Études de genre

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Les études de genre ou gender studies sont un champ d'étude et de recherche interdisciplinaire consacré au genre et à la sexualité dans ce qu'ils ont de social, politique, anthropologique, historique, philosophique ou artistique[1].

Le genre est également un domaine d'étude dans de nombreuses disciplines, notamment l'art et l'histoire de l'art, mais également l'histoire, l'anthropologie, la sociologie, la psychologie ou la psychanalyse. Ces disciplines diffèrent parfois dans leurs approches et dans leurs raisons d'étudier le genre. Mais les études de genre peuvent également être considérées comme une discipline à part entière, au croisement de différentes autres approches disciplinaires.

De manière générale, les études de genre proposent une démarche de réflexion sur les identités sexuées et sexuelles, répertorient ce qui définit le masculin et le féminin dans différents lieux et à différentes époques, et s’interrogent sur la manière dont les normes se reproduisent jusqu’au point de paraître naturelles.

Sommaire

Terminologie [modifier]

Les études de genre apparaissent dans les années 1970 et 1980 dans les universités nord-américaines sous le nom de « gender studies ». Le mot anglais gender vient du latin genus par l'ancien français gendre[2]. Il a ici le sens utilisé en sciences sociales des différences non biologiques entre femmes et hommes.

Le terme anglais de gender studies est encore utilisé en français, cependant des universités et institutions francophones utilisent couramment la traduction « études de genre »[3].

Histoire [modifier]

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Au sein des universités, l'étude des rapports sociaux de sexe s'est institutionnalisée progressivement au cours du temps à travers trois dénominations différentes : études sur les femmes, études féministes et études de genre. Ces appellations présentent des différences et des points communs, mais sont toutes sujettes à controverses. Ces trois approches ne sont en aucun cas indépendantes les unes des autres, malgré une manière différente de considérer l'objet d'étude : le rapport femme-homme dans la société.

Études sur les femmes [modifier]

Les études sur les femmes ciblent leurs analyses sur la condition féminine et mettent en valeur le rôle des femmes dans la société. Elles sont critiquées pour se focaliser sur l'étude unique du sexe féminin. Dans un contexte social analysé comme patriarcal, leur but est de combler les lacunes académiques concernant l'étude du rôle des femmes dans différents domaines et espaces.

Ces travaux servent souvent d'appui aux mouvements féministes pour dénoncer les inégalités femme-homme et formuler leurs revendications. Elles sont, par conséquent, indirectement féministes.

Études féministes [modifier]

Les études féministes voient leur essor dans les années 1970 lors de la deuxième vague des mouvements féministes. Leur but est clairement militant : expliquer les modalités des discriminations, leurs causes, leurs effets sur les femmes et la société en général de façon à pouvoir les surmonter.

Plusieurs critiques sont émises à leur encontre. La première est la politisation des perspectives scientifiques issues de ces recherches, qui provoquent une méfiance et un ralentissement de leur institutionnalisation. La seconde est l'utilisation du « point de vue des femmes » pour réorienter l'analyse des recherches centrées jusqu'alors sur l'universalisme et la vision masculine. La troisième est la crainte que les travaux académiques transforment un savoir universel en un savoir particulier. D'après les féministes, cette universalité serait toute relative, car ces vérités uniques seraient en fait situées dans le temps, l'espace et par les personnes qui les produisent.

Selon Jackson et Jones[4], « le féminisme refuse de voir les inégalités entre les femmes et les hommes comme naturelles et inévitables et entend les questionner ». Ainsi, les féministes souhaitent questionner le savoir historiquement dominé par le système patriarcal.

Les études sur les femmes et féministes sont liées à la réorientation des travaux du « point de vue des femmes », à la dénonciation des inégalités femme-homme, au questionnement de l'universalité et du biais patriarcal au sein des sociétés, et à l'analyse de la répartition des espaces en fonction des sexes (les espaces ouverts plutôt dédiés aux hommes, et les espaces clos plutôt dédiés aux femmes).

Études de genre [modifier]

Les études de genre naissent dans les années 1980 et le début des années 1990 de l'évolution des études féministes. Cette approche souhaite questionner le rapport entre les sexes au sein de la société sans se focaliser spécifiquement sur les femmes. Ces études effectuent une distinction entre le sexe et le genre pour s'interroger sur la construction des rôles sociaux attribués « naturellement ». Elles permettent de questionner le rôle du sexe – lié à des paramètres biologiques et naturels – et celui du genre – lié à une construction sociale.

Comme le mentionne Gayle Rubin[5], le rapport entre le sexe et le genre est une représentation « porte-manteau »[C'est-à-dire ?] du sexe sur le corps dépendant des représentations culturelles de la société. Les études de genres sont de nature constructiviste, et permettent de déconstruire les catégories de représentations du féminin et du masculin en les situant dans le temps et l'espace par rapport aux relations de pouvoir[6].

La toile de fond de la French Theory [modifier]

François Cusset a rappelé en 2003 comment le débat théorique américain s'était nourri depuis les années 1970 d'un certain nombre d'auteurs français, notamment Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jacques Lacan, Jean-Francois Lyotard et bien d'autres auteurs importants. Le débat théorique international contemporain s'est nourri et reste influencé par les travaux poétiques et artistiques ainsi que les réflexions psychanalytiques et philosophiques de Luce Irigaray, Helene Cixous, Julia Kristeva et (depuis les années 1990) Bracha Ettinger. Les questions nouvelles que produisent ces déplacements de textes produisent un effet de réplique sur le continent européen et conduisent à de nouvelles interrogations et formulations.

Quelques concepts et quelques figures des études de genre [modifier]

Les quelques notions données ci-dessous ne visent qu'à éclairer les thématiques les plus fortes d'un mouvement très vivant et donc toujours très mobile.

L'écriture comme « machine de guerre » [modifier]

L'une des figures historiques des gender studies est française : il s'agit de Monique Wittig, dont le parcours intellectuel apparaît tout à fait illustratif des thèses de French Theory. Son premier roman L'Opoponax (prix Médicis en 1964) est salué par la critique internationale et les écrivains du Nouveau Roman. Elle est également considérée, dès cette époque, comme une figure marquante du féminisme français. Très rapidement, ses livres apparaissent comme une volonté de travailler la langue en traduisant dans celle-ci les problèmes de la sexuation. Elle s'oppose en cela radicalement à un autre courant du féminisme, qui voulait plutôt valoriser une « écriture féminine ». Pour Monique Wittig, la seule vraie question est celle de la littérature : « En littérature, je ne sépare pas les femmes des hommes. On est écrivain ou pas.»

Elle apparaît également comme une grande figure du mouvement lesbien en France. Estimant que le mouvement féministe français ne prenait pas suffisamment en compte les thèses lesbiennes, elle part pour les États-Unis en 1976. Elle enseigne alors à l'université de Berkeley, en Californie, puis dans d'autres universités américaines. Elle a fortement influencé et inspiré une tendance des gender studies que l'on appelle le mouvement Queer ou Queer Theory.

Pour Monique Wittig, l'œuvre littéraire peut transformer le monde en devenant une « machine de guerre »[7] qui va modifier notre vision du monde et les représentations qui sous-tendent notre compréhension du monde. Pour elle, « toute œuvre littéraire importante est, au moment de sa production, comme le cheval de Troie » car « son intention et son but sont de démolir les vieilles formes et les règles conventionnelles. Une telle œuvre se produit toujours en territoire hostile. Et plus ce cheval de Troie apparaît étrange, non-conformiste, inassimilable, plus il lui faut de temps pour être accepté. » (communication orale reproduite dans Vlasta n° 4).

Instiller le trouble dans le « genre » [modifier]

Judith Butler est une philosophe américaine qui enseigne la rhétorique et la littérature comparée à Berkeley. Dans son ouvrage majeur, qui la fit connaître au monde entier (Gender Trouble), elle présentait ainsi les intentions de son livre : « Pour démontrer que les catégories fondamentales de sexe, de genre et de désir sont les effets d'une certaine formation du pouvoir, il faut recourir à une forme d'analyse critique que Foucault, à la suite de Nietzsche, a nommée généalogie. » Il s'agit, pour cela, « de chercher à comprendre les enjeux politiques qu'il y a à désigner ces catégories de l'identité comme si elles étaient leurs propres origine et cause alors qu'elles sont en fait les effets d'institutions, de pratiques, de discours provenant de lieux multiples et diffus. » Le but à atteindre étant défini par une volonté de déstabiliser « le phallogocentrisme et l'hétérosexualité obligatoire. » (introduction à l'édition française). Il s'agit aussi de repenser l'organisation sociale selon des modèles homosexuels ou transsexuels.

Dans l'un de ses derniers ouvrages (traduit en langue française par Le pouvoir des mots), elle veut montrer comment la violence verbale qui s'exerce contre les minorités (sexuelles ou raciales) constitue un discours profondément ambivalent. Ces discours peuvent être analysés, et, du même coup, retournés. Elle pense donc qu'il ne faut pas confier à l'État seul le soin de décider ce qui est dicible ou pas. Dans cet ouvrage, elle reprend notamment la catégorie du discours performatif qu'un auteur comme John Langshaw Austin avait conceptualisée.

Ce que l'érotique grecque peut nous apprendre [modifier]

David Halperin est professeur au département de langue et de littérature anglaise de l'université du Michigan, à Ann Arbor. Dans Cent ans d'homosexualité, il explore les différentes catégories de l'amour grec en s'inscrivant dans le fil des questions analysées par Michel Foucault dans son Histoire de la sexualité. Il veut montrer, entre autres, combien « l'hétérosexualité exclusive et "compulsive" (…) apparaît désormais comme une production spécifique de l'Occident moderne et même bourgeois », ce qui a contribué à réifier notre modèle actuel de « l'homosexuel ». Reconstruire la généalogie de ces catégories nous permet d'« introduire du neuf dans notre conscience culturelle, politique et personnelle ; c'est découvrir une nouvelle façon de nous voir et c'est créer, peut-être, de nouvelles façons d'être dans notre peau. » (Deux points de vue sur l'Amour grec).

L'un de ses ouvrages, Saint Foucault, « analyse la manière dont Foucault a anticipé le tournant queer de la politique gay », et peut être considéré comme une bonne introduction à la compréhension des liens tissés entre ce mouvement et les thèses du philosophe français.

Le mouvement transgenre [modifier]

Pat Califia est transgenre, de type female to male (femme vers homme : quelqu'un qui est né de sexe féminin et qui vit au masculin). Les transgenres refusent l'appellation « transsexuel » qu'ils considèrent comme une catégorie médicale qui réduit leurs aspirations intimes à un « problème » médical ou psychique.

Certains transgenres se vivent comme « FTM » ou « MTF » (homme vers femme), d'autres refusent les catégories du genre en général. Certains se sont fait opérer ou prévoient de le faire, d'autres non. Leur vie sociale est souvent complexe. Pat Califia décrit bien à quel point l'intégration des règles sociales concernant le genre continue à œuvrer chez chacun, y compris chez ceux qui luttent contre les catégories du genre. Les interrogations portées par les transgenres apparaissent souvent les plus dérangeantes, y compris pour les gays ou les lesbiennes, car elles peuvent remettre en question la perception qu'ont les individus de leur intégrité physique.

Le seul ouvrage actuellement traduit de Pat Califia est un mélange de textes autobiographiques, de textes théoriques et de récits cliniques. Pour lui : « Si vous pouviez changer de sexe aussi facilement dans la réalité que dans le monde virtuel, et reprendre votre sexe ensuite, n'aimeriez-vous pas essayer au moins une fois ? (…) Qu'est-ce qui changerait dans vos idées politiques, vos vêtements, vos préférences alimentaires, vos désirs sexuels, vos mœurs sociales, votre style de conduite, de travail, de langage corporel, de comportement dans la rue ? ».

Le mouvement queer [modifier]

Le queer, c'est ce qui s'oppose au straight. Dans le contexte du gender, le queer c'est le travers, le tordu, le « pédé » qui s'oppose au normé, à l'hétérosexualité. En s'appropriant les insultes qui leur sont adressées, les transgenres, les lesbiennes les plus radicales veulent obliger le discours social à remettre en cause « l'essentialisme » de notre vision sur le sexuel et les catégories sexuelles.

Ce mouvement adresse des critiques sévères à la psychanalyse, et particulièrement à certains psychanalystes qui se sont posés publiquement comme les gardiens de « l'ordre symbolique ». À la suite de Judith Butler, et contrairement à la vision straight des normes sexuelles, le mouvement queer propose une conception « performative » (qui s'inspire de la catégorie du performatif dégagée par Austin) des divisions sexuelles en explorant ce qui se déploie dans la figure du drag queen, du théâtre porno lesbien, dans tout ce qui provoque et dérange le discours normé hétérosexuel. La pornographie devient ainsi le pilier central de toute sexualité non occidentale.

En France, deux des figures les plus connues de cette tendance sont Marie-Hélène Bourcier, sociologue et maître de conférence à l'Université de Lille III qui anime les séminaires du « zoo », et Beatriz Preciado, qui enseigne à l'université de Princeton, dans le New Jersey.

Les apports du concept de genre dans le monde académique [modifier]

Le concept de genre présente deux avantages principaux. D'un point de vue épistémologique[8], les rapports sociaux entre les hommes et les femmes sont considérés comme centraux dans la construction des pratiques et des représentations. Cette prise de position va permettre une distanciation de l'universalité considérée comme masculine, ainsi que l'étude des faits sociaux considérés comme naturels (le sexe) ou culturel (le genre). D'un point de vue stratégique[9], ce concept permet de dépolitiser les recherches académiques. Par conséquent, il permet d'amoindrir le militantisme féministe et favorise l'acceptation de ces études par le monde universitaire.

Auteurs associés aux études de genre [modifier]

Ann Oakley : est la première chercheuse à utiliser le concept de genre en incluant une dimension sociale et culturelle dans le terme sexe. Au Canada, ce concept est dénommé sous le terme de « sexo-spécificité », alors qu'en France il est dénommé sous le terme de « catégorie sociale de sexe ».

Gayle Rubin : est une des premières chercheuses à nommer le sex/gender system, qu'elle définit comme la représentation sociale du sexe biologique. Sa vision du rapport entre le sexe et le genre serait à l'image d'un « porte-manteau » corporel.

Linda Nicholson[10] : comprend le rapport entre le sexe et le genre comme dépendant. Sa conception considère la variable biologique comme intégrée à la variable culturelle. D'après les travaux de Laqueur sur lesquels elle s'appuie, les différences sexuelles sont porteuses de significations « genrées » et situées dans une société particulière à une période donnée.

Applications politiques [modifier]

Les études de genre ont aujourd'hui une influence certaine sur l'élaboration des politiques relatives à la famille, que ce soit au niveau national ou à l'échelle mondiale.

L'action politique visant à supprimer toute discrimination fondée sur le sexe s'appuie sur ces études. Partant du constat que « Toutes les politiques de promotion de l'égalité butent sur un obstacle majeur, la question des systèmes de représentation, qui assignent hommes et femmes à des comportements sexués, dits masculins et féminins, en quelque sorte prédéterminés »[11], elle conduit à « substituer à des catégories comme le sexe [...] le concept de genre qui [...] montre que les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, mais sont historiquement construites et socialement reproduites »[12]

Études de genre et organisations internationales

Le terme de « genre » a ainsi fait l'objet d'une définition lors de la Quatrième conférence mondiale sur les femmes de Pékin, en 1995, explicitement inspiré des étude de genre : « Le genre se réfère aux relations entre hommes et femmes basées sur des rôles socia­lement définis que l’on assigne à l’un ou l’autre sexe ».

Réception critique [modifier]

Réception dans les sciences sociales [modifier]

La sociologue Helen Lindberg, dans sa thèse de doctorat, avance que les études de genre ont pour principale faiblesse de s'appuyer sur des théories sociales féministes qui sont basées sur de forts fondements idéologiques et présentent ainsi une image biaisée de la société. Elle critique également ces différentes théories féministes pour leur manque de cohérence interne, offrant peu en pratique et ayant des difficultés à s’accommoder avec des preuves empiriques. Elle souligne la diversité de ces théories tout en précisant « certains d'entre elles sont clairement utopiques et d'autres sont vagues et très peu développées »[13].

Réception hors des sciences sociales [modifier]

Les chercheurs en neurobiologie, en génétique ou en psychologie cognitive sont partagés quant à l'idée que le genre serait indépendant du sexe biologique. Des travaux récents insistent sur les « différences dues à l'action des gènes, des hormones, voire à une organisation neuronale sexuée »[14].

Le chercheur australien Frank Salter (en) précise que les faits biologiques de la différenciation sexuelle contredisent l'idée que le genre est indépendant du sexe. « La biologie détermine si une personne est mâle ou femelle, ses organes reproducteurs et correspond habituellement à la sexualité, la structure du cerveau et aux préférences. Aucun changement de coutumes, de lois, de croyances, d'endoctrinement ou de pratiques n'a ces effets ». Selon lui, les études de genre font preuve d'une prévention contre la biologie (anti-biological bias)[15].

Le psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik considère que « le "genre" est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas »[16].

Lise Eliot, neurobiologiste, précise que le processus de différenciation sexuelle s'enclenche dès le milieu du premier trimestre de grossesse, que « garçons et filles sont influencés dans l'utérus par différents gènes et différentes hormones qui leur sont propres », notamment par la testostérone. Son influence a pour conséquence durant la période de quatre mois, avant la naissance, durant laquelle les fœtus sont exposés à la testostérone, de les « masculiniser entre les jambes et, dans une certaine mesure, dans leurs cerveaux embryonnaires ». Lise Eliott montre les différences très sensibles entre garçons et filles depuis le fœtus jusqu'aux premières années après la naissance et conclut que « longtemps avant qu'ils n'entrent en contact avec notre culture très codifiée entre masculin et féminin, leurs cerveaux sont préparés à ne pas réagir tout à fait de la même manière à certains aspects de notre environnement »[17]. Loin d'être le résultat d'un cadre régulateur rigide, certains choix chez les enfants comme ceux des jouets relèvent de l'inné, ce qui permet à Lise Eliot de dire : « Il doit y avoir un gène de la bagnole sur le chromosome Y ! »[18].

À l'inverse, la neurobiologiste Catherine Vidal réfute l'idée d'un « déterminisme biologique »[19] et estime que du fait de la plasticité cérébrale, la différence entre les cerveaux des deux sexes est négligeable comparée aux différences individuelles[20]. Se basant sur des techniques d’imagerie cérébrale comme l'IRM, elle explique qu'à la naissance, seules 10 % des terminaisons nerveuses entre neurones sont faites et les 90 % se construisent « progressivement au gré des influences de la famille, de l'éducation, de la culture, de la société ». Ainsi, « À la naissance, le bébé humain ne connaît pas son sexe » et si les femmes et des hommes adoptent des comportements de genre stéréotypés, « la raison tient d'abord à une empreinte culturelle rendue possible grâce aux propriétés de plasticité du cerveau humain »[21],[22].

Opposition politique, religieuse et philosophique [modifier]

À l'encontre du concept de genre, on retrouve une série d'arguments issus de différentes courants intellectuels ou religieux qui voient dans les études de genre une doctrine politique qui s'attacherait à remettre en cause pour des raisons idéologiques l'organisation naturelle des sociétés[23]. Il faut toutefois noter d'emblée une guerre sémantique entre les opposants qui présentent les études de genre sous un label global de « théorie du genre » ou « théorie du gender » et les universitaires ou chercheurs en études de genre[24] pour qui le genre n'est pas une théorie mais plutôt un outil ou une méthode qu'ils utilisent ponctuellement[25]. Faisant la synthèse des deux approches, le philosophe Drieu Godefridi explique que les gender studies comportent un versant descriptif et un versant prescriptif : « les gender studies se proposent, dans leur versant descriptif, de faire la part, dans nos concepts du « masculin » et du « féminin », de ce qui relève de la nature (de la biologie) et de ce qui procède de la culture. Il s'agit, plus fondamentalement, d'identifier les stéréotypes culturels — par exemple : la mère, le père — qui, sous couvert de naturalité, maintiennent les femmes dans une position d'infériorité sociale et familiale. Dans son versant prescriptif, la théorie du genre préconise l'éradication de toute pratique fondée sur ces stéréotypes »[26].

Des thèses, tirées de la philosophie grecque et de différentes théologies, sont opposées aux études de genre, telles que, par exemple, l'hylémorphisme et la réalité dynamique des personnes agissantes. L'hylémorphisme affirme que l'âme est l'acte du corps et que la personne est une unité d'âme et de corps. C'est Aristote qui a le mieux défini l'hylémorphisme : « C'est en vertu de la communauté [du corps et de l'âme] que l'une agit et l'autre pâtit, que l'un est mû et l'autre meut ; et aucun de ces rapports réciproques n'appartient à des choses prises au hasard »[27]. Cet hylémorphisme est notamment très présent dans l'anthropologie hébraïque ou dans l'anthropologie chrétienne (grâce notamment à la lecture d'Aristote par Thomas d'Aquin). Ainsi, pour le pape Jean-Paul II, « l'âme elle-même ne peut être qualifiée de féminine, ou appartenant au genre féminin, mais plutôt l'âme d'une femme qui est un être humain féminin[28] ». L'anthropologie issue de l'hylémorphisme repose donc sur le postulat inverse du contructivisme des études de genre. Elle rejette en cela l'explication unisexe de la personne et le déterminisme de l'âme sur le corps, que l'on trouverait chez Platon ou Descartes. Cette anthropologie considère, au contraire, que les hommes et les femmes sont fondamentalement des modes différents d'être des personnes.

Ainsi, la parution du thème « masculin/féminin » dans le nouveau programme de sciences de la vie et de la Terre de biologie des premières en France en 2011 a fait l'objet de vives polémiques[29], le secrétariat de l'Enseignement catholique, les évêques, la Fondation Jérôme-Lejeune, Christine Boutin et d'autres ont vu dans le nouveau thème et les nouveaux manuels la percée de la théorie du genre. Suite à cette parution, le Conseil pontifical pour la famille a publié un livre intitulé « Gender, la controverse » rassemblant les analyses de sept experts catholiques sur cette théorie [30].

Bibliographie [modifier]

La bibliographie est considérable. On ne donnera ici que les textes les plus importants ou qui peuvent servir d'introduction à ce domaine en privilégiant plutôt les traductions françaises.

En langue française [modifier]

  • Conseil pontifical pour la Famille, Gender - La controverse, Téqui, Paris, 2011
  • Sylviane Agacinski, Femmes entre sexe et genre, Seuil, 2012.
  • Marc Guillaume, Marie Perini La question du genre, sexe, pouvoir, puissance, Éditions Michel de Maule. 2011
  • Nicole Albert, dossier « Mythes et genre », Diogène, n° 208, PUF, 2004
    • Nouvelles perspectives dans les gender studies, Diogène, n° 225, PUF, 2009
    • Homos. Repenser l'identité, Paris, Odile Jacob, 1998.
  • Marie-Hélène Bourcier, Queer zones, Balland, Paris, 2001
    • Sexpolitiques. Queer Zones 2, La fabrique, Paris, 2005
  • Rosi Braidotti, Vers une subjectivité viable, in M.G. Pinsart (éd.), Genre et bioéthique, Annales de l'Institut de philosophie de l'Université de Bruxelles, 2003
  • Judith Butler, La vie psychique du pouvoir, éd. Léo Scheer, Paris, 2002
    • Antigone : la parenté entre vie et mort, EPEL, Paris, 2003
    • Le Pouvoir des mots. Politique du performatif, Éditions Amsterdam, Paris, 2004.
    • Humain, Inhumain. Le Travail critique des normes. Entretiens, Éditions Amsterdam, Paris, 2005.
    • Trouble dans le genre, La Découverte, Paris, 2005.
    • Défaire le genre, Éditions Amsterdam, Paris, 2006.
    • Bodies that Matter, Leo Scheer, Paris, 2006.
  • Pat Califia, Le mouvement transgenre. Changer de sexe, EPEL, Paris, 2003
  • George Chauncey, Gay New York. 1890-1940, Paris, Fayard, 2003.
  • François Cusset; French Theory, La découverte, Paris, 2003
  • Christine Delphy, L’Ennemi principal 2, Penser le genre, Paris, Syllepse, 2001.
  • Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard, Introduction aux gender studies, Bruxelles-Paris, De Boeck, Ouvertures politiques, 2008.
  • Elsa Dorlin, Sexe, Genre et Sexualités, Paris, PUF Philosophies, 2008.
  • Bracha Ettinger, Regard et éspace-de-bord matrixiels, Bruxelles, La lettre volée, 1999.
  • Françoise Héritier Masculin, Féminin. La pensée de la différence. Paris, Odile Jacob, 1996 [31],[32].
  • Marie-Claude Hurtig, Michèle Kail et Hélène Rouch (dir.), Sexe et genre, de la hiérarchie entre les sexes, Paris, CNRS, 1991 ; réédition 2002.
  • Thomas Laqueur, La Fabrique du sexe. Essai sur le genre en Occident, Paris, Gallimard, 1992.
  • Virginie Martin, Pour une approche critique de la diversité au regard du genre, Revue Française de Gestion, 2010
  • Nicole-Claude Mathieu, L’Anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe, Paris, Côté-femmes, 1991.
  • Laure Murat, La Loi du genre, une histoire culturelle du 'troisième sexe', Paris, Fayard, 2006.
  • Lorena Parini, Le système de genre. Introduction aux concepts et théories, Zürich, Ed. Seismo, 2006.
  • Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes, Paris, La Dispute, 2007.
  • Joan W. Scott, La citoyenne paradoxale, Albin Michel, 1998.
    • Parité ! L'universel et la différence des sexes, Albin Michel, 2005.
  • Robert Stoller, Faits et hypothèses : un examen du concept freudien de bisexualité in collectif : Bisexualité et différence des sexes, Gallimard - Folio, N°359, 2000 (ISBN 2070411869)
  • Louis-Georges Tin, (dir.) Homosexualités : expression/répression, Stock, 2000.
    • (dir.) Dictionnaire de l'homophobie, PUF, 2003.
    • L'invention de la culture hétérosexuelle, Autrement, 2008.
  • Monique Wittig, Les Guérillères, Éditions de Minuit, Paris, 1969
  • Alexandre Jaunait, Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Anne Revillard, Introduction aux gender studies. Manuel des études sur le genre, De Boeck, 2008, 246 p.

En langue anglaise [modifier]

Études [modifier]

Revues [modifier]

Voir également [modifier]

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Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Notes [modifier]

  1. (en) About - Center for the Study of Gender and Sexuality (CSGS), Université de Chicago. Consulté le 1er mai 2012
  2. Online Etymology Dictionary, consulté le 18 décembre 2012.
  3. Notamment l'université Paris 8, l'université de Genève, l'EHESS, l'université Paris 7, la Bibliothèque nationale de France ou l'université catholique de Louvain
  4. S. Jackson et J. Jones, Thinking for Ourselves: An Introduction to Feminist Theorising, 1998, p1-11.
  5. G. Rubin, The traffic in women:Notes on the "Political Economy" of sex in Towardsan anthropology of women, 1975, p157-210.
  6. L. Parini et M-J Manidi, Constructivisme et études de genre, p79-89.
  7. « Machine de guerre » est un terme créé par par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille plateaux. Voir Vocabulaire de Deleuze.
  8. L. Parini, Le système de genre, 2006, p16.
  9. L. Parini, Le système de genre, 2006, p17.
  10. L. Nicholson, "Interpreting Gender" in Journal of Women in Culture and Society, p79-105.
  11. RM2012-151P IGAS, décembre 2012.
  12. Mme Julie Sommaruga, député, Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, 28 février 2013. http://www.dailymotion.com/video/xy2pjv_amendement-introduisant-la-theorie-du-genre-a-l-ecole-elementaire_news#.UV6b5JO-18E
  13. Feminist social theories put to the test, The Swedish Research Council, phys.org, 27 avril 2009
  14. Y a-t-il un éternel féminin ? Sarah Chiche, scienceshumaines.com
  15. The War against Human Nature II: Gender Studies (Part 2), Frank Salter, quadrant.org.au, juillet 2012
  16. Boris Cyrulnik face au suicide des enfants entretien, Le Point.fr, 29 septembre 2011
  17. Lise Eliot, Cerveau rose, cerveau bleu : Les neurones ont-ils un sexe ?, éd. Robert Laffont, 2011
  18. Les neurones ont-ils un sexe ?, Sophie Roquelle, Le Figaro.fr, 19 août 2011
  19. « Catherine Vidal: "Il y a plus de différences entre les cerveaux de personnes d'un même sexe" », Stiletto.fr, 25 avril 2012
  20. Hommes-femmes : pour Vidal, aucune différence dans le cerveau n’est innée, Rue89, 16 juin 2012
  21. Femmes, hommes : nos cerveaux sont-ils différents ? Les réponses de Catherine Vidal, neurobiologiste à l'Institut Pasteur, consulté le 20 décembre 2012.
  22. Catherine Vidal - Le cerveau a-t-il un sexe ?, TEDxParis 2011
  23. La théorie du genre et l'origine de l'homosexualité, entretien avec Tony Anatrella, agence de presse Zénit, 5 juin 2012
  24. La Théorie du genre n'existe pas, Anthony Favier, Témoignage Chrétien, 8 mars 2012,
  25. Genre : état des lieux, entretien avec Laure Bereni, par Mathieu Trachamn, La Vie des idées, 5 octobre 2012,
  26. Drieu Godefridi, De la violence de genre à la négation du droit, Texquis, 2013
  27. Aristote, De l'âme, I,3,407b,15
  28. Jean-Paul II, Evangilium vitae.
  29. L'UMP se mobilise contre la théorie du genre au lycée, Le Monde, 31 août 2011
  30. « http://www.genethique.org/parus/lettres/2011/Septembre.asp » (ArchiveWikiwixQue faire ?). Consulté le 2013-04-01
  31. Agnès Fine, « Françoise HÉRITIER, Masculin, Féminin. La pensée de la différence. Paris, O. Jacob, 1996. », CLIO. Histoire, femmes et sociétés [En ligneUR http://clio.revues.org/326]
  32. Annie Geffroy. Françoise Héritier, Masculin/féminin. La pensée de la différence, Mots, 1997, vol. 52, n° 1, pp. 172-175