Raz Blanchard
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| Raz Blanchard | |||
| Géographie humaine | |||
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| Pays côtiers | Îles Anglo-Normandes |
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| Géographie physique | |||
| Type | Détroit | ||
| Localisation | Manche | ||
| Coordonnées | |||
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Géolocalisation sur la carte : France |
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Le raz Blanchard désigne le passage où sévit l'un des courants de marée les plus puissants d'Europe, situé entre la pointe ouest du cap de la Hague et l'île anglo-normande d'Aurigny, à l'entrée nord du passage de la Déroute (). Le courant est alternatif et se fait sentir à certaines heures de la marée[1].
Son nom Blanchard viendrait de ce que la mer se couvre d'écume (blanche) lorsqu'elle est démontée. Les marins normands francophones l'appellent « L'Raz », les anglophones « The Race of Alderney » (du nom anglais d'Aurigny).
La vitesse du courant peut atteindre 12 nœuds lors des grandes marées d'équinoxe.
La limite nord du Raz se situe 1 à 2 milles nautiques au-dessus de la ligne joignant le phare de la Pointe Quenard sur Aurigny et le phare de la Hague sur le rocher Gros du Raz, la zone agitée se prolongeant vers l'est jusqu'à la bouée Basse-Bréfort proche du port d'Omonville-la-Rogue. Au sud, la limite est plus floue, elle atteint une ligne passant par le banc de la Schôle, situé à mi-chemin entre le cap de la Hague et la pointe nord-est de Guernesey, et le cap de Flamanville.
Le courant de flot porte au nord-est, son maximum survient aux environs de l'heure de la pleine mer de Cherbourg, tandis que le maximum du jusant, portant au sud-ouest, a lieu vers l'heure de la basse mer Cherbourg. La renverse se situe vers les heures de mi-marée Cherbourg dans les 2 sens. Le plus fort du courant est à la bouée La Foraine située environ 1 mille nautique au sud-ouest du phare de la Hague. La vitesse maximum du flot en cet endroit varie de 6 à 12 nœuds selon le coefficient de marée, celle du jusant de 4 à 9 nœuds.
Lorsque le vent (plus exactement les vagues créées par celui-ci) et le courant sont opposés, la mer peut devenir particulièrement chaotique et les creux atteindre 2 mètres à plus de 4 mètres, avec des longueurs entre crêtes inférieures à 30 -50 mètres. Elle déferle violemment, rendant les conditions de navigation difficiles voire dangereuses pour les bateaux de faible tonnage[2]. Au contraire, lorsque le vent et le courant sont de même sens la mer s'aplatit et devient maniable. Un autre facteur tient aux inégalités du fond, qui créent des remous ou "marmites" susceptibles d'aggraver l'état de la mer.
Ainsi un vent de secteur nord-est (vent d'amont) opposé au courant de flot, et même nord-ouest travers au courant, lèvent une mer difficile dès la force 4 Beaufort, tandis qu'un vent de sud-ouest de force 7 Beaufort ne lève habituellement que peu de vagues déferlantes pendant la même phase de flot (mais une mer dure dès 5 Beaufort au jusant). Par vent de terre plein est jusqu'à force 7 Beaufort il n'y a pas de mer à raser la côte française et le passage contre le jusant est possible en morte-eau pour un voilier de course de 35 pieds, mais redevient scabreux dès 2 milles au large.
Par mauvaises conditions l'écume abondante est chassée par le vent et rend la visibilité très médiocre, inférieure à quelques encablures.
Par calme plat, la mer peut tout de même déferler si la houle et le courant sont opposés, notamment sur les hauts fonds tels le banc de la Schôle ou aux abords de la baie Longis sur la côte sud-est d'Aurigny. On entend très bien le grondement du déferlement par temps brumeux, qui conduit mieux le son, à plus de 2 ou 3 milles.
La violence du courant dans le Raz tient à plusieurs facteurs. D'une part il s'agit d'un passage resserré entre la Manche au nord et le golfe dit de Saint-Malo au sud, sur des petits fonds de moins de 50 mètres : il n'y a que 8 milles nautiques d'Aurigny au Cap de la Hague ; d'autre part les différences d'heure et de hauteur des pleines mers entre des endroits assez proches créent une pente de l'eau qui est responsable de la vitesse d'écoulement. Ainsi la pleine mer est plus haute et plus tôt à Carteret qu'au cap de la Hague (en moyenne 2 mètres et 40 min de décalage sur une distance de 22 milles nautiques) et qu'à Cherbourg (pleine mer 1/2 heure plus tard qu'à la Hague et plus basse de 2 m, sur 14 milles). La force du courant, variant beaucoup avec le coefficient de marée, implique d'en tenir le plus grand compte pour la navigation même par beau temps. Dans la plupart des cas, à bord d'un voilier, il faut prendre le Raz "à l'heure" si on ne veut pas se mettre en retard, voire en danger. Par exemple, un horaire classique consiste à quitter Cherbourg une heure avant la pleine mer et se tenir à la côte pour profiter du contre-courant afin se présenter à 1 ou 2 milles au nord du Gros du Raz autour de la renverse, et de là continuer sur le même cap vers la côte nord d'Aurigny ou piquer sud-ouest pour aller à Guernesey.
Ces éléments font du Raz un passage à la fois redoutable et fascinant, qui nécessite un bateau et un équipage préparés en conséquence. Les cartes marines anglaises signalent des "dangerous overfalls" et les Instructions Nautiques françaises parlent "lorsque le courant porte au vent, d'une mer très creuse et déferlante qu'il n'est jamais sans danger de vouloir traverser" indiquant par là que la simple intention d'y aller est en elle même une transgression.
Selon Élisée Reclus, le Raz Blanchard est « le premier de ces terribles défilés marins, où le flot de marée et le jusant, resserrés entre des chaînes d'écueils et de bas-fonds, coulent comme des fleuves avec une effrayante rapidité »[3].
Le « Raz » est en fait l'aîné d'une famille nombreuse Anglo-Normande. Citons en priorité le Singe (The Swinge) étroit, mal pavé et tumultueux, qui longe l'ouest d'Aurigny, puis le Petit Russel (Little Roussel) entre Guernesey et Herm, ainsi que le Gouliot entre Sercq et Brecqhou.
« La Haize du Raz » désigne le passage intérieur entre le rocher Gros du Raz portant le phare de la Hague et les écueils qui débordent la côte. Le courant y est réduit de moitié, et décalé en horaire par rapport à celui du Raz, la mer moins dure par vent d'amont ou de nord-ouest. Cependant sa faible largeur (90 mètres au plus étroit de la passe), son peu de profondeur (3 à 7 mètres avec les hauts fonds), et surtout le caractère traversier du courant aux approches nord et sud, le réservent aux pratiques locaux par temps convenable.
Le site présentant un courant exceptionnel, il fait l'objet de différents projets d'implantation d'hydroliennes[4].
Notes et références[modifier]
- Dictionnaire Atilf
- Courants de marée SHOM ouvrage ISBN 2-11-088197-6
- cité par Valentine Vattier d'Ambroyse, Le littoral de la France, 1890.
- « Energie : la promesse hydrolienne », Le Monde, 25 février 2013
La video montre le côté nord de la passe d'entrée du port de Goury avec au fond l'île d'Aurigny