Frères Schlumpf

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les frères Schlumpf, nommément Hans Schlumpf (1904-1989) et Fritz Schlumpf (1906-1992), sont deux industriels alsaciens[réf. nécessaire] du XXe siècle qui, après avoir fondé un empire du textile entre 1935 et 1976 à Mulhouse en Alsace, ont assemblé une des plus importantes collections privées du monde de voitures de luxe et de sport pionnières de l'automobile européenne et en particulier de Bugatti. Leur collection de 560 automobiles est aujourd'hui exposée au public à la Cité de l'automobile - Collection Schlumpf de Mulhouse, devenu le plus grand musée d'automobiles du monde[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1904 et 1906 naissent respectivement Hans et Fritz Schlumpf près de Milan en Italie, fils d'un négociant en textile suisse décédé en 1919. Veuve, leur mère Jeanne Schlumpf revient à Mulhouse en Alsace d'où elle est originaire et où elle élève ses deux fils.

Les deux frères se lancent dans la finance. Fritz Schlumpf est le meneur et son frère aîné Hans le suit en tout. Ils sont d'experts et habiles spéculateurs et font fortune. À la fin de la Grande Dépression de 1929, ils font partie de l’élite de la finance française.

En 1935 les frères Schlumpf investissent leur fortune dans le textile alsacien. Ils fondent une filature à Malmerspach à 30 km au nord-ouest de Mulhouse. puis un empire textile en rachetant systématiquement des filatures et industries lainières autour de Mulhouse, dont le textile est une des spécialités jusqu'à la grande crise textile des années 1970. Les affaires sont prospères et ils étendent leur empire dans des domaines viticoles de vin de Champagne et dans l'immobilier.

Après la Seconde Guerre mondiale, les rachats se succèdent jusqu’en 1971 faisant d’eux les maîtres incontestés de l’industrie textile et lainière en Alsace.

Constitution de la collection par Fritz et Hans Schlumpf[modifier | modifier le code]

Au début des années 1960 Fritz se lance dans la passion de sa vie : les voitures de collection pionnières de l'automobile. Il a personnellement côtoyé Ettore Bugatti vers 1930 et se lie avec des pilotes comme Maurice Trintignant ou même des constructeurs comme Mercedes, afin de mettre la main sur des voitures « à palmarès ». En l’espace de six ans, de 1961 à 1967, il accumule une collection de 560 voitures soit près de 100 par an. Fritz est particulièrement passionné par Bugatti. Il achète toutes les Bugatti qu’il peut, faisant revenir dans la région qui les ont vu naître des modèles achetés aux États-Unis. À partir de 1967, Fritz n'achète quasiment plus de voitures, mais s'attache à faire restaurer celles qu'il a acquises. Les Bugatti de sa collection ont été restaurées dans les usines Bugatti à Molsheim, au nord de l'Alsace. Fritz supervisait tout, cherchant à retrouver les teintes, les matériaux et les pièces d'origines. Il bénéficiait d'un accord avec les usines Bugatti, qui au vu le nombre de voitures restaurées chaque mois, lui faisaient des tarifs très réduits.

En 1963, Bugatti est revendu au constructeur français Hispano Suiza. Fritz acquiert alors certains documents de la marque, quelques machines de l'usine, quelques voitures et prototypes, des pièces automobiles, ainsi que la Bugatti Royale personnelle d'Ettore Bugatti à la famille Bugatti.

En 1964, Fritz achète l'ensemble de la collection Shakespeare, trente Bugatti, dont un autre exemplaire des six Bugatti Royale, appartenant à l'américain John W. Shakespeare[2]. Dorénavant, Fritz et Hans Schlumpf possèdent la plus grande collection de Bugatti au monde. Ils installent leur importante collection dans trois anciennes filatures de Mulhouse (dont l'une deviendra le musée d'aujourd'hui) séparant les Rolls-Royce, les Bugatti et les autres marques. En 1966, Ils emploient à plein temps une trentaine d'ouvriers spécialisés (carrossiers, mécaniciens, ébénistes, maroquiniers, etc.) pour restaurer les pièces de la collection dont certaines sont des épaves. Le Musée Schlumpf est créé, il est éclairé par 500 luxueuses reproductions de candélabres du pont Alexandre-III de Paris.

Mais à partir de 1971, la crise textile touche toutes les entreprises de la région. Déjà beaucoup d'entreprises du secteur sont gravement touchées. Celles des Schlumpf, malgré leur gestion exemplaire, ne feront pas exception longtemps. Les frères Schlumpf, très attachés à leur personnel, se refusent à licencier, bien que le contexte l'exigerait.

Crise du textile et « l'affaire Schlumpf »[modifier | modifier le code]

Du fait de la crise du textile, mais aussi des prélèvements de leurs actionnaires, les entreprises Schlumpf commencent à avoir des difficultés de trésorerie. En octobre 1976, l'usine textile de Malmerspach licencie à la surprise générale. Un grave conflit social éclate, les frères Schlumpf sont séquestrés pendant trois jours dans leur villa. Ils fuient sous la protection de la police et des autorités et vont se réfugier à Bâle en Suisse, leur pays d'origine, abandonnant, momentanément pensent-ils, leurs usines et la collection de voitures.

Le 7 mars 1977, des syndicalistes et quelques ouvriers forment un commando et pénètrent sans autorisation dans les entrepôts. Le syndicat CFDT baptise le musée « Musée des travailleurs » et les employés occupent le site pendant deux ans. Ils réclament de vendre la collection pour combler le déficit de leur employeur. Le procès de la faillite est interminable. « L'affaire Schlumpf » fait la une des médias mondiaux. Fritz Schlumpf devra subir un procès pour abus de biens sociaux et fraude fiscale, lequel mènera à la confiscation de l'extraordinaire collection de voitures.

Pour éviter la dispersion de la collection, le Conseil d'État fait classer le 14 avril 1978 la collection Schlumpf à l'inventaire des monuments historiques. En 1980, la justice autorise la vente de l'ensemble de la collection qui est cédée avec terrains et bâtiments le 26 mars 1981 pour 44 millions de francs à l'Association du Musée national de l'automobile, créée pour l'occasion, bien que la collection fût estimée par Christie's jusqu'à 325 millions de francs si elle avait été vendue aux enchères[réf. nécessaire]. L'Association du Musée national de l'automobile avait été fondée avec la ville de Mulhouse, le département du Haut-Rhin, la région Alsace, la chambre de commerce Sud Alsace et l'Automobile Club de France (ACF) présidé par Jean Panhard pour sauver cet exceptionnel patrimoine national et le maintenir à Mulhouse.

Le 10 juillet 1982, le musée est ouvert au public. En 1989, sur décision de justice le musée est rebaptisé « Musée national de l'automobile - Collection Schlumpf » puis « Cité de l'automobile - Musée national - Collection Schlumpf »[1].

Hans Schlumpf décède en 1989 sans être retourné en Alsace, où il risquait l'arrestation, et Fritz meurt en 1992 en Suisse après avoir effectué en 1990 une ultime visite à la collection.

Après la mort de Fritz, sa veuve, Arlette Schlumpf, s'attache à restaurer la mémoire de son mari et continue la bataille juridique. En 1998, la justice française ferme le dossier Schlumpf et lui restitue soixante voitures. Elle décède le 16 mai 2008 à Colmar[3] et ses mémoires posthumes sont éditées en mai 2009 (Pour l'amour de Fritz. Auto-biographie).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dossier de presse 2012 - Cité de l'automobile - Musée national - Collection Schlumpf, p.6 [PDF]
  2. (en) Transport of the Shakespeare collection to France - The Bugatti revue.
  3. schlumpf-collection.com

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]