Jacopo Sadoleto

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Jacopo Sadoleto
Image illustrative de l'article Jacopo Sadoleto
Le cardinal Jacques Sadolet
par Cancellieri
Biographie
Naissance 12 juillet 1477
à Modène (Italie)
Décès 18 octobre 1547
à Rome (Italie)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
22 décembre 1536 par le
pape Paul III
Titre cardinalice Cardinal-prêtre
de S. Pietro in Vincoli
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 24 avril 1517
Fonctions épiscopales Évêque de Carpentras

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Jacopo Sadoleto, nom francisé autrefois en Jacques Sadolet, (né le 12 juillet 1477 à Modène, en Émilie-Romagne - mort le 18 octobre 1547 à Rome) était un religieux italien du début du XVIe siècle, cardinal, qui fut un humaniste et l'un des écrivains italiens les plus distingués de la Renaissance.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père[1], Giovanni Sadoleto, savant jurisconsulte et successivement professeur de droit aux académies de Pise et de Ferrare, prit soin de sa première éducation.

Doué d'une grande vivacité d'esprit et d'une mémoire fort heureuse, il fit de rapides progrès dans les langues grecque et latine, la poésie, l'éloquence et la philosophie. Il suivit les leçons que Nicolas Léonicène, l'un des collègues de son père faisait sur Aristote, et se lia dès lors d'une amitié durable avec Pietro Bembo. Le père de Sadoleto aurait désiré lui voir embrasser la profession d'avocat ; mais il lui permit enfin d'aller à Rome se perfectionner par la fréquentation des artistes, et des savants. Il y trouva moins un protecteur qu'un ami dans le cardinal Olivier Caraffe, qui le prit pour secrétaire et lui fit obtenir un canonicat du chapitre Saint-Laurent in Damaso, que Sadoleto abandonna par la suite à son frère Giulio Sadoleto.

Cependant il se livrait avec ardeur à la culture des lettres. Les leçons de Scipion Carferomaco (voir : Forteguerri) le familiarisaient avec les beautés de la langue grecque, et il se montrait assidu aux assemblées de l'académie romaine, qui réunissaient les hommes les plus éminents par leur naissance et leur érudition. Après la mort du cardinal Caraffe, Sadolet accepta les offres de Frédéric Frégose, archevêque de Salerne ; mais Léon X, appréciateur de ses talents, parvenu au trône pontifical, le choisit avec le Bembe pour ses secrétaires. Cet emploi ne détourna point Sadolet de l'étude et il continua d'assister aux réunions littéraires[2] dont il était l'un des ornements.

Les savants se ressentirent de son crédit, et plusieurs lui durent des pensions ou des bénéfices ; mais il ne sollicita jamais aucune faveur pour lui-même. Il fit un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, en 1517, pour satisfaire sa dévotion. Pendant son absence, le pape le nomma évêque de Carpentras, et il fallut user de violence[Laquelle ?] pour lui faire accepter cette dignité qu'il exerça de pendant presque un quart de siècle de 1517 à 1540.

Adrien VI ne partageait pas le goût de son prédécesseur pour la littérature. Nourri dans la sévérité des anciennes méthodes scolastiques, l'élégance et la pureté du style n'avaient aucun mérite à ses yeux. Quand on lui montra des lettres de Sadolet :

« Ce sont, dit-il, des lettres d'un poète. »

Retiré dans une campagne voisine de Rome, Sadoleto attendait les ordres du pontife. On profita de son absence pour le desservir, et il eut la douleur de se voir faussement accusé d'avoir falsifié un bref. Il se rendit à Carpentras au mois d'avril 1523 ; mais Clément VII, en arrivant au pontificat, se hâta de le rappeler et de le rétablir dans son emploi. Il n'accepta qu'avec la réserve qu'il retournerait au bout de trois ans dans son diocèse, dont il abandonnait à regret l'administration à des vicaires. La bienveillance que lui témoignait le nouveau pontife l'autorisait à lui donner des avis. Il voulut détourner Clément d'accéder à la ligue qui se formait contre Charles Quint et il l'avertit vainement des dangers auxquels l'exposerait cette imprudence.

Sadoleto quitta Rome en 1527, vingt jours avant le sac de cette ville par les troupes impériales. Son palais et ses meubles furent pillés par les soldats allemands ; mais sa bibliothèque, riche en manuscrits et, en livres précieux, venait d'être embarquée sur un vaisseau qui faisait voile pour la France. La peste se déclara dans le bâtiment, auquel tous les ports furent fermés et cette collection, qu'il avait mis tant de soin à rassembler, disparut sans qu'on ait jamais su ce qu'elle était devenue. Sadoleto sut trouver un adoucissement à cette double catastrophe dans la culture des Lettres et dans l'affection qu'il portait à son troupeau.

Jacques Sadolet, évêque de Carpentras, sanguine du Recueil d'Arras par Jacques le Boucq.

Son zèle pastoral s'étendit à tout ce qui pouvait intéresser les peuples que la Providence lui avait confiés. En même temps, qu'il les instruisit, il s'occupa de leurs besoins, les délivra des usuriers juifs et les défendit contre les mesures fiscales du légat d'Avignon. Quoiqu'il n'eût d'autre fortune que les revenus de son évêché[3], il fonda plusieurs écoles pour les enfants et trouva dans ses économies les moyens de soulager toutes les infortunes qu'il parvenait à découvrir. La bonté de son cœur était si connue que les malheureux habitants de Merindol et de Cabrières n'hésitèrent pas à lui communiquer leur réponse aux accusations dont ils étaient l'objet.[Lesquelles ?] En plaignant leurs erreurs[non neutre], il leur promit sa protection, empêcha le légat de les inquiéter et retarda tant qu'il vécut l'exécution des mesures de rigueur que l'on méditait contre eux (voir : Oppède).

Paul III rappela Sadoleto à Rome en 1536[4] et l'adjoignit à la congrégation chargée de préparer les objets qui devaient être soumis au concile indiqué à Modène (malgré la publication le 2 juin de la bulle Ad Dominici gregis curam, qui fixait son début au 22 mai 1537[5], celui-ci ne s'ouvrit finalement qu'en 1545, à Trente). Dès que ce travail fut terminé, Sadoleto se disposa à revenir dans son diocèse ; mais le pape le retint et le créa cardinal au mois de décembre 1536. Cette nouvelle dignité ne changea rien à ses mœurs.

Plein de modestie et de désintéressement, il ne songea qu'à servir ses amis, et surtout Bembo[6], qui dut à ses seules instances la pourpre, dont sa conduite passée le rendait assez peu digne. À peine rétabli d'une maladie grave, Sadoleto suivit le pape en 1538, à Nice, où Charles-Quint devait avoir une entrevue avec François Ier, et il contribua beaucoup à la trêve que jurèrent ces deux princes. Il était trop rapproché de son diocèse pour ne pas désirer de le visiter. Le pape ne crut pas devoir lui refuser sa demande ; mais il limita la permission qu'il lui accordait à quelques mois. L'état de sa santé servit de prétexte à Sadoleto pour prolonger son séjour au milieu d'un peuple qu'il chérissait autant qu'il en était aimé.[réf. nécessaire] Ce fut de Carpentras qu'il écrivit en 1539 aux Genevois qui avaient embrassé le protestantisme en 1536, cette lettre latine si belle et si touchante qu'on a comparée aux exhortations de Saint-Chrysostome. Celle-ci fut éditée à Lyon la même année. Elle suscita une réponse de Jean Calvin, en latin, puis en français, l’Épitre à Sadolet (publiée à Genêve en 1540)[7].

Rappelé à Rome en 1542, Jacopo Sadoleto fut envoyé près de François Ier pour engager le roi à la paix. Ce prince connaissait les vertus et les talents du légat ; il avait essayé de se l'attacher par les offres les plus brillantes[Lesquelles ?]. Il lui promit tout ce qu'il demanda ; mais les ruses[Lesquelles ?] de Charles-Quint[Pourquoi ?] firent échouer les projets du Saint-Siège[Lesquels ?] et l'habileté de ses négociateurs. Après s'être acquitté de sa mission, Sadoleto revint à Carpentras ; mais le pape avait besoin de ses conseils dans les réunions préparatoires du concile de Trente. Le prélat retourna donc à Rome en 1543 ; il assista, l'année suivante, à la conférence du pape avec Charles-Quint, à Busseto (près de Parme), dans laquelle furent discutés les moyens d'amener la paix avec la France.

Tranquille désormais sur l'administration de son diocèse, qu'il avait remise à son neveu, il partagea le reste de sa vie entre ses devoirs et la culture des Lettres, et mourut à Rome le 18 octobre 1547. Il fut enterré, comme il l'avait demandé, sans aucune pompe, dans la basilique Saint-Pierre-aux-Liens, où ses neveux consacrèrent à sa mémoire une épitaphe rapportée par Niceron, Tiraboschi, etc. L'éloge de ce prélat se retrouve dans toutes les histoires de son siècle.

Publications[modifier | modifier le code]

Comme écrivain, Jacopo Sadoleto avait pris Cicéron pour modèle ; mais il ne poussait pas le purisme aussi loin que Bembo. L'édition la plus complète et la seule recherchée de ses œuvres est celle de Vérone, 1737 et années suivantes, 4 vol. in-4° ; elle contient seize ouvrages de Sadoleto dont Tiraboschi rapporte les titres dans la Bibl. Modenese, t. 4, p. 437-455.

On se contentera de citer les plus importantes, en suivant l'ordre de leur publication :

  1. De liberis recte instituendis liber, Venise, 1533, in-8° ; Paris, Simon de Colines, même année, et Lyon, Sébastien Gryphe, 1535, in-8°. Cet ouvrage a été traduit en italien, Venise, 1745. C'est un traité complet de tout ce qui tient aux mœurs et à l'éducation littéraire des enfants. Bembe avait noté dans cet ouvrage quelques expressions qu'il ne croyait pas avoir été employées par des auteurs de la bonne latinité ; mais Sadolet les justifia toutes dans une lettre qu'a publiée Tiraboschi d'après l'autographe, conservée dans la bibliothèque Barberini.
  2. Commentarius in epistolam S. Pauli ad Romanos, Lyon, 1535, in-fol. Cet ouvrage fut supprimé, à Rome, comme renfermant sur la grâce des sentiments conformes à ceux des semi-pélagiens. Sadolet se soumit à cette décision et retrancha les passages censurés Il le fit réimprimer avec des corrections, en 1536 et en 1537 ; in-fol. Les bibliophiles ne recherchent la première édition qu'à cause de sa grande rareté. Ernesti cite avec éloge, dans Novissim. biblioth. theologica, t. 2, p. 923-925, une édition de Modène, 1771, in-4 que Tiraboschi ne paraît pas avoir connue.
  3. Phaedrus sive de laudibus philosophiœ, libri duo, Lyon, S. Gryphe, 1538, in-4°. ;
  4. Poemata, Leipzig, 1548, in-8°. On n'a qu'un petit nombre de pièces de Sadolet, parmi lesquelles on vante surtout le poème sur le dévouement de Curtius, et un autre dans lequel l'auteur décrit le groupe fameux du Laocoon. Coupé a donné, dans les Soirées littéraires, t. 3, p. 71, la traduction du début et de quelques fragments du Curtius et celle d'une Sylve adressée par Satolet à Octave et Frédéric Fregose.
  5. Orationes. Les harangues de notre auteur appartiennent toutes à l'histoire civile ou religieuse de son siècle ; il n'en existe pas de recueils séparés.
  6. Philosophicœ consolationes et meditationes in adversis. Cet opuscule est l'une des premières productions de l'auteur, puisqu'il est daté de Rome, le 26 octobre 1502. Il a été imprimé avec un ouvrage de Joachim Camerarius sur le même sujet, Francfort, 1577, in-8°.
  7. Epistolarum libri xvi ; ad Paulum Sadoletum liber unus ; vila ejusd. per Anton. Florebellum, Lyon, 1550, in-8°. Ce recueil de lettres de Sadolet, publié par Paul, son neveu, eut un très grand succès. L'édition la plus complète est celle qu'a donnée l'abbé Costanzi, Rome, 1759, 1760 et 1767, 5 vol. in-8°.
  8. Ad principes populosque Germamœ exhortatio gravissima, ut deserlis et abjectis pestilentissimis hfBresium insaniis, in gremium catholicœ et apostolicœ Christi ecclesiœ redeant, Dillingen, Sebald Mayer, in-12. Il existe de cet ouvrage des exemplaires sur vélin ; la bibliothèque de Paris en possède un (voir le Catalogue publié par Van Praet, t. 4, p. 42).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Traité d'éducation du cardinal Sadolet, Vie de l'auteur par Antoine Florebelli, traduit pour la première fois avec texte latin, notes explicatives et justificatives par Pierre Charpenne, 359 p., Librairie H. Plon, Paris, (1855).
  • Histoire de la réforme et des réformateurs de Genève suivie de la Lettre du cardinal Sadolet aux Genevois pour les ramener à la religion catholique et de la réponse de Calvin, par Pierre Charpenne, 661 p., Amyot éditeur, Paris, (1861).
  • L'Adparat. litterar. de Freytag., t. 3, p. 219 contient des détails intéressants sur Sadolet et les éditions les plus rares de ses différents opuscules.
  • l'Onomasticon litterar. de Sax, t. 3, p. 127.
  • sa Vie, qu'a publiée à Rome (1828, in-8°) l'abbé Cancellieri.
  • M. A. Péricaud, Fragments biographiques sur J. Sadolet, Lyon, 1849, in-8°.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Giovanni Sadoleto, père du cardinal, mourut à Ferrare, le 22 novembre 1512, à 68 ans. II a laissé des Repetitiones legales. Girolamo Tiraboschi lui a donné une Notice très étendue dans la Biblioth. Modenese, t. 4, p. 415 ; et il en a fait l'éloge dans la Storia della letterat. ital., t. 6, p. 580 et suiv.
  2. Il a décrit le charme de ces réunions dans deux Lettres, tome 1er, ep. 106, tome 2, ep. 246, édit. de Rome, 1760.
  3. On sait qu'il ne retirait de l'évêché de Carpentras que mille six cents écus d'or. Voir le Clergé de France, par Dutems, tome 2, p. 30.
  4. On dit que, s'étant embarqué sur le pour achever plus commodément son voyage, il fut arrêté par des soldats espagnols qui le dépouillèrent entièrement.
  5. Alain Tallon, Le Concile de Trente, Cerf, coll. « Histoire », Paris, 2000, (ISBN 2-204-06431-9), p.16.
  6. Girolamo Tiraboschi nous apprend que Sadoleto fit également admettre au Sacré Collège Cortese et Aléandre, deux prélats d'un grand mérite.
  7. Jean Calvin, Œuvres choisies, édition d'Olivier Millet, Folio Classique, Gallimard 1995, p.60