Rue Peyras

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Rue Peyras
(oc) Carrièra Peiras
Image illustrative de l’article Rue Peyras
La totalité de la rue vue du « Quatre coins des Changes »
Situation
Coordonnées 43° 36′ 05″ nord, 1° 26′ 40″ est
Pays Drapeau de la France France
Ville Toulouse
Quartier(s) Capitole
Début no 2 rue Saint-Rome et no 32 rue des Changes
Fin no 1 rue Baronie et no 45 rue des Tourneurs
Morphologie
Longueur 110 m
Largeur entre 4 et 8 m
Histoire
Anciens noms Rue Peyras (début du XIIIe siècle)
Géolocalisation sur la carte : Toulouse
(Voir situation sur carte : Toulouse)
Rue Peyras (oc) Carrièra Peiras
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Rue Peyras (oc) Carrièra Peiras

La rue Peyras (en occitan : carrièra Peiras) est une rue du centre historique de Toulouse, en France.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Dès le Moyen Âge, au début du XIIIe siècle au moins, la rue Peyras est déjà connue sous ce nom. Celui-ci renvoie à une pierre (peira en occitan), mais la cause en est obscure. Ce nom lui était d'ailleurs commun aux rues qui la prolongent à l'est, les rues Genty-Magre et Antonin-Mercié. Au XVIIe siècle, elles prennent ensemble le nom du couvent voisin des Augustins, car elles le bordaient au nord, et furent connues ensemble comme la rue des Augustins ou des Grands Augustins[1],[2].

À la Révolution française, le , lorsque toutes les rues de Toulouse reçurent des appellations révolutionnaires, la longue rue Peyras reçoit le nom de rue du Musée, car le Musée du Midi de la République, créé en 1793, avait été installé dans l'église du couvent des Augustins. Cette appellation n'est cependant conservée qu'à la partie orientale de la rue, tandis que la partie occidentale reprend le vieux nom de Peyras[1],[3].

Description[modifier | modifier le code]

La rue Peyras est une voie publique située dans le centre-ville de Toulouse. Elle débute au carrefour connu au Moyen Âge comme les « Quatre coins des Changes », au croisement des rues des Changes et Saint-Rome, et de la rue Temponières, qu'elle prolonge. Longue de seulement 110 mètres, sa largeur est de 4 à 8 mètres. Elle donne naissance à la rue des Puits-Clos, puis se termine au croisement des rues Baronie et des Tourneurs. Elle est prolongée vers l'est par les rues Genty-Magre, Antonin-Mercié et Cantegril.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, la rue Peyras appartient au capitoulat de la Pierre. Elle est une partie d'une des principales voies qui traversent la ville d'est en ouest. Cette voie, qui passe par les rues de la Daurade, Cujas, Temponières, Peyras, Cantegril et Boulbonne, relie les ponts qui traversent la Garonne, pont de la Daurade ou Pont-Vieux, à l'ouest, à la porte Saint-Étienne, qui forme la principale porte à l'est de la ville. À l'ouest, la route se prolonge vers la Gascogne et l'Espagne ; à l'est, la route mène à Castres, et après la Montagne Noire, à Béziers et au Bas-Languedoc. La rue Peyras est donc une des plus fréquentées de la cité par les voyageurs et les marchands, surtout qu'elle bénéficie de la proximité du marché de la Pierre sur la place de la Pierre-Saint-Géraud (actuelle place Esquirol). Sur tout son parcours s'établissent de nombreuses auberges pour retenir les voyageurs au passage[4]. On y trouve l'hôtellerie Saint-Jean (actuel no 13) et le Logis des Trois Rois (actuel no 18) tenu par un certain Arnaud Guilhem de la Bordière à la fin du XVe siècle. C'est la famille des Prohenques qui est la plus connue des familles qui tiennent ces auberges : ils possèdent par exemple l'hôtellerie du Château de Milan (actuel no 3 rue Genty-Magre)[5]. C'est un certain Pierre Prohenques, fils du capitoul du même nom, qui tient l'hôtellerie Saint-Jean au milieu du XVIe siècle[6].

Les incendies de , du et du provoquent d'importantes destructions dans le quartier de la rue Peyras[7]. La rue, très populeuse, conserve cependant une population très mélangée, de marchands, d'hommes de loi, avocats et notaires, ou encore des docteurs et de chirurgiens. Malgré les interdictions répétées des capitouls, on élève encore des maisons en corondages (actuels no 1, 3, 6 et 7). Au XVIIe siècle, plusieurs familles importantes y font construire leurs hôtels, dont les plus remarquables sont l'hôtel de Joseph Druilhet (actuel no 14) et l'hôtel de l'avocat au Parlement Paul de Tiffy (actuel no 13)[8].

Au milieu du XIXe siècle, quelques travaux d'élargissement de la rue sont engagés, sur le modèle de ceux qui ont été réalisés pour la rue Temponières, considérablement élargie et aérée. La reconstruction de l'hôtel Sipière (actuels no 22 et 24), puis de l'immeuble qui lui fait face (actuel no 17), permettent de porter la largeur de la rue à 8 mètres. À l'entrée de la rue, la vieille maison des Prohenques cède la place à un immeuble de style néo-classique (actuel no 2). Ces quelques réalisations restent cependant isolées, les efforts de la municipalité se portant plutôt, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, plutôt sur le projet de percement plus au sud d'une nouvelle rue Transversale, future rue de Metz, entre 1869 et 1871.

Voies rencontrées[modifier | modifier le code]

La rue Peyras rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

  1. Rue Saint-Rome (g)
  2. Rue des Changes (d)
  3. Rue des Puits-Clos (g)
  4. Rue Baronie (g)
  5. Rue des Tourneurs (d)

Lieux et bâtiments remarquables[modifier | modifier le code]

  • no  2 : emplacement de la maison des Prohenques ; immeuble. Logo monument historique Classé MH (1932, statuette de saint Pierre avec sa niche encastrée dans l'angle de la maison)[9].
    Le terrain de cette maison, acheté après 1478 par Jean Prohenques, est bâti à la fin du XVe siècle, probablement entre 1488 et 1489, par Pierre Prohenques. Durant deux siècles, la maison reste dans la famille Prohenques, famille de marchands et d'aubergistes qui firent fortune et dont plusieurs membres accédèrent au capitoulat et au parlement. En 1512, elle passe à un autre Pierre Prohenques, marchand et capitoul en 1514-1515, en 1544 au marchand Jean Prohenques, puis en 1571 à un autre Jean Prohenques, capitoul en 1576-1577. En 1679, la maison passe cependant à Bernard Rabaudy, viguier de Toulouse, puis, en 1748, l'immeuble est divisé en deux parties (actuel no 28).
    L'immeuble actuel, de style néo-classique, a été élevé dans le deuxième quart du XIXe siècle. À l'angle de l'édifice, une niche de style gothique, surmontée d'un dais, ornée de choux frisés et d'arcs en accolade et abritant une statue de l'apôtre Pierre, est un vestige de la maison des Prohenques[10].
  • no  3 : immeuble en corondage.
    L'immeuble est construit au XVIe siècle, mais probablement remanié aux siècles suivants. La façade s'élève sur deux étages carrés et un étage ouvert par des mirandes. Le pan de bois est à grille et décharge au 1er étage et simplement à grille aux étages supérieur. Les fenêtres sont rectangulaires et possèdent un chambranle mouluré d'une grande simplicité. On remarque cependant la présence d'une moulure gothique avec une accolade sur la fenêtre gauche du 1er étage[11].
  • no  5 : immeuble.
    L'immeuble, à l'architecture classique, est élevé dans la 2e moitié du XVIIIe siècle. Le rez-de-chaussée et l'entresol sont réunis par une grande arcade de boutique voûtée en anse de panier, dont les pieds-droits et la clef sont en pierre, surmontée d'une corniche. Aux étages, les fenêtres rectangulaires sont mises en valeur par une fine moulure. Celles des deux premiers possèdent également des garde-corps en fer forgé[12].
  • no  9 : immeuble en corondage.
    L'immeuble est construit à l'angle de la rue des Puits-Clos, probablement au XVIe siècle ou au XVIIe siècle. Il s'élève sur deux étages carrés et un dernier étage ouvert par des mirandes. Le pan de bois est à grille hourdé de briques. [14].
  • no  10 : immeuble.
    L'immeuble, construit par l'architecte Auguste Virebent dans le 2e quart du XIXe siècle, se compose de quatre corps de bâtiment autour d'une cour centrale. La façade se compose d'éléments architecturaux et ornementaux provenant de la fabrique Virebent. Les nouveaux procédés de taille des briques et d'ornements moulés donnent à cette élévation un style néo-Renaissance caractéristique du goût de l'époque. Elle est symétrique et comprend six travées avec trois arcades en rez-de-chaussée et trois groupes de deux baies séparés par un ordre colossal, avec des colonnes et des pilastres colossaux embrassant les 1er et 2e étages. Les modèles des bustes en terre cuite moulée proviennent du jubé Renaissance de la cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges. En , le bâtiment sur rue est modifié par l'architecte Alexandre Laffon à la demande du propriétaire Vieussa, qui désire aouter un 3e étage. Les travaux consistent en l'allongement des colonnes et le réaménagement de l'entablement. Les élévations sur la cour intérieures sont recouvertes d'un enduit. Un oriel reposant sur une structure métallique se développe sur les 1er et 2e étages[15].
  • no  13 : hôtel Tiffy-Duclos de Bouillas.
    Vers 1670, l'avocat au Parlement Paul de Tiffy, capitoul en 1673-1674, achète plusieurs immeubles qu'il réunit pour bâtir son hôtel particulier. En 1696, l'hôtel est revendu par sa veuve à Pierre Colomès, capitoul en 1687-1688. Il reste dans la famille de Colomès jusqu'en 1746, date à laquelle il est acheté par Barthélémy Duclos, baron de Laas. Son frère, Joseph Duclos de Bouillas, acquiert la moitié de l'hôtel après 1759 et réalise plusieurs campagnes de travaux.
    L'édifice de style classique occupe presque tout l'îlot entre les rues Peyras, des Puits-Clos et du Puits-Vert. Il se compose de plusieurs corps de bâtiment autour d'une cour carrée. La longue façade symétrique de neuf travées sur la rue Peyras se développe sur cinq niveaux avec sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, deux étages et combles. Le portail en plein-cintre est couronné par une corniche moulurée. Son encadrement alterne briques et pierres. Les différents niveaux de la façade sont séparés par un double cordon de brique. Les fenêtres sont rectangulaires et reposent sur une assise en forme de table. La fenêtre centrale est ornée d'un fronton triangulaire. Un toit à longs pans brisés éclairé par des lucarnes couvre l'ensemble. Le portail ouvre sur un passage couvert qui mène à la cour centrale. Sur la façade du bâtiment au nord, la corniche est ornée de trois têtes de lion en pierre, anciennes gargouilles du XVIe siècle[16],[17].
  • no  14 : hôtel Druilhet.
    En 1666, François-Joseph Druilhet prend possession de l'immeuble de son père, Alexis Druilhet, conseiller du roi et premier président à Bordeaux, et il y fait construire son hôtel particulier à une date entre 1666 et 1679[18],[19].
  • no  22 : hôtel Desplats-Sipière. Logo monument historique Inscrit MH (1925, façade sur l'impasse Saint-Géraud ; façades et toitures sur rue et sur cour ; porche, vestibule, escalier et sa cage ; caves et appartements décorés du premier étage)[20].
    Donnant sur l'impasse Saint-Géraud, l'hôtel Desplats a été construit entre 1621 et 1622. Il a été englobé dans un édifice construit pour M. Sipière dans la seconde moitié du XIXe siècle. La façade sur la rue Peyras, élevée en 1848, reprend le style de celle qui est élevée sur la rue des Tourneurs (no 45-47) par l'architecte Louis Delor de Masbou, même si elle n'en a pas la monumentalité. En arrière du bâtiment sur la rue, la cour intérieure, qui correspond à la seconde cour de l'hôtel Desplats, conserve une façade de style Renaissance[21].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jules Chalande, 1920, p. 335-336.
  2. Jules Chalande, 1922, p. 103.
  3. Jules Chalande, 1922, p. 103-104.
  4. Jules Chalande, 1922, p. 95-96.
  5. Jules Chalande, 1922, p. 104 et 106.
  6. Jules Chalande, 1922, p. 107.
  7. Maurice Bastide, 1968, p. 8-12.
  8. Jules Chalande, 1922, p. 104-105.
  9. Notice no PA00094615, base Mérimée, ministère français de la Culture
  10. Nathalie Prat, Annie Noé-Dufour et Sonia Moussay, « Fiche IA31116375 », 2005 et 2013.
  11. Dany Rullier, « Fiche IA31130633 », 2004.
  12. Louise-Emmanuelle Friquart et Nicolas Meynen, « Fiche IA31130785 », 2004.
  13. Dany Rullier, « Fiche IA31130635 », 2004.
  14. Dany Rullier, « Fiche IA31130636 », 2004.
  15. Louise-Emmanuelle Friquart et Laure Krispin, « Fiche IA31131007 », 2005.
  16. Jules Chalande, 1922, p. 107-108.
  17. Louise-Emmanuelle Friquart et Nicolas Meynen, « Fiche IA31130807 », 2004.
  18. Jules Chalande, 1922, p. 108-110.
  19. Louise-Emmanuelle Friquart et Laure Krispin, « Fiche IA31131005 », 2005.
  20. Notice no PA00125579, base Mérimée, ministère français de la Culture
  21. Louise-Emmanuelle Friquart, Laure Krispin et Sonia Moussay, « Fiche IA31131024 », 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • « Fiches d'information détaillée Patrimoine Architectural », Inventaire général Région Occitanie, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse (consulté le ).