Chaussée
On appelle aujourd'hui chaussée la partie médiane d'une voie de communication, partie affectée à la circulation des véhicules, par contraste avec les trottoirs et les bermes destinés aux piétons.
La chaussée d'une route doit permettre la circulation des usagers et des marchandises dans des conditions de sécurité et de confort adapté au type d’itinéraire, quelles que soient les conditions météorologiques. D'un point de vue mécanique, son rôle est de répartir les charges mécaniques sur le sol support, quelles que soient les conditions environnantes.
Au Moyen Âge, ce mot, issu du latin calceata (« de chaux »), désignait un certain type de route. On retrouve aujourd'hui cette acception dans des formulations toponymiques, notamment les « chaussées Brunehaut » de la France du Nord.
Il est à noter qu'en France, les ingénieurs chargés de la construction des routes sortent de l'École nationale des ponts et chaussées, créée en 1747.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Le mot chaussée vient du latin (via) calceata, qui signifie « (voie) construite en chaux ». Cette formule fait référence aux routes médiévales les plus importantes qui étaient recouvertes de cailloux et et de pierres liés à la chaux[1].
Éléments historiques
[modifier | modifier le code]Chaussées des voies romaines
[modifier | modifier le code]Moyen Âge et Temps modernes
[modifier | modifier le code]Voirie urbaine
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Le développement désordonné des villes médiévales rend difficile la mise en place de réseaux d'égouts souterrains. La chaussée est fréquemment constituée par de la terre, mais des pavés ou des galets sont parfois mis en place pour éviter qu'en l'absence de dénivellation et si le terrain est naturellement humide, elle devienne, à chaque orage, un bourbier malodorant[2].
La gestion des déchets se traduit par des réalisations qui débutent par l’usage de simples rigoles creusées à même le sol le long des façades des maisons puis des tranchées maçonnées, les caniveaux. Les rigoles, franchies par une passerelle de bois, sont des fossés plus ou moins grands faisant l'objet d'anecdotes ou de procès-verbaux d’enquêtes judiciaires qui racontent comment des passants éméchés se coincent les pieds dedans, s’y embourbent et s'y noient[3].
Dans bien des cas, les axes majeurs de circulation sont constitués de deux plans inclinés vers un caniveau central (le ruisseau), tranchée creusée au milieu des chaussées sans trottoirs de forme concave. Ce dispositif permet de faciliter l'écoulement des eaux de pluie, d'éviter les glissades en période d'humidité, et sert de rigole d'écoulement pour évacuer les eaux usées déversées par les habitants (directement depuis les étages dans les maisons à encorbellement, malgré des édits qui en interdisent la pratique), ou les excréments des piétons et des animaux[4]. Ces équipements, pratiques mais sommaires, sont cependant vite saturés : « ils nuisent à l’esthétique urbaine et leurs exhalaisons peuvent être redoutables avec les chaleurs estivales »[5].
Les gens du peuple qui croisent des aristocrates, des bourgeois ou des gens respectables (par leur âge, leur fonction), doivent se décaler vers le cloaque du centre tandis que ces derniers continuent à « battre le haut du pavé »[6]. Les habitants comptent sur la pluie, et notamment les orages pour curer « naturellement » ces profondes rigoles. Des ruisseaux encaissés, recouverts de dalles ou laissés à l'air libre, prennent parfois le relais, avec plus ou moins d'efficacité en tant que système de chasse d'eau[7].
Routes
[modifier | modifier le code]L'essor des villes et du commerce qui accompagne la renaissance du XIIe siècle se traduit par la réanimation des anciennes voies romaines et la création de routes nouvelles empierrées (avec des cailloux liés par la chaux) qui amènent des modifications profondes au sein de la société traditionnelle et de la vie quotidienne.
Le développement du réseau routier se traduit par la création de sentiers (trois pieds de largeur), de voières (8 pieds), de voies (15 pieds), de chemins (32 pieds) et de chemins royaux (54 pieds). Sur ces derniers, circulent notamment les grands de ce monde, accompagnés de leur cour. Le réseau moins important est surtout emprunté par des personnages plus humbles (soldats, courriers, pèlerins, marchands, moines mendiants) qui se déplacent à pied. « quelques-uns à cheval, mulet ou à dos d’âne. Rares sont les carrosses car les routes sont trop défoncées pour permettre qu'un voyage de quelque amplitude se déroule dans un confort relatif ; seuls de très courts trajets, kilométriquement parlant, sont accomplis au pas nonchalant des bœufs. Sur les routes, les animaux de selle ou de bât sont donc largement majoritaires, même pour certains transports de marchandises »[1].
En France, c'est au XVIIIe siècle qu'est mis en place un véritable réseau routier, construit par les ingénieurs sortis de l'École nationale des ponts et chaussées.
Époque contemporaine
[modifier | modifier le code]De grands progrès ont lieu à cette époque en matière de construction des chaussées.
Différents types de chaussées
[modifier | modifier le code]Chaussées pavées
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Dans les villes, la chaussée peut être recouverte de pavés en pierre, généralement du granit. Ceux-ci ont parfois été recouverts d'enrobé bitumineux.
Les chaussées pavées subsistent principalement dans les centres historiques, afin d'être en accord avec un bâti pouvant remonter au Moyen Âge, notamment les églises gothiques ou romanes et les châteaux forts (par exemple le château de Nantes).
Chaussées bitumées
[modifier | modifier le code]Les chaussées bitumées sont réalisées en plusieurs couches[8]:7 :
- la couche de roulement est généralement constituée de béton bitumineux, mais pour les faibles trafics, on se contente quelquefois d'un enduit superficiel à base de bitume en émulsion ou fluidifié par un solvant.
- la couche de base et la couche de fondation qui assurent la diffusion des efforts sont souvent constituées de graves traitées avec des liants hydrauliques (ciment, laitier, cendre volante) ou bitumineux.
L'ensemble repose sur le sol par l'intermédiaire d'une couche de forme dont l'épaisseur peut être importante si la portance du terrain est faible. Pour économiser des matériaux, on la remplace parfois par un traitement du sol en place au ciment et/ou à la chaux, si sa nature s'y prête (limon, argile, craie). On peut parfois ajouter aussi un géotextile (feutre anticontaminant tissé ou non tissé).
En cas de trafic important, on interpose parfois une couche de liaison entre la couche de roulement et la couche de base pour faciliter la reprise des efforts superficiels (horizontaux). La plupart du temps, les couches sont collées les unes avec les autres afin d'obtenir une meilleure transmission des efforts horizontaux. Le collage se fait au moyen de bitume pur ou d'émulsion. Des catalogues de chaussées types ont été constitués pour faciliter le travail des concepteurs. Ils prennent en compte les différents matériaux disponibles, et le trafic routier prévisible. C'est uniquement le trafic des poids lourds qui détermine les épaisseurs des couches de base et fondation (1PL=500 000VL).
Chaussées dallées de béton
[modifier | modifier le code]Les chaussées des autoroutes qui supportent de forts trafics lourds sont quelquefois constituées de dalles en béton armé (les couches de roulement et de base sont confondues en une seule). Cette technique présente une plus grande longévité et une moindre sensibilité à l'orniérage, mais elle est plus onéreuse à sa création et difficile à mettre en œuvre en raison du délai de prise du ciment. De plus la surface du béton ne permet pas la circulation sans traitement de surface (striage ou pose d'un revêtement bitumineux). La jonction entre les dalles nécessite une attention particulière pour éviter leur décalage, source d'inconfort et de dégradation prématurée (battage).
Procédés récents
[modifier | modifier le code]Pendant des décennies, les constructeurs de chaussées se sont efforcés, comme McAdam, d'empêcher l'eau de pénétrer à l'intérieur des chaussées.
Cependant de nouvelles techniques apparaissent :
- les enrobés drainants éliminent le film d'eau qui se forme en surface et diminuent ainsi les projections et le risque d'aquaplanage
- les chaussées réservoirs permettent de limiter ou ralentir le ruissellement et participent donc à la prévention des inondations.
La formulation de ces nouveaux matériaux est délicate car leur plus grande porosité entraîne une résistance mécanique plus faible, des risques de colmatage et une plus grande sensibilité au gel. Par ailleurs, elle nécessite des bitumes et des granulats particulièrement adaptés pour obtenir une très bonne tenue à l'eau.
En France, la direction générale des routes du ministère des Transports déconseille les BBDr (bétons bitumineux drainants) dans les régions situées à l'est de Paris car elles sont très difficilement exploitables en hiver.
Toponymie
[modifier | modifier le code]Il existe dans les Hauts-de-France plusieurs routes appelées « chaussées Brunehaut », en référence à une célèbre reine d'Austrasie, par exemple la RD 932 reliant Bavay (Nord) à Saint-Quentin (Aisne), partie de l'ancienne voie romaine qui allait de Bavay à Vermand (Aisne).
À Blain (Loire-Atlantique), il existe un lieudit La Chaussée situé un peu à l'ouest de la ville, le long de la RD 164 (ancienne voie romaine) qui relie Blain à Redon.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Robert Delort, La vie au Moyen Âge, 1982, Seuil, p. 232
- ↑ Jean-Pierre Leguay, L'eau dans la ville au Moyen Âge, Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne), p. 129.
- ↑ Jean-Pierre Leguay, Vivre dans les villes bretonnes au Moyen Âge, Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne), p. 424.
- ↑ Jean-Pierre Leguay, Vivre dans les villes bretonnes au Moyen Âge, Ouest France, , p. 40.
- ↑ Jean-Pierre Leguay, op. cit., 2015, p. 138
- ↑ Expression « le haut du pavé »
- ↑ Jean-Pierre Leguay, op. cit., 2015, p. 129
- ↑ Bruxelles Environnement, Vademecum du bruit routier urbain : Les revêtements routiers, Bruxelles, F. Fontaine & B. Dewulf, , 44 p. (présentation en ligne, lire en ligne)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Histoire des routes
- Route
- Asphalte
- Trottoir
- Frontage
- Chaussée Brunehaut
- Chaussée des Géants
- Chaussées de Paris
- Chaussée empierrée
Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Site du ministère de l'Équipement
- Site du Service d'études techniques des routes et autoroutes (SÉTRA)
- Site du Ministère des Transports du Québec (MTQ)