Pixilation

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La pixilation (de l'anglais pixilated) est une technique d'animation en volume, où des acteurs réels ou des objets sont filmés image par image.

C'est un effet spécial (trucage réalisé au tournage) qui crée un semblant de magie : des personnages qui volent, glissent sans bouger les jambes, des objets ou des personnages qui apparaissent subitement et se meuvent bizarrement, des déplacements impossibles dans la réalité, etc.

Pratiquement, les comédiens se meuvent par à-coups, s'immobilisant à chacune des positions qu'ils prennent. Pendant leur immobilité, la caméra enregistre un unique photogramme, selon la technique de l'image par image. Le film déroule ainsi une succession de positions fixes des comédiens (ou des objets qu'un animateur déplace de la même façon) qui donne à la projection l'illusion d'un déplacement bizarre. Par exemple, pour donner l'illusion d'un personnage volant, le comédien saute en l'air, et le photogramme est enregistré quand il est au zénith de son bond. À la projection, le personnage semble ne jamais être au contact du sol.

Pixilated en anglais signifie familièrement bourré, ivre. Littéralement, il signifie affecté par les pixies, de l'anglais pixy-led (dirigé par un pixie, ou ensorcelé). Un pixie est une sorte de fée ou de lutin. Cela n'a donc rien à voir avec les pixels.

À ne pas confondre aussi avec l'effet de mosaïque (en anglais pixelization) qui consiste à réduire la définition d'une image, ce qui fait apparaître les "unités carrées" de l'image vidéo.

Historique[modifier | modifier le code]

James Stuart Blackton

C'est James Stuart Blackton, auteur du premier dessin animé du cinéma, qui découvre la technique de la pixilation, avec The Haunted Hotel (1906), où l'on voit sur une table la préparation miraculeuse d'un petit déjeuner, sans aucune intervention humaine : le couteau découpe lui-même les tartines, le café se verse tout seul, et le lait qui déborde de la tasse apporte avec lui un petit pantin, responsable sans doute de ce service invisible.

Segundo de Chomón réalise un remake de ce film en 1907, intitulé La Maison ensorcelée, où il reprend la scène des objets animés sur la table du petit-déjeuner.

Le Français Émile Courtet, dit Émile Cohl, comprend comment Blackton s'y est pris et lui emboîte le pas, aussi bien en réalisant en 1908 le premier dessin animé français, Fantasmagorie, qu'en réalisant en 1911 un film de pixilation : Jobard ne peut pas voir les femmes travailler. Cependant, malgré les dates, faire d'Émile Cohl l'inventeur de la pixilation est une erreur courante aujourd'hui (voir sur l'Internet les sites autour de la pixilation, par ailleurs tous intéressants).

En 1958, le Polonais Walerian Borowczyk réalise L'École (Skola).

Le Canadien Norman McLaren réalise plusieurs films avec cette technique, et c'est à lui ou peut-être à son compère Grant Munro (l'un des comédiens de Neighbours) que revient l'invention du mot pixilation. Les plus célèbres sont Neighbours (Voisins), et Il était une chaise, coréalisé par Claude Jutra, ainsi que Le discours de bienvenue (1964) et Two bagatelles (1953) réalisé avec Grant Munro.

Dans les années 1960-1970, Chuck Menville et Len Jansen réalisent des court-métrages mettant en scène des êtres humains qui se déplacent comme s'ils étaient à bord de véhicules invisibles : Vicious Cycles (1967), Stop Look and Listen (1967), Blaze Glory (1970), Sergent Swell of the Mounties (1972). Le gag du véhicule invisible est un classique des films de pixilation.

Dans les années 1970, le Canadien André Leduc, réalise Tout écartillé (1974), Monsieur Pointu, coréalisé avec Bernard Longpré (1975), et Chérie, ôte tes raquettes ! (1976).

De 1977 à 1979, le français Paul Dopff réalise successivement, Le Phénomène, La Traversée, et Supermouche, puis en 1987, Elégance et Joyeux Anniversaire.

En 1979, Mike Jittlov tourne le court-métrage The Wizard of Speed and Time, qu'il reprend en long-métrage en 1988. Il met en scène un super héros hyper rapide.

Jan Švankmajer

En 1990, la pixilation est utilisée par le Français Jan Kounen dans son court-métrage Gisèle Kérozène, mettant en scène une course de sorcières sur des balais, tournée dans le quartier de la Défense à Paris.

Le réalisateur tchèque Jan Švankmajer l'utilise dans plusieurs films, comme Nourriture (1992) ou Les Conspirateurs du plaisir (1996).

En 1996, Dave Borthwick réalise le long-métrage Les secrètes aventures de Tom Pouce qui utilise largement la pixilation, conjointement à l'animation de marionnettes.

En 2010, le réalisateur Allemand Nicolas Hammerschlag réalise "Basta Pasta", un court métrage en pixillation mettant en scène le client d'un restaurant confronté à des pates qui bougent toutes seules dans son assiette.

Elle fait aussi partie des techniques privilégiées dans la réalisation des clips musicaux, parfois en association avec d'autres techniques d'animation, comme dans La serenissima du groupe DNA, en 1990, Sledgehammer, du chanteur Peter Gabriel réalisé par les studios Aarman en 1996.

Évolution du procédé[modifier | modifier le code]

Dans les années 2000, une nouvelle approche de la pixilation se développe. Il s'agit de comédiens allongés sur le sol sur un décor dessiné ou composé de tissus, matelas, etc. La caméra est alors fixée au-dessus d'eux, en plongée totale à 90°. Cette animation, combinée avec celle d'objets en volume posés sur le sol, crée une vie faite de glissements à la fois laborieux (les comédiens de déplacent en rampant) et aériens (les comédiens peuvent tournoyer sur eux-mêmes).

Cette technique se rapproche de celle qu'avait utilisée Ferdinand Zecca en 1902, dans L'Ingénieuse soubrette, où « une jeune servante, chargée par son maître d'accrocher des tableaux, a l'idée de grimper à quatre pattes le long du mur pour pendre les cadres[1] », technique reprise par Segundo de Chomón en 1907, dans Les Kirikis, acrobates japonais, sans animation, mais avec le même déplacement au sol. La caméra était perchée en hauteur comme aujourd'hui, son axe optique à 90° du sol permettait à la soubrette et aux Kirikis d'effectuer des figures acrobatiques totalement impossibles à faire en dehors de ce trucage.

Ce procédé est utilisé dans le court-métrage de Tomas Mankovsky : Sorry, I'm Late (2009). Par effet de mode, on le retrouve dans des clips, celui de Coldpay : Strawberry Swing (2008)), et Her Morning Elegance, du chanteur Oren Lavie, réalisé par Yuval & Merav Nathan (2009). Et dans le monde de la publicité, celle de la marque Target : Every Colour You Can Dream Of (2009).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire de l'animation.
Article connexe : James Stuart Blackton.
Article connexe : Émile Cohl.
Article connexe : Norman McLaren.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, « Grammaire du cinéma », Paris, Nouveau Monde éditions, 2010, (ISBN 978-2-84736-458-3), 588 pages, citation de la page 99

Liens externes[modifier | modifier le code]