Économie du bonheur

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L’indice de satisfaction et de longévité. vert = très heureux > bleu > violet > orange > rouge = moins heureux; gris = non disponible

L’économie du bonheur est une branche émergente de l'économie. Elle se distingue de l'économie du bien-être en ce qu'elle ne fonde pas ses analyses sur le bien-être, sous-entendu le bien-être objectif, c'est-à-dire la santé, l'éducation, l'environnement, etc., mais sur le bonheur, qui est un état conscient subjectif.

Comment mesurer le bonheur ?[modifier | modifier le code]

Le bonheur se mesure. Les échelles d'auto-évaluation sont la méthode de loin la plus utilisée. Les échelles d'auto-évaluation peuvent être très courtes. Il peut être ainsi demandé "à quel point nous nous sentons heureux". Les répondants doivent évaluer leur bonheur sur une échelle de 1 à 4, de 1 à 7 ou autre, le chiffre le plus haut exprimant le bonheur déclaré le plus haut.

Les mesures du bonheur ont des limites : biais de désirabilité sociale et biais cognitifs. Le biais de désirabilité sociale est la tendance à répondre afin de donner une bonne image ou l'image que l'on pense attendue par le scientifique. Les biais cognitifs sont l'expression du traitement de l'information à l'intérieur du cerveau.

Les mesures du bonheur ont permis de faire de grandes avancées scientifiques. Attaquées parce que subjectives, il ne faut pas oublier que les mesures objectives telles que le PIB, le taux de croissance ou le taux d'inflation ont de nombreuses limites également.

L'argent et la croissance économique font-ils le bonheur ?[modifier | modifier le code]

Premièrement, bonheur et revenu sont positivement mais légèrement corrélés. Deuxièmement, de manière plus approfondie, leur relation paraît curvilinéaire. Lorsque le revenu est faible, un surcroît de revenu tend à augmenter le bonheur, mais à partir d'un seuil qui varie selon les études, davantage de revenu ne signifie plus ou quasiment plus davantage de bonheur. Troisièmement, des études montrent que la relation entre bonheur et revenu n'est pas forcément linéaire. Sous certaines conditions, les personnes pauvres peuvent être en moyenne plus heureuses que les personnes riches.

Les économistes ont donné deux explications à ces résultats: la comparaison sociale et l'adaptation. Les recherches des psychologues sont beaucoup plus riches en ce domaine. Ils mettent notamment en avant que les aspects économiques ne sont qu'un déterminant parmi d'autres du bonheur et qu'il existe des stratégies qui peuvent être plus profitables au bonheur des citoyens que les seules stratégies économiques.

L'économie du bonheur peut-elle participer à améliorer notre bonheur ?[modifier | modifier le code]

Premièrement, l'économie n'est qu'un déterminant parmi d'autres du bonheur. Toutes les solutions ne sont pas économiques. Deuxièmement, l'économie du bonheur peut aider à réhumaniser la pensée économique et peut-être le fonctionnement économique. Troisièmement, le plus grand destructeur de bonheur au niveau économique est le chômage. Quatrièmement, si la pensée économique traditionnelle considère qu'il y a un taux de chômage sous lequel il est difficile de passer, la psychologie a développé des solutions pour neutraliser la perte de bonheur que subissent les chômeurs. Cinquièmement, la psychologie a aussi développé des solutions pour améliorer le bonheur en entreprise[1].

L'économie a longtemps été tournée vers les mathématiques en pensant que cette assise lui donnerait un statut scientifique plus affirmé. Mais l'économie est une science humaine et sociale, les mathématiques ne sont qu'un outil et la psychologie apparaît comme la science qui a le potentiel le plus fort pour bonifier l'économie dans sa pensée et dans sa pratique.

Utilitarisme[modifier | modifier le code]

L'économie du bonheur trouve sa source théorique dans l'utilitarisme, philosophie économique du XVIIIe siècle. Ce sont avant tout Jeremy Bentham (1748-1832) et John Stuart Mill (1806-1873) qui ont donné une forme systématique au principe d'utilité et ont entrepris de l'appliquer à des questions concrètes, au système politique, à la législation, la justice, la politique économique (où il a fait florès, non sans subir de lourdes déformations), la liberté sexuelle, l'émancipation des femmes, etc. Bentham expose le concept central d'utilité dans le premier chapitre de son Introduction to the Principles of Morals and Legislation dont la première édition date de 1789, de la manière suivante :

Par principe d'utilité, on entend le principe selon lequel toute action, quelle qu'elle soit, doit être approuvée ou désavouée en fonction de sa tendance à augmenter ou à réduire le bonheur des parties affectées par l'action. […] On désigne par utilité la tendance de quelque chose à engendrer bien-être, avantages, joie, biens ou bonheur.

Le principe éthique à partir duquel Bentham juge les comportements individuels ou publics est l'utilité sociale qui vise, pour reprendre sa célèbre formule, « le plus grand bonheur du plus grand nombre ».

Rationalisation économique d'un principe subjectif[modifier | modifier le code]

De par sa nature, le bonheur est subjectif[2]. Il est difficile de comparer, le bonheur d'une personne avec celui d'une autre[3]. Il l’est d’autant plus de comparer ce concept entre différentes cultures et différents pays[3]. Cependant, les économistes du bonheur, croient pouvoir résoudre ce problème comparatif : le croisement de larges échantillons de données dans l'espace (nations) et dans le temps, permet d'obtenir des motifs d'évolution illustrant leurs propos[3].

Abraham Maslow établit que le bonheur humain résulte de la satisfaction de besoins et de désirs qu'il hiérarchise dans la pyramide des besoins de Maslow. Cette hiérarchisation peut ensuite être utilisée pour évaluer le bonheur global des individus.

La micro-économie, à son tour, s’efforce de mettre cette mesure du bonheur sous forme d’équation : W_{it} = \alpha + \beta{x_{it}} + \epsilon_{it}[3], où W est le bien-être déclaré par un individu i au temps t, et x est le vecteur de variables connues, socio-démographiques, socio-économiques, etc.[3]

Parmi les facteurs déterminants du bonheur[4], citons l'argent, fortement corrélé au départ et moins au fur et à mesure que la richesse augmente[3],[5]. Une étude[6] montre que le revenu, corrigée de l'impact du statut social, n'est pas corrélé avec le bonheur. Le temps libre est également corrélé avec la satisfaction. Plus généralement, il y a une corrélation entre le bonheur et le sentiment de mener la vie qu'on veut et d'en contrôler son développement. Le chômage, ou la peur de perdre son emploi (rationnelle ou non) est une source importante d'insatisfaction[7]. Le mariage est aussi corrélé avec le bonheur, encore qu'il faille déterminer si, introduisant un biais statistique dans la relation de cause à effet, les gens optimistes et heureux ont plus tendance à fonder une famille que les pessimistes et les gens malheureux[4].

Une étude menée par l’Université de Zurich suggère que la démocratie et le fédéralisme contribuent au bien-être des individus[8]. Plus il y a de démocratie directe et de possibilité de participer à la politique, plus le bonheur subjectif est élevé[8]. Le libéralisme économique est fortement corrélé avec la satisfaction déclarée[9], ce que l'on peut rapprocher du critère précédemment listé du sentiment de contrôler le développement de sa vie et de mener la vie qu'on veut.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gaucher,Renaud, Bonheur et économie. Le capitalisme est-il soluble dans la recherche du bonheur ? L'harmattan, coll. L'esprit économique, 2009
  2. Ruut Veenhoven, World Database of Happiness, 2007
  3. a, b, c, d, e et f Carol Graham, The Economics of Happiness, 3, 2005.
  4. a et b Rana Foroohar, "Money v. Happiness: Nations Rethink Priorities", Newsweek, 5 avril 2007.
  5. Richard Easterlin, Explaining Happiness, 2003
  6. Lina Eriksson, James Mahmud Rice, and Robert E. Goodin, "Temporal Aspects of Life Satisfaction", "Social Indicators Research", février 2007, 80(3), 511-533.
  7. Andrew Oswald, A Non-Technical Introduction to the Economics of Happiness, 1999
  8. a et b Bruno S. Frey & Alois Stutzer, Happiness, Economy and Institutions, 4-5, 1999
  9. In Pursuit of Happiness Research. Is It Reliable? What Does It Imply for Policy? The Cato institute. April 11, 2007

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Renaud Gaucher, Bonheur et économie. Le capitalisme est-il soluble dans la recherche du bonheur ? L'Harmattan, collection L'esprit économique, 2009.
  • Renaud Gaucher, Bonheur et politiques publiques. Une approche scientifique et un bout de programme pour l'élection présidentielle de 2012, L'Harmattan, 2012. Ebook gratuit sur le site de cet auteur également.
  • Sir Richard Layard, Happiness: Lessons from a new science, Penguin, 2006.
(traduction française : Le prix du bonheur. Leçons d'une science nouvelle, trad. Christophe Jaquet. Paris : Armand Colin, 2007. (ISBN 978-2-200-35034-5))

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]