Vaccinium

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Airelles

Vaccinium, les airelles, est un genre de plantes dicotylédones de la famille des Ericaceae, sous-famille des Vaccinioideae, à répartition quasi-cosmopolite, qui compte environ 450 espèces acceptées.

Dans les régions tempérées, ce sont des sous-arbrisseaux montagnards. Les airelles (du provençal aire, du latin atra : « noire ») sont des petits arbustes de 20 à 50 cm de haut, phylogénétiquement apparentés aux bruyères, aux rhododendrons et aux azalées, à l'arbousier et à la busserole. Le nom vernaculaire, « airelle », désigne aussi bien la plante que son fruit. Le nom airellier pour désigner l'arbrisseau est peu usité.

« Bénin et Lesueur puisèrent de l'eau dans un petit bassin naturel qui se cachait à vingt pas sous les airelliers, et ils y couchèrent les bouteilles de Saint-Péray mousseux, pour les rafraîchir. »

— Jules Romains, Les Copains, 1913, p. 275.

Noms communs : airelle rouge, canneberge, aradeck, atrès, macéret, mourlie, quéquénier, raisin de bruyère ou raisin des bois.

Caractéristiques générales[modifier | modifier le code]

Les plantes du genre Vaccinium sont de petits arbres ou des arbustes et arbrisseaux, à feuilles persistantes ou caduques. Les feuilles sont alternes, lancéolées, elliptiques, ovales ou arrondies, entières ou dentées[2].

Les fleurs éclosent au printemps et en été, solitaires, à l'aisselle des feuilles, ou en grappes axillaires ou terminales. Ce sont des fleurs actinomorphes à symétrie tétra- ou pentamère, épigynes. Les lobes du calice, au nombre de cinq, sont petits et persistent sur les fruits. La corolle gamopétale, est arrondie à urcéolée-globuleuse, à cinq lobes minuscules à presque libres. Les étamines, au nombre de 8 à 10, ont des anthères qui présentent une corne tubulaire s'ouvrant par un pore terminal. Le pistil comprend un ovaire infère, à 4–5 loges, contenant des ovules peu nombreux, et un style unique[2].

Les fruits sont des baies charnues (ou plus précisément des pseudo baies) souvent sphériques, rouges[2].

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

Le genre contient environ 450 espèces[3], distribuées dans le monde entier à l'exception de l'Australie et de l'Antarctique. Elle se rencontrent majoritairement sur les pentes montagneuses ouvertes des tropiques, zones où le genre Vaccinium est le plus diversifié. L'Asie du Sud-Est (archipel malais , Nouvelle-Guinée, Inde, Chine et Japon) est à l'origine de près de 40 % des espèces de Vaccinium. Environ 35 % des espèces sont originaires d'Amérique, dont 25 % en Amérique du Nord et 10 % en Amérique du Sud et en Amérique centrale. Le reste, environ 25 %, est largement dispersé dans le monde[4], notamment dans les zones les plus froides de l'hémisphère nord, des régions tempérées jusqu'aux zones circumboréales, mais aussi dans des régions aussi éloignées que Madagascar et Hawaï[5],[6]. De nouvelles espèces sont encore découvertes dans les Andes[7]. Le genre compte environ 130 espèces endémiques en Nouvelle-Guinée[8].

L'espèce de Vaccinium la plus largement distribuée est probablement Vaccinium uliginosum[4], présente dans toutes les régions tempérées et froides de l'hémisphère nord[9].

Les plantes de ce groupe ont généralement besoin de sols acides (plantes acidophiles) et, à l'état sauvage, elles vivent dans des habitats tels que landes à bruyère, tourbières et forêts acides (par exemple, myrtilles sous chênes ou pins). Les plants de myrtilles et bleuets se trouvent couramment dans les chênaies à bruyères de l'Est de l'Amérique du Nord[10],[11]. Les plantes du genre Vaccinium se trouvent à la fois dans les sites perturbés (soumis à une succession écologique) et stables, et sont adaptées au feu dans de nombreuses régions, résistant aux incendies de faible intensité et repoussant à partir des rhizomes lorsque les tissus aériens sont brûlés[5].

Espèces courantes[modifier | modifier le code]

Le genre Vaccinium regroupe plus de 400 espèces, dont les plus répandues[réf. nécessaire] sont :

* L'airelle en corymbe donne les baies les plus grosses, ayant facilement 2 cm de diamètre. C'est l'espèce la plus cultivée en Amérique du Nord, particulièrement dans l'est des États-Unis et du Canada.

** L'airelle fausse-myrtille est un arbuste de 30 cm fréquentant les milieux secs au sol grossier ou les lieux humides, tels les tourbières. Elle partage souvent les mêmes habitats avec l'airelle à feuille étroite (Vaccinium angustifolium), avec laquelle elle est souvent confondue. Les fleurs, campanulées, sont blanches ou rosées.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Synonymes[modifier | modifier le code]

Selon Plants of the World online (POWO) (20 octobre 2020)[2] :

  • Andreusia Dunal
  • Batodendron Nutt.
  • Cavinium Thouars
  • Cyanococcus Rydb.
  • Disiphon Schltr.
  • Epigynium Klotzsch
  • Herpothamnus Small
  • Hornemannia Vahl
  • Hugeria Small
  • Malea Lundell
  • Metagonia Nutt.
  • Myrtillus Gilib.
  • Neojunghuhnia Koord.
  • Oxycoca Raf.
  • Oxycoccoides (Benth. & Hook.f.) Nakai
  • Oxycoccus Hill
  • Peyrusa Rich. ex Dunal
  • Picrococcus Nutt.
  • Polycodium Raf.
  • × Rhodocinium Avrorin
  • Rhodococcum (Rupr.) Avrorin
  • Schollera Roth
  • Symphysia C.Presl
  • Tauschia Preissler
  • Vitis-idaea Ség.

Liste d'espèces[modifier | modifier le code]

Selon The Plant List (20 octobre 2020)[16] :

Utilisation[modifier | modifier le code]

Les baies étant comestibles, quelques espèces (notamment Vaccinium angustifolium, Vaccinium corymbosum, Vaccinium macrocarpon, Vaccinium oxycoccos et Vaccinium myrtillus, la myrtille) sont cultivées pour leurs fruits. Les petits fruits produits par ces espèces contiennent de nombreux métabolites végétaux secondaires ayant des activités antioxydantes, anticancéreuses et antidiabétiques, procurant des effets bénéfiques sur la santé[3].

De nombreuses espèces de Vaccinium sont des plantes ornementales très appréciées pour leurs feuilles, fleurs et fruits colorés[17].

Production[modifier | modifier le code]

Récolte des canneberges, New Jersey, États-Unis
Production en tonnes. Chiffres 2003-2004
Données de FAOSTAT (FAO)
États-Unis 280 503 80 % 270 000 78 %
Canada 52 651 15 % 53 400 16 %
Biélorussie 8 000 2 % 10 000 3 %
Lettonie 8 000 2 % 8 000 2 %
Azerbaïdjan 2 000 1 % 1 500 0 %
Ukraine 1 000 0 % 1 000 0 %
Tunisie 50 0 % 50 0 %
Turquie 50 0 % 50 0 %
Total 352 254 100 % 344 000 100 %

Bioaccumulation, radioactivité[modifier | modifier le code]

On a montré en Ukraine, notamment après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, que les airelles et myrtilles et d'autres baies, et leurs feuilles, utilisées en médecine traditionnelle se sont montrées capables de bioaccumulation de certains radionucléides[18],[19],[20],[21],[22], avec toutefois de fortes variations intraspécifiques (ex : de 2-3 à 555 Bq/kg pour l'activité du strontium 90 (Sr-90) dans les myrtilles fraiches (Vaccinium myrtillus) collectées dans les pinèdes à myrtilles (Orlov et al., 1996)[23]. Dans les zones contaminées, en juillet, au moment de la formation, des mesures ont montré que 31 % de l'activité radioactive due au césium 137 (Cs-137) était concentrée dans les feuilles, 26 % dans les fruits, 25 % dans les pétioles, et 18 % dans les racines (Korotkova and Orlov, 1999).
Remarque : des contaminations plus élevées, atteignant 1 028 Bq/kg de Cs-137) sont signalées chez la canneberge des marais (Oxycoccus palustris[24],[25]), avec des taux plus élevés dans les racines.
C'est un motif de préoccupation pour les toxicologues (toxicologie nucléaire[26]), car les airelles et myrtilles sont une source traditionnelle et importante dans l'alimentation des pays de l'Est et d'Europe centrale ou du nord les plus touchés par le retombées de Tchernobyl. Ceci préoccupe aussi les écotoxicologues et écologues car de nombreux animaux sauvages s'en nourrissent, pouvant contribuer à une contamination de la chaine alimentaire (réseau trophique) et du gibier de ces régions, avec des conséquences encore mal cernées (rien que pour l'activité du Cs-137, des radioactivités dépassant 20 000 Bq/kg dans les baies forestières et les champignons, jusqu'à plus de 150 000 Bq/kg dans les champignons secs et 250 000 Bq/kg dans le gibier et 300 000 Bq/kg ont été relevées chez des poissons prédateurs [26]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ITIS, consulté le 20 octobre 2020
  2. a b c et d Plants of the World online (POWO), consulté le 20 octobre 2020
  3. a et b (en) Nusrat Sultana, Gerhard Menzel, Tony Heitkam, Kenji K. Kojima, Weidong Bao & Sedat Serçe, « Bioinformatic and Molecular Analysis of Satellite Repeat Diversity in Vaccinium Genomes », Genes, vol. 11, no 5,‎ , p. 527 (PMID 32397417, DOI 10.3390/genes11050527, lire en ligne).
  4. a et b (en) Guo-Qing Song, James F. Hancock, « Vaccinium », dans Wild Crop Relatives: Genomic and Breeding Resources, Research Branch / Agriculture Canada, (DOI 0.1007/978-3-642-16057-8_10, lire en ligne), p. 197-221.
  5. a et b (en) Samuel P. Vander Kloet, The Genus Vaccinium in North America, Ottawa (Canada), Research Branch, Agriculture Canada, .
  6. (en) Chie Tsutsumi, « The Phylogenetic Positions of Four Endangered Vaccinium Species in Japan », Bulletin of the National Museum of Nature and Science, vol. 37,‎ , p. 79–86 (lire en ligne).
  7. (en) Paola Pedraza-Peñalosa et James L. Luteyn, « Andean Vaccinium (Ericaceae: Vaccinieae): Seven new species from South America », Brittonia, vol. 63, no 2,‎ , p. 257–275 (ISSN 1938-436X, DOI 10.1007/s12228-010-9164-y).
  8. Frédéric Danet, « Une espèce et une variété nouvelles de Vaccinium (Ericaceae) de Nouvelle-Guinée », Adansonia, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris., vol. 27, no 2,‎ , p. 281-285 (lire en ligne).
  9. (en) « Vaccinium uliginosum L. », sur Plants of the World Online (POWO) (consulté le 18 octobre 2020).
  10. (en) « The Natural Communities of Virginia Classification of Ecological Community Groups (Version 2.3), Virginia Department of Conservation and Recreation, 2010 », sur Virginia.gov (consulté le 13 juin 2017).
  11. (en) Schafale, M. P. et Weakley, A. S., Classification of the natural communities of North Carolina: third approximation, North Carolina Natural Heritage Program, North Carolina Division of Parks and Recreation, .
  12. Vaccinium angustifolium sur le site Vascan de Canadensys, consulté le 19 avril 2013
  13. Michel Leboeuf, Arbres et Plantes forestières du Québec et des Maritimes, Éditions Michel Quintin, , 391 p. (ISBN 978-2-89435-331-8), p. 217-218
  14. (en) Jacques André, Les noms des plantes dans la Rome antique, Belles Lettres, , 332 p. (ISBN 978-2-251-32881-2), p. 268.
  15. (en) S. P. Vander Kloet, « On the etymology of Vaccinium L. », Rhodora, vol. 94, no 880,‎ , p. 371-373 (lire en ligne).
  16. The Plant List, consulté le 20 octobre 2020
  17. « Vaccinium Ornementaux », sur Pépinière Multibaies (consulté le 18 octobre 2020).
  18. Orlov, A. A. (2001). Accumulation of technogenic radionuclides by wild forest berries and medicinal plants. Chernobyl Digest 1998–2000, 6 (Minsk) (//www.biobel.bas-net.by/igc /ChD/ChD_r.htm) (in Russian)
  19. Orlov, A. A. & Krasnov, V. P. (1997). Cs-137 accumulation intensity under soil cover in quercus and pinequercus forests sugrudoks of Ukrainian Poles’e. In: Problems of Forest Ecology and Forestry in Ukrainian Poles’e. Collection of Scientific Papers (Poles’e Forest Station, Zhytomir) 4: p. 25–30 (in Ukrainian).
  20. Orlov, A. A., Kalish, A. B., Korotkova, E. Z. & Kubers, T. V. (1998). Quantitative estimation of soil characters and intensity of Cs-137 migration in “soil–plant” and “soil–mushroom” chains based on a phytoecological approach. In: Agrochemistry and Pedology (Collection of Papers, Kharkov) 4: p. 169–176 (in Russian).
  21. Orlov, A. A., Krasnov, V. P., Grodzinsky, D. M., Khomlyak, M. N. & Korotkova, E. Z. (1999). Radioecological aspects of using wild medicinal plants: Cs-137 transition from raw materials to watersoluble drugs. In: Problems of Forest and Forestry Ecology in Ukrainian Poles’e (Collection of Scientific Papers, Poles’e Forest Station, Volyn) 6: p. 51–61 (in Russian)
  22. }Orlov, A. A., Krasnov, V. P., Irklienko, S. P. & Turko, V. N. (1996). Investigation of radioactive contaminationof medicinal plants of Ukrainian Poles’e forests.In: Problems of Forest and Forestry Ecology in UkrainianPoles’e. Collection of Papers (Polessk Forest Station, Zhytomir) 3: p. 55–64 (in Ukrainian).
  23. Grodzinsky, D. M. (1999). General situation of the radiologicalconsequences of the Chernobyl accident inUkraine. In: Imanaka, T. (Ed.), Recent Research Activitieson the Chernobyl NPP Accident in Belarus, Ukraine andRussia, KURRI-KR-7 (Kyoto University, Kyoto): p. 18–28
  24. Orlov, A. A. & Krasnov, V. P. (1997). Cs-137 accumulation intensity under soil cover in quercus and pinequercus forests sugrudoks of Ukrainian Poles’e. In: Problems of Forest Ecology and Forestry in Ukrainian Poles’e. Collection of Scientific Papers (Poles’e Forest Station, Zhytomir) 4: p. 25–30 (in Ukrainian).
  25. Krasnov, V. P. & Orlov, A. A. (2006). Actual problems of rehabilitation of radioactively contaminated forests. International Scientific Conference. Twenty Years after Chernobyl Accident: Future Outlook. April 24–26, 2006, Kiev, Ukraine (Contributed Papers, Kiev) 3: p. 321–327 (in Russian).
  26. a et b Nesterenko & Nesterenko: Protective Measures for Activities, Chap 14.2. Radiation Protection Measures for Forestry, Hunting, and Fisheries, p. 313 in Alexei Yablokov, Vassili et Alexei Nesterenko ; Chernobyl ; Consequences of the Catastrophe for People and the Environment ; Annals of the New york Academy of sciences ; Vol. 1181, Consulting editor J.D. sherman-Nevinger ; en anglais, (ISSN 0077-8923) [impression]; (ISSN 1749-6632) [en ligne], 349 pages, PDF, 4,3Mo) et Index des mots clé (39 pages, 165 Ko)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Guo-Qing Song, James F. Hancock, « Vaccinium », dans Wild Crop Relatives: Genomic and Breeding Resources, Research Branch / Agriculture Canada, (DOI 0.1007/978-3-642-16057-8_10, lire en ligne), p. 197-221.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Autres[modifier | modifier le code]