Théâtre de la Main d'Or
| Type | Théâtre |
|---|---|
| Lieu |
Paris XIe, |
| Coordonnées | 48° 51′ 08″ nord, 2° 22′ 41″ est |
| Inauguration | |
| Capacité | Entre 120 et 250 |
Le théâtre de la Main d'Or est une salle de spectacle et de théâtre désormais fermée, située à Paris, dans le 11e arrondissement, au 15, passage de la Main-d'Or (la « Cité Dupuy »). Il est principalement connu pour avoir été géré par Dieudonné de à .
Histoire
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Le théâtre de la Main d'Or est créé par Alain Illel[1] et ouvre le dans une ancienne ébénisterie[2],[3]. Pendant la première année, Illel y met en scène les pièces ou adaptations de romans suivantes : L'Étranger de Camus, L'Écume des jours de Vian, La Métamorphose de Kafka, Les Bonnes de Genet, Huis clos de Sartre et la Trilogie marseillaise de Pagnol[4]
De à , il est dirigé par Jean-Christian Grinevald.
À partir de , il est géré par l'humoriste Dieudonné qui s'y produit trois fois par semaine[5].
Les hommes d'affaires Georges Melka et Gabriel Levy sont depuis les propriétaires du théâtre. Grands donateurs de la communauté juive et du mouvement sioniste, ils affirment en qu'ils ignoraient qui était Dieudonné au moment de leur acquisition du lieu[6],[7].
Description
[modifier | modifier le code]Le théâtre est doté d'une capacité de 120 à 150 places[2], 200 places[8],[9],[10] ou 250 places[11] selon les sources. Il est composé d'une salle circulaire et d'un hall d'exposition ; une grande main dorée se dresse dans la cour précédant l'entrée de la salle[12].
Fréquentation
[modifier | modifier le code]La fréquentation du théâtre évolue à mesure de la politisation et des polémiques autour de Dieudonné. Ce dernier, accusé d'antisémitisme, se radicalise politiquement pendant les années 2000, tout en fidélisant et fédérant autour de lui un public à la fois nombreux et très hétéroclite. L'Express, étudiant en le public d'une représentation au théâtre de la Main d'Or, décrit une assistance « cosmopolite mêlant habitants du quartier et lointains banlieusards, jeunes couples enlacés, Blacks-Blancs-Beurs en survêt, copines sur leur trente et un, retraités en keffieh et crânes rasés en bombers »[13]. Rue89 note également la variété du public, au sein duquel certains adhèrent entièrement au discours du comique et le croient victime du « lobby juif » (une théorie du complot antisémite) tandis que d'autres viennent apprécier l'artiste et gardent leur distance vis-à-vis du discours politique, exprimant parfois leur gêne sur certains points[14].
Slate revient, en , sur le caractère bigarré du public de Dieudonné, où se côtoient militants d'extrême droite (qui ne représentent pas la majorité), jeunes musulmans, mais aussi « tout un petit peuple de rastas blancs, qu'on imaginerait plutôt dans un festival reggae ou une free party » et « une frange de l'extrême gauche altermondialiste, qu'on reconnaîtra facilement au port du tee-shirt à l'effigie d'Hugo Chavez ou au total look joueur de diabolo à Rennes », soit, dans l'ensemble, une jeunesse « plutôt arrivée là par le biais de la critique radicale des médias, de l'oligarchie et du « nouvel ordre mondial » que par le prisme du conflit israélo-palestinien, encore que les deux logiques aient tendance à s'entrecroiser ». Le journal en ligne s'interroge à cette occasion sur le processus de « dieudonnisation des esprits » qui serait à l'œuvre via la diffusion des idées et des thématiques de l'humoriste[15].
Selon une chercheuse, le service d'ordre scrute et photographie les spectateurs qui ne rient pas, suspectés de ne pas partager les opinions de l'humoriste et de son public[16].
Le chercheur Jean-Yves Camus souligne quant à lui que, au-delà de la fréquentation par le public payant, le théâtre a été transformé par Dieudonné en « épicentre de la toute la nébuleuse anti-juive de Paris ». Ses locaux sont en effet fréquentés par le Rassemblement des étudiants de droite (RED, renouveau du GUD), la Droite socialiste (droite ultra), ainsi qu'Égalité et Réconciliation (l'association d'Alain Soral)[17], dont le théâtre de la Main d'Or devient officiellement le quartier général en : il est mis gracieusement à disposition de l'association une fois par mois, à condition que les membres présents consomment sur place[18].
De plus, quelques mois avant l'élection présidentielle de , Dieudonné loue le théâtre au Front national afin que ses militants y soient formés à obtenir les 500 parrainages d'élus permettant à Jean-Marie Le Pen, ami de Dieudonné et parrain de sa fille, de présenter sa candidature à la présidentielle[8].
Expulsion de Dieudonné
[modifier | modifier le code]Selon Valeurs actuelles, les propriétaires du théâtre de la Main d'or auraient d'abord, entre et , tenté de se faire « discrets » afin de ne pas être accusés de faire la promotion d'un humoriste antisémite[6]. Le , dans le cadre des polémiques entourant le spectacle de Dieudonné Le Mur, ils font savoir qu'il tentent de trouver une solution pour expulser l'humoriste de leur théâtre, en écourtant un bail censé courir jusqu'en [19],[20].
Pour obtenir gain de cause, les propriétaires s'appuient sur le fait que le bail est au nom de la société Bonnie productions, liée à Dieudonné, tandis que son exploitation est confiée à une autre société, Les Productions de la Plume, possédée par l'épouse et la mère de Dieudonné, ce qui constituerait une sous-location irrégulière. Le , le tribunal de grande instance de Paris donne raison aux propriétaires et condamne Dieudonné à quitter le théâtre de la Main d'or[21]. L'humoriste interjette appel mais, le , la cour d'appel de Paris confirme le jugement de première instance. Bonnie productions est en outre condamnée à payer aux propriétaires 280 660 euros d'arriérés locatifs[22],[23].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Guy Bruit, « La métamorphose, d'après Kafka », Raison présente, no 86 « La Nation, réalités et fantasmes », 2e trimestre 1988, p. 175–176 (lire en ligne).
- « C'est arrivé hier - Au jour le jour : - », Acteurs auteurs, Arles et Paris, Actes Sud, no 55, , p. 6 (ISSN 0991-949X).
- ↑ Onglet « Fiche détaillée » dans « [Paris, Théâtre de la Main d'or. Programmes], - », notice du document dont la cote est 8-PRO-0238 à la Bibliothèque historique de la ville de Paris, sur bibliotheques-specialisees.paris.fr.
- ↑ Jack Kolbert et Nancy L. Cairns, « L'Année littéraire », The French Review, vol. 63, no 1, , p. 1–15 (JSTOR 394682).
- ↑ Sylvain Mouillard et Quentin Girard, « À la Main d'or, les fans «rient de tout» », Libération, .
- « EXCLUSIF. Georges Melka et Gabriel Levy, les propriétaires du théâtre de Dieudonné », Valeurs actuelles, .
- ↑ Soren Seelow, « Nouveau renvoi dans l'affaire du théâtre de Dieudonné », Le Monde, (consulté le ).
- « Le généreux coup de pouce de Le Pen à Dieudonné », Le Parisien, .
- ↑ Camille Neveux, « Dieudonné insiste », Le Journal du dimanche, .
- ↑ Vincent Bouquet, « Dieudonné regrette les chambres à gaz, Radio France attaque », Le Nouvel Observateur, .
- ↑ « Les propriétaires du Théâtre de la Main d'Or souhaitent expulser Dieudonné », Le Figaro, .
- ↑ Denis Michel et Dominique Renou (photogr. Jacques Lebar), Le guide du promeneur : 11e arrondissement, Paris, Parigramme, , 203 p.-[16] p. de pl. (ISBN 2-84096-001-X), p. 124.
- ↑ Vincent Hugeux, « Dieudonné-Ahmadinejad, nouveau tandem tragi-comique », L'Express, (consulté le ).
- ↑ Chloé Leprince, « Dans le public de Dieudonné, « le seul qui nous fasse rire » », sur Rue89, .
- ↑ Jean-Laurent Cassely, « La dieudonnisation des esprits, une (grosse) quenelle qui vient d'en bas », sur Slate.fr, (consulté le ).
- ↑ Laetitia Dumont-Lewi, « Des clous dans la tête : Critique de la raison comique chez Dario Fo », dans Marie Duret-Pujol (dir.), Comique et Politique chez les Modernes et les Anciens (séminaire Comique et Politique et journée d'études Le comique, les intellectuels et la politique, -, université Bordeaux Montaigne), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Cahiers d'ARTES (Atelier de recherches transdisciplinaire esthétique et sociétés) » (no 13), , 274 p. (ISBN 979-10-300-0135-8, HAL hal-01954375), p. 55–56.
- ↑ Marc Caen, « Comment Dieudonné est devenu antisémite », sur Slate.fr, .
- ↑ Abel Mestre et Caroline Monnot, « Les étranges amitiés de Dieudonné », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Sylvain Mouillard, Willy Le Devin et Dominique Albertini, « Les propriétaires du théâtre de la Main d'or veulent virer Dieudonné », Libération, (version du sur Internet Archive).
- ↑ Sara Taleb, AFP, « Les propriétaires du théâtre de la Main d'Or, QG de Dieudonné, étudient la possibilité de le déloger », Le Huffington Post, .
- ↑ Nicolas Guégan, « Dieudonné expulsé du théâtre de la Main d'or ! », Le Point, .
- ↑ AFP, « Dieudonné expulsé du théâtre de la Main d'Or et condamné pour antisémitisme », Le Parisien, (consulté le ).
- ↑ « CA Paris, , no 15/23456 »
, sur predictice.com (consulté le ).
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Geneviève Latour, Florence Claval (études réunies par), « Théâtre de la Main-d'Or », dans Les théâtres de Paris, Paris, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris. Bibliothèque historique de la ville de Paris. Association de la Régie théâtrale, , 291 p. (ISBN 2-905118-34-2), p. 109.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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