Microéconomie

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La microéconomie (ou micro-économie) est la branche de l'économie qui « analyse les comportements des individus ou des entreprises et leurs choix dans le domaine de la production, de la consommation, de la fixation des prix et des revenus. Elle est le champ privilégié de la théorie néo-classique » [1]. Elle analyse les comportements des agents économiques individuels (consommateurs et entreprises) et de leurs relations sur les différents marchés où s'échangent les produits et les facteurs de production :

Les consommateurs sont principalement perçus comme des offreurs de travail et des demandeurs de produits finis .
Les firmes sont décrites essentiellement comme demandeurs de ressources notamment sous forme de travail et offreurs de produits finis et de biens intermédiaires.

La vision de la micro-économie est différente de celle de la vision macro-économique, qui s'intéresse aux grandeurs globales de l’économie ou agrégats économiques (production nationale, revenu national, dépense nationale, volume total de l’emploi...), et leurs relations dans le contexte d’un espace national ou international, marqué également par la présence de l'agent État susceptible d'intervenir de façon plus ou moins active dans la sphère économique et sociale.

Histoire et objectifs[modifier | modifier le code]

L'objet de la microéconomie est en premier lieu l'étude du comportement, supposé rationnel, des agents en termes de production et de consommation, ainsi que de la fixation des prix et des revenus. En effet, le but de la microéconomie est de trouver l'équilibre de marché, autrement dit les prix et les revenus qui équilibrent l'offre et la demande sur le marché. Pour cela, la microéconomie s'appuie sur des modèles mathématiques : le consommateur possède ainsi une fonction d'utilité, et le producteur une fonction de production. Le « programme » du producteur est de maximiser son profit sous contrainte de production, et celui du consommateur est de maximiser son utilité sous contrainte de son revenu.

Lorsque l'on parle de coûts ce n'est pas seulement le sens comptable qui est important. Trois coûts sont importants en microéconomie : le coût d'opportunité, les coûts irrécupérables (sunk cost en anglais) et le coût marginal.

Historiquement, le développement de la microéconomie s'inscrit dans le programme de recherche de l'école néoclassique, d'où une certaine confusion entre les idées de cette école et la microéconomie. Il existe néanmoins de nombreuses recherches en microéconomie qui se situent en dehors du courant néoclassique : approches institutionnalistes (Oliver Williamson, Nelson et Winter), en économie des organisations (courant conventionnaliste, André Orléan, Olivier Favereau) ou en économie cognitive (Herbert Simon).

Les objectifs de la microéconomie sont de :

  • Analyser et prédire le comportement d'agents dans un environnement économique, technique et social donné ;
  • Analyser et prédire les interactions sociales entre agents résultant de ces comportements ;
  • Analyser le produit de ces interactions, qu'il s'agisse d'institutions chargées de les organiser ou du résultat du jeu de mécanismes d'interaction moins formalisés comme les échanges.

Pour le courant néoclassique, cette approche doit satisfaire aux exigences de l'individualisme méthodologique, c’est-à-dire que toute analyse des interactions sociales entre acteurs dans le domaine économique doit partir des comportements de ces mêmes acteurs, qui constituent en quelque sorte les "atomes" du système économique. Cette position est vivement contestée par d'autres économistes pour qui la primauté doit être donnée aux institutions collectives et aux normes sociales comme facteurs explicatifs du jeu social.

Il en résulte une grande diversité d'approches en microéconomie, diversité s'ordonnant selon l'importance accordée aux comportements individuels par rapport aux organisations collectives, et cela même au sein du courant néoclassique. On observe d'ailleurs un glissement progressif de la microéconomie néoclassique d'une approche "individualiste" des comportements (dont la théorie de l'équilibre général fournit sûrement l'exemple le plus abouti) vers des approches de plus en plus "collectives" et "institutionnelles" : la théorie des organisations industrielles, la théorie des contrats et de la gouvernance, les recherches du courant "law and economics" ou de la "nouvelle économie politique" sont aujourd'hui les domaines de recherche les plus actifs de la microéconomie.

L'approche microéconomique « traditionnelle »[modifier | modifier le code]

Par approche « traditionnelle », on entend l'analyse microéconomique résultant de la synthèse opérée par l'économie mathématique néoclassique des années 1940 et 1950 entre les apports du courant marginaliste du XIXe siècle et la théorie de l'équilibre général de Walras et de Pareto. John Hicks et Paul Samuelson sont considérés comme « les pères » de la microéconomie traditionnelle actuelle[2]. Par ailleurs, elle s'organise autour de quatre volets :

  1. La théorie du consommateur, qui étudie le comportement de ménages devant effectuer des choix de consommation de biens sous contraintes budgétaires ;
  2. La théorie du producteur, qui étudie le comportement d'entreprises qui veulent maximiser leur profit sous contraintes technologiques ;
  3. La théorie de l'échange sur des marchés, ces marchés pouvant être concurrentiels ou non concurrentiels ;
  4. La théorie de l'optimum économique, qui mobilise le concept d'optimum de Pareto pour juger de l'efficacité économique collective des interactions entre agents au travers des échanges.

Dans cette approche, les agents économiques, ménages ou entreprises, sont supposés « rationnels », c’est-à-dire qu'ils sont censés disposer de capacités cognitives et d'informations suffisantes pour pouvoir, d'une part, construire des critères de choix entre différentes actions possibles et identifier les contraintes pesant sur ces choix, contraintes tant « internes » (leurs capacités technologiques s'il s'agit d'entreprises, par exemple), « qu'externes » (c’est-à-dire résultant de leur environnement économique), et, d'autre part déterminer le choix qui satisfait au mieux ces critères en respectant ces contraintes. On parle de comportement « d'optimisation sous contraintes » pour désigner cette notion de « rationalité ». C'est le paradigme de l'Homo œconomicus qui n'implique pas a priori que les critères de choix des individus soient purement égoïstes, ces derniers pouvant parfaitement être « rationnellement » altruistes.

Quelques remarques s'imposent à ce stade. Ce qui intéresse la microéconomie, c'est tout d'abord l'étude des choix des agents économiques, c’est-à-dire de la manière dont ils procèdent à des arbitrages entre différentes options possibles, en comparant leurs avantages et leurs inconvénients pour la poursuite de leurs objectifs ou la satisfaction de leurs intérêts. Cette démarche opère donc par scission des moyens (les options possibles) et des fins (les intérêts ou aspirations des agents). Elle peut parfaitement s'appliquer à une grande variété de moyens (le vol plutôt que l'échange par exemple) comme de buts : on trouve en microéconomie néoclassique des analyses de firmes autogérées, dont l'objectif n'est pas de maximiser les profits des actionnaires mais l'utilité du revenu salarial de leurs employés-propriétaires, ou de ménages « dynastiques », dont l'objectif est de maximiser non seulement le bien-être de leurs membres mais aussi celui de leurs descendants, des descendants de leurs descendants, et ainsi de suite.

L'approche conceptuelle utilisée est de nature "conventionnelle", c’est-à-dire qu'elle procède par appariemment d'un ensemble d'objectifs et de moyens disponibles pour les atteindre à une "unité" abstraite de décision. Cette abstraction n'a pas pour but de décrire le comportement d'agents "réels" particuliers, mais de produire des prédictions générales sur le résultat de leur mise en interaction. La microéconomie traditionnelle mobilise trois grandes catégories de "conventions" de ce type :

  • une convention "d'agents", les ménages et les entreprises, vus comme des "boîtes noires", alors qu'il s'agit en fait de collectifs d'individus, pouvant être de très grande taille (une firme multinationale par exemple). Mais rien n'interdit d'ouvrir ces "boîtes noires" pour conduire des analyses micro-économiques à l'échelle intra-familiale ou intra-entreprises.
  • Une convention de "biens", qui désigne les objets "centres d'intérêt" des agents économiques. Mais ces biens sont toujours définis avec un certain degré d'arbitraire : ils peuvent différer en "nature" comme en "qualité", ils peuvent être produits intentionnellement ou non (cas de la "pollution" par exemple), ils peuvent être "légaux" ou "illégaux", c’est-à-dire que leur production, consommation ou échange peut être socialement licite ou pas (cas des drogues par exemple).
  • Une convention "d'espace social" d'interaction, qui dans le modèle microéconomique traditionnel s'identifie aux "marchés" en tant qu'espace de transaction. Mais il est parfaitement possible d'appliquer l'analyse microéconomique néoclassique à toutes sortes d'espace sociaux de transaction, comme les "marchés internes" aux entreprises, ou les réseaux formels et informels de communication d'informations entre agents économiques.

La microéconomie néoclassique traditionnelle se présente généralement sous une forme extrêmement mathématisée, d'un abord difficile et souvent abscons pour les non spécialistes, surtout s'ils ne disposent pas d'une bonne formation préalable en mathématiques. Cette importance de la formalisation mathématique résulte principalement des attendus du programme de recherche néoclassique. La primauté accordée aux comportements individuels implique de pouvoir définir de manière relativement précise ces comportements, un problème par nature difficile, un comportement mobilisant conjointement des motivations, des moyens d'action sur son environnement, des modèles mentaux de représentation de cet environnement et des systèmes de communication et d'échange d'information avec d'autres agents. Par ailleurs, l'accent mis sur l'individu agissant amène à refuser toute vision a priori "hiérarchique" des interactions économiques au profit de visions "horizontales" de ces interactions. Une telle approche conduit ainsi à privilégier "l'intercausalité" dans l'interprétation des faits économiques, c'est-à-dire à renoncer à toute forme de causalité "linéaire" dans l'explication économique.

Par exemple, une proposition comme : "le chômage résulte de salaires trop élevés" n'a guère de sens en microéconomie, car des salaires faibles peuvent très bien être cause de chômage, un certain nombre d'individus préférant ne pas travailler à ce niveau de salaire en raison de la désutilité du travail. Typiquement, le raisonnement microéconomique requiert d'envisager l'interaction simultanée d'un grand nombre de variables et de facteurs, ce qui se conçoit difficilement sans le secours de la formalisation mathématique.

La microéconomie contemporaine[modifier | modifier le code]

Les impasses et limitations du programme de recherche de la théorie de l'équilibre général ont conduit à d'importants bouleversements de la microéconomie à partir des années 1970. Parallèlement, elle a considérablement étendu son champ d'étude, y compris vers la macroéconomie (modèles macroéconomiques "microfondés"), au point de s'identifier pour certains à la discipline économique elle-même. Cette extension s'est accompagnée d'un éclatement des approches et même des paradigmes, devenus diversement complémentaires ou concurrents entre eux. Il serait impossible de résumer en quelques phrases toutes ces recherches. Tentons néanmoins d'en identifier quelques apports saillants.

La théorie des incitations[modifier | modifier le code]

Article détaillé : théorie de l'agence.

La micro-économie moderne met l'accent sur les problèmes d'incitations et d'information. Par "incitation", on entend toute action d'un agent économique (qui peut être l'État) conduisant certains agents économiques à adopter tel ou tel type de comportement. Cette notion prend tout son sens si l'on considère que l'information disponible pour un agent économique soucieux d'inciter d'autres agents à se comporter dans le sens de ses intérêts (lui donner les "bonnes" incitations de son point de vue), est inévitablement limitée. Ces limitations peuvent résulter du droit : information "privée" des agents, comme le dossier médical d'un individu auquel son assureur ou son employeur ne peuvent avoir accès ; d'impossibilités "techniques" : un manager peut observer la performance de son équipe sans être capable de mesurer les contributions individuelles à ce résultat et donc d'en déduire un schéma de rétribution des efforts des uns et des autres, ou d'incertitudes : le résultat des efforts d'un agent peut être assujetti à des aléas indépendants de sa volonté, aléas contre lesquels il conviendrait de l'assurer.

Un exemple canonique d'une telle situation est le problème principal-agent, où un acteur (le principal) souhaite déléguer à une tierce personne (l'agent) le soin d'exécuter une tâche en étant intéressé à son résultat. Dans ce contexte, le principal fait face à deux catégories de défaut d'information (appelées asymétries d'information) :

  • Le résultat de l'action, son coût par exemple, peut dépendre des caractéristiques propres de l'agent, connues de lui mais inconnues du principal. On parle de sélection adverse ou d'antisélection pour désigner un tel problème d'asymétrie d'information ;
  • Le résultat de l'action peut dépendre d'efforts entrepris par l'agent pour s'acquitter de sa tâche, efforts inobservables directement par le principal. Ce dernier n'en connait que le résultat mais celui-ci dépend d'aléas extérieurs. On parle d'aléa moral pour désigner ce problème d'asymétrie informationnelle.

Si le principal ne souhaite pas accomplir lui-même la tâche, il ne peut pas non plus contraindre l'agent à la réaliser coûte que coûte, ce qui viderait le problème de son sens. Il doit donc passer un accord avec l'agent spécifiant, outre la tâche à accomplir, les modalités de rétribution de l'agent, accord que ce dernier est libre d'accepter ou de refuser. Une fois formalisé, cet accord prend la forme d'un contrat entre les deux parties. Le problème principal-agent constitue l'exemple le plus simple d'une situation aboutissant à un arrangement de nature institutionnelle entre deux agents économiques hors marché. Cet accord n'est généralement pas Pareto-efficient, le principal devant consentir une rente, dite rente informationnelle, à l'agent au-delà d'une rétribution correspondant au coût réel de la tâche pour cet agent, et ceci en raison des asymétries d'information dont bénéficie l'agent.

Les prix Nobel d'économie 2007 ont quant à eux travaillé sur la théorie des mécanismes d'incitation.

La théorie des contrats[modifier | modifier le code]

L'extension de cette approche a conduit au développement de la théorie des contrats. Cette théorie conçoit les organisations, ou les institutions comme les familles ou les entreprises, comme des ensembles de contrats (des nœuds de contrats dans le jargon économique). Une entreprise est, par exemple, un nœud composé de contrats de travail, liant l'entreprise à ses salariés, de contrats la liant à ses clients et à ses fournisseurs, de contrats d'engagements bancaires et financiers, de contrats légaux la liant à son État ou ville de résidence en matières fiscale et réglementaire. Les marchés sont un autre cas particulier de tels nœuds de contrats, ici des contrats d'échange. Les États, au sens des organisations politiques gérant des espaces géographiques déterminés, sont un autre exemple de nœud contractuel, les Constitutions (ou les Chartes) se présentant comme des contrats généraux liant ces organisations aux peuples qu'ils gouvernent.

Un aspect important de ces contrats est d'être généralement incomplets, c'est-à-dire incapables de spécifier entièrement les engagements des parties dans tous les cas possibles. Ceci a permis à la microéconomie néoclassique d'élaborer une théorie du pouvoir, comme droits de décision résiduels, c'est-à-dire que détenir le pouvoir pour une des parties consiste à pouvoir prendre des décisions dans le domaine d'incomplétude du contrat, c'est-à-dire en dehors de ce qui a été convenu. Le caractère incomplet des contrats permet aussi d'introduire des éléments de rationalité limitée dans le comportement des organisations, correspondant aux actions non anticipables ou invérifiables de l'organisation dans la zone d'incomplétude du nœud contractuel.

Le développement de cette théorie a naturellement entraîné un approfondissement des théories de la négociation et de la renégociation. En effet, son propos est non seulement d'expliquer comment et pourquoi se forment des contrats entre les agents, mais aussi les raisons pour lesquelles ils les remettent, ou pas, en cause au cours du temps. Toutes ces approches mobilisent largement pour ce faire les outils de la théorie des jeux, non coopératifs ou coopératifs, en information incomplète ou imparfaite.

Les axes récents[modifier | modifier le code]

Parmi les recherches les plus actuelles, citons l'Analyse économique du droit, qui est une tentative de construire une théorie microéconomique néoclassique de la législation, et la "nouvelle économie politique", une tentative analogue dans le champ des sciences politiques. Ces courants nouveaux témoignent du dynamisme des recherches en microéconomie contemporaine et de sa tendance à étendre ses analyses au-delà même du domaine disciplinaire traditionnel de l'économie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. C.D. Echaudemaison in Dictionnaire d'Economie et de Sciences sociales, Paris , Nathan 1993
  2. Bernard Guerrien, Dictionnaire de l’analyse économique, La Découverte, 2002, p. 247

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]