Pierre Jean Marie Delavay

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Le père Jean Marie Delavay est un missionnaire chrétien des Missions étrangères de Paris, botaniste et grand collecteur de plantes en Chine, né à Abondance en Haute-Savoie en 1834 et mort en Chine 1895.

Il rassembla une des collections botaniques les plus importantes de la fin du XIXe siècle, dans une région limitée du Yunnan pour le compte du Muséum national d'histoire naturelle. De nombreuses espèces lui ont été dédiées comme Abies delavayi, Aster delavayi, Clethra delavayi, lncarvillea delavayi, Geranium delavayi, Lonicera delavayi, Magnolia delavayi, Meconopsis delavayi, Osmanthus delavayi, Paeonia delavayi, Philadelphus delavayi, Pyrus delavayi, Schefflera delavayi, Thalictrum delavayi, Wikstroemia delavayi..

Biographie[modifier | modifier le code]

De son enfance passée dans la haute montagne savoyarde, il garda une passion pour la flore alpine.

Premier séjour en Chine 1867-1880[modifier | modifier le code]

En 1867, la Société des Missions étrangères l’envoya en Chine à l’est de Canton où il herborisa dans cette région et dans le Shaanxi. On sait aussi qu’il s’occupa du rachat de femmes annamites enlevées par des pirates chinois. À cette époque, il donnait toutes ses récoltes au britannique Henry Fletcher Hance, consul de Canton et éminent botaniste, qui les envoyait en Angleterre.

Lors d’un voyage en France en 1881, il rencontra le père David, un grand missionnaire botaniste, qui le convainquit d’envoyer désormais ses collections au Muséum de Paris pour être étudiées par le botaniste Adrien Franchet.

Second séjour en Chine 1882-1891[modifier | modifier le code]

De retour en Chine, il fut envoyé en mission dans les montagnes du nord-ouest du Yunnan, une des régions du monde les plus riches sur le plan botanique. En 1882, lors de la remontée en barque du fleuve Bleu, le Yangtsé, il herborisait dans tous les ports où il s’arrêtait. Il s’établit à Dapingzi, au chef-lieu d’un district missionnaire s’étendant du nord du lac Erhai, 耳海 (près de Dali 大理) jusqu’à Lijiang 丽江, région occupée par les minorités tibéto-birmanes. Cette bourgade se trouve dans une cuvette très chaude entourée de montagnes qu’il parcourut avec plaisir pour fuir la moiteur des vallées auxquelles il attribue ses accès de paludisme.

Il fit une soixantaine de fois l’ascension du mont Heishanmen (à l’ouest de Dapingzi), le « Mont Blanc du Yunnan » qu’il appelait aussi son jardin. Il effectuait les ascensions seul, sans porteurs pour transporter son matériel, dans une région où les vents peuvent être violents et le froid terrible.

Il parcouru aussi des montagnes qui dominent Dali, les Cang shan 苍山, un de ses terrains de prospections préférés. De ces expéditions, dans les années 1884, il ramena un grand nombre de rhododendrons : Rhododendron Delavayi, R. yunnanense, R. fastigatum, R. taliense, etc. L’envoi des caisses de spécimens pour la France sera à cette époque gravement perturbé en raison de la guerre entre la France et la Chine au Tonkin. Après le retour au calme, il envoie ses caisses par « deux chevaux jusqu’à Yunnasen (Kunming) et, de là, à Soui fou (Shuifu) » (lettre du 25 février 1885)[1].

En 1886, ses longues marches vers le plateau du Tibet l'amenèrent à découvrir des pavots d'un bleu lumineux maintenant connu sous le nom de Meconopsis betonicifolia, et peut-être décrite avant lui sous le nom de Meconopsis napaulensis[2].

Dans une lettre du 11 novembre 1886, il annonce une terrible maladie qui allait affecter le reste de ses jours « J’ai été tellement accablé et anéanti par la peste que j’ai bien de la peine à me relever. Je ne sais quand je pourrais me remettre sérieusement à la besogne ». L’année suivante, il peut cependant reprendre ses prospections et ses envois de paquets de plantes. Au printemps 1888, son ami et voisin le père Proteau meurt et il doit désormais s’occuper de deux districts alors que sa santé se dégrade par suite d’accès de paludisme. En juillet 1889, il commence à recevoir les fascicules de Planta Delavayanae écrit par son correspondant du Muséum, Adrien Franchet. Toute l’année 1890 est perturbée par la maladie. Après un séjour au sanatorium de Hong Kong, il repart pour le Yunnan par le fleuve Rouge.

Il rentre en France en 1891 pour aller se soigner au sanatorium de Montbeton. Une attaque de paralysie locale le laissa invalide d’un bras. Mais la nostalgie de la Chine le pousse à repartir au Yunnan. « On voit la splendide inconscience de cet homme devenu fou d’un pays, le Yunnan, et d’un travail scientifique, la recherche botanique. Il semble qu’il y ait eu une conjuration du Muséum et également des Missions étrangères pour lui permettre de réaliser dans son état ce rêve insensé. Lui-même lucide dans ce rêve, connaît parfaitement son état et sait qu’il ne peut plus prendre d’engagement sérieux. Il veut repartir sans allocation et sans programme et travailler jusqu’à la limite de ses forces » (Jean Lennon[1])

Troisième et ultime séjour en Chine, 1894-1895[modifier | modifier le code]

Il remonta à nouveau le fleuve Bleu mais l’état dégradé de sa santé l’obligea à s’arrêter à Longqi (nord-ouest du Yunnan) où il récolta encore 1200 spécimens. Malheureusement, près de la moitié de cette collection fut détruite par l’extrême humidité qui régnait dans la région.

En février 1895, il atteint Kunming d’où il envoie des graines de Primula malacoides via San Francisco et finit par rejoindre le village qui lui avait été assigné comme mission. Il reprend ses herborisations et ses envois de paquets de plantes. Le 9 décembre, il expédie ses sept derniers paquets et après une ultime herborisation, il s’éteint le 31 décembre 1895.

Contribution scientifique[modifier | modifier le code]

À sa mort, Adrien Franchet, son correspondant au Muséum, lui rendit un vibrant hommage[3] :

« De 1885 à 1896, le Muséum a reçu du R. P. Delavay 7 300 numéros de plantes, représentant près de 3 500 espèces, en plus de 100 000 parts d'herbier ; on doit évaluer à 2 500 le nombre des espèces nouvelles pour la flore de Chine découvertes par lui, et à près de 1 800 le chiffre des types absolument nouveaux. Aucune exploration n'a donné un semblable résultat, surtout si l'on considère que le champ d'exploration visité par M. Delavay égalait à peine en étendue la moitié d'un de nos départements.
D'autre part, l'état des échantillons, toujours admirablement choisis pour l'étude, c'est-à-dire récoltés en fleurs, en fruits et souvent avec racines ; les soins apportés à la rédaction des étiquettes, portant toutes un numéro et mentionnant toujours la provenance exacte, l'indication du terrain, l'altitude, la couleur de la fleur, etc., etc., font des collections du R. P. Delavay le plus parfait modèle qu'on puisse citer d'une collection d'herbier.
Mais le R. P. Delavay ne fut pas seulement un grand collecteur ; c'était aussi un observateur d'une grande sagacité, un véritable savant, tirant de ce qu'il voyait des inductions souvent profondes. Sa correspondance botanique, qui sera sans doute un jour publiée, en fournit de nombreuses preuves. »

— A. Blanchet, Hommage au R.P. Delavay

Adrien Franchet publia Plantae Delavayanae (P. Klincksieck, 1889-1890) où il loua les qualités remarquables de collecteur du Père Delavay. L’Arboretum des Barres dans le Cher possède encore des plantes issues des graines collectées par le Père et envoyées à Maurice de Vilmorin. Parmi ses introductions réussies, on peut citer Rhodendron racemosum ou R. yunnanense. Plusieurs germinations eurent lieu aussi au Jardin des plantes de Paris : R. scabrifolium (1885), R. rubiginosum (1889), R. delavayi (1884).

Parmi les plantes remarquables récoltées, on peut mentionner : Deutzia dicolor, Deutzia purpurascens, Aster delavayi, Rhododendron ciliicalyx, Rhododendron irroratum, Rhododendron racemosum, Primula forbesii, Primula poissonii, Osmanthus delavayi, lncarvillea delavayi, Meconopsis betonicifulia, Paeonia lutea, P.delavayi, Rosa sericea pteracantha (syn. R. omeiensis pteracantha ), Rhododendron ciliicalyx, R. fastigiatum, R. irroratum, R. racemosum et R.yunnanense.

D'après le professeur Aymonin, 15 000 spécimens récoltés par Delavay se trouvent actuellement dans l'Herbier "Asie" du Laboratoire de Phanérogamie du MNHN à Paris[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c La correspondance du père Delavay a été analysée par Jean Lennon, « Le père Jean-Marie Delavay (1834-1895), un grand naturaliste français », Bulletin de l’Association des Parcs botaniques de France, vol. 38,‎ 2004
  2. La Recherche, Numéro 316 ;Numéros 318 à 322 ;Numéros 324 à 326, p. 48 : « Jamais plante n'aura demandé tant d'efforts. Des semaines de marche vers le plateau du Tibet, cerné de pics à 6 500 m. Des jours entiers dans le brouillard épais, à perdre son chemin au raz du précipice, puis le soleil cuisant, brûlant les yeux, au bout des nuits de gel. Un monde irréel, pour l'Européen égaré à l'ouest de la Chine, en 1886. Et la surprise, tout là haut, parmi les derniers arbres, de pavots d'un bleu lumineux. Origines. Au lieu de pencher vers le sol, les tiges se dressaient comme des hallebardes ; la fleur comportait quatre pétales, comme pavots (Papaver) et coquelicots (P. rheas). L'abbé Jean-Marie Delavay, natif de Haute-Savoie, botaniste à ses heures, ensachait des graines minuscules pour Paris. Si le pavot d'azur daignait fleurir au Muséum, il détrônerait bientôt l'edelweiss des Alpes qui comptait tant de morts à son actif. Toutefois le pavot était-il bien un inconnu ? Une autre papaveracée du toit du monde, sèche et décolorée, était parvenue à Genève, d'un voyageur anglais. On l'y avait nommée Meconopsis napaulensis (du Népal). Delavay l'ignorait. »
  3. Adrien Franchet, « Hommage au R.P. Delavay », Journal de Botanique,‎ 1er janvier 1896

Lien externe[modifier | modifier le code]

Delavay est l’abréviation botanique officielle de Pierre Jean Marie Delavay.
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