François Mathey

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François Mathey
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Biographie
Naissance
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Nationalité
Activité

François Mathey, né le à Ronchamp, Haute-Saône, France et décédé le à Coulommiers (Seine-et-Marne), a été conservateur, puis conservateur en chef au musée des arts décoratifs de Paris de 1953 à 1985.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, François Mathey entre à l'inspection générale des Monuments historiques, avant de devenir inspecteur des Monuments historiques en 1950 puis, bien après son parcours professionnel au musée des arts décoratifs de Paris, il est nommé inspecteur général en 1979. C'est dans ce corps d'État qu'il devient un « découvreur » et qu'il s'intéresse notamment à l'art sacré. On lui doit, entre autres, la redécouverte de la tête du Christ du tympan de la cathédrale d'Autun, le Saint Joseph charpentier de Georges de La Tour (Besançon) et le Saint Nicolas de Gustave Courbet (en 2013 au musée Courbet d'Ornans).

En 1950 sa carrière prend un tournant. Il participe à l'aventure de la chapelle de Ronchamp dans la Haute-Saône, France, en accompagnant l'abbé Lucien Ledeur afin de convaincre Le Corbusier de venir bâtir sur la colline de Bourlémont. Avec la Commission diocésaine d'art sacré de Besançon (1945), il est déjà impliqué dans une modernisation des lieux de culte. Ainsi François Mathey siège à cette commission quand Alfred Manessier fait les premiers vitraux abstraits de France aux Bréseux ou que Fernand Léger, Jean Bazaine et Jean Le Moal sont choisis pour décorer l'église d'Audincourt. L'amitié qu'il noue avec des artistes modernes lui vaut des inimitiés à l'inspection et, avec le soutien de Jacques Dupont vice-président de l'Union centrale des arts décoratifs (UCAD), il entre au musée des Arts décoratifs.

À une époque où il n'existait pas, à Paris, de musée d'art moderne digne de ce nom, il se signala en organisant aux Arts décoratifs de remarquables expositions consacrées à des artistes du XXe siècle. Il crée également le Centre de création industrielle (CCI), qui fut par la suite intégré au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou.

La première exposition d'envergure pour François Mathey au musée des arts décoratifs est, en 1953, celle sur les « Vitraux de France » qui est une réussite en terme scientifique et en nombre de visiteurs. Dès cette année-là, il fait entrer Pierre Belvès au Musée pour créer un atelier de dessin, l'« Atelier des moins de 13 ans », qui est le premier service pédagogique moderne dans un musée français. Puis en 1955 vient sa première participation à une grande rétrospective, qui est aussi un succès, concernant Pablo Picasso. François Mathey réussit, en demandant à Alfred Barr (directeur du MOMA), à faire venir Guernica des États-Unis. C'est la seule fois, après 1937, que la toile de Picasso est présentée en France. Depuis aucun musée n'a pu exposer ce chef-d'œuvre.

C'est aussi la première fois qu'une exposition se dote d'un service de presse. Dès lors la mise en valeur de l'art vivant et les grandes rétrospectives vont se multiplier au musée des Arts décoratifs, sous l'impulsion ou la participation imaginative de François Mathey avec le soutien de ses équipes et de sa direction. On retiendra parmi celles-ci :

  • 1955 : la première grande exposition de photographie en France autour de Henri Cartier-Bresson.
  • 1956 : Exposition Fernand Léger.
  • 1959 : Exposition Marc Chagall.
  • 1960 : Exposition Jean Dubuffet, première rétrospective de cet artiste en France.
  • 1961 : Exposition Henri Matisse et les premiers papiers découpés présentés au public.
  • L'exposition Mark Tobey est une des rares expositions d'ampleurs en France sur ce grand peintre américain et la première exposition sur un peintre américain au musée des Arts décoratifs.
  • 1966 : les expositions Balthus, Roger Bissière et François Stahly.
  • 1969 : la rétrospective Paul Delvaux et surtout la première exposition rétrospective d'Yves Klein après sa mort.

Mathey a aussi participé à l'organisation des grandes expositions collectives qui ont marqué leur temps et où de nombreux jeunes artistes ont fait leurs premières armes (comme Arman, César, Louis Chavignier, Jean Weinbaum) ainsi que, pour la première fois en France, de grands peintres européens ont été montrés (Hans Hartung, Pierre Soulages, etc.) :

  • 1960 et 1962 : les expositions Antagonisme et Antagonisme 2 :l'objet. Pour cette deuxième exposition 150 artistes sont invités à présenter et faire 500 objets. Cela préfigure l'action de François Mathey en matière de design et de la promotion de l'artisanat d'art.
  • En 1972, Mathey est le commissaire général de l'exposition du Grand Palais Douze ans d’art contemporain en France, 1960-1972 (dite « 72-72 »), qui suscite le scandale et l'intérêt, elle passera à la postérité.
  • 1973 : Equivoque réunit des peintres pompiers et impressionnistes du XIXe siècle afin de confronter, pour la première fois, ces deux tendances et montrer les limites parfois dans les classements et déclassements dans l'art.
  • 1977 : Artiste/Artisan? qui montre qu'il n'y a pas de barrières infranchissables entre les « arts mineurs » et les « arts majeurs » mais une communauté de talents artistiques.
  • 1984 : Sur Invitation qui est un choix personnel de 183 artistes vivant et travaillant en France.

À la demande de Gaëtan Picon, directeur général des Arts et des Lettres, François Mathey propose en 1960 de créer à Paris une « Galerie d'art contemporain », sorte d'anti-musée organisé sur la base d'une sélection historique stricte, pour présenter de façon tournante des œuvres contemporaines afin de mettre en valeur l'actualité artistique, sans volonté de constituer une collection permanente. En 1967 il réussit à faire entrer la collection personnelle de Jean Dubuffet dans une "institution", le musée des arts décoratifs, alors même que l'artiste rejette les structures académiques.

Il fait ensuite partie de l'équipe, dirigée par Robert Bordaz, chargée de concevoir et de réaliser le futur Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou. Il n'accède pas au poste de directeur de la nouvelle structure mais de 1972 à 1976 il dirige au musée des Arts décoratifs le CCI. Le design et les nouvelles créations, ou les créations du quotidien, sont au cœur de ses préoccupations dès son intégration au musée. En témoignent des expositions peu orthodoxes :

  • 1967: La première exposition sur la bande dessinée, Bande-dessinée et figuration narrative.
  • 1968: Les assises du siège contemporain
  • 1974: Ils collectionnent
  • 1975: l'exposition de Gaetano Pesce, Le futur est peut-être passé.
  • 1976: Les machines célibataires
  • 1978: Sucre d'art
  • 1980: Les métiers de l'art

François Mathey a parcouru le monde et défendu la culture sur tous les continents. Ainsi, en 1962, il présente à la Tate Gallery de Londres une exposition sur l'école de Paris, puis en 1966 il est membre du jury de la Biennale de Venise, en 1967 il sélectionne encore des artistes pour le pavillon français de l'Exposition universelle de Montréal, en 1968 il est un des jurys de la Triennale de Milan, de 1967 à 1979 il fait partie du jury de la Biennale de la Tapisserie de Lausanne, en 1970 il participe à l'exposition universelle d'Osaka et dans les années 1980 il est présent en tant qu'acteur de fondations ou de structures publiques (Frac Limousin, Fondation de France, jury des programmateurs du « Grand Louvre »...). Ce touche-à-tout de l'art a donc eu un rôle central dans le développement culturel et artistique de la seconde moitié du XXe siècle, malgré un parcours professionnel méconnu et une reconnaissance officielle tardive.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Mathey, "Écrits", choix de textes par Jean-Marie Lhôte, RMN, Paris, 1993
  • Brigitte Gilardet, Réinventer le musée – François Mathey, un précurseur méconnu (1953-1985), Les presses du réel, 2014
  • Richard Leeman, Le critique, l'art et l'histoire. De Michel Ragon à Jean Clair, Rennes, Presses universitaires de Rennes,2010
  • Anne Tronche, L'art des années 1960 - Chroniques d'une scène parisienne, Hazan, 2012
  • Catherine Millet, L'Art contemporain en France, Paris, Flammarion, 1987, rééd. Champs Arts, novembre 2015

Liens externes[modifier | modifier le code]