Ancien palais du Trocadéro

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Palais du Trocadéro
Le palais du Trocadéro et sa fontaine pendant l'exposition universelle de 1900, vu depuis les jardins.
Le palais du Trocadéro et sa fontaine pendant l'exposition universelle de 1900, vu depuis les jardins.
Présentation
Période ou style Éclectique
Mauresque
Type Palais
Architecte Gabriel Davioud
Jules Bourdais
Date de construction 1876 - 1878
Dimensions 80 mètres
Propriétaire État français
Destination actuelle Détruit
Palais de Chaillot
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Localité Paris
Localisation
Coordonnées 48° 51′ 44″ N 2° 17′ 18″ E / 48.862188, 2.288353 ()48° 51′ 44″ Nord 2° 17′ 18″ Est / 48.862188, 2.288353 ()  

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Palais du Trocadéro

L'ancien palais du Trocadéro était une construction de la seconde moitié du XIXe siècle de tendance éclectique, d'inspirations mauresque et néo-byzantine situé dans le 16e arrondissement de Paris. Construit à l'occasion de l'exposition universelle de 1878, il est démantelé en 1935 pour l'exposition spécialisée de 1937, afin de laisser la place à une nouvelle construction, le palais de Chaillot.

Histoire[modifier | modifier le code]

Passé du site[modifier | modifier le code]

Projets[modifier | modifier le code]

Vue d'artiste de ce qu'aurait donné la construction du palais du Roi de Rome.

Plusieurs bâtiments et projets architecturaux se sont succédé à l'emplacement où va s'élever le palais du Trocadéro. À l'origine, les lieux font partie de l'ancien domaine du maréchal de Bassonpierre, compagnon d'armes d'Henri IV. En 1651 est fondé par Henriette d'Angleterre un couvent de l'ordre de la Visitation, qui est détruit pendant la Révolution française[1].

En février 1811, l'empereur Napoléon Ier décide de la construction sur le site du palais du Roi de Rome, un édifice projeté pour être la résidence de son fils (soit un mois avant la naissance de celui-ci). Il devait être le centre d'une cité impériale administrative et militaire[2],[3],[4]. Les architectes chargés du projet sont Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine.

Autre projet, envisagé par Antoine-François Peyre en 1824, la « villa Trocadéro »[5] est un projet immobilier centré sur une place semi-circulaire, laissant aux acquéreurs le choix de l'architecture[6]. En 1839, Camille Moret conçoit pour les lieux un projet de tombeau pour Napoléon Ier et, en 1841, Hector Horeau propose d'ériger une statue colossale de l’Empereur de 30 mètres de haut[1],[7].

Le sculpteur Antoine Étex, qui proposait en 1848 un monument à la Liberté[1],[8], désirait en 1858 un « phare ou fontaine monumentale » au centre d'une place circulaire accueillant le palais impérial et les hôtels des ministères[9]. En 1868, Hector Horeau propose un nouveau projet envisageant une statue colossale de la « France intelligente éclairant le monde »[10]. Mais rien de tout cela ne fut réalisé.

Le « Trocadéro »[modifier | modifier le code]

Le nom de « Trocadéro » provient du fort du Trocadéro, qui défendait le port espagnol de Cadix[11]. En effet, le , il est enlevé par le corps expéditionnaire français commandé par le duc d'Angoulême, qui avait été envoyé par son oncle, le roi de France Louis XVIII pour rétablir le roi Ferdinand VII sur son trône d'Espagne. Le site du Trocadéro fait donc référence à une victoire militaire française. En 1826, au cours d'une reconstitution de ce fait d'armes lors d'une parade militaire devant le roi de France Charles X, la configuration des lieux sert à figurer cette bataille : la colline de Chaillot représente le « fort du Trocadéro » et devait être alors « conquise » à partir du Champ-de-Mars d'où partirent les « troupes » françaises (un fort en carton-pâte est construit sur la colline).

Puis on élève sur place un arc de triomphe provisoire et on pose la première pierre d'une caserne militaire qui ne voit finalement jamais le jour. L'obélisque qui devait également surgir au centre de la colline ne dépasse pas lui aussi le stade de projet. Les bonapartistes proposent même d'ériger le tombeau de l'Empereur en ces lieux[1], avant que les cendres ne trouvent leur place à l'Hôtel des Invalides. Le terrain reste ainsi à l'état de friche jusqu'en 1876.

Le bâtiment de l'exposition universelle de 1878[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Exposition universelle de 1878.
Le palais lors de l'exposition universelle de 1900 ; au premier plan, les pavillons des puissances invitées.

Dès le milieu des années 1860, la colline de Chaillot subit des « travaux de terrassement et de nivellement », afin de servir de panorama aux installations de l’exposition universelle de 1867 situées sur Rive gauche et de constituer le parc du Champ-de-Mars[12]. La place qui s'appelle alors encore « place du roi de Rome » est reliée au pont d'Iéna par un escalier en granit[12].

Dès 1876, on parle d'aménager les lieux pour l'exposition universelle de 1878. Il est alors projeté dans le programme du Concours pour l'Exposition universelle de 1878 d'édifier une « formidable salle de réunions publiques et de solennités »[12]. Le palais est conçu par les architectes Gabriel Davioud et Jules Bourdais, s'inspirant de la Giralda de Séville[13], du Palazzo Vecchio de Florence[14] et surtout d'un projet du baron Haussmann datant de 1864, une salle de 10 000 personnes, l'Orphéon, qui aurait du voir le jour place du Château d'Eau[15]. Il est le fruit d'un concours, dont les exigences sont la présence d'une salle des fêtes de 10 000 places et de galeries d'exposition ; 94 équipes s'étaient présentées, mais le projet Davioud-Bourdais était en fait déjà retenu[16]. Celui-ci comporte deux ailes, en forme de demi-cercle, reliées par une partie centrale, circulaire et flanquée de deux tours, dans le style mauresque ou néo-byzantin ; du côté de la place, le pignon est « à la flamande »[17], même si d'autres commentateurs évoquent moins l'orientalisme du projet qu'un style fantaisiste désormais propre à toutes les expositions universelles depuis le Crystal Palace de Londres, en 1851[18]. Les travaux du palais du Trocadéro ont lieu entre novembre 1876 et juin 1878[19] ; en 1877 la place est rebaptisée « place du Trocadéro »[12] alors qu'en juillet de la même année, « le portique à deux étages du corps central est achevé tandis que l'érection des murs délimitant les hautes fenêtres est en cours »[19]. Les moyens de l’époque obligent encore les ouvriers à manœuvrer sur des « échafaudages de bois montés en charpente »[19]. En octobre, la toiture commence à être posée et le lit de la cascade creusé à la mine (cette cascade descend du corps central aux jardins sous la forme d'une fontaine)[20].

Le palais du Trocadéro n’a pas vocation à dépasser le stade de l’exposition[21], mais finalement subsiste, du fait de son coût beaucoup plus élevé que les projections de départ (douze millions de francs or au lieu de sept millions et demi, ce qui avait par la suite conduit la Ville de Paris à se désengager du chantier, au profit de l'État[22]. Il voit passer les expositions universelles de 1889 et de 1900, dont les installations sont surtout réparties sur le Champ-de-Mars (la plus notable étant la tour Eiffel, construite elle aussi initialement de façon éphémère). Le 15 avril 1889, un supplément du Figaro note : « Si l'on tient à bien se rendre compte de l'ensemble de l'exposition universelle, le meilleur moyen est de se placer au point central du palais du Trocadéro, au milieu de la galerie circulaire qui domine les statues dorées des cinq parties du monde. De là, le panorama est magnifique »[23]. Lors de l'exposition de 1900, les pavillons des colonies et protectorats français sont installés dans les jardins du palais[23] et le pont d'Iéna est « élargi au moyen de trottoirs en bois »[24] (il est complètement agrandi en 1935, de 14 à 35 mètres)[24].

Un palais de musées mais décrié[modifier | modifier le code]

Le palais accueille le musée des monuments français créé en 1879 par Eugène Viollet-le-Duc ainsi que le premier musée parisien d'ethnographie fondé par E. Hamy, ancêtre du musée de l'Homme. Les jardins du Trocadéro sont dessinés par Jean-Charles Alphand. À partir de 1880, un observatoire populaire, fondé par Léon Jaubert, y était installé. Entre 1878 et 1925, un musée indochinois, conséquence des découvertes de l'explorateur Louis Delaporte, occupe un tiers de l'aile Passy du palais ; les objets présentés sont ensuite transférés au musée Guimet, sauf 624 plâtres du temple d'Angkor qui restent au Trocadéro, donnés en 1936 au musée des monuments français, qui se trouve dans le nouveau palais de Chaillot[25],[26].

Contrairement à d'autres monuments parisiens décriés au départ mais rapidement acceptés par les élites et la population (l'opéra Garnier ou la tour Eiffel), le palais du Trocadéro fait l'objet de nombreuses et récurrentes critiques dans les décennies qui suivent sa construction : le désamour d'architectes et d'écrivains, un style jugé obsolète et l’acoustique de la salle des fêtes. Viollet-le-Duc s'en fait néanmoins le défenseur, mais il décède en 1879[27]. La presse se moque du bâtiment, comme l'humoriste Touchatout qui compare la statue surplombant le dôme de la salle des fêtes à une « mouche sur le couvercle d'une soupière » ou Joris-Karl Huysmans qui parle du palais comme d'un « ventre de femme hydroptique couchée » alors que l'écrivain André Billy déclare « À bas le Trocadéro ! ». Même lors de sa destruction, peu de voix s'élèvent pour protester, Julien Green parlant d'abominations mauresques alors que l’architecte moderniste Georges-Henri Pingusson s'enthousiasme de voir que l'exposition de 1937 a « le mérite de libérer un des plus beaux sites de Paris en démolissant le bâtiment central qui l'enlaidissait et l'obstruait à la fois ». Le public aussi n'est pas en reste, réagissant contre les ornementations délabrées, qui prévues pour la seule exposition de 1878 n'avaient pas vocation à durer si longtemps, les courants d'airs des galeries et surtout de l'acoustique de la grande salle, problème récurrent depuis la construction de l'édifice malgré les tentatives d'y remédier : le constat est sans appel, c'est l'architecture même de la salle qui fait défaut, ce qui oriente en 1937 les architectes vers une destruction de la salle des fêtes mais une conservation des deux ailes[28].

Le site, qui est dans l'entre-deux-guerres déjà appelé le « vieux Trocadéro » fait l'objet de spéculations quant à son avenir dès 1932, afin de préparer l'exposition internationale de 1937 grâce à un « concours d'idées » : si le premier projet prévoyait que l'exposition aurait lieu à l'extérieur de Paris, une étude publiée l'année suivante évoque pour la première fois la destruction du palais et l'organisation de l’événement sur un axe Champs-de-Mars/Trocadéro. En automne 1933, Anatole de Monzie, ministre de l'Éducation nationale, qui supervise alors le domaine de la Culture, soutient un projet prévoyant la construction à la place du palais d'une Cité des musées, « centrée sur une vaste esplanade à la fois ouverte et couverte par un gigantesque portique de 190 mètres de larges, rythmé par des colonnes de 23 ». Mais les difficultés économiques s'amoncelant, l'État choisit finalement de « camoufler » l'ancien palais, une solution moins coûteuse[29]. Huit projets sont retenus en janvier 1935, remporté par le trio Carlu-Boileau-Azema, qui prévoit un camouflage permanent permettant de conserver l'armature les ailes (à l'origine, les deux tours devaient aussi rester). Ce qui est alors en passe d'être l'ancien palais du Trocadéro survit donc en partie, la surface gagnée sur les ailes côté jardin faisant passer la surface au plancher de 17 000 à 41 000 m2, les murs et les colonnes étant recouverts côté rue par des plaques de pierre, l'intérieur par des cloisons et les mosaïques du sol par un nouveau revêtement. La nouvelle salle des fêtes sera désormais sous terre[30].

Destruction du palais[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Palais de Chaillot.

Le palais est finalement détruit, remplacé par le palais de Chaillot bâti pour l'exposition spécialisée de 1937, qui reprend l'essentiel de l'ossature de l'ancien édifice[11] (seule la partie centrale du palais du Trocadéro laisse la place à une esplanade). Sont également conservées les « fermes métalliques curvilignes en tôle découpée de la charpente », visibles dans la galerie des moulages du musée[20]. La destruction des deux tours est retardée en raison de la difficulté à trouver des ouvriers qui n'ont pas le vertige ainsi que de revendications syndicales demandant que les 80 ouvriers à l'œuvre « obtiennent le paiement du supplément horaire d'usage pour travail dangereux et l'application stricte des huit heures de travail journalier »[31]. Les ouvriers de l'ensemble du chantier entrent en grève le 8 juin 1936 ; le Petit Journal note : « Les quelque mille ouvriers travaillant sur le chantier de l’exposition se sont, comme leurs camarades des usines et des magasins, croisé les bras. Mais, plus heureux que les autres grévistes, ils sont au grand air et disposent pour s'y étendre des jardins agréables et verdoyants qui entourent le Trocadéro. Ce bâtiment à moitié démoli est une sorte de ruine incohérente. Sur le haut des murailles et des charpentes restées debout, les ouvriers, dont la silhouette se découpe sur le ciel, chantent et gesticulent. Ceux, les plus nombreux, restés en bas, tâchent de tuer le temps. Assis sur des piles de matériaux, la plupart conversent avec animation. D'autres, sous les arbres, sommeillent. D'autres encore, autour d'un chef d'orchestre improvisé, s'essayent à des chœurs. Il en est qui tendent aux passants un tronc de fer-blanc »[32].

Les architectes Jacques Carlu, Louis-Hippolyte Boileau et Léon Azéma sont chargés du projet[33]. On choisit d'« enchemiser » les ailes de l'ancien palais en les « doublant par une nouvelle galerie du côté Seine », mais de détruire la salle de spectacle et des deux tours pour les remplacer par une simple esplanade, dans l'« axe tour Eiffel-École militaire » alors qu'une « nouvelle salle de théâtre [est] aménagée sous ce parvis »[33]. Le style du nouveau palais est « monumentaliste néo-classique »[33]. La superficie du nouveau palais est portée à 41 000 m2, contre 17 000 auparavant[34].

La revue La Nature note, dans son numéro du second semestre de 1936 : « Un coup de mine dans les arcades du Trocadéro : construit pour durer des siècles, l'ancien palais aura été abattu au bout de cinquante-sept ans »[35].

Architecture[modifier | modifier le code]

La tour Eiffel et au fond, le palais du Trocadéro, à la fin du XIXe siècle.
La salle des fêtes au XIXe siècle.
L'orgue en 1878.

Le palais[modifier | modifier le code]

Le palais du Trocadéro est un bâtiment dont l'usage n’est pas nécessairement conforme à son nom (palais), dans la mesure où il abrite une salle de spectacle. Cette salle « est flanquée par deux tours carrées d'une hauteur de plus de 80 mètres [82,50 mètres][13]. De part et d'autre, deux longues ailes curvilignes portaient le développement de la façade à 430 mètres »[11] ; deux pavillons font la jonction entre la salle des fêtes et ces ailes, afin d'opérer une transition visuelle entre la grande salle et les fines ailes[36]. Les deux ailes font chacune 200 mètres et constituent deux galeries (l'aile de Passy et, l'aile de Paris) ponctuées par deux pavillons intermédiaires et terminées par un pavillon de tête : l'architecte Gabriel Davioud dit à leur sujet que ces deux pavillons de tête surplombés par un dôme d'ardoise aux arêtes dorées doivent être « être assez massifs pour bien arrêter l'œil aux extrémités, et, cependant, ne pas lutter avec la masse centrale [la rotonde] qui constitue la raison d'être de l'ensemble »[20],[37]. Des salles de conférence sont présentes dans les ailes, lesquelles, côté jardin, présentent un portique soutenu par des colonnes de marbre sur toute sa longueur - salle des fêtes comprise -, librement ouvert au public ; ces galeries sont rapidement munies d'éclairage et pour celles de la salle des fêtes, fermées par la suite par des menuiseries vitrées[17],[36].

« Du côté de la place du Trocadéro, un mur-pignon à échelons d'inspiration flamande recevait le mur de scène de la grande salle de concert du palais. Dans l'état projeté, un ascenseur et un escalier hélicoïdal permettaient au public d'accéder au sommet de chacune des tours dont il était flanqué »[13], bien qu'un système d'ascenseurs avait été prévu sans néanmoins voir le jour[38]. Ces deux tours coiffées de dômes dorés sont alors les plus hautes tours de France (celles de la cathédrale Notre-Dame de Paris ne culminent qu'à 66 mètres). Beaucoup de commentateurs les associent architecturalement à des minarets[14].

Les architectes ont fait le choix de jeu de couleurs polychromes, par exemple un enduit rouge pompéien sous les portiques avec le marbre du Jura des colonnes des vestibules au niveau des pavillons de têtes. Certains sols sont composés de mosaïques réalisées par la même entreprise qui s'est chargée de celle de l'opéra Garnier. On note également la présence d'autres éléments peu communs, comme les pavés de verre ou de vitraux[18].

La salle des fêtes[modifier | modifier le code]

L'immense salle des fêtes du palais, semi-circulaire[11], contenant 5 000 places, accueille des concerts et des conférences ; il s'agit alors de la plus grande salle de Paris (le double de l'opéra Garnier)[18]. Elle est accessible depuis la place du Trocadéro, après le passage d'un vestibule éclairé par une verrière. La décoration de la salle est confiée à Charles Lameire, qui peint la grande frise surplombant la scène : La France sous les traits de l'Harmonie accueille les Nations[39]. Percée de neuf baies vitrées (technique architecturale moderne à l'époque) éclairant directement la grande estrade, la salle est couronnée par un dôme, surplombé à l'extérieur par une statue d'Antonin Mercié, La Renommée alors que plus bas une galerie de sculptures ponctue la façade[17].

Le 8 juin 1878, un journaliste de l'hebdomadaire Le Monde artiste écrit à propos du premier concert officiel présenté dans la salle : elle est « véritablement grandiose […], d'une richesse qui frise la prodigalité. Pleine comme elle l'était jeudi, cette salle offrait un coup d'œil féerique. Presque tous les messieurs en toilette de cérémonie, les dames faisant assaut de grâce, de fleurs et de diamants… On est fort bien dans cette salle […]. Nous pensons seulement que la grave question de l'acoustique devra être encore étudiée, et nous ne sommes pas les seuls à le penser »[39]. Le toit de la salle est soutenu par une charpente métallique de 50 mètres de diamètre ; Gabriel Davioud la décrit : « 12 arbalétriers réunis à leurs pieds par une ceinture de tôles et de fers corniers s'opposant à leur écartement. Ils étaient joints en tête par un anneau de 15 mètres de diamètre destiné à supporter la grande lanterne. La hauteur totale de ces charpentes devait être de 25 mètres, ce qui portait la hauteur du sommet de la lanterne au-dessus du sol du rez-de-chaussée à 57 mètres »[40].

Il abrite un orgue construit par le facteur Aristide Cavaillé-Coll, au milieu d'un buffet conçu par Raulin et Dumas. Inauguré le 8 août 1878 par Alexandre Guilmant, il était à l'origine destiné à l'église Notre-Dame-d'Auteuil (il a été amplifié lors de son transfert). Malgré ses 66 jeux, 72 registres, 1470 tuyaux et 32 pieds, il ne s'agit pas du plus grand orgue de France, mais bien du premier orgue de concert installé dans le pays[41]. Cet instrument sera transféré dans un premier temps au nouveau palais de Chaillot, avant de partir définitivement pour Lyon y devenant l'orgue de l'Auditorium Maurice-Ravel.

Jardins et ornements[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jardins du Trocadéro.

L'ingénieur Jean-Charles Alphand, spécialiste des jardins parisiens et des mises en scène de cascades, est responsable des espaces extérieurs[42]. Les jardins sont organisés autour d'une cascade. Ils comptent une dizaine de statues[14], dont le Taureau d'Auguste Caïn et le Cheval à la Herse de Pierre Louis Rouillard qui font face à la Seine et au palais du Champ-de-Mars construit en face par Léopold Hardy pour l'exposition de 1878[43].

De nombreuses sculptures ornent le palais du Trocadéro, notamment côté jardin, sur l'édifice, ainsi que dans le parc. Une série de statues représentant des grandes villes de France (Sceaux, Nantes…) ceint la salle des fêtes alors que six allégories des continent bordent la terrasse surplombant les jardins (Amérique du Nord, Amérique du Sud, Océanie, Afrique, Asie et Europe). Le grand bassin en cascade est encadré par quatre bronzes animaliers (un éléphant, un rhinocéros, un taureau et un cheval). Du côté de la place du Trocadéro, une série de statues était prévue sur le mur pignon, mais leur absence des photographies du palais laissent à penser qu'elles n'ont pas été réalisées. La Renommée, réalisée par Mercier, est une statue de « femme ailée, drapée et sonnante », qui couronne le grand dôme de la salle des fêtes[27].

Devenir des parties démontées[modifier | modifier le code]

Si la structure générale des ailes et certains soubassements sont conservées (notamment les galeries souterraines dessinées par Viollet-le-Duc qui subsistent[44]), les ornements sont enlevés et déplacés.

  • Les statues des continents et celles des animaux sont maintenant près du musée d'Orsay, sauf celle du taureau, qui se trouve dans la ville tauromachique de Nîmes.
  • Sept mascarons des fontaines de Rodin se trouvent au parc de Sceaux. Les 14 mascarons du Jardin des serres d'Auteuil ne proviennent pas du démontage[45].
  • Deux taureaux ont été placés à l'entrée des abattoirs de Vaugirard, actuellement parc Georges-Brassens.
  • « Les trente statues de pierre monumentales personnifiant les sciences, les arts et les techniques qui couronnaient la haute terrasse de la grande salle [… sont] dispersées à travers la France, depuis Ligny-en-Barrois (Meuse) pour l’Ethnographie et la Chimie, jusqu'à Nantes (Loire-Atlantique) pour la Sculpture, l’Industrie forestière, la Botanique et l’Agriculture, ou encore Agde (Hérault) pour la Navigation ». L'agence de photographie Keystone note avant leur démantèlement qu'elles semblent « jeter un dernier coup d'œil sur Paris avant de s'en aller »[46].

Galerie des statues[modifier | modifier le code]

Les statues des Continents qui ornent la façade du palais du Trocadéro, ont été réinstallées devant le musée d'Orsay.

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Certaines statues monumentales d'animaux ont également trouvé leur place sur le parvis d'Orsay. Le rhinocéros, le cheval à la herse, l'éléphant, présenté dans les jardins de la colline du Trocadéro, font un passage durant de longues années à la porte de Saint-Cloud. Le bœuf, quatrième animal présent se trouve aujourd'hui à Nîmes. Deux taureaux sont présentés au champ de Mars, non loin de la tête de la statue de la Liberté par Bartholdi. L'un d'entre eux est installé devant l'entrée principale des anciens abattoirs de Vaugirard, devenu Parc Georges-Brassens avec une autre reproduction presque similaire.

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Regards de contemporains[modifier | modifier le code]

Dès la construction du palais du Trocadéro et bien après, des critiques s'élèvent, pour s'étonner, pour montrer leur colère ou bien leur contentement :

  • 1878 : le journaliste Gabriel Lafaille expose sa joie dans le Journal hebdomadaire de l'exposition universelle : « L'architecture contemporaine a trouvé son Panthéon. C'est un fait acquis maintenant : le XIXe siècle a une architecture »[11].
  • 1878 : un journaliste à La Revue de France : « C'est assyrien, ou mauresque, ou byzantin, mais c'est haut […]. Ce n’est là le style d'aucune époque, quoique ce soit celui de toutes les écoles. La silhouette […] ressemble avec ses deux minarets à un immense bonnet d'âne avec ses deux grandes oreilles »[11].
  • 1878 : l'architecte du palais Gabriel Savioud : les tours « portant à leur sommet un belvédère monumental, surmonté d'un dôme doré, […] souvenir de la Giralda et de la tour du palais-vieux à Florence [montraient] au loin dans Paris et hors Paris les bâtiments de l'exposition universelle ; semblables aux clochers qui appellent le chrétien dans les temples, aux minarets qui annoncent la prière en Orient et aux beffrois qui jadis assemblaient les citoyens sur la place publique [ces belvédères provoquaient] la foule aux spectacles de la lutte pacifique des nations »[47].
  • 1878 : le critique d'art Charles Blanc : « Ce qui rachète sensiblement l'obésité du palais au centre du plan, c'est la hauteur des deux tours dont il est flanqué. Quand un homme est gros, il le paraît moins s'il est de haute taille »[11].
  • 1888 : un journaliste au Temps, depuis le deuxième étage de la Tour Eiffel lors de l'illumination de la tour Eiffel : « La foule au Trocadéro est immense. […] Le Trocadéro s'étend devant nous, ouvrant ses bras lumineux, agrandis par les girandoles coloriées, à travers lesquelles ont entend la chute d'eau couler avec un bruit harmonieux et clair »[48].
  • 1889 : Dans Certains, Joris-Karl Huysmans compare : « cet incohérent palais […] à un ventre de femme hydropique couchée la tête en bas élevant en l'air deux maigres jambes chaussées de bas à mules d'or »[11].
  • 1927 : Dans Albertine disparue, Marcel Proust écrit : « Pourquoi, dans une belle journée, détacher ses yeux du Trocadéro, dont les tours en cou de girafe font penser à la Chartreuse de Pavie »[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Esprit(s) des lieux, 2011, p. 7
  2. Frédéric Masson, Napoléon et son fils, 1904, Paris, éd. Goupil et cie , p. 137.
  3. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 41.
  4. Le "Palais du Roi de Rome" de Rambouillet est en fait un hôtel particulier datant du règne de Louis XVI, réaménagé sous le Premier Empire. Le projet de Chaillot correspond davantage à un palais que l'hôtel du duc d'Angiviller, gouverneur du domaine de Rambouillet, construit entre 1784 et 1785 par l'architecte Jacques-Jean Thévenin ; son lien avec le Roi de Rome est aussi plus fort, car lié à l'essence même du projet, alors que le lien entre Rambouillet et le fils de Napoléon correspond à une période très courte de l'histoire de la construction de Jacques-Jean Thévenin. C'est pour des raisons touristiques et de prestige que la ville de Rambouillet utilise le nom de « Palais du Roi de Rome ».
  5. Charles Gabet, Dictionnaire des artistes de l'école française au XIXe siècle, 1831, p. 551
  6. Françoise Waquet, Les Fêtes royales sous la restauration, 1981, p. 99 citant G. Hubert, « L'Art français au service de la Restauration », Revue des Arts, 1955, no 4, p. 210-216
  7. (en) Michael Paul Driskel, As Befits a Legend : Building a Tomb for Napoleon, 1840-1861, Kent State University Press, 1993, (ISBN 0-87338-484-9), p. 54-55
  8. Adolphe Napoléon Didron, Annales archéologiques, vol. 8, 1848, p. 225-226
  9. Antoine Étex, « Cours élémentaire de dessin », 1859, p. 3
  10. Françoise Boudon, « Hector Horeau », 1978, p. 143
  11. a, b, c, d, e, f, g, h et i Esprit(s) des lieux, 2011, p. 11
  12. a, b, c et d Esprit(s) des lieux, 2011, p. 12
  13. a, b et c Esprit(s) des lieux, 2011, p. 26
  14. a, b et c Ory 2006, p. 37
  15. Ory 2006, p. 33
  16. Ory 2006, p. 34
  17. a, b et c Ory 2006, p. 36
  18. a, b et c Ory 2006, p. 38
  19. a, b et c Esprit(s) des lieux, 2011, p. 14.
  20. a, b et c Esprit(s) des lieux, 2011, p. 16
  21. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 20
  22. Ory 2006, p. 35
  23. a et b Esprit(s) des lieux, 2011, p. 42
  24. a et b Esprit(s) des lieux, 2011, p. 64.
  25. Ils sont par la suite découpés en morceaux avec soin et stockés jusqu'en 1945 en banlieue parisienne, puis jusqu'en 1973 dans les sous-sols du palais de Tokyo, puis de l'abbaye de Saint-Riquier dans la Somme, réserve du musée Guimet et du musée national des arts et traditions populaires ; ils sont restaurés à partir de 2002.
  26. Éric Biétry-Rivierre, « Une collection inestimable sauvée… à Morangis », in Le Figaro, lundi 6 mai 2013, p. 32.
  27. a et b Ory 2006, p. 50
  28. Ory 2006, p. 51-52
  29. Ory 2006, p. 55-56
  30. Ory 2006, p. 56-57
  31. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 66
  32. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 82
  33. a, b et c Esprit(s) des lieux, 2011, p. 61
  34. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 80
  35. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 74
  36. a et b Ory 2006, p. 45
  37. Ory 2006, p. 46
  38. Ory 2006, p. 44
  39. a et b Esprit(s) des lieux, 2011, p. 24
  40. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 68
  41. Ory 2006, p. 39
  42. Les jardins d'Alphand sont remplacés en 1937 à la construction du nouveau palais de Chaillot.
  43. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 22
  44. Ory 2006, p. 49
  45. L'Architecture, Journal hebdomadaire de la société centrale des architectes français, 14e année, no 12, 23 mars 1901.
  46. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 62
  47. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 28
  48. Esprit(s) des lieux, 2011, p. 54

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Davioud, architecte, 1824-1881, Paris, Délégation à l’action artistique de la Ville de Paris,‎ 1981 ;
  • Pascal Ory, Les Expositions universelles de 1855 à 1939, Paris, Ramsay,‎ 1982 ;
  • Isabelle Gournay, Le nouveau Trocadéro, Liège/Bruxelles, Mardaga/IFA,‎ 1985, 240 p. (ISBN 2-87009-211-3) ;
  • Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, t. 2, éditions de Minuit,‎ 1985 (ISBN 2707310549), p. 574
  • Bertrand Lemoine (dir.), Paris 1937. Cinquantenaire de l'Exposition internationale des arts et des techniques de la vie moderne, Paris, Institut français d’architecture/Paris-Musées,,‎ 1987 ;
  • Linda Aimone et Carlo Olmo, Les Expositions universelles, 1851-1900, Paris, Belin,‎ 1993 ;
  • Frédéric Seitz, Le Trocadéro : les métamorphoses d'une colline de Paris, Paris, Belin,‎ 2005 ;
  • Pascal Ory, Le palais de Chaillot, Cité de l’architecture et du patrimoine/Aristéas/Actes Sud, coll. « Les grands témoins de l'architecture »,‎ 2006 ;
  • Esprit(s) des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, la Cité de l'architecture et du patrimoine et les Archives nationales,‎ 2011, 140 p. (ISBN 978-2-86000-351-3).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]