Île du Levant

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Île du Levant
Côte ouest de l'île du Levant
Côte ouest de l'île du Levant
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Archipel Îles d'Hyères
Localisation Mer Méditerranée
Coordonnées 43° 01′ 48″ N 6° 28′ 18″ E / 43.03, 6.471667
Superficie 9 km2
Géologie Île continentale
Administration
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Var
Commune Hyères
Démographie
Population 100 hab. (2004)
Densité 11,11 hab./km2
Plus grande ville Héliopolis
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+01:00

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Île du Levant
Île du Levant
Îles en France

L’île du Levant, aussi appelée le Levant est une île française située au large du département du Var, face à la corniche des Maures en mer Méditerranée. Elle est la plus orientale des îles d'Hyères (appelées aussi les îles d'Or en raison du scintillement des micaschistes au soleil) et est voisine de l'île de Port-Cros. Comme les autres îles d'Hyères, l'île du Levant fait partie du territoire de la commune d'Hyères.

De taille pratiquement égale à celle de Porquerolles, l'île du Levant se présente sur une longue arête rocheuse de 8 km de long et seulement 1 km de large mais seul un dixième de sa surface est accessible au public.

Histoire[modifier | modifier le code]

De la préhistoire au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La présence de l’homme sur l’île du Levant remonte à l’âge de bronze ancien (1800 à 1400 av. J.-C.) avec des gisements attestés au Petit Avis[1]. Et les premiers vestiges d’habitations, dans l’anse du Liserot[N 1], remontent au Ve siècle av. J.-C.[2].

Vers 1150[3], les moines cisterciens de l'abbaye du Thoronet fondent une abbaye-fille sur l'île du Levant, au lieu-dit Castelas[N 2]. Cette abbaye n'a pas le temps de prospérer qu'elle est la victime d'un raid de pirates qui pillent l'abbaye et vendent les moines comme esclaves. L'abbaye est rebâtie en 1169 par des augustins, mais de 1198 à 1240 elle est la cible de conflits d'intérêt, l'abbé du Thoronet voulant réintégrer l'abbaye à son ordre. Ces conflits vont jusque devant le pape Innocent III et finissent par aboutir à la révocation des droits revendiqués par l'abbaye et accordés dans un premier temps[4].

En 1531, François Ier crée le marquisat des îles d'Or qu'il confie à Bertrand d'Ornezan[5], en vue de mettre les îles dans l'obéissance du roi et agir contre les pirates. Onze marquis se sont succédé jusqu'en 1785[6].

Deux constructions importantes existant encore aujourd'hui ont été édifiées au cours du XIXe siècle : le fort Napoléon[N 3] dont Napoléon a ordonné la construction en 1811[7], et le phare du Titan[N 4] mis en service en 1841[8].

En 1855, le comte Henri de Pourtalès (1815-1876) rachète l'île du Levant. En 1860, il est autorisé à y créer une colonie pénitentiaire pour enfants afin d'exploiter l'île. Les premiers arriveront en février 1861. Les bagnes pour mineurs furent autorisés par Napoléon III dans le but de vider les villes des orphelins, enfants abandonnés et jeunes mendiants. La colonie pénitentiaire du Levant (colonie agricole de Sainte-Anne)[N 5] fonctionnera pendant 17 ans (1861-1878). Pendant cette période, une centaine d'enfants, soit 10 % des effectifs totaux mourront sur l'île[9]. Récemment, une plaque commémorative a été posée.

En 1878, Simon Philippart devient le propriétaire de l'île. Deux ans plus tard, elle échoit à Édouard Otlet, entrepreneur belge dans les tramways qui en fait sa résidence secondaire[10]. Ses garçons Paul et Maurice y passeront plusieurs étés. Le jeune Paul Otlet (1868-1944) s’y épanouit pleinement et élabore une ébauche de Musée. En 1884, il publie L’Île du Levant[11].

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1892, l’État se rend acquéreur de 90 % de l'île (930 ha), les 65 ha restants demeurent la propriété des héritiers de la famille Otlet. C'est enfin en 1928 qu'une société immobilière rachète ces 65 ha et loue le reste de l'île à l’État. Cette société deviendra la société des Iles d'Or qui sera reprise en 1931 par les docteurs Gaston et André Durville, qui y créeront Héliopolis, un des premiers villages naturistes d’Europe sur une île[12].

La vie du village naturiste d'Héliopolis débute avec notamment l'inauguration de la boulangerie et la célébration du premier mariage en 1932, l'ouverture de la poste et l'arrivée du téléphone en 1936, l'ouverture de l'école publique en 1937. Puis pendant la Seconde guerre mondiale, la vie continue difficilement mais la quasi totalité des habitants quitte l'île avec l'arrivée des allemands en 1943. Enfin, l'île du Levant est le premier point de débarquement des alliés en Provence le 15 août 1944[13].

En 1948, une première protection de l'appontement du "port" de l'Ayguade est réalisée. Le camping des Grottes[N 6] fait le plein l'été 1949 et le concours de la plus belle naturiste de l'île se déroule pour la première fois en 1950. Plusieurs célébrités dont Michel Simon, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, Errol Flynn y prennent leurs quartiers. En 1955, les 65 ha de la zone privée sont isolés du reste de l'île, propriété de l'État, devenu un centre d'essai pour missiles en 1950[14].

Les années 1950 à 1970 voient la fréquentation de l'île augmenter, les fêtes se multiplient et de nombreuses vedettes comme Jayne Mansfield, Georges Moustaki ou Annie Girardot y séjournent[15].

Ce n'est qu'en 1989 que l'île sera électrifiée[16], ce qui changera considérablement la vie quotidienne au Levant.

Climat[modifier | modifier le code]

L'île du Levant possède une station météorologique dont les données, régulièrement actualisées, sont disponibles en ligne[17].

En 2014, l'île n'a subi aucun jour de gel et a connu 10 journées froides (température inférieure à 10 °C), 110 journées estivales (température supérieure à 25 °C) et 10 journées caniculaires (température supérieure à 30 °C)[17].

Températures moyennes relevées sur l'ile du Levant du 01/01/2007 au 31/12/2014[17] :

mois janv. fév. mars avr. mai juin juil. août sept. oct. nov. déc. année
température moyenne en °C 10.38 9.44 12.67 13.64 17.26 20.83 23.09 24.14 21.67 18.36 14.85 11.79 16.37

Le Levant aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Île du Levant

Le domaine naturiste d'Héliopolis[modifier | modifier le code]

Le domaine naturiste d'Héliopolis est un domaine privé ouvert au public. Son port est accessible par ferry depuis Hyères et Le Lavandou. Le domaine, répertorié par la Fédération française de naturisme, est resté fidèle à l'esprit de ses fondateurs :

« Héliopolis doit être non pas une ville ou un village, non pas une agglomération de maisons ou de villas luxueuses avec ses garages, ses casinos, ses théâtres, ses usines, ses maisons de commerce, mais une simple cité rustique où les amateurs d'air et de soleil viendront dans le calme d'une nature splendide, se reposer des fatigues de la civilisation artificielle des villes, en passant des vacances simples et saines, avec le seul luxe d'un idéal élevé et le seul souci d'une santé plus robuste. »

— Art. 1 du Cahier des charges d'Héliopolis, 1932

Dans le village se trouvent la mairie, la poste, l'école primaire, la police municipale, la chapelle, une boulangerie, un commerce d'alimentation et bazar, plusieurs bars et restaurants. Pour l'hébergement touristique, 10 hôtels et villas d'hôtes, 85 villas et appartements en résidences ou auprès des particuliers et un camping.

Il est utile de se munir d'une lampe de poche : il n'y a pas d'éclairage public dans les chemins pour mieux profiter du ciel étoilé. De plus, les voitures ne sont pas autorisées sur l'île.

Pour la baignade exclusivement naturiste, l’île possède une petite plage (plage des Grottes), et de petits solariums ont été aménagés le long de la côte rocheuse avec des accès à la mer.

Être nu est permis (et prévu) partout sur la partie publique de l’île, sauf à proximité immédiate du port et sur la place du village. À ces endroits, il est nécessaire de porter un paréo ou un string. Dans les restaurants en dehors du centre du village, on est habillé bien que le « topless » ou le minimum soit toléré[18],[19].

Plusieurs associations contribuent à la vie du village, en proposant des expositions, des concerts, des visites, des actions en faveur du patrimoine et de la nature, des activités culturelles et sportives.

Un centre UCPA réservé à ses membres est consacré à la pratique de la plongée sous-marine et accessible à partir du niveau 1 CMAS. Le club Sun Plongée de Port Cros propose de découvrir la plongée dès 8 ans et la randonnées palmées autour Port-Cros et Porquerolles.

La réserve naturelle[modifier | modifier le code]

La réserve naturelle volontaire des Arbousiers de 20 hectares a été créée en 1993 sur la partie nord du domaine naturiste d'Héliopolis. Son accès est libre, elle abrite des espèces protégées[20].

Cette réserve accueille la végétation insulaire méditerranéenne. Entre autre les filaires, arbousiers, bruyères arborescentes, cristes-marines, euphorbes...

Mais aussi une faune d'oiseaux sédentaires ou migrateurs, des reptiles (lézards, gecko, couleuvre de Montpellier)[21].

L'île du Levant est aussi une zone de réintroduction de la tortue d'Hermann en raison du faible risque de ramassage, par des humains. Le Village des tortues, association S.O.P.T.O.M, Quartier les plaines, 83590 Gonfaron est à l'origine de ce projet visant à sauver une espèce en voie de disparition[22],[23].

Le centre d'essais de lancement de missiles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : DGA Essais de missiles.

La majeure partie de l'île (90 %) appartient à l’État. Elle sert de centre d'essai pour les lancements de missiles pour le compte de la Direction générale de l'Armement.

Au mois d'octobre 1950, la Marine nationale installe le Centre d'essais et de recherche d'engins spéciaux (CERES)[24].

En 1955, la responsabilité des essais est confiée au Groupe technique d'engins spéciaux (GTES).

Placé, en janvier 1962, sous l'autorité de la Direction des recherches et moyens d'essais (DRME), le GTES prend en charge l'exploitation du polygone de la Renardière. Un peu plus tard, après un regroupement du CERES, du GTES et de la Renardière, le centre prend le nom de Centre d'essais de la Méditerranée (CEM).

Bien que dépendant des militaires, le CERES a été utilisé dès 1956 pour le lancement de fusées pour la recherche scientifique de la société ATEF ou de l'ONERA, avant que le CNET, puis le CNES procèdent à des lancements de fusées Centaure.

Le CEM a fusionné officiellement le 1er janvier 2005 avec le CEL (Centre d'essais des Landes) et le Gerbam pour devenir le CELM (Centre d'essais de lancement de missiles), appelé DGA Essais de missiles depuis le 1er janvier 2010.

Du fait de ces activités d'État, l'île du Levant est placée dans la zone aéronautique P63 qui interdit formellement le survol de l'île par tout aéronef non autorisé.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. l’anse du Liserot est située au nord-est de l’île, dans la zone militaire aujourd’hui
  2. la pointe du Castelas est située au nord de l’île, dans la zone militaire aujourd’hui
  3. le fort se situe en plein cœur du domaine naturiste d'Héliopolis, c'est aujourd'hui une propriété privée qui ne se visite pas
  4. le phare du Titan se situe à la pointe est de l'île, dans la zone militaire aujourd’hui
  5. Le pénitencier est situé dans la zone militaire de l'île, il est maintenant en ruines
  6. Le camping des Grottes était installé sur 18 ha loués à la Marine, il n'existe plus aujourd'hui

Références[modifier | modifier le code]

  1. Brun 1997, p. 17
  2. Brun 1997, p. 19
  3. Brun 1997, p. 48-49
  4. Patrick Aslanian, « Des moines sur l’île du Levant », sur http://patrick.aslanian.free.fr (consulté le 23 octobre 2013).
  5. « Bertrand d’Ornezan, 1er marquis des Îles d’Or en 1531 »
  6. Brun 1997, p. 88-89
  7. Capoulade et Goldet, Le fort Napoléon
  8. Gritti 1989, p. 146
  9. L'histoire de cette colonie est détaillée dans le livre de Claude Gritti, Les enfants de l'île du Levant, Paris, Lattès, 1999, 349 p.
  10. Françoise Levie, L’Homme qui voulait classer le Monde. Paul Otlet et le Mundaneum, Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, 2007, p. 23-27
  11. Paul Otlet, L’Île du Levant, typographie et lithographie E. Guyot, 39 pages
  12. Gritti 1999, p. 346
  13. Capoulade et Goldet, Héliopolis, p. 35-124
  14. Capoulade et Goldet, Héliopolis, p. 126-185
  15. Miaille 1998, p. 5-15
  16. Miaille 1998, p. 29-30
  17. a, b et c « Météo station île du Levant », sur f8hjv.fr (consulté le 2 janvier 2015)
  18. Arrêté municipal d’Hyères no 25, 14 mars 1978, modifié le .
  19. Var-Matin, 14 juin 2008[réf. incomplète].
  20. Teilhol 1998
  21. « Le domaine des Arbousiers, réserve naturelle »
  22. http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/40678/397.pdf?sequence=1
  23. Revue Science et Nature, hors série, avril 1995, p. 19.
  24. Œuvre historique collective, dont Jean-Claude Pecker, préface de Jacques Blamont, avant-propos de Yannick d'Escatha, etc., Les débuts de la recherche spatiale française : au temps des fusées-sondes, Paris, Éditions Édite pour l'Institut français d'histoire de l'espace, (ISBN 978-2-84608-215-0)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Brun, Les îles d’Hyères, fragments d’histoire, Actes Sud, , 175 p.
  • Claude Gritti, Des Maures aux îles d’or, Claude Gritti, , 255 p.
  • Claude Gritti, Les enfants de l’île du Levant, JC Lattès, , 349 p.
  • Frédéric Capoulade et Hélène Goldet, Héliopolis, histoire d’un jardin d’essais, Syndicat d’administration d’Héliopolis, , 287 p.
  • Frédéric Capoulade et Hélène Goldet, L’histoire du fort Napoléon, Syndicat d’administration d’Héliopolis, , 78 p.
  • Claude Teilhol, Flore et faune de l'île du Levant, Syndicat d’administration d’Héliopolis, , 64 p.
  • Jean Miaille, Bribes Levantines, Cahiers du Levant, vol. 1, , 37 p.
  • René Faucon et al., Héliopolis, documents, souvenirs, Cahiers du Levant, vol. 2, , 62 p.
  • Philippe Fourneau, Notes fugitives, Cahiers du Levant, vol. 3, , 46 p.
  • Léonard Lassalle, Honor 1932-1942, Cahiers du Levant, vol. 4, , 48 p.
  • Hélène Goldet et Frédéric Capoulade, Gens du Levant, Cahiers du Levant, vol. 5, , 64 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]