Louis Cahen d'Anvers

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cahen.

Louis de Cahen dit Louis Cahen d'Anvers, né le 24 mai 1837 à Anvers et mort le 20 décembre 1922 à Paris XVIe, est un banquier. Il était le fils du comte Joseph-Mayer Cahen, dit d'Anvers (Bonn,1804 - Nainville-Les-Roches,1881), lui-même fils de Joseph Lambert Cahen et de Sophie Scheuer, courtier de la maison Bischoffsheim.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le père et sa particule[modifier | modifier le code]

Son père, Joseph-Meyer, fondateur de Paribas avec les Bischoffsheim, il avait reçu le titre de comte du roi Charles Albert d'Italie qu'il avait financé en 1848[1]., ce qui fit de lui un des deux seuls comtes français de la couronne d'Italie avec Camondo. « Il n'avait transféré sa maison de banque à Paris qu'en 1848, juste avant de se faire naturaliser. Il ajouta d'autorité « d'Anvers » à son patronyme sans y être autorisé (...) pour se rapprocher d'une sorte d'élite en faisant illusion sur une probable particule. Il n'en avait pas le droit car un décret de 1808 interdisait aux juifs qui fixaient leur nom, d'adopter celui d'une ville. Son ascension fut très rapide. Dans les bons jours, il n'hésitait pas à se prétendre descendant du Roi David[2]. » À ses obsèques, en 1881, le grand rabbin prononça un discours dont il fait distribuer le texte qui s'adressait à feu « Monsieur le Comte Meyer Joseph Cahen (d'Anvers)», la particule étant mise entre parenthèses[3]. Les antisémites racontaient que du temps de son ascension, Joseph avait pris l'habitude de signer sa correspondance « C. d'Anvers » ce qui cessa lorsque le financier Oppenheim de Cologne lui adressa à son tour une lettre signée « O. de Cologne[1]. » Les mauvaises langues prétendaient aussi que le titre des Cahen était romain, ce qui était une appellation méprisante, et il restait suspect car il venait d'Italie. Après ses obsèques, la chronique mondaine avait surnommé son fils Édouard le « comte courant », Raphaël était « comte à dormir debout », et Louis « comte à l'envers[4]. » Le quatrième frère, Albert, avait échappé aux surnoms, il était musicien, ami des peintres et des écrivains[4].

Par la suite, les descendants qui se firent appeler de Cahen (Henry Coston, 1975) cet état de fait étant entériné par un décret du 21 août 1923.

Louis le financier[modifier | modifier le code]

Louis et Raphaël tenaient en mains les affaires de la famille. Ils étaient présentés comme des arbitragistes internationaux enrichis au delà du raisonnable [5].

Louis Cahen d'Anvers faisait partie des grands investisseurs à la Bourse de Paris à la fin des années 1870, avec la Famille Lebaudy, Herman Hoskier et le Comte Camodo[6]. Avec les Rothschild, il souscrit en 1881 un paquet de 4 000 actions sur les 10 000 actions émises pour la création de la Société minière et métallurgique de Peñarroya, dont il est le président[7]. Lors de la faillite de l'Union Générale de 1882, il fait partie du petit groupe de grands financiers, avec Moïse de Camondo, Rothschild et la Banque de Paris, qui organisent le sauvetage des banques prises dans la crise, en montant un fonds spécial de 20 millions de francs[8]. Sa première femme, Louise de Morpurgo, était originaire d'une famille importante de Trieste, ville où l'Union Générale avait installé une filiale importante. Avec Émile d'Erlanger, le baron Königswarter, et les Rothschild, il figure parmi les hommes les plus fortunés de son temps[9].

Louis, le comte à l'envers, épousa Louise de Morpurgo (1845-1926), « issue d'une riche et prestigieuse famille séfarade qui avait fait de Trieste la capitale des assurances dans l'Europe centrale (...) seule grande ville maritime de l'empire des Habsbourg[5] ».

Amie de Marcel Proust et de Paul Bourget, elle était dotée d'une grande beauté et d'un fort caractère. Elle eut de nombreux amants, dont Charles Ephrussi mais ne fut certainement pas la maîtresse en 1902, comme on l'a écrit, du roi Alphonse XIII d'Espagne, âgé alors de seize ans. Charles Baudelaire compta parmi ses admirateurs.

Le couple eut cinq enfants :

  • Robert Cahen d'Anvers (1871-1931), époux de Sonia Warshawsky, banquier comme son père; une de ses filles épousa le chef de la branche anglaise des Rothschild;
  • Irène Cahen d'Anvers (1872-1963), épouse en 1891 du comte Moïse de Camondo – séparés en 1896 et divorcés en 1902 – puis du comte Charles Sampieri dont elle divorcera également; elle est la mère du dédicataire du musée Nissim-de-Camondo;
  • Élisabeth Cahen d'Anvers (1874-1944), épouse du comte Jean de Forceville puis de Louis Denfert-Rochereau, fut, malgré une conversion de 50 ans au catholicisme, arrêtée en raison de ses origines juives « et disparut quelque part entre Drancy et Auschwitz;
  • Aline Cahen d'Anvers (1876-1965), épouse du général britannique sir Charles Vere Ferrers Townshend, puis lord Townsend of Kut ;
  • Charles Cahen d'Anvers (1879-1957), époux de Suzanne Lévy, également banquier; en 1935 il fit don à l'État du château de Champs-sur-Marne et lui vendit le riche mobilier que ses parents y avaient réuni à partir de 1895.

La famille réside d'abord 66, avenue Montaigne à Paris, puis dans l'hôtel particulier au 2, rue de Bassano, que les Cahen d'Anvers firent construire dans le style Louis XIV en 1880 par Gabriel-Hippolyte Destailleur, à l'angle de la place des États-Unis«  C'est là qu'ils vivaient avec leurs cinq enfants, une domesticité nombreuse, une collection de vases de Chine bleus, des lambris provenant de l'ancien hôtel de Mayenne, des objets d'art des XVIIe et XVIIIe siècles, et des tableaux[5]. »

Les peintres Bonnat et Carolus-Duran furent commissionnés pour réaliser des portraits du comte et de la comtesse (musée Bonnat, Bayonne)[5].

Renoir fut chargé d'exécuter les portraits des deux filles . D'abord, Élisabeth et Alice, titré Rose et bleue, puis le portrait Mademoiselle Irène Cahen d'Anvers, huile sur toile 64 × 54 cm encore appelé La Petite fille au ruban bleu[10], considéré de nos jours comme un pur chef d'œuvre fut mésestimé tout comme les autres tableaux de Renoir par la famille Cahen. L'œuvre fut dissimuléea dans un placard et les cahens se firent prier pour remettre à Renoir les 1 500 francs qui lui était dus pour l'ensemble de son travail[11].

Le portrait d'Irène fut exposé deux ans après à la galerie Durand-Ruel, volé en 1941 au château de Chambord par les nazis, confisqué par Goering à titre d'échange, puis négocié par le marchand Walter Feuz pour le compte d'Emil Burhle, industriel et collectionneur d'origine allemande naturalisé suisse en 1937, à la tête de la société Oerlikon, fournisseur de la Wehrmacht (fondation Burhle, Zurich), qui acquit une douzaine d'autres œuvres ainsi confisquées. Reconnue en 1946 par son modèle, seule héritière de sa fille Béatrice Reinach, née de Camondo morte en déportation avec les siens - dans une exposition parisienne d'œuvres volées, l'oeuvre lui fut restituée, et elle la vendit enfin à un galeriste parisien qui le céda à Emil Georg Bührle, un collectionneur d'art et marchand d'armes suisse d'origine allemande[10].

En 1895 les Cahen d'Anvers avaient acquis le château de Champs-sur-Marne alors en fort mauvais état, qu'ils firent restaurer et remeubler par Walter-André Destailleur, pour les bâtiments et Achille Duchêne, pour les jardins, redessinés « à La Française ». Le parc est orné de nombreuses copies de statues XVIIIe et agrémenté d'une orangerie, où ils reçurent de nombreuses personnalités dont Marcel Proust, Isadora Duncan, Paul Bourget, le roi Alphonse XIII d'Espagne[réf. nécessaire].

Le couple posséda également le château de « La Jonchère » à Bougival, où naquit en 1872 leur fille Irène.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pierre Assouline 1999, p. 175
  2. Pierre Assouline 1999, p. 173
  3. Pierre Assouline 1999, p. 174
  4. a et b Pierre Assouline 1999, p. 176
  5. a, b, c et d Pierre Assouline 1999, p. 177
  6. Colling 1949, p. 299
  7. L'Espagne, puissance minière : dans l'Europe du XIXe siècle, par Gérard Chastagnaret, page 550 [1]
  8. Colling 1949, p. 304
  9. "La Plus longue des Républiques: 1870-1940", par Jean-Yves Mollier et Jocelyne George [2]
  10. a et b Le Petite fille au ruban bleu
  11. Pierre Assouline 1999, p. 179