Ratonneau

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Ratonneau
Port et village de Ratonneau.
Port et village de Ratonneau.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Archipel Îles du Frioul
Localisation Mer Méditerranée
Coordonnées 43° 17′ 02″ N, 5° 18′ 34″ E
Point culminant non nommé (76 m)
Géologie Île continentale
Administration
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Bouches-du-Rhône
Commune Marseille
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+01:00

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Ratonneau
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Îles en France

L'île de Ratonneau est une des îles du Frioul situées dans la rade de Marseille à plus de 2 miles du Vieux-Port et fait partie du Parc Maritime des Îles du Frioul. Elle est longue d'approximativement 2,5 km sur 0,5 km de large. Elle est reliée à l'île de Pomègues par la digue Berry construite en 1822.

Administravement parlant, elle fait partie des 1er et 7e arrondissements de la ville de Marseille, compris dans le canton de Marseille-Saint-Lambert.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Les romains désignent cette île sous le nom de Galiana[1],[2]. C'est un nom qu'elle conserve jusque aux XIIIe et XIVe siècles et que porte toujours l'une des voies de mise en eau au fond du port, dénommée anse Galiane. A partir du XIIIe siècle la cotoie l'appellation « île de Saint Etienne », en raison de l'existence d’un prieuré dédié à Saint Etienne érigé entre temps sur cette île, encore appellée « île de Saint Stephane » et « Ratonellus », Ratonneau. Cette derniere appellation ne désigne toutefois à l'origine que le port de l'île: « portu ratonelli qui est in insula nostra Sancti Stephani »[3]. Le nom de Ratonnellus, Ratonneau s’est donc imposé, mais les avis divergent sur l'origine réelle du nom :

L’hypothèse sémantique dominante est celle selon laquelle « Ratonellus », Ratonneau désigne le petit rats,« Ratoun » en provençal[4]. Toutefois, cette origine est battue en brèche par le fait qu'il existe un autre lieu en Provence portant le nom de Ratonneau, sans qu'aucune allusion n'ait jamais été faite à la présence spécifique de ces rongeurs: Notre-Dame de Ratonneau, perchée sur un éperon rocheux de Sérignan dans le Vaucluse.

Une origine plus ancienne, celtique[5], parait également pouvoir être retenue: rate, ratae, ratis signifiait « muraille, rempart », et par extension « position fortifiée, fort » comme en attestent le toponyme de Carpentras « Carbanto - rate », celui de l' « Île de Ré », « (B)Ré tagne », la Bretagne. Une origine qui conviendrait tant pour l’île de Ratonneau que pour le Ratonneau vauclusien[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Fort Ratonneau.

Les Iles du Frioul étaient autrefois reliées au continent. Les brèches de l'Ile de Ratonneau contiennant des squelettes de rongeurs et d'ours en attestent. Elles furent séparées du continent à partir de l'époque mésolithique, avec la remontée du niveau de la mer[7] après les périodes de glaciation.

Si l’île voisine de Riou présente les traces de l’un des plus anciens sites néolithiques d’Europe occidentale (VIème millénaire avant notre ère), sur les îles du Frioul et l’île Maïre, les traces d’activité humaine les plus anciennes remontent à l’Age du Bronze[8].

Situées près d'une métropole fondée dans l'Antiquité, Ratonneau endosse selon les besoins un rôle militaire, d'annexe du port commercial, ou de quarantaine sanitaire.

Utilisation civile[modifier | modifier le code]

De 1822 à 1880, les besoins en materiaux de construction des extensions du port commercial conduiront à l’exploitation de trois carrières sur les Iles du Frioul par les Ponts et chaussées. Deux etaient situées sur l’Ile Ratonneau: la carrière de Morgiret, située sur la anse éponyme et reliée à la carrière de Ratonneau par une voie taillée dans la roche[9]. Les quelques centaines d’ouvriers sont payés entre 2,5 et 3,5 francs pour 14 heures de travail par jour alors qu’un menuiser gagne entre 4 et 5 francs. Des voies ferrées sont installées et des hippomobiles tirent les blocs vers cinq embarcadères, dont deux équipés de grues permettant de charger les gros blocs. Le relief magistralement aplani laissera la place aux bâtiments et dépendances du « Lazaret des îles » décrit plus loin. L’Armée, quant à elle, se félicite de l’émergeance d’une falaise grâce au creusement de la carrière, qui rend son fort de Ratonneau, situé au sommet de la colline adjascente, inaccessible.

La construction que réalisent les pilotes inspire Gaston Defferre devenu maire de Marseille. En 1972, il demande et obtient du Ministère de la Défense, le rachat des lieux. La municipalité décide en 1975 de la création d'un nouveau quartier de Marseille à vocation touristique et balnéaire. Un "embryon" de noyau urbain assorti de la construction d'un port de plaisance est planifié. D'entrée de jeu, la circulation automobile n'y est pas admise, exception faite de celle des véhicules des services publics.

L'accès en est assuré par des navette marîtimes entre le vieux port de Marseille et le Port Dieudonné ou port du Frioul, sur l'île de Ratonneau.

En 2008 l'île compte 450 logements, une quinzaine de commerces touristiques, une caserne de pompiers, un centre de vacances Léo Lagrange, et le port de plaisance propose un mouillage à quelques 650 bateaux.

Utilisation sanitaire[modifier | modifier le code]

Après la grande peste de Marseille (1720), l’archipel du Frioul constitue le cœur de la strategie de protection sanitaire de Marseille. L’île de Ratonneau servira de lieu de quarantaine pour les bateaux venant de pays étrangers. Si à partir du XIXe siècle, les épidemies de peste deviennent exceptionnelles, la fièvre jaune, le typhus et surtout le choléra deviennent les fléaux dominants[10].

Vers 1820, le commerce et les transports via Marseille connaîssent un essor sans précédent. Les infrastructures portuaires de la ville en arrivent à connaitre les limites de leurs possibilités, peinant à accueillir les navires. Le besoin d'une extension du port et d'un remaniement de l'urbanisme se fait clairement sentir.

C'est exactement dans ce contexte qu'éclate en 1820, une épidémie de fièvre jaune qui touche Barcelone avant Marseille. La mairie et les industriels craignent alors que les épidémies ne paralysent les activités et détournent le traffic commercial de la ville, traditionnellement en concurrence avec Gênes et Barcelone. La municipalité décide de la construction d’un hôpital sur l’île de Ratonneau comme de relier cette dernière à l’île de Pomègues par une digue, qui abritera un port, baptisé "Port Dieudonné"[11], auquel sera adjoint un ponton d'accostage. Une autre digue, la digue Condorcet, le protégea de la Largade (vent d'est).

L'ingénieur Hyacinthe Garella[12],[13],[14] (1775-1852) sera chargé de la réalisation de la digue et du port. L'architecte Michel-Robert Penchaud, dont les nombreuses réalisations ornent la ville, est chargé de mener le projet hospitalier. Il réussira à réaliser un bâtiment fonctionnel performant tout en liant le style de son époque à celui des vestiges romains.

L'inauguration de l'hôpital a lieu le 3 juillet 1828. Il fut baptisé « Hôpital Caroline » par égard au destin émouvant de l'une des personnalité ayant effectué une quarantaine auprès de l'ancien Lazaret d'Arenc, la duchesse de Berry, dont l'époux avait été assassiné en 1820 et en hommage duquel la digue, terminée en 1822, avait été baptisée Digue Berry[15].

Cet établissement reçut le surnom plus populaire d' « l’hôpital du vent », ayant été conçu pour bénéficier d'une ventilation naturelle et constante. En effet, à l’époque, les scientifiques considéraient que les courants d’air dispersaient les miasmes et contribuaient ainsi à la guérison des malades.

Lorsqu'en 1844, la municipalité décide de gagner une superficie d'environ 20 hectares pour construire un port commercial baptisé bassin de la Joliette. Ce plan d'extension suppose la préemption du territoire sur lequel se trouve le lazaret d’Arenc. La ville de Marseille décide conséquemment de délocaliser ses installations sanitaires, devenues par ailleurs largement insuffisantes. C'est ainsi qu'il est décidé de les transférer sur l’archipel du Frioul. Le nouveau complexe sanitaire, baptisé « Lazaret des îles », est inauguré en 1851. À cette occasion, le l'hôpital reçoit le nom plus républicain[16] d' « Hôpital Ratonneau ». Il est à l’époque le plus grand et le plus efficace de la Méditerranée.

Dans les années 1920, les autorités installent sir l'île un centre de tri sanitaire pour y accueillir les réfugiés fuyant le Génocide arménien.

Utilisation militaire[modifier | modifier le code]

Avancées naturelles de Marseille sur la mer, les îles du Frioul connaissent de facto une vocation militaire. Non seulement les autochtones mais aussi les stratèges, qu'ils soient pirates de passage, conquérants ou occupants sarrasins, italiens, espagnols, anglais ou allemands, tous ont su tirer parti des caractéristiques qu'offrent ces îles pour attaquer ou contrôler Marseille. C'est pourquoi des fortifications y seront érigées et maintenues au long de toutes les époques.

En 49 av. J.-C., César fait mouiller les navires de la flotte romaine qui assiège Marseille dans la anse Galiane.

Sous Henri IV, un fort très important, aujourd'hui disparu, couronne l’île. Plus tard, Vauban en renforcera les fortifications. Napoléon puis la IIIe République y installeront des batteries d'artillerie. En 1859, il servira de prison à quelque deux mille prisonniers autrichiens.

A l'issue de la Grande Guerre, les progrès hygieniques aidant, les épidémies se font plus rares et les installations sanitaires de l'île Ratonneau perdent en fréquentation. Dans les années 1930, ceci conduit la ville à transférer le contrôle de l'île à la Marine nationale qui aménage les structures existantes afin de permettre à ses batiments d'y accoster, notamment des frégates et des porte-mines.

Durant la seconde guerre mondiale, en 1942 les hommes du STO (Service du travail obligatoire) construisent sur le "plateau de Mangue" une serie de sept Bunkers équipés de pièces d'artillerie dominant la rade et Marseille. Ils font partie du « Sudwall », du mur du Sud, conçu sur le modèle du Mur de l’Atlantique.

Avec la Guerre Froide consécutive au conflit, l'Armée en fait un terrain militaire, dont l'accès est totalement interdit au public. Elle l'aménagera pour y faire accoster jusqu’à quatre escorteurs et quatre chasseurs de mines simultanément. Le pilonnage du secteur auquel s'ajouteront les bombardements alliés raseront la quasi totalité des aménagements militaires, et modifieront la topologie de l'île, exception faite des bunkers. Cynisme récurrent à chaque conflit armé nonobstant les jalons posés par le droit de la guerre, le « Lazaret des îles » sera lui aussi en grande partie détruit par les bombardements alliés d’août 1944

Conservent néanmoins le droit de cité sur l'île, les pilotes du port de Marseille. A chaque conflit, leur lieu de résidence est l'objet d'attaques toujours plus destructrices. Le droit maritime obligeant depuis la fin du XIXe siècle à la présence d’un pilote local à bord des bâtiments fors en approche, c'est pourquoi vers 1948, les pilotes de la ville achètent un terrain à la Marine. Ils y font ériger l’une des stations du service du pilotage de Marseille-Fos, la "Maison des Pilotes", à laquelle ils font donner la forme d'une étrave. Trois pilotes y assurent une permanence.


Constructions[modifier | modifier le code]

  • La « Batterie du Cap de Croix »[17], sur la cap eponyme, à l'extrémité Est/Nord-Est de l'île
  • L'« Hôpital Caroline » au Nord-Est de l'île
  • La « Batterie de Ban », au Nord Ouest de l'île
  • Le « Fort de Ratonneau »[18], au centre de l'île
  • Le « Pavillon Hoche », quartier des officiers de l'ancien lazaret militaire
  • La « Chapelle pour la quarantaine du Port de Frioul »,
  • La « Maison des Pilotes », permance du service de pilotage de Marseille-Fos
  • La « Batterie de Mangue », partie du « Sudwall », sur la presqu’île de Mangue, à l'Ouest de l'île
  • Le « Fort de Brégantin », à l'extrémité Ouest de l'île, devenue propriété privée du plasticien Jean-Claude Mayo, puis du designer Ora-ïto.

Calanques et plages[modifier | modifier le code]

  • Calanque du Fond de Banc au Nord-Est de l'île
  • Plage Saint-Estève dans la Calanque éponyme au Sud-Est de l'île
  • Plage de Morgeret dans la calanque éponyme au Nord-Ouest de l'île
  • Plage du Grand-Soufre au Sud-Ouest de l'île
  • Calanque des Lindes au Nord-Ouest de l'île.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. cf criée de Marseille de 1331-1332 - en provençal « que neguna persona privada ni stranha non vaga cassar a las islas de nostro sehnorle rey, so es assaber en Galiana ni en Pomegue »
  2. Philippe Rigaud, « Les îles de la Provence (Liber insularum Provinciae. Essai sur la toponymie insulaire (XIIe–XVIesiècle) », dans "Des îles côte à côte. Histoire du peuplement des îles de l’Antiquité au Moyen-Âge", Bulletin archéologique de Provence, supplément 1 (Actes de la Table ronde de Bordighera, 12-13 décembre 1997), p. 46-66, 2003, page 49
  3. cf. Statuts municipaux de Marseille
  4. solidement implanté sur certaines des îles de la rade de Marseille , ex sur l’île de Riou ou l'île Maire
  5. cf Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Paris, 2001, in Errance, p. 214.
  6. lire aussi à ce sujet, Jean-Claude Bouvier, Toponymie des côtes insulaires. Les îles du Frioul à Marseille (Pomègues et Ratonneau). In: Nouvelle revue d'onomastique, n°56, 2014. pp. 5-26 https://www.persee.fr/docAsPDF/onoma_0755-7752_2014_num_56_1_1799.pdf
  7. +25-30 m de hauteur selon le Bulletin du Muséum d'histoire naturelle de Marseille, Volumes 18 à 22, Impr. municipale, 1958, p. 108
  8. in Charte 2011 du Parc national des Calanques p 36 http://extranet.parcnational.fr/phpmyfaq/images/Charte_PNCal_partie1.pdf
  9. Les carrières étaient exploitées par l’entreprise L. Dupuy & P. Magnac Ainé, et la Compagnie Générale des Travaux Publics et Particuliers.
  10. 30°% des enfants de moins d'un an succombent à l'une de ces maladies - soit une mortalité infantile à Marseille à cette époque superieure à celle de Paris ou de Lyon, in Indicateur Marseillais, 1890
  11. ... en l'honneur de Jacques-Augustin Dieudonné, élève de François-Joseph Bosio et du peintre Antoine-Jean Gros formé à l'École des beaux-arts de Paris et lauréat du prix de Rome en gravure de médaille et pierre fine en 1819 avec Milon de Crotone attaqué par un lion, un motif étudié plus tard par Pierre Puget.
  12. Hyacinthe GARELLA (1775-1852) époux de Marie Laurette Julie Théodore SEILLARD. Fils de François Antoine GARELLAZ, architecte, et de Marie Anne HEURTEUR. D'origine italienne, il avait été ingénieur ordinaire des Ponts et chaussées au Léman (1799), puis dans les Bouches-du-Rhône (1805). Au service d'Élisa Bacciochi, princesse de Lucques et Piombino, il est ingénieur en chef de la Méditerranée (1809). Revenu en France (1814), il est affecté aux Bouches-du-Rhône et chargé de travaux en Camargue. Louis XVIII le naturalise français (1816) et le nomme 1e classe (1817), puis ingénieur en chef directeur (1835). Il est en charge des travaux de tous les ports de la Méditerranée et de ceux de la vallée du Rhône (1837) puis inspecteur divisionnaire (1842). Il prendra sa retraite en 1847 - selon le site web de la Famille polytechnicienne. Il est le père de Félix-Napoléon GARELLA (1809-1858), Ingenieur ordinaire des Ponts et chaussées en 1799. En 1814, il est chargé des travaux d'aménagement de la Camargue et eut la responsabilité de tous les ports de la Méditerranée, puis des travaux de la vallée du Rhône. Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1825, sorti classé 17 sur 113 élèves), et de l'Ecole des mines de Paris, Corps des mines. http://www.annales.org/archives/x/garella.html
  13. Collection de discours administratifs et académiques, de notices historiques, mémoires, rapports, et autres oeuvres littéraires, Bände 1-2, Christophe de Villeneuve (comte de), Imp. Achard, 1829, p. 139
  14. voir aussi Le moniteur universel, volume 73, supplément du 7 juillet 1824, p139
  15. La digue est dite digue de Berry.
  16. La France vient de vivre la "Revolution de 1848" à l'issue de laquelle se renforce la nature républicaine de son régime politique.
  17. Batterie du Cap de Croix
  18. Fort Ratonneau

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]