Louttre.B

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Louttre.B
LouttreB.png

Louttre.B en 1995.

Naissance
Décès
Nom de naissance
Marc-Antoine Bissière
Nationalité
Activité
peintre, graveur
Maître
Père
signature de Louttre.B

signature

Louttre.B, pseudonyme de Marc-Antoine Bissière, né le à Paris, où il est mort le [1],[2], est un peintre et un graveur français, dont l'œuvre d'abord non figurative se développe à partir de 1962 dans le sens d'une « représentation allusive » tout à la fois poétique et humoristique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marc-Antoine Bissière, dit « Louttre », est le fils du peintre Roger Bissière. Celui-ci enseigne à l'académie Ranson, que devaient fréquenter, autour de 1935, Jean Le Moal, massier de son atelier de fresque, Alfred Manessier, le sculpteur Étienne Martin. Quittant Paris en 1938 Bissière s'installe à Boissiérette, dans le Lot, où Louttre demeure jusqu'en 1949. Dès 1942 il commence à peindre, tandis qu'il travaille aux champs et débarde le bois. En février 1944 il participe, sous le nom d'Antoine Bissière, à une exposition à la Galerie de France, préfacée par Gaston Diehl, avec Bissière et ses amis, Bertholle, Le Moal, Manessier, Singier, Étienne Martin. Il entre en mai dans un maquis du Lot puis est incorporé.

À partir de 1945, Louttre travaille avec Bissière :

« J'avais vingt ans, nous peignions chaque jour dans le même atelier, dos à dos ; et pendant deux ans, nous avons joué au ping-pong, lui avec son savoir, moi, avec l'inconscience de la jeunesse : il trouvait quelque chose, je le reprenais ; il le reprenait à son tour. Ce furent deux années de partage. Je lui offrais ma candeur, il m'offrait son savoir », se souvient-il[3].

En 1949, Louttre s'installe à Paris, peintre en bâtiment jusqu'en 1955, se marie[2] en secondes noces en 1954 avec Laure Latapie, fille du peintre Louis Latapie ; il avait quatre enfants[2] dont un fils, Martin Bissière, devenu peintre à son tour.

La galerie Pierre Loeb présente ses peintures en 1957 et la galerie Jeanne Bucher en 1959 (préface de Jacques Lassaigne). Il expose parallèlement au Salon de mai puis au Salon des Réalités Nouvelles. En 1960, il commence à graver le linoleum et le bois en taille douce, en amicale complicité avec Marcel Fiorini. Il est en 1961 lauréat de la deuxième Biennale de Paris.

À partir de 1962, il se détourne de la non-figuration et revient vivre à Boissiérette jusqu'en 1967, signant désormais ses toiles Louttre.B. De 1965 à 1967 il réalise une série de peintures au sable, technique à laquelle il reviendra plusieurs fois dans les décennies suivantes. Il est, en 1966, lauréat de la cinquième Biennale de la gravure de Tokyo et, en 1967, de la Triennale de Grenchen, en Suisse.

En 1970, la galerie Jeanne Bucher expose, préfacées par Gaëtan Picon, les « gravures pour le mur » (2 mètres sur 3 mètres) que Louttre.B a imprimées avec l'aide de Fiorini et de Paul Decottignies.

« Il m'a semblé sans intérêt de faire de la gravure si je n'inventais pas une nouvelle technique ; et si, cette technique, je ne la faisais pas évoluer au cours des années », dit-il : « La dimension aussi me semblait un moyen d'échapper au côté traditionnel de la gravure, de trouver une autre façon de graver. Il n'y a nul goût de record dans les méga-gravures que j'ai réalisées, seulement un désir de renouveau[4]. »

Louttre.B, travaillant entre Paris et Boissiérette, présente par la suite près d'une centaine d'expositions particulières de ses peintures et gravures à Paris (notamment à la galerie Fabien Boulakia entre 1979 et 1987, puis à la galerie Le Troisième Œil) et en province, mais aussi en Allemagne, au Danemark, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Suède et en Suisse. Il réalise plusieurs livres et, à partir de 1966, des sculptures monumentales en ciment, principalement pour des bâtiments publics. Entre 1968 et 1973, il collaborera plusieurs fois avec la Manufacture nationale de Sèvres à la réalisation notamment d'une fontaine, d'un panneau mural et d'une pendule.

Œuvre[modifier | modifier le code]

L'œuvre peint[modifier | modifier le code]

Autour de 1960 Louttre inverse sa démarche jusque là non figurative en une active néo-figuration. À l'opposé du « paysagisme abstrait », les glissements les uns dans les autres des pans de couleurs font ainsi surgir de ses toiles d'inidentifiables « quasi-objets ». Les resserrements et ajustements réciproques des surfaces évoquent plus lisiblement dans les années suivantes les silhouettes des vivants et des choses. Ancêtres en Médaillons et Ravageuses de plage, flacons et coquetiers, machines à coudre, bouilloires, rocking-chairs, bicyclettes et brouettes défilent ou se rassemblent pour des voisinages insolites. En un climat agreste les rejoignent légumes, fleurs ou champignons, et bon nombre de passereaux, perdrix, hérons, étourneaux. Tandis que dominent en peinture les visions et les produits de la société industrielle, Louttre.B offre à l’image populaire un avenir imprévu, réalise en 1974 Enseignes et pancartes, ainsi qu’un Tarot des familles. Dans des paysages composés en marge de tout réalisme, auxquels il donne régulièrement des titres où le calembour le dispute à l'à peu près, il mêle en 1979 les registres de l’espace dans la chronique de ses Coulheures.

Au long de cet inventaire du quotidien, à mesure que Louttre.B déplace son attention des objets les plus proches vers les choses du dehors, la présence de l’Arbre se lève de plus en plus distinctement dans ses toiles pour en investir autour de 1980 la quasi-totalité. En 1983 les multiples horizons que réunissent, comme hai-kaï plastiques, ses Pays-sages en répercutent en des espaces simultanés les échos. Louttre.B introduit alors des photographies découpées dans des magazines, collées puis intégrées en les repeignant dans la composition du tableau. Puis apparaissent en 1986 dans ses Champs d'amour de larges bâtisses, fermes et granges, parmi la poussée tenace de la terre, le déferlement massif des forêts, la tectonique des campagnes. En une nouvelle mutation de sa peinture, collines et coteaux, naguère fragiles sous l'immensité des nuages, emportent les cadastres qui les contenaient, ruissellent puissamment jusqu’aux sommets de la toile. Une lumineuse rumeur terrestre monte dans les rafales de la Saison verte.

Lui succède de 1989 à 1992 celle des Sables qui, mêlés aux pigments, incitent la main à inscrire au plus vif ses traces, le regard à les réactiver. Verres, fleurs et fruits, figues ou citrons, gravitant sur la toile en toute liberté, exhalent du plus profond leurs murmures intimes. C’est alors que Louttre.B en revient à la silhouette humaine. Quand les peintres, avec le cubisme, « ont voulu briser la figuration, ils se sont surtout attaqués aux paysages, aux objets, aux natures mortes. La figure humaine dans l’ensemble les intéressait moins. Or, après un demi-siècle d’abstraction, on se sent plus à l’aise en s’attaquant à la figure humaine dans la recherche d’une nouvelle figuration », déclarait-il en 1969. Nombreuses étaient alors les figures aux visages indistincts qui peuplaient ses toiles. Trente ans plus tard il en modifie les signes autour des robustes présences féminines qui parsèment les Pages de son Sable show, Reine ou Vénus, Ève ou passante anonyme tout droit sortie de Pompéi peut-être.

Tout au long de cet itinéraire Louttre.B Déconstruit et reconstruit régulièrement son langage. « J’ai souvent essayé de nouvelles choses avec des matières neuves pour moi; chaque fois avec des balbutiements, des repentirs. Petit à petit, par l’acharnement, on arrive au meilleur de soi-même; et puis, on s’use; un jour on s’ennuie : là il faut laisser tomber, trouver une technique autre qui redonnera l’excitation, le désir de faire, et non plus de refaire. Il faut partir dans un autre voyage. J’ai passé ma vie dans de nouveaux voyages », confie-t-il[5]). Autour de 1992 il en revient un moment à l’huile. Dans un monde plus aérien les formes se resserrent comme idéogrammes au milieu des plages de la couleur. Puis il retrouve l’acrylique et le sable. Les signes qu’il y sème interpellent de nouveaux êtres du monde ou reprennent en d’autres timbres ses thèmes familiers.

« J'ai peint à l'huile, à l'acrylique, à la colle, au sable : on ne peint pas avec du sable comme avec l'huile. Chaque matériau vous force à trouver d'autres gestes et à découvrir un nouveau plaisir de faire », dit encore Louttre.B[6]. Au long de ses Campagnes de l’an II (2001), dans le sillage nacré de l'Oiseau traversant le ciel frémissent des étendues ocre et rougeoyantes. Ajouré dans les griffures de ses branches ou calciné dans le trait du fusain, l’Arbre qui l’accompagne passe sous toutes les saisons de la couleur par toutes les essences. En d’incessantes métamorphoses se répondent les minces damiers des plumages et feuillages. Puis une visite de Louttre.B au Musée de Cluny fait entrer, en un climat médiéval qu’avait déjà sporadiquement côtoyé son travail, La Dame à la licorne dans une série de toiles développée en 2002. Voilée dans sa stature sculpturale par le flux des plis ou les empreintes de dentelles dont il la vêt, sa silhouette conjugue, sous le tourbillon des oriflammes, la vivacité des bleus, des ocres et des roses avec celles de la tente qui l’abrite, de la licorne qui l’accompagne.

Caractéristique de la peinture de Louttre.B est ainsi son renouvellement, à travers l'interrogation qu'elle poursuit de son langage, de ses moyens, de ses pouvoirs. Chacune de ses étapes en extrait les signes possibles, instables, qui seraient susceptibles dans leur variété, dans la variation qu’il en opère, l’interaction qu’exercent leurs rencontres, de révéler des êtres du réel et de l'imaginaire, toujours aisément identifiables, une présence jusqu'alors inconnue. Par une recréation continue, une constante récréation, c’est à l’instant où les traces, du trait ou du geste, se refermant sur leur réalité propre, commencent de mener en elles hors d’elles-mêmes, de réfracter en une approche neuve l’Arbre et l’Oiseau, les collines et les coteaux, qu'il suspend formes et couleurs, pour les donner à éprouver dans leurs qualités tout à la fois visuelles et tactiles. Dans ma peinture, dit Louttre.B, « il y a une grande banalité, et une volonté de ne pas déranger l’ordre mental du spectateur en lui offrant une image parfaitement acceptable. Je désire qu’il appréhende les éléments figurés, qu’il les reconnaisse, et que cette perception soit une fenêtre sur sa délectation »[7].

En 2009, vingt-et-un tableaux de Louttre.B inspirent des textes poétiques à Annie Briet dans La Chair des Jours", SOC & FOC éditeur.

L'œuvre gravé[modifier | modifier le code]

Autour de 1958, Louttre.B réalise quelques aquatintes mais c'est à partir de 1960 qu'il grave régulièrement sur zinc, sur cuivre, sur linoléum et sur bois, support qu'il adopte définitivement à partir de 1962.

Un premier volume de son Œuvre gravé, édité en 1985[8], recense 442 titres, un deuxième, en 2007[9], 462.

Il a réalisé plusieurs livres entièrement gravés:

  • Le Néon de la vie, 1967
  • Le Tarot des Familles, 1976
  • Les Douze Émois, 1980
  • Les Très Riches Heures, 1985
  • Pauvre Gaspard de Verlaine, 1995
  • Le Bogjo's Bohmp de Walter Léwino, 1995

Citations[modifier | modifier le code]

« Le sujet ? Il importe peu. C'est un support. Le fil est étroit entre figuration et non-figuration. J'ai choisi une représentation allusive : c'est la seule voie où je me trouve heureux, et puis peu importe ce que l'on peint, il n'y a que la manière de peindre qui compte. Le paysage m'a été longtemps porteur : je suis et je resterai un homme de la terre. Toute mon enfance, mes souvenirs sont attachés à ces paysages du Quercy. Les objets simples et amicaux de la vie quotidienne m'inspirent plus que le visage humain. »

— in Baptiste-Marrey, 1994, p.71

« La gratuité d'une œuvre est aussi quelque chose qui me tient à cœur. J'aime les travaux immobiles que j'ai réalisés à Boissiérettes ; ils ne sont ni négociables ni déplaçables, seulement conçus pour ce lieu. Les tableaux, eux, ont leur vie propre ; ils sont négociables, même si le but n'est pas là. Ils voyageront ! Mes sculptures en béton sont accrochées au rocher. »

— in Baptiste-Marrey, 1994, p. 79

« J'ai fait bien des choses : des sculptures géantes, des gravures de toutes dimensions, des vitraux, des tapisseries, et des choses plus humbles, mais tout ce que j'ai fait n'a eu que la peinture pour point de départ et me ramène toujours à la peinture. Je ne vis que pour cet instant fugitif de bonheur, ce moment aussi court qu'une étincelle où on ne sent vivre. »

— in Baptiste-Marrey, 1994, p. 85

Musées et collections publiques[modifier | modifier le code]

Éléments de bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : Source utilisée pour la rédaction de l’article

  • Gérard Xuriguera, Les années 50 - Peintures, sculptures, témoignages, Arted, 1984.
  • Louttre.B, L'œuvre gravé 1960-1983 (442 œuvres recensées et reproduites), textes de Bruno Foucart et Francette Woimant, Éditions F. Hazan, Paris, 1985. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel-Georges Bernard, Louttre.B, Chronique aux bords du visible, Galerie Fabien Boulakia et Cimaise no 188, Paris, juin-août 1987 (en français et en anglais); Galerie Kruper, Essen, novembre-décembre 1987 (en français et en allemand). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lydia Harambourg, Dictionnaire des peintres de l'École de Paris, 1945-1965, Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 1993 (ISBN 2825800481); nouvelle édition, 2010, p. 315 (ISBN 978-2-8258-0241-0)
  • Baptiste-Marrey, Louttre.B, Portrait en douze esquisses, Centre Régional des Lettres d'Aquitaine / Le Castor Astral, Bordeaux, 1994. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Louttre.B, Peintures, gravures, sculptures, 1985-1995, texte de Philippe Piguet, Éditions Arts et Dialogues Européens, Cajarc, 1996. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Louttre.B, textes de Bernard Ethuin-Coffinet, Baptiste-Marrey, Michel-Georges Bernard, Paul Pavlovitch et François Mathey, Musées de Sens, Sens, 2003 (ISBN 2913909116) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Louttre.B, L'œuvre gravé, 1984-2006, textes de Alin Avila, Baptiste-Marrey, Lydwine Saulnier-Pernuit et Gérard Sourd, Aréa Paris - Musées de Sens, 2007 (240 p.) [462 œuvres recensées et reproduites, datées de 1984à 2006] (ISBN 2-913909-23-X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Louttre.B, l'insolente nécessité de la peinture, texte de Bernard Ceysson, Éditions Ceysson, Paris, 2012 (96 p.) (ISBN 978-2-9163-7354-6)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Marc-Antoine Bissière est mort » sur ladepeche.fr.
  2. a, b et c « Le peintre Louttre-B. est décédé » sur la-croix.com.
  3. In Baptiste-Marrey, Louttre.B, 1994, p. 65.
  4. In Baptiste-Marrey, 1994, p. 81
  5. In Baptiste-Marrey, 1994, p. 83
  6. In Baptiste-Marrey, 1994, p. 75
  7. Louttre.B, Éditions Arts et Dialogues européens, 1996, p. 25.
  8. Louttre.B, L'œuvre gravé 1960-1983, textes de Bruno Foucart et Francette Woimant, Éditions F. Hazan, Paris, 1985
  9. Louttre.B, L'œuvre gravé, 1984-2006, textes de Alin Avila, Baptiste-Marrey, Lydwine Saulnier-Pernuit et Gérard Sourd, Aréa Paris - Musées de Sens, 2007.

Liens externes[modifier | modifier le code]