Interruption médicale de grossesse
L'interruption médicale de grossesse (IMG) peut être indiquée lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère, ou lorsque le fœtus est atteint d'une maladie grave et incurable au moment du diagnostic. Elle est possible en France à tout âge, et jusqu'au terme de la grossesse.
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Aspects légaux [modifier]
France [modifier]
En France, "La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie " (art. 16 du Code Civil).
En revanche, le fœtus n'a, aux yeux de la loi française, pas d'existence en tant que personne légale.
Les modalités pratiques de « l'interruption médicale de grossesse » ont été précisées à partir de 1975 avec la loi n° 75-17 du 17 janvier 1975 [1] instaurée par Simone Veil, et entre autres, par l'article 13 de la loi 94-654 du 29 juillet 1994, qui précise que : « En outre, si l'interruption de grossesse est envisagée au motif qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic, l'un de ces deux médecins doit exercer son activité dans un centre de diagnostic prénatal pluridisciplinaire ».
Indications [modifier]
Pathologie maternelle [modifier]
Toute maladie maternelle, dont l'évolution peut être gravement perturbée par une grossesse, même normale, peut être indication à une IMG. Ces indications sont rares aujourd'hui.
- Pathologie cardiaque grave, avec risque de décompensation cardiaque durant la grossesse
- Pathologie cancéreuse, où le retard de traitement occasionné par la grossesse peut être gravement préjudiciable à la survie maternelle.
- Pathologie psychiatrique, lorsque la grossesse entraîne la décompensation d'une névrose préexistante avec risque suicidaire.
Dans ces cas de pathologies maternelles, l'avis de deux médecins experts, dont l'un expert de la pathologie maternelle et l'autre, si possible, membre d'un centre de diagnostic anténatal, est requis.
Pathologie fœtale [modifier]
Tout risque important de pathologie fœtale grave, reconnue comme incurable au moment du diagnostic.
- Malformation d'un organe fonctionnel létale à plus ou moins brève échéance (agénésie rénale, hypoplasie pulmonaire, extrême prématurité inéluctable)
- Atteinte cérébrale ou nerveuse risquant d'entraîner un déficit neurologique grave (hydrocéphalie, agénésie de diverses régions cérébrales, atteinte infectieuse cérébrale)
- Anomalie chromosomique ou mutation d'un gène associée à un pronostic défavorable pour la survie ou la qualité de vie.
- Autres malformations ou maladies fœtales entraînant une qualité de vie gravement perturbée, cela concerne surtout les maladies ayant une incidence sur l'apparence comme le nanisme.
Dans ces situations, l'avis des parents est prépondérant. Après consultations auprès de plusieurs spécialistes concernés (obstétricien, chirurgien infantile, neuro-pédiatre, cardio-pédiatre, généticien, psychiatre...), le couple formule une demande, qui est examinée par un centre de diagnostic anténatal pluridisciplinaire. Le centre de diagnostic anténatal rend alors un avis (favorable ou défavorable) sur l'IMG.
Technique [modifier]
Elle varie en fonction du terme de la grossesse au moment de l'interruption.
Avant 22 semaines d'aménorrhée [modifier]
Préparation par la prise d'anti-progestérone, puis 48 heures après déclenchement du travail par prise orale ou vaginale de prostaglandines, médicaments entraînant une dilatation du col et des contractions utérines avec expulsion du fœtus. Une perfusion d'antalgiques à la demande est instituée (morphiniques).
Dans les rares circonstances où la voie basse est impossible (placenta devant le col, par exemple), une mini-césarienne est possible.
Après 22 semaines d'aménorrhée et jusqu'au terme [modifier]
La limite de 22 semaines est essentielle puisqu'au-delà de ce terme l'enfant est considéré comme tel (droit à l'inhumation, congé maternité et également congé paternité depuis l'arrêté du 9 janvier 2008) ce qui n'était pas le cas avant.
On réalise avant toute chose un fœticide qui a pour but d'entraîner la mort du fœtus in utero et permet :
- la diminution de la durée d'expulsion ;
- la diminution de la douleur fœtale ;
- l'expulsion d'un fœtus mort (pas de soins palliatifs et d’accompagnement de l'enfant de la naissance vers la mort)[2].
Le fœticide est réalisé par injection dans le cordon ombilical (cordocentèse) par voie transabdominale (comme pour une amniocentèse) d'un morphinique puissant (sufentanil) pour anesthésier le fœtus suivi de l'injection du produit aux propriétés fœticides (lidocaïne) si besoin de façon répétée. En cas d'échec de la procédure, le geste fœticide peut être complété par l'injection de chlorure de potassium qui s'utilise exclusivement par voie intracardiaque. Les médicaments induisant la mort mais dont l'injection est douloureuse ne sont plus utilisés qu'en dernier recours[3].
Le déclenchement du travail est ensuite obtenu par prise de prostaglandines, avec éventuellement rupture de la poche des eaux, sous la forme d'un accouchement dirigé, le plus souvent sous anesthésie péridurale.
Aspects moraux [modifier]
Le centre de diagnostic anténatal doit apprécier en conscience si le risque théorique justifie ou non d'interrompre la grossesse.
La notion de « handicap mental » est entièrement soumise à l'idée que s'en fait la société.
Pour limiter les possibilités de dérives, les conditions pour accorder une IMG doivent être très strictes ; cela varie selon le pays.
Conséquences [modifier]
Eugénisme génétique [modifier]
Plusieurs études conduites aux États-Unis ou au Royaume-Uni ont montré que 90 à 93 % des grossesses ayant donné lieu au diagnostic du syndrome de Down ont été interrompues[4],[5]. En France, le pourcentage d’interruption de grossesse à la suite d'un diagnostic prénatal de trisomie 21 est de 96 %[6]. Ces chiffres donnent parfois lieu à des accusations d'eugénisme[7]. Certaines associations de défense des personnes handicapées (Collectif les Amis d’Eléonore, Fondation Jérôme-Lejeune…) font valoir que ces avortements envoient un message très dévalorisant aux personnes affectées : « il est préférable de ne pas exister que d'avoir un handicap » [8].
Alternative [modifier]
Face au diagnostic prénatal de maladie réputée létale pour leur enfant, des parents peuvent faire le choix de poursuivre néanmoins la grossesse. Dans ce cadre, ils peuvent bénéficier de soins palliatifs pour l'enfant et d'accompagnement en maternité.
Références [modifier]
- http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/interruption/sommaire.asp
- Interruption médicale de grossesse
- IMG et soins palliatifs
- (en) Caroline Mansfield et al. « Termination rates after prenatal diagnosis of Down syndrome, spina bifida, anencephaly, and Turner and Klinefelter syndromes: a systematic literature review » Prenatal Diagnosis 1999 (vol. 19 no 9, p. 808–812 résumé en ligne
- (en) David W. Britt, et al. « Determinants of parental decisions after the prenatal diagnosis of Down syndrome: Bringing in context »American Journal of Medical Genetics 1999 (vol. 93 no 5, p. 410–416), résumé en ligne
- Le Quotidien du médecin (Antoine Dalat) 12/05/11
- Par exemple sous la plume de l'éditorialiste américain George Will, en avril 2005 : Eugenics by abortion: Is perfection an entitlement?, paru dans le Washington Post.
- (en) The Politics of Women's Health : Prenatal Testing and Disability Rights
Liens externes [modifier]
- L’avortement médicamenteux, Informations pour les femmes The International Consortium for Medical Abortion (ICMA) Information Package on Medical Abortion
- L'association PetiteEmilie L'association PetiteEmilie soutient et accompagne les personnes confrontées à une interruption médicale de grossesse ou à un deuil périnatal