Claude Jutra

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Claude Jutra, né à Montréal le , mort à Montréal le ) est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, directeur de la photographie et producteur québécois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Destiné au départ à devenir médecin comme son père, Claude Jutra commence sa carrière au cinéma à la suite de ses études. Après quelques courts-métrages prometteurs faits durant son adolescence, il rejoint l’Office national du film en 1954, puis cosigne, avec le cinéaste d’animation Norman McLaren, le court-métrage Il était une chaise en 1957. Ce film lui permettra de voyager en faisant la tournée des festivals. En France, il rencontre François Truffaut, puis il se rend en AfriqueJean Rouch l’initie au cinéma direct. À son retour, il joint l’équipe française de l’Office national du film et participe à l’avancement du cinéma direct québécois dans plusieurs documentaires en collaboration avec le directeur de la photographie et réalisateur Michel Brault. En 1963, il réalise son premier long-métrage de fiction, À tout prendre, un film controversé qui aborde une liste de sujets tabous pour l’époque. Même s'il fut critiqué au Québec, le film fut encensé aux États-Unis et en France. En 1966, il réalise Rouli-roulant, un des premiers films sur le skateboard. C’est toutefois durant les années 1970 qu’il signe Mon oncle Antoine, la pièce maîtresse de son œuvre. Par la suite, il réalisera Kamouraska, adapté du roman éponyme d’Anne Hébert, avant de se tourner vers le Canada anglais, où il réalisera pour la télévision ainsi que quelques films. Il reviendra au Québec au début des années 1980, recevra le prix Albert-Tessier en 1984, puis réalisera La Dame en couleurs, sa dernière œuvre.

Influencé sur le plan formel par le cinéma direct et la Nouvelle Vague française, le cinéma de Claude Jutra traite du questionnement identitaire dans le Québec de la révolution tranquille sans toutefois s'impliquer directement dans le discours politique nationaliste de l'époque[b 1]

Les dernières années de sa vie seront marquées par la perte progressive de sa mémoire causé par la maladie d'Alzheimer. Conscient de la « cage de verre invisible »[1] qui le réduit de plus en plus, il s’enlève la vie le 5 novembre 1986 en sautant du haut du pont Jacques-Cartier à Montréal.

Les prix Jutra et le prix Claude-Jutra sont décernés en son honneur.

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Montréal, 1930

Claude Jutra naît le 11 mars 1930[2] dans une famille aisée de Montréal. Fils du radiologiste et directeur du Collège des médecins du Québec Albert Jutras, il est l'aîné d'une famille de trois enfants (avec Mireille et Michel Jutras) [a 1]. Il décrira son enfance comme « exceptionnellement heureuse »[a 2] La maison familiale dans laquelle il grandira, sur la rue Sainte-Famille, tout près de l'Hôtel-Dieu de Montréal, sera un lieu de visite pour des acteurs, peintres, sculpteurs, et musiciens amis de la famille[a 3]. C'est en 1938 que Jutra assiste à sa première projection d'un film :

«J'avais 8 ans quand j'ai vu pour la première fois une image s'animer sur un écran. Ce fut le coup de foudre. Et quand j'emploie cette image, c'est au sens fort: le coup qu'a dû ressentir Jeanne d’Arc en entendant ses voix. C'était un film 8 mm en couleurs, qu'on projetait chez des amis […]»[3]

Son père lui offrira une caméra 16 mm à 16 ans. À cette époque. il fréquente le collège Stanislas, où il fait la rencontre de Michel Brault. Durant son adolescence, il réalisera deux courts-métrages avec lui; Le Dément du Lac Jean-Jeunes, en 1948, mettant en vedette les scouts du Collège Saint-Jean, et Mouvement Perpétuel en 1949, qui remportera le Canadian film award du meilleurs film amateur ainsi qu'un diplôme d'honneur du festival du film amateur de Cannes.

Forcé de terminer ses études mais préservant son désir de faire du cinéma, il entre, dès 1946, à la faculté de médecine et, en 1952, obtient son diplôme de médecin à l'université de Montréal à l'âge de 22 ans[4]. Il ne pratiquera jamais la médecine.

Débuts dans le milieu audio-visuel[modifier | modifier le code]

À la suite de ses études, Claude Jutra décide de lancer sa carrière dans le cinéma en s'inscrivant à l’école du Théâtre du Nouveau Monde en 1953. Quittant la maison familiale, il s’installe sur l'avenue Summerhill, dans le centre-ville de Montréal. La même année, Radio-Canada ouvre ses portes et Jutra scénarise le premier télé-théâtre de la télévision québécoise, L’école de la peur, qui remporte le trophée Frigon en 1954. En tant qu’acteur, il jouera à la télévision le rôle de Grumio dans les programmes télévisés Disparu (1953) et La Mégère apprivoisée (1953) réalisés par Jean Boisvert.

Il joint l’Office National du Film et débute sa collaboration avec Norman McLaren sur le court métrage d’animation Trio-brio, perdu lors du déménagement de l’ONF d’Ottawa à Montréal.

En 1954, il anime Images en boîtes, une série de 13 émissions télévisés d’une demi-heure sur le cinéma et perpétue son affiliation intermittente avec l’Office national du film pour qui il débute le tournage de deux documentaires sur la musique qu’il terminera en 1956; Chantons maintenant sur la chanson canadienne d'expression française et Jeunesses musicales (Youth and Music) qui traite des jeunesses musicales du Canada (Le court métrage Rondo de Mozart sera un extrait de ce film) .

En 1955, il interprète Praileau dans le téléfilm Moïra de Louis-Georges Carrier à Radio-Canada puis réalise de façon indépendante Pierrot des bois avec l’aide de Michel Brault. Les deux hommes obtiennent également une entrevue avec Frederico Fellini à New York. La mauvaise qualité sonore de l’entrevue empêchera sa diffusion.

En 1957, À son retour de 6 mois de cours de théâtre à Paris avec le professeur René Simon, il collabore, à l’ONF, avec le cinéaste d’animation Norman McLaren avec qui il coréalisera Il était une chaise. Le film remportera nombreux prix internationaux dont le premier prix du film expérimental de la Mostra de Venise, un prix spécial de la British Academy of Film and Television Arts, le prix de mérite dans la catégorie art et expérimental aux prix Génie à Toronto et le deuxième du film expérimental au Festival international du film de Rapallo en Italie.

De retour au Québec, Jutra réalise son premier long métrage; Les Mains nettes, à partir d'un scénario de Fernand Dansereau. Ce film résulte d’une combinaison de quatre épisodes de la série télévisée Panoramique, produite par l'ONF. La même année, il adapte pour le petit écran et scénarise Marlus de Marcel Pagnol et Morts sans visage d’Arthur Hailey pour Radio-Canada.

En 1958, McLaren, Jutra et Brault se rendent à l’Exposition universelle de Bruxelles. Il était une chaise est également présenté au Festival du film de Tours où Jutra fait la connaissance de François Truffaut qui s’apprête à tourner Les Quatre Cents Coups. L’hiver de la même année il tourne le documentaire Félix Leclerc, troubadour puis Fred Barry, comédien pour l’ONF.

Influences et indépendance[modifier | modifier le code]

En 1959, agissant à titre de producteur, François Truffaut invite Claude Jutra à réaliser Anna la bonne d'après une histoire de Jean Cocteau et mettant en vedette Marianne Oswald. Durant son séjour en France, Jutra visionne Moi, un noir de Jean Rouch et décide de partir pour l’Afrique en bateau afin de rencontrer le réalisateur. Parti de Marseille, il débarque à Abidjan en Côte d’Ivoire puis se rend au Niger où il rencontre Jean Rouch en pleine savane. Le réalisateur tient à aider Jutra dans la production d’un film sur le Niger. En voyage au Canada, Rouch obtient l’appui financier de l’ONF puis du gouvernement nigérien à son retour en Afrique. Le Niger, jeune république de Claude Jutra sort au cours de l'année 1961.

Toujours en 1961, de retour au Canada, Jutra rejoint l’équipe française de l’ONF coréalise avec Michel Brault, Marcel Carrière et Claude Fournier, La Lutte, un documentaire faisant appel aux techniques de cinéma direct développé par Brault dans Les Raquetteurs en 1958. En 1962, il collabore de nouveau avec Brault sur les documentaire Québec-U.S.A. ou L'invasion pacifique et Les Enfants du silence dont lequel il sera le narrateur. Il fera également la narration de La feuille qui brise les reins de Terence Macartney.

En août 1963, Claude Jutra termine le tournage son premier long métrage de fiction, À tout prendre. Après deux années de tournage intermittent et un budget indépendant et autofinancé de 60 000 $, cette première fiction de style direct et de nature autobiographique réalisé au Québec[5] remporte le grand prix du Festival du cinéma canadien et le Canadian film award du meilleur long métrage de fiction. Malgré la critique locale, le film est acclamé en France et aux États-Unis par des réalisateurs comme John Cassavetes et Jean Renoir. En octobre une rétrospective de l’ensemble de son œuvre est présentée au Musée des beaux-arts du Canada.

La même année, il supervise le montage et coréalise avec Pierre Patry Petit discours sur la méthode, un documentaire sur la technologie française. En 1964, il critique le financement accordé à l’industrie cinématographique québécoise dans Cineboom. Durant le reste des années 1960, Jutra réalisera deux courts documentaires, Comment savoir et Rouli-Roulant en 1966. En 1967, il est victime d’un accident de moto sur le pont Jacques-Cartier. À la suite de sa convalescence, il réalise Wow en 1969. À cette époque, il est invité à enseigner à la nouvelle école de cinéma de la UCLA .

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Cinéma


Télévision

Acteur[modifier | modifier le code]

Cinéma

Télévision

Scénariste[modifier | modifier le code]

Monteur[modifier | modifier le code]

Directeur de la photographie[modifier | modifier le code]

Producteur[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies et thèse

  • CARRIER-LAFLEUR, Thomas, Une philosophie du « temps à l’état pur ». L’autofiction chez Proust et Jutra, Paris : Librairie philosophique J. Vrin, Québec : Les Presses de l’Université Laval (Zêtêsis : Esthétiques), 2010, 215 p.
  • GARNEAU, Michèle, « Pour une esthétique du cinéma québécois », Thèse de doctorat en Littérature comparée, option théorie et épistémologie, Montréal, Université de Montréal, 1997.
  • LEACH, Jim, Claude Jutra filmmaker, Montreal/Kingston/London/Ithaca, McGill-Queen’s University Press (Films Studies), 1999, XII-306 p.

Analyses

  • BÉGIN, Richard, "Low Cost (Claude Jutra) ou la mobilisation d'un héritage. Pocket film et technique identitaire", Nouvelles Vues, no 12, printemps-été 2011, en ligne.
  • BELLEMARE, Denis, « Narcissisme et corps spectatorielle », dans Cinémas, vol. nos 1-2, automne 1996, p. 37-54.
  • BRADY, James, « À tout prendre : fragments du corps spéculaire », dans Copie Zéro, Revue de cinéma, no 37 (octobre 1988), p. 23-26.
  • MARSOLAIS, Gilles, « À tout prendre », dans Lettres et écritures, Revue des Étudiants de la Faculté des Lettres de l’Université de Montréal, vol. I, no 2 (février 1964), p. 35-41.
  • MARSOLAIS, Gilles, « Au delà du miroir... », dans Cinéma : acte et présence, Québec, Éditions Nota bene, 1999, p. 189-203.
  • WAUGH, Thomas, « Je ne le connais pas tant que ça: Claude Jutra », dans Nouvelles vues sur le cinéma québécois (en ligne), no 2, été-automne 2004.
  • SIROIS-TRAHAN, Jean-Pierre, « Le devenir-québécois chez Claude Jutra. Autofiction, politique de l’intime et le je comme faux raccords », dans Nouvelles vues sur le cinéma québécois, en ligne, no 11, automne 2010.

Documents[modifier | modifier le code]

  • « Correspondance de Claude Jutra et François Truffaut », Nouvelles vues,‎ hiver 2012-2013 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Daniel Carrière, Claude Jutra, Éditions Lidec,‎ 1993 (ISBN 2760870456).
  1. p.7
  2. p.5
  3. p.8
  • Jim Leach, Claude Jutra, filmmaker, McGill-Queen's University Press,‎ 1999 (ISBN 0773518592).
  1. p.25

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.onf.ca/webextension/jutra_fr/fr/film.html
  2. http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=F1ARTF0004203
  3. Cahiers du Cinéma (Les), n° 200/201, avril/mai 1968
  4. Michel Houle et Alain Julien, Le Dictionnaire du Cinéma québécois, Éditions Fides, 1978.
  5. * Michel Coulombe et Marcel Jean, Le Dictionnaire du Cinéma québécois, Editions Boréal,‎ 1991 (ISBN 2890524434).
  6. [1]