Paul Otlet

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Paul Otlet

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Paul Otlet

Nom de naissance Paul Marie Ghislain Otlet
Naissance
Bruxelles
Décès (à 77 ans)
Bruxelles
Nationalité Belge
Pays de résidence Belgique
Activité principale


Paul Marie Ghislain Otlet, fils d'Édouard Otlet, est né le et mort le en Belgique. Il est un visionnaire à la fois auteur, entrepreneur, juriste et militant socialiste et pacifiste. Il a pour ambition de permettre aux hommes de mieux se connaître, de ne plus avoir peur les uns des autres et de vivre en paix[1]. Il est, avec Henri La Fontaine, le père de la classification décimale universelle (CDU).

Réalisations[modifier | modifier le code]

Paul Otlet est connu pour ses travaux en matière de bibliographie. Souhaitant établir un réseau et une coopération internationale entre les bibliothèques et les bibliothécaires, il crée, avec Henri La Fontaine, en 1895 l’Office international de bibliographie et met en place un « répertoire bibliographique universel » (RBU), rassemblant tous les ouvrages publiés dans le monde, quels que soient le sujet et l'époque. Cet Office vise également à faire reconnaître l'information comme discipline scientifique.

Pour faciliter l'accès du « plus grand nombre » à l'information, il crée en 1905 le système de « classification décimale universelle » (CDU), ainsi que le standard de 125 x 75 mm des fiches bibliographiques, toujours en vigueur dans les bibliothèques du monde entier. Il travaille aussi, avec La Fontaine, à l'établissement d'une Bibliographica sociologica, qui vise à répertorier l'ensemble des « faits » et des « écrits » concernant la société. En 1895, celle-ci comprend 400 000 notices.

Dès 1909, conscient des transformations du livre et de la nécessité d'inclure tous les supports dans une recherche bibliographique, il publie La Fonction et les transformations du livre.

Tiroirs à fiches du Répertoire bibliographique universel -
Mundaneum à Mons.

En 1910 il met au point avec son collègue Robert Goldschmidt « la Bibliophoto », sorte de bibliothèque portable de microfiches[2]. Durant l'entre-deux-guerres, il caresse le projet de construction d'une Cité Mondiale, entièrement dédiée à la connaissance, en collaboration avec Le Corbusier. Il envisage plusieurs endroits: Genève, Bruxelles, Anvers, mais sans succès[3].

Son objectif est de réunir les peuples par une civilisation universelle, considérée métaphoriquement comme un « pont mondial » (1937)[3]. Il rejoint en cela les projets d'encyclopédie universelle élaborés à la même époque par H. G. Wells dans World Brain et par le philosophe et sociologue Otto Neurath[4].

Paul Otlet est aussi l'instigateur du Palais Mondial-Mundaneum de Bruxelles, situé dans l'aile sud de ce qui est devenu ensuite le « Cinquantenaire » . Il regroupe dans ce bâtiment ses nombreuses réalisations visant à intégrer tous les savoirs du monde: musée de la Presse, musée du Livre, Archives encyclopédiques internationales, RBU. Paul Otlet pressent la multiplication des supports, tous également porteurs de mémoire. On pouvait y trouver répertoriées tous les travaux publiés sur n'importe quel sujet. À son apogée, le Mundaneum ira jusqu'à « rassembler 16 millions de fiches, indexant tous les sujets allant de l'histoire des chiens de chasse à celle de la finance! Un siècle plus tard, le journal français Le Monde surnommera leur projet d'indexation universelle « Le Google de papier »[3]. » Il veut ainsi établir « l’image mouvante du monde, sa mémoire, son véritable double[3]. »

Les archives du Mundaneum sont établies à Mons depuis 1993.

Visionnaire d'Internet[modifier | modifier le code]

Père de la documentation, Otlet eut aussi, bien avant l’heure, l’intuition d’internet :

« On peut imaginer le télescope électrique, permettant de lire de chez soi des livres exposés dans la salle teleg des grandes bibliothèques, aux pages demandées d’avance. Ce sera le livre téléphoté[5]. »

« Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l'espace que requiert leur enregistrement et leur manutention, [...] De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s'il s'agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l'aimerait. Utopie aujourd'hui parce qu'elle n'existe encore nulle part, mais elle pourrait bien devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation[6]. »

La mondothèque est une « station de travail à utiliser à domicile. Ce meuble était supposé contenir des travaux de référence, des catalogues, les prolongements multimédia de livres traditionnels tels les microfilms, la TV, la radio, et finalement une nouvelle forme d'encyclopédie: l'Encyclopedia Universalis Mundaneum[3]. »

Le « réseau » qu'il décrit est reconnu par un nombre grandissant de chercheurs comme une préfiguration d'internet[7]. L'une des tâches essentielles des travailleurs intellectuels était à ses yeux de réaliser « une Encyclopédie universelle et perpétuelle », ayant pour collaborateurs « tous les savants de tous les temps et de tous les pays ».

Paul Otlet est vivement intéressé par le rapport de l'homme à la technique et établit une logique d'usage et de réappropriation dans laquelle la technique est un dépassement contrôlé. Pour lui, « perfectionner le livre c'est perfectionner l'humanité ».

En 2012, le World Science Festival accrédite la thèse que l’idée d’un accès universel aux connaissances par échange de données est née dans son Traité de documentation, paru en 1934, plus de dix ans avant l'article capital de Vannevar Bush et près de trente ans avant les travaux de Vinton Cerf sur le système de routage des données[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Otlet, par Marie-France Blanquet (décembre 2006)
  2. Cauvin 2001
  3. a, b, c, d et e Google Cultural Institute
  4. Denis Lelarge, L'encyclopédie sociale d'Otto Neurath: La raison visuelle, Paris: L'Harmattan, 2010, p. 266
  5. Otlet Paul, Traité de documentation : le livre sur le livre, théorie et pratique, Bruxelles, Editions Mundaneum,‎ , 431 p. (lire en ligne), p. 238 (point 243.54, e)
  6. Otlet Paul, Traité de documentation : le livre sur le livre, théorie et pratique, Bruxelles, Editions Mundaneum,‎ , 431 p. (lire en ligne), p. 428
  7. Voir par exemple l'article de Sciences Humaines (Jean-François DORTIER (2007). « Paul Otlet (1868-1944). Il avait rêvé Internet ». In Sciences Humaines, no 186 « Que vaut l'école en France », octobre) qui fait un compte rendu de Françoise Levie (2006). L'homme qui voulait classer le monde : Paul Otlet et le Mundaneum, Bruxelles : Les Impressions nouvelles, 351 p. ISBN 2-87449-022-9.
  8. Éric Deffet, « Internet est définitivement une idée belge » dans Le Soir, quotidien belge, 8 juin 2012.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrage de Paul Otlet[modifier | modifier le code]

  • Paul Otlet, Traité de Documentation : le livre sur le livre, Paris, Mundaneum,‎ (lire sur Wikisource)
  • Paul Otlet, Monde, essai d'universalisme : Connaissance du monde, sentiment du monde, action organisée et plan du monde, Bruxelles, Mundaneum,‎
  • Paul Otlet, La Fonction et les transformations du livre, Paris, Publication du Musée du livre,‎

Études et sources[modifier | modifier le code]

  • Yves Alix, Le Mundaneum, les archives de la connaissance, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles,‎ , 95 p. (ISBN 978-2-87449-054-5, présentation en ligne)
  • Serge Cacaly, Yves-François Le Coadic, Paul-Dominique Pomart, Éric Sutter. Dictionnaire encyclopédique de l'information et de la documentation. Nathan, Paris, 2003.
  • Aurélie Cauvin, La Littérature hypertextuelle, analyse et typologie, Université de Cergy Pontoise - Maitrise de lettres Modernes,‎ (lire en ligne)
  • (en) Steffen Ducheyne, Paul Otlet's Theory of Knowledge and Linguistic Objectivism, in Knowledge Organization, no 32 (2005), p. 110-116.
  • Jacques Gillen, Paul Otlet, Fondateur du Mundaneum (1868-1944). : Architecte du savoir, Artisan de paix, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles,‎ , 205 p. (ISBN 978-2-87449-095-8, présentation en ligne)
  • Françoise Levie, L'homme qui voulait classer le monde : Paul Otlet et le Mundaneum, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles,‎ , 352 p. (ISBN 2-87449-022-9, présentation en ligne)
    Version DVD 60 min en français, anglais et néerlandais
  • (en) Alex Wright, Paul Otlet and the Birth of the Information Age, Oxford, Oxford University Oress, 2014, 384 pages
  • (es) Zurita Sánchez, Juan Manuel, El paradigma otletiano como base de un modelo para la organización y difusión del conocimiento científico, Mexico, El Autor, 2001. Tesina, Colegio de Bibliotecología, Facultad de Filosofía y Letras, UNAM.
  • Sur les traces de... Paul Otlet. Numéro spécial des Cahiers de la documentation (2012/2). Association belge de Documentation, juin 2012.
  • Stéphanie Manfroid, « Innover ou anticiper, Singularité du belge Paul Otlet », in Bulletin des Bibliothèques de France, 2012, no 1, p. 6-11 [1]
  • (en) Boyd Rayward, The Universe of Information : The Work of Paul Otlet for Documentation and international Organization, VINITI for the International Federation for Documentation,‎ 1975, 390 p. (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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