaires étant soupçonnés de s'émouvoir « trop facilement » devant la détresse des avortées.

En 1935, à la suite d'un mouvement né aux États-Unis, le docteur Jean Dalsace ouvre à Suresnes le premier dispensaire de contrôle des naissances.

Cependant, le 29 juillet 1939, un mois avant l'invasion de la Pologne qui conduit à la mobilisation générale, le Code de la famille aggrave les peines sanctionnant l'avortement. Aux privations économiques et surtout alimentaires imposées par la guerre s’ajoutent, dès juin 1940, les séparations d’un grand nombre de couples mariés (sur 1,9 million de prisonniers de guerre français internés en Allemagne). Pour ces raisons, les grossesses – adultérines ou non – sont de moins en moins désirées et les avortements clandestins plus nombreux. La loi du 15 février 1942 aggrave les choses, l'avortement devenant crime contre la sûreté de l'État est passible de la peine de mort. Elle fut abrogée à la Libération.

Le procès[modifier | modifier le code]

C’est sous la France de l'Occupation en 1942 et sous le gouvernement du maréchal Pétain qu'un tribunal d'exception va juger Marie-Louise Giraud, les jurys d'assises, estimés trop indulgents, étant dessaisis de ce genre d'affaires dès la loi de 1923.

À partir de septembre 1941 le régime de Vichy affiche des valeurs encore plus conservatrices et associe l’avortement à une attaque contre l'unité du pays, l'État et le peuple français.

Vingt-sept femmes ont eu recours aux services de l'accusée. Lors du procès, le président souligne l'immoralité de celle-ci. Le réquisitoire de l'avocat général reprend les thèmes diffusés par la nouvelle propagande et la réglementation de Vichy. La peine de mort est nécessaire dans ce cas-là, selon lui. La cour, après délibération, suit le réquisitoire. Marie-Louise Giraud est condamnée à avoir la tête tranchée.

Seule une grâce peut sauver la vie de l’accusée. Mais le maréchal Pétain refuse de commuer la peine. Marie-Louise Giraud est dès lors exécutée, le 30 juillet 1943.

Remarques[modifier | modifier le code]

Au même moment, en 1942, l'Ordre des médecins, récemment créé, obtient la possibilité de pratiquer l'avortement non seulement si la vie de la mère est en danger mais également si sa santé est gravement compromise, comme par la survenue d'un début de rétinite chez une diabétique menaçant de la rendre aveugle. La Suisse aussi était des premiers pays à autoriser l'interruption de grossesse si la vie ou la santé de la mère était en danger.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le fait divers a été éclipsé par la Seconde Guerre mondiale ; il fut finalement rendu célèbre en 1988 par Claude Chabrol dans son film Une affaire de femmes, adapté du livre de Francis Szpiner, dans lequel Isabelle Huppert interprète le rôle principal[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sarah Sissmann et Christophe Barbier, « L'effet Soleilland : Une affaire de femmes », L'Express,‎ 30 août 2004 (lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]