Brigades du Tigre

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Plaque de rue mentionnant Célestin Hennion, créateur des Brigades du Tigre.

Les Brigades régionales de police mobile (ou Brigades du Tigre) sont l’ancêtre de l’actuelle police judiciaire française. Elles ont été créées[1] sur les conseils de Célestin Hennion (directeur de la Sûreté générale) par le Président du Conseil et ministre de l'intérieur Georges Clemenceau en 1907 afin d'avoir une police mobile. Jules Sébille, commissaire de police, est le premier dirigeant de ces brigades mobiles, de 1907 à 1921.

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom « Brigades du Tigre » vient du surnom de Clemenceau, « le Tigre », qui lui a été donné dans les années 1880 en raison de la manière souvent brutale avec laquelle il traitait ses adversaires politiques ; ce surnom sera confirmé par l'inflexibilité qu'il montra comme président du conseil durant la Première Guerre mondiale[2].

Présentation[modifier | modifier le code]

Ces « Brigades du Tigre » étaient au nombre de douze à l'origine, puis quinze par le décret du 31 août 1911 (brigades de Rennes la 13e, Montpellier la 14e et Nancy la 15e). Elles étaient implantées dans les principales villes de province. Chacune d'entre elles était dirigée par un commissaire divisionnaire, assisté de 3 commissaires de police et commandant quinze à vingt inspecteurs qui effectuaient leur travail vingt-quatre heures sur vingt-quatre en se relayant par groupes de cinq. L'effectif intitial est composé de 168 policiers (12 commissaires divisionnaires, 36 commissaires et 120 inspecteurs)[2]. Ainsi, leur activité continue dans leurs enquêtes, surveillances et filatures optimisaient l'efficacité de leur mission et maintenaient une pression constante sur le banditisme.

Origines[modifier | modifier le code]

À l'origine des Brigades du Tigre se trouve l'évolution de la société, de la technologie et du banditisme, comme le souligne l'introduction d'un des épisodes de la série télévisée :

« 1907. En ce début de siècle où la vie se transforme au rythme accéléré d'une industrie triomphante, les structures traditionnelles de la vieille société se brisent chaque jour davantage derrière la façade de la Belle Époque. La criminalité augmente dans des proportions d'autant plus inquiétantes qu'une délinquance nouvelle est née qui s'appuie, elle, sur le progrès technique et fait échec à une police archaïque dont les méthodes et le matériel n'ont guère évolué depuis Vidocq. Un chiffre est plus éloquent que tout : au cours de l'année 1906, 103 000 affaires criminelles et correctionnelles ont été classées sans que les auteurs aient pu être identifiés. L'année 1907 s'annonce pire encore. Il y va de la sécurité des villes et des campagnes. »

La bande Pollet et ses nombreux meurtres, vols, rackets, torture ou les chauffeurs de la Drôme terrorisent les campagnes entre 1905 et 1908.

Face à cette nouvelle montée du banditisme, la police est mal préparée. Elle est divisée en cantons. Il n'y a pas de police nationale. Les charges administratives sont lourdes. Clemenceau décide qu'il faut faire un effort financier pour la police[3] ; Clemenceau obtiendra des députés la création du ministère de la police. Deux textes réglementaires fondent la future Police Judiciaire : arrêté ministériel du 6 mars 1907 qui crée un Contrôle Général des Services de Recherches Judiciaires placé sous le commandement du commissaire Jules Sébille ; décret du 30 décembre 1907 qui instaure les douze brigades régionales de police mobile[4].

Cinq cents policiers mobiles sont recrutés, majoritairement parmi les inspecteurs des chemins de fer comme Célestin Hennion, mesurant moins d'un mètre soixante-dix pour ne pas être repérés lors des filatures[2]. En un an plus de 2 500 arrestations sont menées. Cette police trace les prémices d'Interpol par le truchement des coopérations internationales[citation nécessaire]. Avec le temps leurs fonctions prennent de l'ampleur par la création de fichiers. Des dossiers sont mis en place avec les balbutiements de la police de renseignements généraux.

Cette nouvelle organisation policière est aussi une réponse à l'organisation très structurée des anarchistes illégaux, les Travailleurs de la nuit, de Marius Jacob, qui quelques années auparavant déjouèrent de nombreux pièges policiers à leur encontre. Les Brigades du Tigre, à l'image de leur fondateur Georges Benjamin Clemenceau, étaient autant un outil de répression contre le prolétariat révolutionnaire de l'époque, que de lutte contre le banditisme ordinaire.

Moyens[modifier | modifier le code]

Les brigades mobiles étaient composées d'hommes entraînés à différentes techniques de combats, dont la savate (ancêtre de la boxe française) et la canne.

Ce corps de police spéciale est aussi le premier du monde à mettre en pratique contre le crime toutes les ressources de la science moderne. Ainsi, outre leur bonne condition physique, les « hommes du Tigre », comme on les appelle, bénéficiaient des dernières méthodes d'investigations techniques et de la modernisation du fichage des criminels (fiches anthropométriques avec empreintes digitales) issues des travaux d'Alphonse Bertillon.

Ce fichier avait été réorganisé comme premier Fichier central du grand banditisme par Célestin Hennion, quelques mois avant la création des brigades mobiles.

Cette nouvelle police d'élite disposait de tous les moyens modernes pour atteindre leurs objectifs : télégraphes, téléphones, et bientôt automobiles (initialement[5] quatre De Dion-Bouton[6] souvent en panne pour les douze brigades puis des Panhard & Levassor dès 1910).

Résultats[modifier | modifier le code]

Dès les premiers mois d'activité, les « Mobilards » obtiennent des résultats spectaculaires dès la première arrestation de la « caravane à pépère » (bande d'une centaine de nomades dirigée par Jean Capello)[6]. En moins de deux ans ils totalisent 2 695 arrestations, dont 65 meurtriers, 7 violeurs, 10 faux-monnayeurs, 283 escrocs et 193 cambrioleurs[7] !

Les Brigades du Tigre démantèleront, entre autres, la célèbre bande à Bonnot en 1912.

Adaptations[modifier | modifier le code]

L'histoire des Brigades du Tigre a fait l'objet d'adaptations télévisuelle et cinématographique :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Décret du 30 décembre 1907 créant les brigades mobiles.
  2. a, b et c Charles Diaz, La nouvelle épopée des brigades du Tigre, Jacob Duvernet,‎ 2010, 250 p. (ISBN 2847243070)
  3. Deux mille ans d'Histoire, émission radiophonique de Patrice Gélinet du mercredi 12 avril 2006, France Inter.
  4. Histoire de la Police Judiciaire Site du ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration
  5. Ces policiers prenaient alors plus souvent la bicyclette et le train.
  6. a et b Jean-Marc Berlière, émission L'heure du crime sur RTL, 20 juin 2012.
  7. La Police judiciaire, Béatrice Durupt

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Barrère, Face au crime, la Brigade du Tigre en Languedoc-Roussillon (1911 - 1939), Toulouse, Éditions Privat, 2008 (ISBN 978-2-7089-6892-9)
  • Laurent López, « Les archives contre la statistique officielle ? Retour sur les brigades du Tigre (Dijon, 1908-1914) », Genèses, no 71,‎ février 2008, p. 106 à 122
  • Jean-Marc Berlière, « La seule police qu’une démocratie puisse avouer ? Retour sur un mythe : les brigades du Tigre », in Marc-Olivier Baruch et Vincent Duclert (éd.), Serviteurs de l’État. Une histoire politique de l’administration française, 1875-1945. Paris, La Découverte, p. 311-323.
  • Laurent López, « Les gendarmes et la création des brigades du Tigre à la Belle Époque », Criminocorpus, revue hypermédia, 2009