Abel Muzorewa

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Abel Muzorewa
Image illustrative de l'article Abel Muzorewa
Fonctions
Premier ministre rhodésien
1er juin 197912 décembre 1979
Président Josiah Zion Gumede (en)
Prédécesseur Ian Smith
Successeur Robert Mugabe
Biographie
Nom de naissance Abel Tendekayi Muzorewa
Date de naissance 4 avril 1925
Lieu de naissance Umtali, Rhodésie du Sud
Date de décès 8 avril 2010 (à 85 ans)
Lieu de décès Harare, Zimbabwe
Parti politique United African National Council
Religion méthodiste

Abel Muzorewa
Premiers ministres rhodésiens

Abel Tendekayi Muzorewa (né le 14 avril 1925 en Rhodésie du Sud, mort le 8 avril 2010 à Harare au Zimbabwe) était un évêque méthodiste et un homme politique, premier ministre de Zimbabwe-Rhodésie du 1er juin au 12 décembre 1979.

Origines[modifier | modifier le code]

Fils aîné d'une famille de huit enfants, Abel Muzorewa est né dans la colonie britannique de Rhodésie du Sud le 14 avril 1925.

Après une scolarité à l'école méthodiste de Umtali, il est instituteur à Murewa de 1943 à 1947 avant de commencer à prêcher, de suivre des études théologiques et d'être ordonné en août 1953. De 1955 à 1958, le révérend Muzorewa est pasteur à Chiduku près de la ville de Rusape.

Il poursuit des études en religion chrétienne aux États-Unis où il obtient un master en philosophie et religion. En juillet 1963, il devient le pasteur de Umtali puis un an plus tard est nommé directeur national du mouvement de la jeunesse chrétienne.

Évêque et activiste politique[modifier | modifier le code]

En 1966, il devient secrétaire du mouvement chrétien étudiant et en 1968 et consacré en tant qu'évêque de l'église méthodiste unie de Rhodésie.

Le 10 mars 1972, il forme avec le révérend Canaan Banana le Conseil national africain uni (UANC), un mouvement opposé à la lutte armée contre le gouvernement rhodésien. Cette même année, ils s'opposent avec succès au règlement négocié anglo-rhodésien qui prévoyait la diminution progressive de la ségrégation raciale jusqu’à son abolition complète, l’extension rapide du droit de vote aux Africains et leur participation progressive aux affaires politiques du pays. Avec un tel système, il aurait fallu attendre encore 50 ans pour que les Noirs deviennent prédominants au parlement. Muzorewa devient alors un leader national, un interlocuteur et une personnalité internationale reconnue.

Les mouvements de guérilla alors interdits en Rhodésie comme l'Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU) du révérend Ndabaningi Sithole, l'Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU) de Joshua Nkomo et le Front pour la libération du Zimbabwe (FROLIZI) de James Chikerema rejoignent alors l'UANC de Muzorewa. Le 25 août 1975, Muzorewa, en tant que président de l'UANC, participe à la conférence de Victoria Falls avec le premier ministre rhodésien, Ian Smith qui eut lieu dans un wagon sud-africain.

En 1975, des dissensions internes entre les mouvements de libération nationale minent l'UANC sur la question de la lutte armée contre le gouvernement rhodésien. La ZANU se scinde en deux, Ndabanigi Sitholé fonda l'aile modérée du mouvement, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Ndonga et reste membre de l'UANC. alors que l'aile radicale de la ZANU dirigée par Robert Mugabe rejette les négociations avec le gouvernement blanc et reprend la lutte armée tout comme la ZAPU de Nkomo. L'UANC demeure le seul mouvement nationaliste à rejeter la violence.

Les accords de Salisbury[modifier | modifier le code]

Le 3 mars 1978, Abel Muzorewa, Ndabaningi Sithole et plusieurs leaders internes de Rhodésie parviennent à un accord avec Ian Smith. Ces accords de Salisbury prévoyaient la formation d'un gouvernement de transition dirigé par un conseil exécutif comprenant Muzorewa, Sithole, le chef Jeremiah Chirau et Ian Smith. Des élections sur la base "un homme une voix" sont programmées alors qu'une nouvelle constitution devait être rédigée.

Le gouvernement transitoire est rapidement mis en place le 21 mars 1978 et une nouvelle constitution adoptée pour le nouvel état de Zimbabwe-Rhodésie en janvier 1979 au cours d'un référendum par l'électorat blanc (85 %) sur fonds d'attentat terroriste (deux avions civils d'Air Rhodesia était abattus par la guerilla à 6 mois d'intervalles). La nouvelle constitution accorde à la minorité blanche une franchise de 10 sièges au Sénat et de 28 sièges à la chambre (laquelle compte 10 sièges) ainsi qu'1/4 des postes du cabinet ministériel pour une durée déterminée.

Premier ministre de Zimbabwe-Rhodésie[modifier | modifier le code]

Les élections d'avril 1979, boycottés par la ZANU de Mugabe et la ZAPU de Nkomo, donnent la victoire à l'évêque Muzorewa et à l'UANC. Muzorewa devient le nouveau premier ministre à compter du 1er juin 1979 et Josiah Gumede le président honorifique de la république. Mais ni l'accord de Salisbury, ni les élections d'avril 1979 ni le nouveau gouvernement de Muzorewa ne font l'objet d'une reconnaissance internationale et sont même condamnés par l'ONU. Au contraire des espoirs des signataires de l'accord de Salisbury, la lutte armée menée par les mouvements de guérilla s'amplifie.

Le 11 juillet 1979, Muzorewa effectue une visite à Washington, D.C. pour tenter sans succès de plaider sa cause auprès du gouvernement démocrate de Jimmy Carter. Le gouvernement sud-africain et le gouvernement britannique finissent par convaincre Muzorewa de participer à de nouvelles négociations à Londres avec les partis de Mugabe et de Nkomo.

Lors des négociations de Lancaster House menées à Londres à partir d'octobre 1979, Muzorewa accepte de remettre la souveraineté du Zimbabwe-Rhodésie aux Britanniques. Le 12 décembre 1979, Lord Christopher Soames est nommé gouverneur de la colonie de Rhodésie, mettant fin au mandat de Muzorewa et du président Josiah Gumede. Les accords de Lancaster House sont signés le 21 décembre 1979. De nouvelles élections auxquelles participent la ZANU de Mugabe et la ZAPU de Nkomo sont organisées en février 1980. Après une courte campagne, marqué par un climat de violence et d'intimidation, la ZANU de Mugabe remporte la majorité absolue des 80 sièges de députés à la nouvelle assemblée alors que l'UANC est laminé et ne sauve que 3 sièges.

La spirale des échecs politiques[modifier | modifier le code]

Peu après l'indépendance officielle du Zimbabwe en avril 1980, il est accusé de participer à un complot contre le nouvel état et est arrêté. Lors des élections générales de 1985, il tente de se faire élire dans la circonscription de Glen View mais est battu. En mars 1996, Muzorewa tente de défier Mugabe à l'élection présidentielle et présente contre lui sa candidature. Sous la pression, il la retire finalement 15 heures avant le début du vote. Son nom figurant néanmoins sur les bulletins de vote, il recueille toutefois encore 4,8 % des suffrages contre 92,7 % à Robert Mugabe.

En 2001, il se retire de la politique active. De santé fragile, il meurt le 8 avril 2010 quelques heures après avoir pris connaissance du décès de l'un de ses frères.

Source[modifier | modifier le code]