Eugénie Niboyet

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Eugénie Niboyet

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Eugénie Niboyet (c.1880)
par Nadar.

Nom de naissance Eugénie Mouchon
Naissance 11 septembre 1796
Montpellier
Décès 6 janvier 1883 (à 87 ans)
Paris
Nationalité Française
Activité principale
Écrivaine
Autres activités
Journalisme,
Politique
Famille
Pierre Mouchon (grand-père)

Eugénie Niboyet, née le 11 septembre 1796 et morte le 6 janvier 1883, écrivaine et journaliste, est une militante du droit des femmes, figure du féminisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et origines[modifier | modifier le code]

Eugénie Niboyet, née Eugénie Mouchon[1] le 11 septembre 1796 à Montpellier, est la fille de Georges-Louis Mouchon (c.1764-1842), pharmacien à Montpellier et Lyon, et Marguerite Gal-Ladeveze (1767-). Elle est la petite-fille de Pierre Mouchon (1733-1797) pasteur protestant genevois, auteur d'une table analytique et raisonnée de l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

Eugénie donne des éléments autobiographiques dans la dernière partie de son ouvrage Le Vrai Livre des femmes[2] : « Je relève d'une famille lettrée, d'origine genevoise » écrit-elle. Son père, qu'elle présente comme étant venu en France pour être « élève à la faculté de médecine de Montpellier », semble exercer la profession d'apothicaire, à partir de 1783. Il est gagné aux idées de la Révolution, et devient, selon une source[3], successivement «pharmacien en chef de l'hôpital Sans-Culotte», puis «inspecteur et de surveillant des pharmacies de la 9e division militaire», mais sous la Terreur, doit s'enfuir : Eugénie, dans son écrit, souligne l'importance de l'origine genevoise dans l'ouverture de son père Georges aux idées nouvelles issues de la Révolution mais aussi sa modération, son « refus des excès », qui lui valut de devoir se réfugier dans les Cévennes pour éviter l'échafaud. Il est en difficulté professionnelle lors du changement de régime, et sommé de faire valider ses diplômes de pharmacien, ce qui le pousse à quitter la ville avec sa famille, pour gagner Lyon où il reprend un exercice de pharmacien. Il a épousé Marguerite Gal-Ladeveze, qu'Eugénie présente comme la « fille d'un pasteur du Gard ».

Georges Louis Mouchon élève ses trois fils dans « le respect et l'amour » de Bonaparte. Louis, aide de camp du général Teste, trouve la mort en 1812, à la Moskova et Émile (1796-1864)[4], officier de santé, est fait prisonnier à Dresde. Lors du retour des Bourbons, la famille habite Lyon, Eugénie est marquée par l'arrestation d'une partie de sa famille, et ses visites à la prison. Cela ne l'empêche pas d'affirmer « en ce temps-là ma religion c'était l'Empire, mon idole Napoléon premier ».

Eugénie a deux sœurs, Aline et Élisa, à qui elle écrira plus tard : « Nous n’écrivons pas pour les esprits étroits qui veulent borner la femme aux soins du ménage. Les femmes n’ont plus à acquérir leur liberté, mais à l’exercer ».

Mariée et mère[modifier | modifier le code]

Eugénie épouse à 26 ans, Paul-Louis Niboyet, le 8 octobre 1822. Paul-Louis, âgé de 30 ans, est avocat, son père est Jean Niboyet, anobli en 1810 par Napoléon Ier. Dans son autobiographie, Eugénie insiste sur l'attachement de sa famille à Napoléon, qu'elle évoque comme l'une des raisons du choix de son époux : « Enfant de l'Empire je ne pouvais épouser qu'un impérialiste ». Ils sont domiciliés à Mâcon, Paul-Louis y exerçant la profession d'avocat, lorsque nait, le 22 juin 1825, leur unique enfant, Jean Alexandre Paulin Niboyet (1825-1906)[5], écrivain sous le pseudonyme de Fortunio Niboyet[6].

Débuts de la femme de lettres[modifier | modifier le code]

Arrivée à Paris le 4 novembre 1829, elle commence à gagner sa vie avec l'écriture. En 1830, elle participe au concours de la Société de la morale chrétienne (une organisation protestante) ; elle concourt sur le thème Des aveugles et de leur éducation[7], sa production est remarquée, elle partage le prix avec Pierre-Armand Dufau.

La Société de la morale chrétienne[modifier | modifier le code]

Elle rejoint ensuite la Société de la morale chrétienne et s’implique dans nombre de sujets de société, notamment la réforme des prisons, activité qui lui permet de rencontrer l'activiste anglaise Elizabeth Fry, ou encore l’amélioration de l’éducation et la lutte en faveur de l'abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

Saint-Simonienne[modifier | modifier le code]

En 1830, la Société de la morale chrétienne partageait ses salles de conférences avec les saint-simoniens. Eugénie assiste aux prêches des saints-simoniens, et, conquise par leurs idées, elle adhère au mouvement avec son mari et son fils qu'elle a convaincus. Le 20 juillet 1830, Prosper Enfantin nomme quatre femmes membres du collège : Aglaé Saint-Hilaire, Caroline Simon, Mme Collard et Eugénie Niboyet. Elles sont chargées de la prédication auprès des ouvriers, mais aussi de leur apporter secours et instruction. En 1831 Eugénie a, avec Sébastien Bottiau, la charge de la section saint-simonienne des 4e et 5e arrondissements de Paris[8].

Le conflit entre les deux Pères, Saint-Amand Bazard et Prosper Enfantin, et la volonté de ce dernier de changer radicalement les règles de la morale sexuelle, en établissant la communauté des femmes, le schisme de Bazard et l'orientation radicalement religieuse donnée par Enfantin provoquent de nombreux départs, Eugénie va s'éloigner d'un mouvement dont elle ne renie pas les idées sur l'économie.

Début du journalisme féminin[modifier | modifier le code]

Avec les prolétaires saint-simoniennes, elle fait partie du groupe des femmes qui participent au premier titre écrit intégralement par des femmes : La Femme libre, créé par Marie-Reine Guindorf et Désirée Véret.

Fouriériste[modifier | modifier le code]

Comme les deux fondatrices et des participantes aux premières livraisons de La Femme libre, elle se rapproche du mouvement de Charles Fourier qui présentait le traitement des femmes comme la mesure la plus vraie du progrès social. Elle va notamment y rencontrer Flora Tristan.

Femme de presse[modifier | modifier le code]

De retour à Lyon en 1833, Eugénie fonde le premier journal féministe en province avec la création du titre Le Conseiller des femmes, hebdomadaire sans illustration imprimé chez Boitel. Puis elle participe à la création de La Paix des deux mondes, et en 1834 d'une L’Athénée des femmes.

En juillet 1836, de retour à Paris, Eugénie fonde La Gazette des Femmes avec l'aide d'amis tels Charles-Frédéric Herbinot de Mauchamps. Une sorte de club, réunissant les rédacteurs et les abonnés, se réunit pour soutenir et gérer le journal, mais aussi débattre notamment de la lutte pour l’exercice des droits politiques et civiques des femmes. Eugénie, rassemble de nombreuses femmes lors de ces réunions hebdomadaires du jeudi, au 27 de la rue Laffitte. On peut y rencontrer, Flora Tristan, Hortense Allart, Anaïs Ségalas et de nombreuses autres féministes.

Militante féministe politique[modifier | modifier le code]

La révolution de 1848 suscite un nouvel espoir, notamment la levée des restrictions de réunion permettant le développement des groupes qui militent pour les droits des femmes.

En mars 1848, Eugénie Niboyet fonde et dirige un journal ne traitant que de la question des femmes et de leurs droits. La Voix des Femmes, sous-titré « Journal socialiste et politique, organe d’intérêts pour toutes les femmes », est le premier quotidien français féministe. Sur le modèle du club de La Gazette des Femmes, La Voix des Femmes va bientôt s'adjoindre un club politique auquel vont participer de nombreuses féministes déjà impliquées dans les petites parutions précédentes. Eugénie Niboyet réussit à rassembler autour du combat féministe, autant des femmes déjà impliquées comme Jeanne Deroin, Désirée Gay, Suzanne Voilquin, Elisa Lemonnier, et Anaïs Ségalas, mais aussi des auteures populaires : Gabrielle Soumet, Amélie Prai, Adèle Esquiros. Ce mouvement n'est plus réservé aux femmes, des hommes contribuent, comme Jean Macé ou Paulin Niboyet, son fils.

Le club défend un catalogue très large de réformes favorables aux femmes, tant dans le domaine domestique que celui de la politique. L'extension du droit de vote à tous les hommes provoque une initiative retentissante, le 6 avril : La Voix des Femmes propose la candidature de George Sand à l’Assemblée constituante. Sand désavoue cette initiative et juge durement ces femmes qu'elle affirme ne pas connaître, les caricaturistes croquent Eugénie Niboyet et les journalistes de La Voix des Femmes. Le bruit de l'affaire est retentissant, il se retourne contre les promoteurs de cette initiative, et le gouvernement décide la fin des clubs de femmes. Le 20 juin, Eugénie Niboyet, découragée et meurtrie, cesse la publication de La Voix des Femmes, et les féministes se dispersent pour éviter la répression.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Eugénie Niboyet se retire de la vie publique et s'exile à Genève où elle vit difficilement avec des traductions : Charles Dickens et des livres pour enfants édités par Lydia Maria et Maria Edgeworth. Néanmoins, elle reprend la plume après la Commune de Paris pour soutenir les demandes de grâces des condamnés.

En 1860, Eugénie Niboyet revient en France, elle publie en 1863 Le Vrai livre des femmes[9]. Ses lettres à Léon Richer, directeur de la revue Le Droit des femmes, attestent qu'elle s'intéresse toujours au mouvement féministe. En 1878, à 82 ans, elle est célébrée au Congrès féministe de Paris.

Eugénie Niboyet décède à Paris le 6 janvier 1883.

Femme de lettres[modifier | modifier le code]

  • Eugénie Niboyet, Le Vrai Livre des femmes, Paris, E. Dentu,‎ 1863, 245 p. (lire en ligne)

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Crèche Eugénie Niboyet. 42 rue Joliot Curie 69100 Villeurbanne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Geneviève Poujol, Notice Eugénie Niboyet (lien Google livres)
  2. À mes lecteurs et lectrices, p. 222 à 226 (lien Google livres)
  3. L’École de Pharmacie de Montpellier et les teneurs d'officine de l'Hérault au lendemain de la loi de Germinal In: Revue d'histoire de la pharmacie, 30e année, N. 112, 1942. p. 49-66. Article en ligne
  4. Émile Mouchon, pharmacien à Lyon, est l'auteur d'un dictionnaire de bromatologie végétale, Notice Sudoc (Google livres)
  5. Base Léonore, dossier de Légion d'Honneur.
  6. Notice BnF de Fortunio Niboyet.
  7. Des aveugles et de leur éducation, Paris, P.-H. Krabbe, 1837, 200 p. BNF n°31014231
  8. Michèle Riot-Sarcey, Histoire et autobiographie : Le Vrai Livre des femmes d'Eugénie Niboyet , note 37 : « Eugénie Niboyet dirigeait avec Bottiau le degré industriel des 4e et 5e arrondissements de Paris. Voir la lettre manuscrite adressée aux « Pères », le 2-12-1831 (Arsenal, Fonds Enfantin, 7815) » Persée, lien du 27/07/2009
  9. Eugénie Niboyet, Le Vrai Livre des femmes, Paris, E. Dentu, 1863, 246 p. Google livres Lire en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Des aveugles et de leur éducation, Paris, P.-H. Krabbe, 1837, 200 p.
  • (Article) De la réforme du système pénitentiaire en France, Paris, Charpentier, Leclerc, 1838.
  • Dieu manifesté par les œuvres de la création, Paris, Didier, 1842.
  • (Roman) Catherine II et ses filles d'honneur, Paris, Dentu, 1847.
  • Le Vrai Livre des femmes, Paris, E. Dentu, 1863, 246 p. Livre en ligne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liste chronologique

  • F. Rude, « Eugénie Niboyet », article dans Un fabuleux destin, Flora Tristan, présenté par Sébastien Michaud, EUD, 1985, p. 143-143.
  • Michèle Riot-Sarcey, Histoire et autobiographie : « Le Vrai livre des femmes » d'Eugénie Niboyet in Images de soi : autobiographie et autoportrait au XIXe siècle, dans revue centre de recherches révolutionnaires et romantiques, volume 17, n° 56, Clermont-Ferrand, 1987, pp. 59-68 (ISSN 00488593).
  • Michel Cordillot, Un inédit de Charles Fourier à Eugénie Niboyet, Cahiers Charles Fourier, n° 2, décembre 1991, pp. 3-8 lien site Fourier.
  • Maurice Agulhon, Le XIXe siècle et la Révolution française, Société d'histoire de la Révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle (France), Université de Paris X: Nanterre, Creaphis éditions, 1992, pp. 207-216 1992 lien Google livres.
  • Michèle Riot-Sarcey, La démocratie à l'épreuve des femmes: trois figures critiques du pouvoir, 1830-1848, A. Michel, 1994, (lien Google livres)
  • Geneviève Poujol, Un féminisme sous tutelle: les protestantes françaises, 1810-1960, Éditions de Paris, 2003 (ISBN 9782846210317), lien Google livres.
  • Flora Tristan, Stéphane Michaud, Mario Vargas Llosa, Flora Tristan, la paria et son rêve: correspondance, édition 2, Presses Sorbonne Nouvelle, 2003, pp. 53-55-65-153-312-318-319 lien Google livres.

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]