Économie expérimentale

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L'économie expérimentale consiste à expérimenter les comportements économiques individuels et/ou collectifs, et à analyser statistiquement les résultats. Il s'agit d'une science en développement, récompensée en 2002 par deux lauréats du « prix Nobel » d'économie, Vernon Smith et Daniel Kahneman, pionniers dans l'application à la science économique des méthodes expérimentales utilisées en psychologie.

Histoire[modifier | modifier le code]

La démarche expérimentale en économie n'est introduite qu'après la seconde guerre mondiale. Néanmoins, on peut considérer que certains travaux antérieurs relèvent de cette démarche. C'est notamment le cas du Paradoxe de Saint-Pétersbourg de Nicolas et Daniel Bernoulli (1713) qui souligne l'incapacité de la théorie de l'espérance de gains à rendre compte du comportement des agents[1],[2].

La véritable naissance de l'économie expérimentale est liée au développement dans les années 1950 de la théorie de la décision et de la théorie des jeux[1].

Dans les années 1930, le psychologue Louis Leon Thurstone mène des expériences visant à « éliciter » les courbes d'indifférence des agents économiques[1],[3]. Dans les années 1950, Frederick Mosteller et Nogee reprennent la démarche de Thurstone et l'améliorent en confrontant les sujets de l'expérience à des choix réels plutôt qu'à des choix hypothétiques. Ils appliquent leur méthode à un choix dans un environnement risqué[1],[4]. Toujours en théorie de la décision, Daniel Ellsberg propose en 1961 la première expérience sur des choix individuel en environnement incertains[1],[5].

Dans les années 1950, Merril Flood et Melvil Dresher proposent un protocole expérimentale pour tester la pertinence du concept d'équilibre de Nash proposé par leur collègue John Nash comme l'équilibre d'un jeu non-coopératif. Ils proposent ainsi une des premières versions du dilemme du prisonnier[1].

À la fin des années 1940, l'économiste Edward Chamberlin imagine un protocole pour illustrer le fonctionnement d'un marché en concurrence parfaite avec ses étudiants de l'université de Harvard. Il constate un écart entre les prédictions de la théorie économique et les résultats de ses expériences[1],[6].

Objet, méthodes[modifier | modifier le code]

L'objet de la discipline est de tester les hypothèses de comportement des modèles économiques. L'étude en laboratoire permet d'isoler les éléments de la décision individuelle.

La répétition de l'expérience permet d'en tirer des conclusions robustes, à cette nuance près que les comportements in vivo et concernant des populations importantes peuvent être soumis à plus d'interférences externes que ceux in vitro.

Résultats[modifier | modifier le code]

Lorsque la théorie généralement admise est réfutée par les expériences deux explications peuvent être données :

  • D'une part, les individus font des choix en rationalité limitée voire des choix irrationnels (alors que la théorie actuelle suppose en général la rationalité des acteurs). Par exemple, l'application du théorème de Bayes est source de difficultés pour les individus.
  • D'autre part, les individus intègrent des éléments de décision non (encore) pris en compte par la théorie (par exemple, la bienveillance peut conduire les individus à se comporter différemment que ne le prédit l'équilibre de Nash).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Eber et Marc Willinger, L'Économie expérimentale, Paris, La Découverte, coll. « Repères »,‎ 2005 (ISBN 2-7071-4602-1)
  • HOLT C.A. (2002), Webgames and strategic behavior: Recipes for interactive learning, téléchargeable en pdf sur le site de Charles Holt
  • DAVIS D., HOLT C. (1993), Experimental economics, Princeton University Press.

Articles[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Serra 2012
  2. (la) Daniel Bernoulli, « Specimen theoriae novae de mensura sortis », Commentarii Academiae Scientiarum Imperialis Petropolitanae,‎ 1738, p. 175-192
  3. (en) Louis Leon Thurstone, « The indifference function », Journal of Social Psychology, vol. 2,‎ 1931, p. 139-167
  4. (en) Frederick Mosteller et P. Nogee, « An experimental measurement of utility », Journal of Political Economy, vol. 59,‎ 1951, p. 371-404
  5. (en) Daniel Ellsberg, « Risk, Ambiguity, and the Savage Axioms », Quarterly Journal of Economics, vol. 75,‎ 1961, p. 643-669
  6. (en) Edward Chamberlin, « An experimental imperfect market », Journal of Political Economy, vol. 56,‎ 1948, p. 95-108}

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]