Antoine Fouquier-Tinville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Fouquier-Tinville)
Aller à : navigation, rechercher

Fouquier-Tinville

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait représentant Antoine Quentin Fouquier-Tinville.

Naissance 10 juin 1746
Herouël (Aisne
Décès 7 mai 1795 (à 48 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Magistrat : procureur puis juge
Autres activités

Compléments

Il est responsable d'environ 2 600 morts à la guillotine[1].

Antoine Quentin Fouquier de Tinville, dit Antoine Fouquier-Tinville[2], né à Herouël (Aisne), le 10 juin 1746, mort guillotiné à Paris le 7 mai 1795, est un homme de loi et révolutionnaire français, accusateur public du Tribunal révolutionnaire. C'est Fouquier-Tinville qui eut l'idée de propager de fausses rumeurs pour juger la reine Marie-Antoinette.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Antoine Fouquier de Tinville naît à Hérouel le 10 juin 1746[3] et est baptisé deux jours plus tard (d'où l'erreur fréquente de sa date de naissance). Il est le second d'une fratrie de cinq enfants. Son père, Elie (ou Eloy) Fouquier de Tinville, cultivateur et seigneur d'Hérouël lui attribue le nom de la terre de Tinville, tandis que celui d'Hérouël échoit à son frère ainé, Pierre-Eloy[4]. Les deux frères cadets auront ceux de Foreste et de Vauvillé. Sa mère, Marie-Louise Martine, vient d'une famille aisée.

Une formation de juriste[modifier | modifier le code]

Grâce à l'intervention de son oncle maternel, l'abbé Martine de la Motte, il entre au collège de Noyon où il étudie durant six ans. Puis, sous la pression paternelle qui voit d'un meilleur œil une carrière dans la magistrature que dans les ordres, il entre comme clerc-apprenti chez Maître Cornillier, procureur du roi au Châtelet, à Paris, puis en 1769 chez Maître Berthereau, aussi procureur. Besogneux, acharné au travail et très consciencieux, il se fait si bien remarquer de son patron qu'il devient premier-clerc, puis grâce à l'aide de sa famille et d'un emprunt, il peut racheter à Maître Cornillier sa charge lorsque ce dernier se retire, en 1774. Le 21 janvier 1774, la Chambre des Procureurs au Châtelet lui délivre son "admittatur".

Vie familiale et déboires professionnels[modifier | modifier le code]

Il épouse, le 19 octobre 1775, sa cousine germaine, Dorothée Saugnier, dont il aura cinq enfants. Commence une période de bonheur pour le procureur Fouquier de Tinville. Hélas, sa femme meurt des suites de l'accouchement de sa dernière fille, en 1782, et avec ce décès, son monde se délite peu à peu. Il se remarie toutefois quelques mois plus tard avec une jeune fille de la petite noblesse, Henriette Gérard d'Aucourt, dont il aura deux enfants.

Cependant, dans l'atmosphère affairiste de l'époque, le magistrat semble ne pas avoir pu s'empêcher de se mêler d'entreprises hasardeuses, et il doit vendre sa charge, en 1783, pour rembourser ses dettes. Suit une période où l'on ne trouve plus trace de lui, sinon plus tard dans les lettres de ses amis.

Criblé de dettes, il obtint un emploi dans les bureaux de la police du roi et, en 1789, devint commissaire de son quartier.

Les opportunités de la Révolution[modifier | modifier le code]

La Révolution française allait permettre à Fouquier-Tinville de donner toute sa mesure. Il émerge de l'anonymat lorsqu'il obtient un poste de commissaire à la section dite de "Saint-Merry", dans le quartier où il réside avec sa famille. C'est de là qu'il reprendra pied dans la carrière de la magistrature, peu à peu.

Avec l'appui de son cousin, Camille Desmoulins, il obtint d'être désigné directeur d'un des jurys d'accusation du tribunal extraordinaire du 17 août 1792, créé pour juger les royalistes arrêtés lors de la journée du 10 Août 1792. Après la suppression de ce tribunal, le 29 novembre 1792, il devint substitut de l'accusateur public du tribunal criminel de la Seine. Le 12 mars 1793, il fut nommé juge au tribunal de Saint-Quentin mais il s'abstient de prendre son poste immédiatement. Il est finalement élu par la Convention accusateur-public du nouveau tribunal criminel extraordinaire (futur tribunal révolutionnaire). Il donne alors sa démission du poste au tribunal de Saint-Quentin.

Accusateur public[modifier | modifier le code]

Acte de condamnation du Comité de salut public.

La montée en puissance[modifier | modifier le code]

Le 10 mars 1793, la Convention nationale avait créé le tribunal criminel extraordinaire, qui porta le nom de Tribunal révolutionnaire à partir du 8 brumaire an II (29 octobre 1793). En sa séance du 13 mars, la Convention procéda à l'élection des membres de ce tribunal. Louis-Joseph Faure fut élu accusateur public, par 180 voix sur 377 votants. Furent élus substituts : Fouquier-Tinvillle, 163 voix, Fleuriot-Lescot, 162 voix et Donzé-Verteuil, 162 voix. Faure déclina la proposition et Fouquier-Tinville accepta la fonction.

C'est lui qui fut le moteur du tribunal, qui accueillit les juges et les jurés, qui choisit la salle, qui rédigea les actes d'accusation, qui fit appliquer la loi, qui reçut le bourreau, qui fixa le nombre de charrettes de condamnés, qui rendit compte au Comité de salut public.

Initialement surveillé par la commission des six, le tribunal est, dès le début de son activité, débarrassé de cette tutelle, et c'est à l'accusateur public qu'échoit l'ensemble des prérogatives de faire arrêter, poursuivre et faire juger, sur dénonciation des autorités ou des citoyens.

Les grands procès pendant la Terreur[modifier | modifier le code]

C'est lui l'accusateur public aux procès de Charlotte Corday, (17 juillet 1793), de la reine Marie-Antoinette, (23-25 vendémiaire an II, 14-16 octobre 1793), des Girondins, (3-9 brumaire an II, 24-30 octobre 1793), de Barnave (7-8 frimaire an II, 27-28 novembre 1793), de Madame du Barry (16-17 frimaire an II, 6-7 décembre 1793), des Hébertistes, (1er-4 germinal an II, 21-24 mars 1794), des Dantonistes (13-16 germinal an II, 2-5 avril 1794), d' Elisabeth, sœur de Louis XVI, du comte et de la comtesse de Sérilly et de leur famille (21 floréal An II, 10 mai 1794), des Carmélites de Compiègne (29 messidor an II, 17 juillet 1794).

C'est encore lui, qui après le 9 thermidor, procéda à la reconnaissance d'identité des rebelles mis hors-la-loi Robespierre, Saint-Just, Couthon etc., avant leur envoi à la guillotine.

La chute[modifier | modifier le code]

Dès le 10 thermidor (28 juillet 1794), le Comité de salut public s'occupa du renouvellement complet du tribunal et Barère présenta à la Convention une liste de juges et de jurés. En tête de la liste figurait le nom de Fouquier-Tinville, avec la mention accusateur public. Ce n'est que trois jours plus tard que Fréron s'étonna de voir le nom de Fouquier-Tinville sur la liste et demanda un décret d'arrestation contre lui.

Prévenu de sa prochaine arrestation, Fouquier-Tinville, sûr de son bon droit et de la reconnaissance de son innocence, va se rendre de lui-même.

Le procès du Tribunal révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Portrait pris sur le vif de Fouquier Tinville pendant son procès, par Vivant Denon, (coll. part.).

L'accusation[modifier | modifier le code]

Son procès fut celui du Tribunal révolutionnaire. Le 8 germinal an III (28 mars 1795), Fouquier-Tinville et ses vingt-trois coaccusés (dont Marie Joseph Emmanuel Lanne) comparurent devant le tribunal révolutionnaire réorganisé par la loi du 8 nivôse an III (28 décembre 1794). Six autres étaient en fuite. Judicis était le nouvel accusateur public.

Il l'accusait notamment, surtout depuis la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794), d'avoir mis en jugement un nombre considérable de personnes qui ne s'étaient jamais connues, de les comprendre dans le même acte d'accusation, et de leur approprier le même délit ; d'avoir mis en jugement et fait exécuter certaines personnes, sans qu'il y eût contre elles aucun acte d'accusation, d'avoir fait exécuter certaines personnes sans qu'il y eût contre elles ni jugement ni condamnation ; que par suite de précipitation, il y eut substitution d'une personne à une autre, que des personnes non condamnées furent exécutées à la place de personnes condamnées ; que des jugements d'un grand nombre de personnes sont toujours en blanc et ne comportent aucun dispositif alors que ces personnes sont toutes exécutées, etc.

Les témoins[modifier | modifier le code]

Du 9 germinal an III (29 mars 1795) au 12 floréal (1er mai), 419 témoins, dont 223 à décharge et 196 à charge, telle la ci-devant comtesse de Sérilly rescapée in extremis de la guillotine qui se présenta son acte de décès à la main, furent entendus.

La défense[modifier | modifier le code]

Le 12 floréal, le substitut Cambon prononça son réquisitoire et pendant un jour et demi, Fouquier-Tinville présenta sa défense. Il termina le 14 floréal en ces termes : « Ce n'est pas moi qui devrais être traduit ici, mais les chefs dont j'ai exécuté les ordres. Je n'ai agi qu'en vertu des lois portées par une Convention investie de tous les pouvoirs. Par l'absence de ses membres, je me trouve le chef d'une conspiration que je n'ai jamais connue. Me voilà en butte à la calomnie, à un peuple toujours avide de trouver des coupables. » Les 15 et 16 floréal, les défenseurs de ses coaccusés s’exprimèrent.

Le verdict[modifier | modifier le code]

Le 17 floréal (6 mai), la délibération dura deux heures, et à 5 heures il fut donné lecture du jugement. Fouquier-Tinville et quinze de ses coaccusés, Foucault, Scellier, François Garnier-Launay[5], Leroy, dit Dix-Août, Renaudin, Vilate, Prieur, Châtelet, Girard[6], Lanne, Herman[7], Boyaval, Benoît[8], Verney et François Dupaumier[9], furent condamnés à mort, « convaincus de manœuvres et complots tendant à favoriser les projets liberticides des ennemis du peuple et de la République, à provoquer la dissolution de la représentation nationale, et le renversement du régime républicain, et à exciter l'armement des citoyens les uns contre les autres, notamment en faisant périr sous la forme déguisée d'un jugement une foule innombrable de Français, de tout âge et de tout sexe ; en imaginant, à cet effet, des projets de conspiration dans les diverses maisons d'arrêt de Paris ; en dressant, dans ces différentes maisons des listes de proscriptions, etc., et d'avoir agi avec de mauvaises intentions ». Maire, Harny, Deliège, Naulin, Lohier[10], Delaporte, Trinchard, Duplay, Brochet, Chrétien, Ganney, Tray[11], Guyard[12], Beausire et Valagnose[13], acquittés, furent mis en liberté le même jour[14].

L'exécution[modifier | modifier le code]

Ramené à la Conciergerie, Fouquier-Tinville écrivit ces dernières lignes : « Je n'ai rien à me reprocher : je me suis toujours conformé aux lois, je n'ai jamais été la créature de Robespierre ni de Saint-Just ; au contraire, j'ai été sur le point d'être arrêté quatre fois. Je meurs pour ma patrie et sans reproche. Je suis satisfait : plus tard, on reconnaîtra mon innocence ».

Son exécution eut lieu le lendemain matin, place de Grève. Il fut le dernier guillotiné des seize condamnés à mort.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le nom de Fouquier-Tinville est resté à la postérité comme le type même de l'accusateur ou de l'intellectuel violemment inquisitoire, arbitraire, sans nuances et sans respect pour les droits de l'accusé[15].

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Croquez, Georges Loublié, Fouquier-Tinville, l'accusateur public, R. Julliard, 1945, 274 pages
  • Alphonse Dunoyer, Fouquier-Tinville: accusateur public du tribunal révolutionnaire, 1746-1795 : d'après les documents des Archives nationales, Perrin, 1913, 470 pages
  • Réquisitoires de Fouquier-Tinville: publiés d'après les originaux conservés aux Archives nationales et suivis des trois mémoires justificatifs de l'accusateur public par Antoine Quentin Fouquier-Tinville (édition critique d'Hector Fleischmann), Charpentier et Fasquelle, 1911, 336 pages
  • Pierre Labracherie, Fouquier-Tinville, accusateur public, A. Fayard, 1961, 385 pages
  • Albert Mathiez, Autour de Robespierre: Robespierre jeune. Aigoin. L'Être suprême. Catherine Théot. Herman. Truchon. Marcandier. Fouquier-Tinville. Le 9 thermidor. Barère et Vadier. Babeuf, Payot, 1957, 257 pages
  • Stéphanie Romanacce, Le procès de Fouquier-Tinville (germinal-floréal an III) : les difficultés et les ambiguïtés du régime thermidorien, Mémoire de maîtrise soutenu en 1993 (Dir. Démier), université de Paris-X Nanterre, 151 p.
  • Hector Fleischmann, Les coulisses du tribunal révolutionnaire, SEPP, 1910, 409 pages

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 7 mai 1795. Fouquier-Tinville, l'homme aux 2 600 guillotinés, fait à son tour connaissance avec la Veuve. Lepoint.fr 2013 [1]
  2. FOUQUIER-TINVILLE ANTOINE, article sur l'Encyclopedia Universalis
  3. Répertoire ou Tableau des naissances depuis 178, Fol II
  4. Député à la Constituante et écuyer sous la Restauration
  5. Tous trois étaient d'anciens juges.
  6. Les six étaient d'anciens jurés.
  7. Herman était commissaire des administrations civiles, Lanne son adjoint.
  8. Boyaval et Benoît étaient jugés comme délateurs.
  9. Dupaumier était directeur de Bicêtre, Verney porte-clefs de la prison du Luxembourg et concierge de Saint-Lazare.
  10. Tous cinq étaient juges.
  11. Les sept hommes étaient jurés.
  12. Guyard était concierge de la prison du Luxembourg.
  13. Beausire et Valagnose étaient jugés comme délateurs.
  14. Henri Wallon, Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris. Avec le journal de ses actes, 1882, tome 6, chapitre LIX. Voir [2]
  15. Parmi de nombreux exemples, Raymond Aron écrit dans L'Express du 7 février 1981 : « Bernard-Henri Lévy viole toutes les règles de l'interprétation honnête et de la méthode historique. […] Le voilà maintenant Fouquier-Tinville, lui qui prêche la démocratie. Il oublie que la démocratie devient aisément, elle aussi, inquisitoire, sinon totalitaire… » (Lire en ligne l'article, mis à jour le 25 février 2005) ou encore : « […] Bilger n’avait rien d’un Fouquier-Tinville désireux de plonger le coupable dans des ténèbres définitives », « Philippe Bilger, sans complaisance », Gilles Gaetner, Valeurs actuelles, 16 février 2012