Eugénie Niboyet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Niboyet.

Eugénie Niboyet

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Eugénie Niboyet, vers 1880.

Nom de naissance Eugénie Mouchon
Naissance 11 septembre 1796
Montpellier
Décès 6 janvier 1883 (à 87 ans)
Paris
Nationalité Française
Activité principale
Écrivaine
Autres activités
Journalisme,
Politique

Eugénie Niboyet, née le 11 septembre 1796 et morte le 6 janvier 1883, écrivaine et journaliste, est une militante du droit des femmes, figure du féminisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et origines[modifier | modifier le code]

Eugénie Niboyet est née Eugénie Mouchon le[1] 11 septembre 1796 à Montpellier. Eugénie présente elle-même ses origines dans la dernière partie de son ouvrage Le Vrai Livre des femmes[2] : « Je relève d'une famille lettrée, d'origine genevoise » écrit-elle avant d'insister sur son grand-père Pierre Mouchon, un érudit pasteur à Genève et contributeur à l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert, qui s'est marié avec la fille de Georges-Louis Le Sage, physicien suisse. Ce n'est qu'après qu'elle présente son père venu en France faire ses études à la faculté de médecine de Montpellier, et sa mère en indiquant simplement « il épouse la fille d'un pasteur du Gard », ce qui indique son origine protestante. Eugénie, souligne l'importance de l'origine genevoise dans l'ouverture, de son père aux idées nouvelles issues de la Révolution mais aussi sa modération, son « refus des excès », qui lui valut de devoir se réfugier dans les Cévennes pour éviter l'échafaud[3].

Son père élève ses trois frères dans « le respect et l'amour » de Bonaparte. Louis, aide de camp du général Teste, trouve la mort à la Moskova et Émile[4], officier de santé, est fait prisonnier à Dresde. Lors du retour des Bourbons, la famille habite Lyon, Eugénie est marquée par l'arrestation d'une partie de sa famille, et ses visites à la prison. Cela ne l'empêche pas d'affirmer « en ce temps-là ma religion c'était l'Empire, mon idole Napoléon premier ».

Eugénie a deux sœurs, Aline et Élisa, à qui elle écrira plus tard : « Nous n’écrivons pas pour les esprits étroits qui veulent borner la femme aux soins du ménage. Les femmes n’ont plus à acquérir leur liberté, mais à l’exercer ».

Mariée et mère[modifier | modifier le code]

Dans son autobiographie, Eugénie insiste sur l'attachement de sa famille à Napoléon une des raisons du choix de son époux : « Enfant de l'Empire je ne pouvais épouser qu'un impérialiste ». Eugénie à 26 ans lors de son mariage, protestant, avec Paul-Louis Niboyet, le 8 octobre 1822. Paul-Louis est un brillant avocat de 30 ans, son père est Jean Niboyet, anobli en 1810, fidèle de Napoléon. Ils sont domiciliés à Mâcon, Paul-Louis y exerçant la profession d'avocat, lorsque nait, le 22 juin 1825, leur unique enfant, Jean Alexandre Paulin Niboyet.

Débuts de la femme de lettres[modifier | modifier le code]

Arrivée à Paris le 4 novembre 1829, elle commence à gagner sa vie avec l'écriture. En 1830, elle participe au concours de la Société de la morale chrétienne (une organisation protestante) ; elle concourt sur le thème Des aveugles et de leur éducation, sa production est remarquée, elle partage le prix avec M. Duffaut.

La Société de la morale chrétienne[modifier | modifier le code]

Elle rejoint ensuite la Société de la morale chrétienne et s’implique dans nombre de sujets sociaux : la réforme des prisons, l’amélioration de l’éducation et l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

Saint-Simonienne[modifier | modifier le code]

En 1830, la Société de la morale chrétienne partageait ses salles de conférences avec les saint-simoniens. Eugénie assiste aux prêches des saints-simoniens. Conquise par leurs idées, elle adhère au mouvement avec son mari et son fils qu'elle a convaincus. Le 20 juillet 1830, Prosper Enfantin nomme quatre femmes membres du collège : Aglaé Saint-Hilaire, Caroline Simon, Mme Collard et Eugénie Niboyet. Elles sont chargées de la prédication auprès des ouvriers, mais aussi de leur apporter secours et instruction. En 1831 Eugénie a, avec Sébastien Bottiau, la charge de la section saint-simonienne des 4e et 5e arrondissements de Paris de Paris[5].

Le conflit entre les deux Pères, Saint-Amand Bazard et Prosper Enfantin, et la volonté de ce dernier de changer radicalement les règles de la morale sexuelle, en établissant la communauté des femmes, le schisme de Bazard et l'orientation radicalement religieuse donnée par Enfantin provoquent de nombreux départs, Eugénie va s'éloigner d'un mouvement dont elle ne renie pas les idées sur l'économie.

Début du journalisme féminin[modifier | modifier le code]

Avec les prolétaires saint-simoniennes, elle fait partie du groupe des femmes qui participent au premier titre écrit intégralement par des femmes : La Femme libre, créé par Marie-Reine Guindorf et Désirée Véret.

Fouriériste[modifier | modifier le code]

Comme les deux fondatrices et des participantes aux premières livraisons de La Femme libre, elle se rapproche du mouvement de Charles Fourier qui présentait le traitement des femmes comme la mesure la plus vraie du progrès social. Elle va notamment y rencontrer Flora Tristan.

Femme de presse[modifier | modifier le code]

De retour à Lyon en 1833, Eugénie fonde le premier journal féministe en province avec la création du titre Le Conseiller des femmes, hebdomadaire sans illustration imprimé chez Boitel. Puis elle participe à la création de La Paix des deux mondes, et en 1834 d'une L’Athénée des femmes.

En juillet 1836, de retour à Paris, Eugénie fonde La Gazette des Femmes avec l'aide d'amis tels Charles-Frédéric Herbinot de Mauchamps. Une sorte de club, réunissant les rédacteurs et les abonnés, se réunit pour soutenir et gérer le journal, mais aussi débattre notamment de la lutte pour l’exercice des droits politiques et civiques des femmes. Eugénie, rassemble de nombreuses femmes lors de ces réunions hebdomadaires du jeudi, au 27 de la rue Laffitte. On peut y rencontrer, Flora Tristan, Hortense Allart, Anaïs Ségalas et de nombreuses autres féministes.

Militante féministe politique[modifier | modifier le code]

La révolution de 1848 suscite un nouvel espoir, notamment la levée des restrictions de réunion permettant le développement des groupes qui militent pour les droits des femmes.

En mars 1848, Eugénie Niboyet fonde et dirige un journal ne traitant que de la question des femmes et de leurs droits. La Voix des Femmes, sous-titré « Journal socialiste et politique, organe d’intérêts pour toutes les femmes », est le premier quotidien français féministe. Sur le modèle du club de La Gazette des Femmes, La Voix des Femmes va bientôt s'adjoindre un club politique auquel vont participer de nombreuses féministes déjà impliquées dans les petites parutions précédentes. Eugénie Niboyet réussit à rassembler autour du combat féministe, autant des femmes déjà impliquées comme Jeanne Deroin, Désirée Gay, Suzanne Voilquin, Elisa Lemonnier, et Anaïs Ségalas, mais aussi des auteures populaires : Gabrielle Soumet, Amélie Prai, Adèle Esquiros. Ce mouvement n'est plus réservé aux femmes, des hommes contribuent, comme Jean Macé ou Paulin Niboyet, son fils.

Le club défend un catalogue très large de réformes favorables aux femmes, tant dans le domaine domestique que celui de la politique. L'extension du droit de vote à tous les hommes provoque une initiative retentissante, le 6 avril : La Voix des Femmes propose la candidature de George Sand à l’Assemblée constituante. Sand désavoue cette initiative et juge durement ces femmes qu'elle affirme ne pas connaître, les caricaturistes croquent Eugénie Niboyet et les journalistes de La Voix des Femmes. Le bruit de l'affaire est retentissant, il se retourne contre les promoteurs de cette initiative, et le gouvernement décide la fin des clubs de femmes. Le 20 juin, Eugénie Niboyet, découragée et meurtrie, cesse la publication de La Voix des Femmes, et les féministes se dispersent pour éviter la répression.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Eugénie Niboyet se retire de la vie publique et s'exile à Genève où elle vit difficilement avec des traductions : Charles Dickens et des livres pour enfants édités par Lydia Maria et Maria Edgeworth. Néanmoins, elle reprend la plume après la Commune de Paris pour soutenir les demandes de grâces des condamnés.

En 1860, Eugénie Niboyet revient en France, elle publie en 1863 Le Vrai livre des femmes[6]. Ses lettres à Léon Richer, directeur de la revue Le Droit des femmes, attestent qu'elle s'intéresse toujours au mouvement féministe. En 1878, à 82 ans, elle est célébrée au Congrès féministe de Paris.

Eugénie Niboyet décède à Paris le 6 janvier 1883.

Femme de lettres[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le Vrai Livre des femmes, par Mme Eugénie Niboyet, E. Dentu, Paris, 1863, 245p.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Crèche Eugénie Niboyet. 42 rue Joliot Curie 69100 Villeurbanne.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liste chronologique

  • F. Rude, « Eugénie Niboyet », article dans Un fabuleux destin, Flora Tristan, présenté par Sébastien Michaud, EUD, 1985, p. 143-143.
  • Michèle Riot-Sarcey, Histoire et autobiographie : « Le Vrai livre des femmes » d'Eugénie Niboyet in Images de soi : autobiographie et autoportrait au XIXe siècle, dans revue centre de recherches révolutionnaires et romantiques, volume 17, n° 56, Clermont-Ferrand, 1987, pp. 59-68 (ISSN 00488593).
  • Michel Cordillot, Un inédit de Charles Fourier à Eugénie Niboyet, Cahiers Charles Fourier, n° 2, décembre 1991, pp. 3-8 lien site Fourier.
  • Maurice Agulhon, Le XIXe siècle et la Révolution française, Société d'histoire de la Révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle (France), Université de Paris X: Nanterre, Creaphis éditions, 1992, pp. 207-216 1992 lien Google livres.
  • Michèle Riot-Sarcey, La démocratie à l'épreuve des femmes: trois figures critiques du pouvoir, 1830-1848, A. Michel, 1994, (lien Google livres)
  • Geneviève Poujol, Un féminisme sous tutelle: les protestantes françaises, 1810-1960, Éditions de Paris, 2003 (ISBN 9782846210317), lien Google livres.
  • Flora Tristan, Stéphane Michaud, Mario Vargas Llosa, Flora Tristan, la paria et son rêve: correspondance, édition 2, Presses Sorbonne Nouvelle, 2003, pp. 53-55-65-153-312-318-319 lien Google livres.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Geneviève Poujol, Notice Eugénie Niboyet (lien Google livres)
  2. À mes lecteurs et lectrices, p. 222 à 226 (lien Google livres)
  3. Recherche généalogique conduite par son arrière arrière-petite-fille Claire-Juliette Beale : Cependant, si elle est bien la petite-fille de Pierre Mouchon, elle n'est pas affiliée à Georges-Louis Lesage. Le père d'Eugénie est issue d'une première union de Pierre Mouchon avec une demoiselle Jeanne Louise Elizabeth Richard, fille de tanneur genevois. L'erreur peut être attribuée au second mariage de Pierre Mouchon avec une demoiselle Marie-Antoinette Marguerite Sage.
  4. Émile Mouchon, sera un pharmacien réputé de Lyon (Google livres)
  5. Michèle Riot-Sarcey, Histoire et autobiographie : Le Vrai Livre des femmes d'Eugénie Niboyet , note 37 : « Eugénie Niboyet dirigeait avec Bottiau le degré industriel des 4e et 5e arrondissements de Paris. Voir la lettre manuscrite adressée aux « Pères », le 2-12-1831 (Arsenal, Fonds Enfantin, 7815) » Persée, lien du 27/07/2009
  6. Le Vrai Livre des femmes, ouvrage libre de droits, Google livres lien du 27/07/2009