Dii Consentes

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Les Dii Consentes ou Dii Complices[1] sont les douze grands dieux du panthéon romain.

À l'origine, le terme désignait les « Grands Dieux » du panthéon étrusque, ceux capables de lancer la foudre, et qui seront plus tard assimilés aux principaux dieux gréco-romains ; dans ce contexte, le terme de Dii Consentes s'opposait à celui de Dii Involuti, désignant les « Dieux Voilés », supérieurs à tous les autres (sauf, sans doute, le destin) et cependant absolument inconnus, indénombrables, indéfinis, toujours entourés de mystère[2],[3].

Les Dii Consentes, chez les étrusques, sont donc inférieurs aux Dii Involuti, et comprennent peut-être : Tinia (Jupiter), Uni (Junon), Velch (Vulcain), Turan (Vénus), Nethuns (Neptune), Turms (Mercure), Laran (Mars), Maris (dieu enfant parfois assimilé à Mars), Aritimi ou Artumes (Diane), Apulu (Phébus, c'est-à-dire Apollon), Menrva (Minerve), Fufluns (Bacchus), Cilens (déesse dont on sait peu de choses, peut-être une personnification de Fatum, le destin), et Usil (en) (Sol, c'est-à-dire Hélios), les associations ici indiquées avec des dieux romains étant souvent hypothétiques ou imparfaites.

Cela donne quatorze divinités faisant potentiellement partie des Dii Consentes étrusques, comme dans le cas des Dii Consentes romains (qui, comme expliqué plus bas, sont toujours au nombre de douze, mais pas toujours les mêmes, les divinités olympiennes étant en fait quatorze en tout). Si l'on veut pousser la comparaison jusqu'au bout, ce sont Cérès, Vesta et Pluton qui, parmi les olympiens, manquent d'équivalent au sein des Dii Consentes étrusques, Maris, Cilens et Usil ne correspondant à aucun olympien, ou faisant doublon avec certains de ceux déjà associés à d'autres divinités étrusques.

Chez les romains, ils étaient au nombre de douze[4] et étaient regardés comme le conseil céleste présidé par Jupiter[5] (c'est une des significations de leur nom de consentes). Leurs noms sont groupés par Ennius dans deux vers célèbres :

Juno, Vesta, Minerva, Ceres, Diana, Venus, Mars,
Mercurius, Jovi, Neptunu, Volcanus, Apollo[6]

Leur nom de consentes (« ceux qui sont ensemble » ou « ceux qui sont d'accord », consens devant être rapproché de absens et de praesens[7] et ayant donné le mot français consensus), indique bien que le culte qu'ils reçoivent s'adresse, non pas à chaque divinité séparément, mais au groupe, au conseil tout entier, considéré comme une sorte d'individualité céleste.

Ils furent réunis pour la première fois à Rome dans le lectisterne de -217, pour lequel Tite-Live rapporte : « Six pulvinaires[8] furent exposés en spectacle : un pour Jupiter et Junon, un pour Neptune et Minerve, un troisième pour Mars et Vénus, un quatrième pour Apollon et Diane, le cinquième pour Vulcain et Vesta, le sixième pour Mercure et Cérès. »[9]. Cette liste mêle les traditions étrusques et helléniques, car les décemvirs durent alors faire un choix dans le personnel mythologique : en effet, si le nombre douze était fixé par une vieille coutume, les Douze n'étaient pas partout les mêmes, en partie parce qu'il y a en tout quatorze divinités olympiennes en comptant Pluton et Bacchus. Ils eurent aussi à répartir les couples[10], qui, sans être conjugaux, associent les deux sexes. C'est pour cette raison que Pluton et Bacchus, pourtant d'habitude considérés comme plus importants que Vesta et Cérès, furent remplacés par ces dernières : puisqu'il y a parmi les olympiens huit hommes pour six femmes, il eut été impossible, en les intégrant au Dii Consentes, de conserver la symétrie symbolique des genres. Sur le nombre de ces couples, il en est trois qui prêtaient à l'arbitraire. Rivaux à Athènes, Poséidon et Athéna sont ici réconciliés ; Héphaïstos et Hestia symbolisent le même élément ; Hermès et Déméter unissent le commerce et l'agriculture. Les trois autres couples ont un fondement mythologique plus évident : Zeus et Héra entretiennent une relation conjugale essentielle, Arès et Aphrodite représentent respectivement la virilité et la féminité en plus d'avoir eu des aventures amoureuses ensemble, et Apollon et Artémis sont frère et sœur jumeaux. En outre, l'ordre de préséance des couples semble indiquer des préoccupations patriotiques : Apollon n'est plus au premier rang : il laisse même passer avant lui Mars et Vénus, les ancêtres des Romains.

Un portique des Dii Consentes s'élevait sur le Forum Romanum[11].

De Rome, le culte des dii consentes gagna tout l'empire, mais sans perdre jamais son caractère romain et public et sans cesser d'être associé à celui du Jupiter Optimus Maximus du Capitole[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On trouve la forme de Dii Complices dans les ouvrages d'Arnobe (III, 40).
  2. « Ce sentiment de crainte apparaît dans toute la religion des Étrusques : la plupart de leurs dieux étaient armés de la foudre. Les grandes divinités étaient Jupiter tonnant (Tinia), Junon (Thalna ou Capra) et Minerve (Minerva). Des temples leur étaient consacrés dans toutes les villes de l'Étrurie. Les rituels des prêtres étrusques avaient déterminé les formes et le caractère de tous, les chants usités dans le culte de chacune de ces divinités : ces livres, qui subsistèrent jusqu'à l'invasion des barbares en Italie, aux cinquième et sixième siècles, ont disparu pour jamais. Après les divinités qui viennent d'être nommées, il y en avait d'autres qui se rapprochaient plus ou moins des dieux de l'Olympe grec, particulièrement Vulcain, Mars, et même Hercule, qu'on voit armé de la foudre sur plusieurs monuments. Saturne, le Kronos de la mythologie grecque, n'a point été, comme celui-ci, chassé des cieux par Jupiter : il est descendu sur la terre pour enseigner l'agriculture aux peuples italiques, et son règne est appelé l'âge d'or. Ottfried Mûller et Gerhard mettent Saturne au nombre dès neuf dieux qui lancent la foudre. Ces dieux tonnants sont appelés, par Varron et d'autres écrivains, dii consentes, les grands dieux. Cependant les Étrusques en reconnaissaient d'autres qui leur étaient supérieurs et qui sont désignés par le nom de dii involuti, les dieux voilés, « puissances mystérieuses qui habitaient les profondeurs du firmament, qu'on ne nommait jamais, et dont l'essence était d'autant plus divine qu'elle ne pouvait être définie. Nous n'avons donc que bien peu de chose à dire de ces ordonnateurs inconnus dont on adorait les décrets sans chercher à remonter jusqu'à eux, et cependant cette croyance nous est un enseignement. D'abord elle nous repose, par un principe moins matériel, de la fatigante superstition que nous avons trouvée jusqu'à présent en Etrurie ; puis elle détermine chez les Étrusques une disposition contemplative que nous chercherions en vain dans les autres races italiques. Ce qu'ils aimaient probablement dans les dii involuti, c'était ce quelque chose d'ignoré qui produit les grandes émotions : le mystère a été pour eux un des plaisirs de la pensée. » » - Le Ménestrel (Paris. 1833), éd. Heugel (Paris), 1833-1940, p. 210, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56174023/f2.image
  3. https://romanpolytheist.wordpress.com/2012/10/
  4. Varron, De re rustica, I, I, 4.
  5. Augustin d'Hippone, La Cité de Dieu, IV, 23.
  6. Ennius, Fragments, 45.
  7. Jordan ap. Preller, Roem. Myth., I, p. 69, n. 1.
  8. Il s'agit de lits de parade garnis de coussins.
  9. Tite-Live, XXII, x, 9.
  10. En effet, il n'y a aucun ordre dans les vers mnémoniques d'Ennius. La répartition des Consentes dans le Zodiaque ne s'accorde que pour trois couples sur six (Jupiter-Juno, Apollon-Diane, Mars-Vénus) avec celle-ci. Les autres sont Neptune-Cérès, Vulcain-Minerve, Mercure-Vesta.
  11. Filippo Coarelli, traduit de l’italien par Roger Hanoune, Guide archéologique de Rome, édition originale italienne 1980, Hachette, 1998, (ISBN 2012354289), p. 52
  12. Corp. inscr. lat., III, 942 ; V, 1935 et 2121.

Source[modifier | modifier le code]

« Dii Consentes », dans Charles Victor Daremberg et Edmond Saglio (dir.), Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines,‎ 1877-1919 [détail de l’édition]

Voir aussi[modifier | modifier le code]