Guerre hongro-roumaine de 1919

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Guerre hongro-roumaine
Affiche de la Hongrie communiste par Mihaly Biro (1919) : « Canailles !, est-ce là ce que vous vouliez ? » - Henri Berthelot, Lloyd George et Wilson figurent à gauche, Clemenceau et le roi Ferdinand de Roumanie à droite de la table
Affiche de la Hongrie communiste par Mihaly Biro (1919) : « Canailles !, est-ce là ce que vous vouliez ? » - Henri Berthelot, Lloyd George et Wilson figurent à gauche, Clemenceau et le roi Ferdinand de Roumanie à droite de la table
Informations générales
Date 15 avril 1919 - 2 août 1919
Lieu Hongrie
Issue Victoire de la coalition anticommuniste :
Effondrement de la République des conseils de Hongrie
Terreur blanche en Hongrie
Belligérants
Red flag.svg République des conseils de Hongrie Drapeau : Roumanie Royaume de Roumanie
Drapeau de la France France
Commandants
Red flag.svg Béla Kun
Red flag.svg Aurél Stromfeld
Red flag.svg Ferenc Julier
Red flag.svg Vilmos Böhm
Flag of Romania.svg Ferdinand Ier
Flag of France.svg Henri Berthelot
Flag of Romania.svg Traian Moşoiu
Flag of Romania.svg George Mărdărescu
Flag of Romania.svg Constantin Prezan
Flag of Romania.svg Ion Antonescu
Flag of Hungary.svg Gyula Károlyi
Forces en présence
10 000 à 80 000 hommes 10 000 à 96 000 hommes
Pertes
~ 41 000 capturés 3 670 tués
7 996 morts par typhus et dysenterie
11 666 pertes au total

La guerre hongro-roumaine désigne un conflit entre la République des conseils de Hongrie et le Royaume de Roumanie, épaulé par l'Entente, qui s'est déroulé du 15 avril 1919 au 2 août 1919.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Théâtre des opérations lors du conflit (frontières de 1914).
Un monument aux morts de la coalition antibolchévique (1919) à Lippa. Parmi les morts, un Georges Pelle.
Cavalerie roumaine à Budapest (août 1919).

À la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, le démembrement de l'Autriche-Hongrie conduit à la proclamation d'union de la Transylvanie à la Roumanie. Les décisions de la Conférence de Paris au sujet de la nouvelle frontière hongro-roumaine étaient inacceptables pour le gouvernement hongrois, qui démissionne. Les bolcheviks prennent alors le pouvoir et promettent de rétablir les frontières de la Hongrie d'avant les cessions territoriales imposées par l'Entente.

Déroulement du conflit[modifier | modifier le code]

L'armée roumaine en face du Parlement de Budapest.
Soldats roumains patrouillant à Budapest.

La Hongrie communiste souhaitait récupérer les territoires perdus par la Hongrie royale et entre rapidement en conflit avec tous les pays voisins. En avril 1919, les troupes de la République démocratique hongroise se heurtent aux troupes tchécoslovaques dans l'ex-Haute-Hongrie devenue la Slovaquie. Les Hongrois décrètent alors la mobilisation générale et forment l'Armée rouge hongroise. Son offensive victorieuse débouche sur la prise de la Slovaquie, où une République slovaque des conseils est proclamée, le gouvernement bolchévik étant fédéraliste. Dans le même ordre d'idées et simultanément, l'architecte et écrivain hongrois Károly Kós, avec d'autres intellectuels du Kalotaszeg et le soutien de 40 000 partisans du multiculturalisme transylvain, tant magyars que roumains, proclament à Huedin la République de Kalotaszeg[1],[2],[3],[4].

Le 30 mai, un « contre-gouvernement » hongrois anticommuniste est fondé à Szeged, dirigé par Gyula Károlyi. En juin, la conférence de la paix de Paris met un terme au conflit hungaro-tchèque, en rendant la Slovaquie à la Première République tchécoslovaque. Les Alliés sont partagés quant à l'attitude à adopter face au régime de Béla Kun : si David Lloyd George et Woodrow Wilson adoptent des positions modérées, Georges Clemenceau est intransigeant face aux « complices de Lénine ».

Le sud-africain Jan Smuts est envoyé pour parlementer avec Béla Kun, mais les discussions achoppent sur le statut de la Transylvanie et sur le recul de l'armée roumaine : pour Kun, son retrait à l'est du massif du Bihor et au sud de la rivière Mureş est un préalable à toute négociation. Or, pour contenir la menace rouge en Transylvanie et en Bessarabie, la France a utilisé la Mission Berthelot » en Roumanie, tête de pont de l'Entente destinée à empêcher la jonction entre ses deux voisins communistes : la Hongrie et la Russie. Le plan du maréchal Foch de faire donner directement la troupe alliée contre la Hongrie a été écarté (d'autant que de nombreux soldats français sympathisent avec l'idéal communiste), et, comme le précise la « note Fernand Vix », ce seront les armées franco-serbe dirigées par Franchet d'Espèrey et roumaine soutenue par la Mission Berthelot qui sont réorganisées pour intervenir en Hongrie et chasser les communistes du pouvoir[5].

Les 15 et 16 avril, les Hongrois lancent une offensive préventive contre l'armée roumaine mais ils n'ont d'armement que des restes hérités de l'armée austro-hongroise et trop peu de munitions ; les bolchéviks russes, engagés dans la guerre civile russe, ne peuvent guère les aider. La contre-attaque franco-roumaine brise les lignes hongroises et raye de la carte la petite république de Károly Kós : dès le début du mois de mai, les troupes d'Henri Berthelot atteignent la rivière Tisza. Le 2 mai, le gouvernement hongrois demande la trêve.

Béla Kun vise cependant à reprendre le terrain perdu et prépare une attaque contre les Serbes, les Tchécoslovaques et les Roumains. Le 20 mai 1919, l'Armée rouge hongroise attaque et repousse les troupes franco-serbes, tchécoslovaques et roumaines. Mais la seconde attaque hongroise contre les Roumains, menée entre le 17 et le 20 juillet, tourne au désastre. L'armée roumaine, qui a reçu renforts et munitions de France par la Mer Noire, enfonce les positions hongroises : le 26, elle contrôle de nouveau la rive est de la Tisza et, dans la nuit du 29 au 30 juillet, traverse cette rivière et avance sur Budapest alors que l'Armée rouge hongroise est en pleine déroute. En août 1919, les Roumains occupent pour quelques mois Budapest, évinçant le régime communiste de Béla Kun au profit du gouvernement de Gyula Károlyi qui inaugure une période de « terreur blanche », pour environ un an.

Opérations de la coalition anticommuniste durant la première phase de la guerre, à partir de la mi-avril. En gris la zone démilitarisée qu'avait proposée par le conseil inter-allié du 28 février.
Front le 3 Mai 1919.

Résumé chronologique[modifier | modifier le code]

  • Préalable (décembre 1918) : suite à l'union de la Transylvanie à la Roumanie, l'armée roumaine prend position en Transylvanie et dans le nord-est du Banat.
  • Première phase (avril 1919) : l'Armée rouge hongroise tente de récupérer ces régions mais les Roumains contre-attaquent et atteignent la rivière Tisza.
  • Seconde phase (août 1919) : les Roumains parviennent à défaire l'armée hongroise et occupent Budapest.

Historiographies hongroise et roumaine[modifier | modifier le code]

Bien qu'il n'y ait eu ni déclaration de guerre, ni opérations militaires avant avril 1919 et après août 1919, une partie de l'historiographie nationaliste hongroise et, à sa suite, internationale, présente la guerre comme remontant à la fin 1918 et se prolongeant jusqu'en 1920, comme s'il s'agissait d'une guerre nationale entre la Hongrie et la Roumanie ayant pour principal enjeu l'appartenance de la Transylvanie à la « Grande Hongrie » ou à la « Grande Roumanie », tandis que l'historiographie roumaine présente le laps de temps allant de l'union de facto des Roumains transylvains à la Roumanie (1er décembre 1918) jusqu'au traité de Trianon de jure (1920) comme une « période de collaboration hongro-roumaine »[6]. En fait la guerre d'avril-août 1919 est une intervention militaire opposant au gouvernement bolchévik de Béla Kun une coalition anti-communiste comprenant l'armée roumaine principalement, mais aussi des troupes tchécoslovaques, serbes, françaises et le gouvernement contre-révolutionnaire de Gyula Károlyi[7].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.adatbank.ro/inchtm.php?akod=3086 (hu)
  2. http://home.hu.inter.net/kortars/0106/kantor.htm (hu)
  3. http://www.hhrf.org/nepujsag/09maj/9nu0521t.htm (hu)
  4. http://lexikon.katolikus.hu/K/Kalotaszegi%20K%C3%B6zt%C3%A1rsas%C3%A1g.html (hu)
  5. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 337
  6. Une « commission mixte hongro-roumaine » a administré la Transylvanie, présidée par les ministres hongrois Oskar Jász et roumain Alexandru Averescu, et une partie de l'aristocratie magyare offrit la couronne hongroise à Ferdinand Ier de Roumanie, préférant une union personnelle entre la Grande Hongrie et la Roumanie dans leurs frontières de 1918, plutôt qu'un rattachement pur et simple à la Roumanie des territoires austro-hongrois à majorité roumanophone (tel qu'il fut consacré par le Traité de Trianon) : Michel Sturdza, ancien ministre des affaires étrangères de Roumanie, The Suicide of Europe, Western Islands Publishers 1968, p. 22, Belmont, Massachusetts, Library of Congress Catalog Card Number 68-58284. Printed in the United States of America.
  7. József Breit : Hungarian Revolutionary Movements of 1918-19 and the History of the Red War, Vol. I : Main Events of the Károlyi Era, Budapest 1929, pp. 115-16.

Liens externes[modifier | modifier le code]