Les Trois Cloches (chanson)

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Les Trois Cloches

Single de Édith Piaf
Sortie 1939
Durée 3:40
Genre Chanson à texte
Format 33t
Auteur-compositeur Jean Villard

Les Trois Cloches est une chanson écrite par Jean Villard (dit Gilles) en 1939 et rendue célèbre après la guerre par Édith Piaf.

Interprètes[modifier | modifier le code]

La chanson est créée à Radio-Lausanne le 18 novembre 1939 dans le cadre de l’émission La chanson inédite de Gilles du samedi-soir ; elle est créée par Marie-Louise Rochat, et non par Gilles, qui estimait ne pas avoir la voix qu’il fallait[1]. Puis la chanson dort dans ses tiroirs jusqu’au jour de 1945 où Édith Piaf est de passage en son cabaret du Coup de Soleil à Lausanne, et lui réclame une chanson pour son répertoire ; à tout hasard, Gilles lui chante Les trois cloches ; enthousiasmée, Piaf adopte la chanson et, soutenue par Jean Cocteau, reçoit le concours de la nouvelle formation des Compagnons de la chanson.

L'œuvre fait l'objet d'un arrangement dû à Marc Herrand, le premier directeur musical de cette formation, qui s'est rendu célèbre dans le domaine de l'harmonie en « voulant peindre les voix » jusqu'à leur donner l'apparence d'instruments. La chanson, présentée au public le 11 mai 1946, a été enregistrée en juin, et aussitôt reprise par les radios de divers pays et vendue à plus d’un million d’exemplaires.

Dans la foulée, une mémorable tournée la fit connaître aux États-Unis, où elle devint un standard sous le titre de The Three Bells. Les paroles anglaises furent écrites par Bert Reisfeld (en) et elle a notamment été enregistré en 1951 par les Sœurs Andrews avec l'orchestre de Gordon Jenkins[2]. Sur l'autre face du disque, les chanteuses et le chef d'orchestre enregistrent une autre chanson française qui connut un grand succès : Maître Pierre (paroles anglaises de Mitchell Parish (en)). La chanson fut reprise par Mireille Mathieu, puis bien d’autres comme Les Classels, La Compagnie créole, Jo Lemaire et même par la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, bientôt présidente de la Confédération suisse, dans une émission de la Télévision suisse romande le 19 mai 2006[3]. Elle fut traduite en de nombreuses langues, notamment en néerlandais (enregistrée par André van Duin) ou en italien[4], en portugais, en scandinave, en japonais.

Caractères de la chanson[modifier | modifier le code]

La chanson décrit le passage du temps, rythmé par les sonneries des cloches d'un village, annonçant les grands événements de la vie : naissance, mariage et mort. Plusieurs chansons de Gilles sont construites sur les étapes du destin global d’un être ou d’un type humain, comme La ronde des métiers, conçue en 1937 avec H.-G. Clouzot, Le cœur qui bat (1942 et 1970), Une Louise dans chaque port (1959) ou, sur le mode comique, Qu’avez-vous à déclarer? (1945), interprétée par Les Frères Jacques.

Comme l’écrit Jean-Claude Klein, les neuf Compagnons de la chanson[1], en 1946,  « figurent le chœur antique, la voix de la communauté faisant cercle autour du nouveau-né et qui, demain, s’élargira pour lui faire place puis, un jour, se réunira à nouveau autour de son cercueil. Et toujours, « obsédante, monotone », la rassurante cloche scandée à bouche fermée par les Compagnons, tandis que s’élance au refrain, dans un saisissant contraste, la voix féminine proclamant la nouvelle à la face du monde. Le rythme particulier de croche pointée double donne à ce refrain un caractère de marche, d’hymne qui rassemble et rassérène. Le cadre villageois et montagnard, les références religieuses, la construction ternaire, close, le genre complainte des couplets renvoient à l’immuabilité d’un destin, à la pérennité d’un monde où chacun « vit sa vie » adossé à l’ancestrale tradition »[5].

Le « Village au fond de la vallée » de la chanson, village qu’on peut situer parmi celles des hautes montagnes du canton du Valais, a été également inspiré à Jean Villard-Gilles par celui de Baume-les-Messieurs, situé dans une reculée du Jura, où il s'est arrêté un jour, en route pour Paris[6]. Le personnage de Jean-François Nicot lui-même, autour duquel s'articulent les paroles, est emprunté à François Nicot (1858-1929), dont l'auteur a vu la tombe à proximité de l’église du village. Cette origine franc-comtoise de la chanson ne serait néanmoins qu'une légende inventée par un journaliste en 1970, et l'auteur lui-même aurait déclaré à son sujet : « Je ne suis jamais allé dans ce coin du Jura, j'ignore Baume et j'ai fait cette chanson par hasard chez moi sur les rives du lac Léman »[7].

Dans le film Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine réalisé par Coluche en 1977, on peut entendre ce dialogue : « - Gérard Lanvin : Regardez ce petit village au fond de la vallée ! - Coluche : Egaré, presque ignoré... » directement emprunté aux paroles de la chanson.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Comme Gilles l’explique le 26 novembre 1980 lors de son entretien avec Bertil Galland (Plan-Fixe de Jean Mayerat, 37e minute).
  2. Interprétée entre autres par Ray Charles, Frank Sinatra, Roy Orbison, Tommy Dorsey, Tina Arena, Alison Krauss, Ken Parker, The Browns.
  3. Marianne Grosjean, « Ces politiciens suisses qui poussent la chansonnette sur scène », Tribune de Genève,‎ (lire en ligne).
  4. Giovanni Villata, « Les trois cloches (di M.Herrand - B.Reisfeld / J.Villard) », sur www.hitparadeitalia.it (consulté le 2 octobre 2016).
  5. Florilège de la chanson française (France-Loisirs, 1990). En dehors des utiles remarques citées ci-dessus, le lecteur de J.-Cl. Klein peut être induit en erreur par son introduction mentionnant le contexte idéologique de Vichy, mais il s’y réfère en fait pour le seul répertoire antérieur des Compagnons de la Chanson. Il suffit de lire la notice Wikipedia sur Jean Villard-Gilles pour constater que l’orientation de ce chansonnier est aux antipodes de celle du régime réactionnaire de Pétain. Par contre, Gilles met ici une sourdine à son anarchisme pour s’adresser en cet automne 1939 à un peuple romand menacé d’être submergé par la modernité fasciste : chanter, à la suite d’un C.-F. Ramuz, la beauté d’une tradition paysanne et alpestre, peut avoir du sens eu égard à la volonté de préserver l’indépendance de la Suisse face à la tentation de s’aligner sur le plus fort.
  6. Bernard Léchot, « Là-haut, Edith Piaf et Jean-François Nicot », sur www.swissinfo.ch, SWI swissinfo.ch – service international de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SRG SSR), (consulté le 2 octobre 2016).
  7. Christophe Marchal, « La chanson Les trois cloches, inspirée par Baume, est-elle une légende ? », sur www.voixdujura.fr, (consulté le 7 octobre 2017).