Julius Nyerere

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Julius Nyerere
Illustration.
Fonctions
1er Président de la Tanzanie
Prédécesseur Nouvelle fonction
Successeur Ali Hassan Mwinyi
Biographie
Nom de naissance Julius Kambarage Nyerere
Date de naissance
Lieu de naissance Butiama (en)
Date de décès (à 77 ans)
Lieu de décès Londres
Nationalité tanzanienne
Parti politique Chama cha Mapinduzi
Conjoint Maria Nyerere

Julius Nyerere
Présidents de la Tanzanie

Julius Kambarage Nyerere (né le à Butiama (en) et décédé le à Londres) est un homme politique tanzanien d'ethnie Zanaki (en).

Il fut Premier ministre de la Tanzanie de 1960 à 1961, puis président du au . Surnommé le mwalimu (l'instituteur), il fut l'un des principaux représentants du socialisme africain.

Actuellement, l'Église Catholique a ouvert un Procès en Béatification, qui est toujours en cours.

L'indépendance de la Tanzanie : les débuts de Nyerere en politique[modifier | modifier le code]

En 1953, Julius Nyerere, brillant et ambitieux enseignant passé par Édimbourg pour terminer ses études, prend à 31 ans la tête de la TAA qu’il transforme rapidement en un véritable parti politique – le Tanganyika African National Union (TANU) – qui prône l’indépendance. Celle-ci est accordée par le Royaume-Uni le , sans aucune violence. Julius Nyerere est un court temps premier ministre, puis devient le premier président de la République du Tanganyika à la suite des élections de décembre 1962.

Nyerere au pouvoir : 1964-1985[modifier | modifier le code]

Le 26 avril 1964, Le Tanganyika et Zanzibar fusionnent pour former la République unie de Tanzanie. Nyerere devient le président de l’État nouvellement créé, tandis qu'Abeid Karume (le leader de l'Afro-Shirazi Party, ASP), restant président de Zanzibar, devient vice-président de la Tanzanie.

Il revendique l'unité africaine : « Sans unité, les peuples d'Afrique n'ont pas de futur, sauf comme perpétuelles et faibles victimes de l'impérialisme et de l'exploitation[1]. »

Soucieux d’accélérer l’émancipation des Africains par rapport au monde occidental, inspiré par les expériences communistes en Chine, Nyerere s’engage résolument dans une politique socialiste. En février 1967, lors de la déclaration d'Arusha, il définit les principes et doctrines qu’il souhaite voir suivre par le pays. Selon l’idéal de Nyerere, tout cela doit conduire à la création d’une société égalitaire, juste, solidaire, qui trouve dans ses propres ressources les moyens de son autosuffisance. L’éducation est la priorité numéro un. Il faut dire qu’il y a urgence dans ce domaine : la Tanzanie ne produit à cette époque que 120 diplômés par an.

Les premières mesures concrètes d’application de cette politique ne tardent pas à arriver. Les principales industries et sociétés de services sont nationalisées, les impôts augmentés pour une plus grande répartition des richesses. C’est sur le plan de l’agriculture, principal secteur économique du pays, que les changements sont les plus forts. Appelé Ujamaas, c’est-à-dire cofraternité, des communautés villageoises sont organisées sur des principes collectivistes. Des incitations financières encouragent la formation de coopératives. Les premiers résultats sont décevants, et le premier choc pétrolier de 1973 assombrit fortement les perspectives économiques du pays. À Zanzibar, l’Afro-Shirazi Party mène une politique implacable et totalitaire, à tendance ouvertement révolutionnaire. Les propriétés arabes et indiennes sont nationalisées. Quelques désaccords apparaissent même entre Nyerere et Karume, ce dernier voulant se rapprocher davantage du monde communiste que le président tanzanien qui cherche lui à ménager au maximum les relations avec les Occidentaux.

En 1972, Karume est assassiné, pour des motifs qui restent assez obscurs.

Pendant ces années, très faiblement soutenue par les occidentaux, la Tanzanie reçoit l’aide de la Chine, qui souhaite pour sa part augmenter son influence en Afrique de l’est. C’est avec un soutien chinois que la ligne de chemin de fer TAZARA (ou TANZAM) de Dar-es-Salaam à la Zambie est construite en 1975. C’est aussi sur le modèle des communes chinoises que sont créés 800 villages collectifs, regroupant des populations d’origine ethniques et tribales différentes, et déplacées de force en camion. On estime qu’en 4 ans, de 1973 à 1976, 9 millions de personnes sont ainsi déplacés. Cette politique, dont on ne peut nier qu’elle permet un certain brassage entre les différentes ethnies qui composent la population tanzanienne, casse brutalement les repères humains et communautaires des individus.

Ces politiques dirigistes et utopiques apportent de moins en moins les résultats escomptés. Les productions manufacturière et agricole régressent, la planification de l’économie par l’administration est inefficace.

Sur le plan politique, les partis (le TANU de Nyerere et l’ASP) se rapprochent et fusionnent en 1977 pour former le Chama cha Mapinduzi (CCM), c’est-à-dire le parti de la Révolution.

Les relations de la Tanzanie avec ses voisins africains (en particulier ceux du nord, l'Ouganda et le Kenya) se détériorent au fil des années. Les intentions étaient pourtant bonnes puisque ces trois pays ont formé en 1967 la East Africain Community (Communauté est-africaine) dans le but de constituer à terme un marché économique commun. Les premières coopérations visent notamment à uniformiser la politique des changes et de contrôle des devises.

Mais le Kenya, plutôt proche des pays occidentaux, s’éloigne de plus en plus de la Tanzanie soutenue par les communistes chinois, et la frontière entre ces deux pays est même fermée de 1977 à 1983. En Ouganda, Idi Amin Dada, qui nourrit des ambitions d’expansions territoriales, reproche à son voisin tanzanien d’héberger des opposants à son régime. L’Ouganda attaque la Tanzanie à la fin de l’année 1978 et envahit les environs du lac Victoria. Les Tanzaniens, avec l’aide du matériel militaire chinois, parviennent, au bout de plusieurs mois d’efforts, et au prix de lourdes pertes humaines, à reprendre les territoires perdus et occupent même l’Ouganda pendant presque deux ans.

Cette guerre a coûté cher, environ 500 millions de dollars; et au début des années 1980, sans réelle industrie, avec un secteur agricole improductif, la Tanzanie est l’un des pays les plus pauvres de la planète.

Le pays s’enfonçant dans l’échec, Nyerere commence à modifier progressivement sa politique dirigiste menée depuis le milieu des années 1960. Avec l’intervention de plus en plus grande de la Banque mondiale et du FMI, les incitations financières à la production collectivistes sont en partie réorientées vers un investissement pour les grandes fermes de l’État et pour les infrastructures routières. En 1984, la possibilité d’une propriété privée des moyens de productions apparaît et la société est, très progressivement, libéralisée.

Fin du règne de Nyerere[modifier | modifier le code]

En 1985, Nyerere choisit, contrairement à l’habitude prise par la plupart des autres chefs d’État africains, de se retirer de la politique, après avoir tout de même conservé le pouvoir pendant 21 années. C’est Ali Hassan Mwinyi, alors président de Zanzibar depuis 1980, qui prend sa succession. Malgré les résultats très largement négatifs de sa politique de développement économique, Nyerere conserva jusqu’à sa mort en 1999 l’estime de beaucoup de Tanzaniens et d’une partie de la communauté internationale. On lui reconnaît en effet le mérite d’avoir posé les bases d’un État démocratique pluriethnique.

Béatification[modifier | modifier le code]

Julius Nyerere était catholique pratiquant. L'Église catholique a ouvert sa cause de béatification, au titre duquel il a été déclaré Vénérable. Il est fêté le 14 octobre.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Freedom and Unity (Uhuru na Umoja): A Selection from Writings & Speeches, 1952–1965 (Oxford University Press, 1967)
  • Freedom and Socialism (Uhuru na Ujama): A Selection from Writings & Speeches, 1965–1967 (Oxford University Press, 1968)
  • Freedom and Development (Uhuru Na Maendeleo): A Selection from the Writings & Speeches, 1968-73 (Oxford University Press, 1974)
  • Ujamaa — Essays on Socialism (1977)
  • Crusade for Liberation (1979)
  • Julius Kaisari (trad. de Julius Caesar de William Shakespeare)
  • Mabepari wa Venisi (trad. de The Merchant of Venice de William Shakespeare)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Damien Millet, dans L'Afrique sans dette, CADTM Syllepse, 2005.