Jan Švankmajer

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Jan Švankmajer

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Jan Švankmajer au Festival de Karlovy Vary en 2009

Naissance (79 ans)
Prague
Tchécoslovaquie Tchécoslovaquie
Profession Réalisateur

Jan Švankmajer, né le à Prague, est un réalisateur surréaliste tchèque connu notamment pour ses films d'animation. Son dernier film, Survivre à sa vie (Théorie et pratique) (Přežít svůj život [teorie a praxe]), en prises de vue réelles, est sorti dans les salles en 2010. Son travail a notamment influencé les frères Quay, Tim Burton et Terry Gilliam.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après avoir étudié la création de décors à l'École des arts appliqués de Prague de 1950 à 1954, Jan Švankmajer entre à la faculté d'art dramatique de l'Académie des beaux-arts de Prague, dans la section marionnettes. Il commence sa carrière avec le Théâtre de masques et le Black Theater avant d'intégrer en 1962 le célèbre théâtre de marionnettes Laterna Magika.

Jan Švankmajer réalise son premier court-métrage en 1964 : Le Dernier Truc de M. Schwarzwald et de M. Edgar (Poslední trik pana Schwarcewalldea a pana Edgara), influencé (comme pour tout le reste de sa carrière) par le théâtre de marionnettes, le surréalisme et le maniérisme.

À la fin des années cinquante, il rencontre la peintre tchèque Eva Dvořáková (en) avec qui il se marie en 1960[1]. En 1970, tous deux intègrent le Groupe Surréaliste de Prague, dont Jan Svankmajer fait toujours partie.

Surréalisme[modifier | modifier le code]

André Breton eut une relation privilégiée avec le premier groupe surréaliste de Prague, regroupé autour de Vítězslav Nezval et de Karel Teige. Dans le Manifeste du surréalisme écrit en 1924, André Breton définit ce courant comme « une association du réel et du rêve » qui vise "une réalité supérieure". Le surréalisme est également influencé par les thèses psychanalytiques de Sigmund Freud. Chez Jan Švankmajer on retrouve le concept freudien d'inquiétante étrangeté avec l'utilisation quasi-systématique des marionnettes. Une grande partie de ses films traitent aussi de l'enfance et de ses inquiétudes comme Alice (adaptation du roman de Lewis Carroll Alice au pays des merveilles). Le surréalisme et l'absurde chez Jan Švankmajer apparaissent surtout dans les thèmes plus que dans son esthétique : dans son court-métrage Nourriture des hommes se transforment en machines le temps d'un repas.

Maniérisme[modifier | modifier le code]

Hiver, Arcimboldo
Hiver, Arcimboldo, 1573

L'esthétique de Jan Švankmajer a pu être qualifiée autant de baroque ou de maniériste que de surréaliste[2]. Dans son film Les Possibilités du dialogue, il rend hommage à la figure emblématique du maniérisme, le peintre Guiseppe Arcimboldo connu pour ses œuvres comme Été, Automne, Hiver et Printemps où des éléments organiques sont assemblés pour composer un portrait. De même, l’œuvre de Jan Švankmajer est caractérisée par les collages, les assemblages, et donne de l'importance aux corps (dans Jeux de pierres notamment). De plus, l'une des particularités de Jan Švankmajer est d'associer prise de vue direct et cinéma d'animation qui se fondent dans une même image, pour créer un univers fictif unique.

Cinéma d'animation[modifier | modifier le code]

À propos du cinéma d'animation, Jan Švankmajer explique (dans une interview au Festival d'Annecy en 2002) : « Je suis arrivé vers le cinéma par le théâtre et les arts graphiques. C’est pourquoi les impulsions dans ma création viennent surtout de ces deux domaines. Au milieu des années soixante, quand j’ai commencé à m’occuper de films, la fameuse École tchèque d’animation était à son apogée. » Il arrive à l'animation par la marionnette, pratique traditionnelle en Tchécoslovaquie.

Son esthétique est caractérisée par le mélange d'animation et de prise de vue directe (dans Alice notamment), le stop motion (dans Jeux de pierres par exemple), un montage fractionné très rapide et beaucoup de mouvements de caméra.

L'animation est aussi caractéristique de l'absurdité surréaliste, avec des personnages qui agissent comme des machines et un environnement qui n'obéit pas aux règles du réel.

Švankmajer et le communisme[modifier | modifier le code]

Les évènements du Printemps de Prague coïncident avec la réapparition publique du groupe surréaliste de Prague, semi-clandestin depuis la mort de Teige[3]. Durant sa carrière, Jan Švankmajer, comme les autres membres du groupe, subira la censure du parti communiste : beaucoup de ses scénarios ne verront jamais le jour et un grand nombre de ses films seront censurés dès leur sortie. Il lui sera d'ailleurs interdit de filmer durant six ans, et profitera ultérieurement de sa notoriété pour pouvoir réaliser à l'étranger. La censure communiste a aussi influencé le travail de Jan Švankmajer d'un point de vue formel et thématique : l'animation et le théâtre de marionnettes subissaient moins le joug de la censure que la fiction réaliste. De plus, ses films mettent quasi-systématiquement en scène des personnages qui subissent des évènements, des traumatismes. On retrouvera de même dans les films après 1968 beaucoup plus d'évocations du quotidien (voitures, meubles, rues de Prague..).

Comme tout le groupe de Prague, Švankmajer s'est généralement tenu à égale distance de la dissidence et du régime, pratiquant ce que le théoricien du groupe, Vratislav Effenberger, appelle la "double isolation". Les membres du groupe signeront néanmoins la Charte 77[4].

Prix[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

  • 1964 : Le Dernier Truc de M. Schwarzwald et de M. Edgar (Poslední trik pana Schwarcewalldea a pana Edgara) — 12 min
  • 1965 : J. S. Bach : Fantaisie en sol mineur (Johann Sebastian Bach : Fantasia G-moll) — 10 min
  • 1965 : Jeux de pierres (Hra s kameny) — 8 min
  • 1966 : La Fabrique de petits cercueils (Rakvickarna) — 10 min
  • 1966 : Et caeterea (Et cetera) — 8 min
  • 1967 : Histoire naturelle (suite) (Historia Naturae, Suita) — 9 min
  • 1967 : L'Homme et la Technique
  • 1968 : Le Jardin (Zahrada) — 19 min
  • 1968 : L'Appartement (Byt) — 12 min
  • 1969 : Pique-nique avec Weismann (Piknik s Weissmannem) — 13 min
  • 1969 : Une semaine tranquille à la maison (Tichý týden v dome) — 19 min
  • 1970 : L'Ossuaire (Kosnice) — 10 min
  • 1970 : Don Juan (Don Šajn) — 31 min
  • 1971 : Jabberwocky ou les vêtements de paille d'Hubert Paglia (Zvahlav aneb Saticky Slameného Huberta) — 13 min
  • 1972 : Le Journal de Léonard (Leonardův deník) — 11 min
  • 1977 : Le Château d'Otrante (Otrantský zámek) — 17 min
  • 1981 : La Chute de la maison Usher (Zánik domu Usheru) — 15 min
  • 1982 : Les Possibilités du dialogue (Možnosti dialogu) — 12 min
  • 1982 : Dans la cave (Do pivnice) — 15 min
  • 1983 : Le Puits, le Pendule et l'Espoir (Kyvadlo, jáma a naděje) — 15 min
  • 1988 : Une autre sorte d'amour (Jiný druh lásky)
  • 1988 : Jeux virils (Mužné hry) — 12 min
  • 1989 : Viandes amoureuses (Zamilované maso) — 1 min
  • 1989 : Obscurité, Lumière, Obscurité (Tma/Svetlo/Tma) — 8 min
  • 1989 : Flora — 20 min
  • 1990 : La Fin du stalinisme en Bohême (Konec stalinismu v Čechách) — 10 min
  • 1992 : Nourriture (Jídlo) — 17 min

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Gilles Dunant, Michel Dubret, Goïta Recio, Naïla Attia, Vince,La flèche par le jet, parcours autour de la projection de six films de Jan Švankmajer, Genève, 1981, 32 p.
  • (en) Peter Hames, Dark Alchemy: The Films of Jan Švankmajer, Praeger Publishers, 1995, 208 p.
  • (fr) Articles sur Jan Švankmajer dans Positif no 297, 371, 412.
  • (fr) Charles Jodoin-Keaton, Le Cinéma de Jan Švankmajer : un surréalisme animé, Laval (Québec), Les 400 Coups, 2002, 143 p.
  • (fr) Bertrand Schmitt, « Entretien avec Jan Švankmajer. Les éclairs de l'inconscient », Positif no 508, p. 86-90.
  • (fr) Jan Švankmajer : un surréaliste du cinéma contemporain, catalogue du Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg, Strasbourg, Éditions Ciné-fils, 1999, 74 p.
  • (fr) Pascal Vimenet (coordonné par), Švankmajer, E&J : Bouche à bouche, Montreuil, Éditions de l'Œil, 2002, 168 p.
  • (fr) Bernard Bourrit, "L'Œil est une bouche impossible à assouvir : Jan Švankmajer", Coaltar, 2009.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pascal Vimenet et alii, Svankmajer E&J Bouche à bouche, p. 145-149
  2. Pascal Vimenet, op. cité, p. 32
  3. Pascal Vimenet, op. cité, p. 16
  4. Pascal Vimenet, op. cité, p. 21

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Art Clokey pour ses animations à base de pâte à modeler

Liens externes[modifier | modifier le code]

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