Philippe Erlanger

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Philippe Erlanger est un haut fonctionnaire et historien français né à Paris le 11 juillet 1903 et mort à Cannes le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Philippe Erlanger est le fils du compositeur Camille Erlanger (1863-1919) et d'Irène Hillel-Manoach (1878-1920), qui appartient à la famille Camondo. Il fait ses études à Paris, obtenant une licence ès lettres, une licence en droit, et son diplôme de l'École libre des sciences politiques.

Inspecteur général au ministère de l'Éducation nationale, il est nommé en 1938 directeur de l'Association française d'action artistique, fonction qu'il occupera jusqu'en 1968. Parallèlement, il est nommé en 1946 chef du service des Échanges artistiques au ministère des Affaires étrangères. S'attachant à faire rayonner l'art français à l'étranger et l'art étranger en France, il organise de nombreuses expositions et des tournées théâtrales célèbres (Louis Jouvet, Jean-Louis Barrault, Jean Vilar, etc.).

C'est lui qui a l'idée du Festival de Cannes en 1939, en réaction au discrédit dont s'est couverte la Mostra de Venise qui a récompensé, en 1938, le documentaire de Leni Riefenstahl Les Dieux du Stade, sous influence du nazisme, ex æquo avec un film supervisé par le fils de Mussolini. Présent à Venise, il peut annoncer le lancement d'une initiative concurrente, avec l'aval de son ministre de tutelle, Jean Zay, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. La ville de Cannes est choisie pour son agrément et son ensoleillement. Premier délégué général du festival jusqu'en 1951, Philippe Erlanger sera également membre du jury en 1953 et 1954.

Critique d'art, journaliste et historien, Philippe Erlanger a publié de nombreuses biographies (voir ci-dessous). À partir de quelques chroniqueurs et mémorialistes du temps, il met en lumière une personnalité historique avec une prédilection pour les XVIe et XVIIe siècles, dans une perspective strictement évènementielle, mais toujours attrayante. Ses livres bien construits, bien écrits, ont souvent été de grands succès populaires. Sa biographie de Louis XIV a même été classée en tête des ouvrages historiques du siècle par un concours du Figaro Littéraire.

Le Régent (1938) est une attachante biographie de Philippe d'Orléans (1674-1723), comme homme d'État et dans sa vie intime. Montrant que la La Régence (1715-1723) n'est pas une période de décadence mais bien de renouveau, Erlanger met en valeur le courant de liberté qui accompagne la fin du règne de Louis XIV de France. Sans pour autant se complaire dans l'histoire grivoise et les gauloiseries, il évoque avec brio la culture licencieuse associée à la Régence et sa figure emblématique Marie Louise Élisabeth d'Orléans, duchesse de Berry. Erlanger ne tente pas de « réhabiliter » la fille aînée du Régent, ni de gommer de son récit tous les travers de cette scandaleuse princesse de sang royal. Folie d'orgueil, folie du corps... Adolescente vorace et insatiable, « Elisabeth » s'est métamorphosée à vingt ans en « princesse Joufflotte ». Mais, dans son portrait rubénien de Mme de Berry, Erlanger reste fidèle aux mémorialistes de la Régence, tout en conférant aussi à la jeune femme une sensualité à la Watteau  :  C'est une Vénus évocatrice de voluptés orientales que ses yeux spirituels et sa bouche adorable sauvent pourtant de paraître trop lourdement charnelle. Ne supportant guère le corset du grand habit, elle trône en négligé, renversée parmi les coussins, fraîche, débordante, toute en fossettes et en rondeurs comme une odalisque. [1]

Installée au palais du Luxembourg, où elle tient sa cour, Mme Berry s'y livre à tous les plaisirs. Comme le précise Erlanger, les gardes du palais « sont de vigoureux gaillards auxquels la petite fille de Louis XIV ne dédaigne pas à l'occasion de jeter le mouchoir. » La princesse accumule les amants et cache des grossesses, que les satiristes attribuent à son commerce incestueux avec le Régent. Erlanger récuse ces rumeurs d'inceste entre Elisabeth et son père lorsqu'il décrit avec émotion « la mort du phalène » : tombée sous la coupe du comte de Riom, un aventurier dont elle a fait son amant en titre et qui l'engrosse tout en la trompant avec sa dame de compagnie, Mme de Berry meurt en juillet 1719, moins de quatre de mois après un accouchement très laborieux... phalène de la Régence trop vite brûlée au feu du plaisir. Le roman historique de Patrick Pesnot, Le Régent (2011) s'inspire largement de la biographie d'Erlanger, mais ses caractères perdent beaucoup en complexité, à commencer par la duchesse de Berry qui, dénuée d'esprit comme de sensualité, est réduite à une figure grotesque de l'obésité pathologique.

Au cinéma, Erlanger donne le scénario et les dialogues de Marie-Antoinette reine de France (1956), présenté en sélection officielle au Festival de Cannes, de La prise du pouvoir par Louis XIV (Roberto Rossellini, 1966).

L'ensemble de son œuvre a été couronné par l'Académie française et a reçu le Grand Prix du Rayonnement français en 1962. Il a été fait Commandeur de la Légion d'honneur.

Homosexuel, il fut le compagnon de Michel Beaufort[2][réf. nécessaire] et décéda sans postérité.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Erlanger, P. Le Régent (édition de 1985), p.176
  2. Elisabeth Quinn, Bel de nuit Gerald Nanty (édition de 2007).

Œuvres de Philippe Erlanger[modifier | modifier le code]

  • Le Cygne rouge, roman, Paris, 1929
  • L'invincible, roman, Paris, 1930
  • Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre, Paris, Emile Paul, 1931
  • La jeunesse d'Henri III, Paris, Emile Paul, 1933
  • La fin des Borgia, Paris, Emile Paul, 1934
  • Henri III, Paris, Gallimard, 1935
  • Le Régent, Paris, Gallimard, 1938
  • Charles VII et son mystère, Gallimard, septembre 1945
  • Louis XIII, mai 1946
  • Les Peintres de la réalité, Paris, Éditions de la galerie Charpentier, 1946
  • George Villiers, duc de Buckingham, Paris, Gallimard, 1951
  • Monsieur, frère de Louis XIV, Paris, Hachette, 1953, (Prix des Neuf 1954)
  • La Peinture vénitienne, de Bellini à Véronèse, Paris, 1953
  • Diane de Poitiers, déesse de la Renaissance, Paris, Gallimard, 1955
  • L'étrange mort de Henri IV ou les jeux de l'amour et de la guerre, Paris, Amiot-Dumont, 1957
  • P.L.M. a cent ans, Paris, 1958
  • La vie quotidienne sous Henri IV, Paris, Hachette, 1958
  • La Loire, du Mont Gerbier-de-Jonc à l'Océan, Paris, Éditions des Deux-Mondes, 1959
  • Louis XIV, Paris, La Table ronde, 1960
  • Le Massacre de la Saint-Barthélemy, Paris, Gallimard, septembre 1960
  • La rose sanglante (Marguerite d'Anjou), Paris, Perrin, 1961
  • Catherine de Médicis, 1962
  • Aventuriers et favorites, Paris, Perrin, 1963
  • Richelieu, Paris, Perrin, 1967
  • Amours et secrets de Marie Stuart, Paris, Hachette, 1967
  • Clemenceau, Paris, Grasset, 1968
  • Les idées et les mœurs au temps des rois, Paris, Flammarion, 1970
  • L'Empereur insolite, Rodolphe II de Habsbourg, 1552-1612, Paris, Albin-Michel, 1971
  • La monarchie française, 5 vol., Paris, Tallandier, 1971
  • La Reine Margot ou la rébellion, Paris, Le Club français du livre, 1972
  • Cinq-Mars ou la passion et la fatalité, (titre de couverture : Le Mignon du Roi), Paris, 1973
  • Gabrielle d'Estrées, femme fatale, Paris, 1975
  • La France sans étoile : souvenirs de l'avant-guerre et du temps de l'occupation, Paris, Plon, 1974
  • Madame de Longueville, de la révolte au mysticisme, Paris, Perrin, 1977
  • Charles Quint, Paris, Perrin, 1980
  • Henri VIII, un dieu anglais aux six épouses, Paris, Perrin, 1982
  • Le dernier âge d'or de la monarchie, 1887-1914, Paris, Perrin, 1984
  • Ninon de Lenclos et ses amis, Paris, Perrin, 1985
  • Isabelle la Catholique, Paris, Perrin, 1987
  • Jeanne d'Arc et son mystère
  • Saint-Louis ou l'apogée du Moyen Âge

Voir aussi[modifier | modifier le code]