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Vieux saxon

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Vieux saxon
Sahsisk, Sahsisc
Période Ve siècle-XIe siècle
Langues filles Moyen bas allemand, anglo-frison
Pays Angleterre, Allemagne du Nord, nord-est des Pays-Bas, sud du Danemark
Région Basse-Saxe, Groningue (province), Schleswig-Holstein
Nom des locuteurs Saxons
Typologie V2 et SOV, flexionnelle, accusative, accentuelle, à accent d'intensité
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 osx
Étendue Langue individuelle
Type Langue historique
Glottolog olds1250

Le vieux saxon est daté du Ve siècle jusqu'au XIe siècle. C'est une langue multi-dialectale attestée, non pas une proto-langue (c'est-à-dire une langue reconstituée).

L'expression vieux bas allemand regroupe à la fois le vieux saxon et le vieux néerlandais qui est appelé aussi vieux bas francique ou vieux francique. (Le vieux néerlandais est une langue rarement attestée et principalement reconstituée).

L'expression « bas allemand »[1] désigne un ensemble de dialectes actuels parlés au nord de l'Allemagne, aux Pays-Bas, en Flandre belge et en Flandre française et qui sont issus du vieux bas allemand, c'est-à-dire soit du vieux saxon (les dialectes bas-saxons à l'est) ou soit du vieux néerlandais (à l'ouest).

Sources du vieux-saxon

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Le vieux saxon n'est connu que par de rares documents, relevant tous de la littérature religieuse : les formules de baptême que Charlemagne força les Saxons à prononcer, la « Genèse en vieux-saxon » (Altsächsische Genesis) dont on n'a que quelques fragments, et surtout l'épopée Heliand, poème de près de 6 000 vers, qui reprend l'Evangile de Jésus Christ à la façon des sagas germaniques.

Nous est également parvenue une série de petits documents, parfois incomplets, comme les psaumes 28, 29, 32, 33, 110, 111, 114, 115[2], une formule complète de baptême ainsi que la traduction d'une homélie de Bède.

Ces quelques sources restantes ne sont pour l'essentiel que des traductions du latin et leur registre lexical est donc limité : en effet, dans l'examen critique des sources écrites, il faut tenir compte de ce que les textes en vieux-saxon n'ont pas été écrits par des Saxons, mais plutôt par des lettrés Francs ou Bavarii, qui n'avaient sans doute qu'une connaissance imparfaite de cette langue. De ce point de vue, les sources de l'aire linguistique anglo-saxonne, telle l'épopée Beowulf, sont bien plus fiables.

Dès le Ve siècle un rameau anglo-frison commençait à se dessiner au sein des parlers germaniques, qui par l'arrivée de tribus venues du continent, évolua en Bretagne romaine vers le parler vieil-anglais. C'est pourquoi on a cessé de désigner la langue parlée par les Angles et les Saxons comme un dialecte du vieux-saxon. L'évolution des parlers bas-allemands en Francie orientale (le futur Saint Empire) fut, de son côté, profondément marquée par le lexique et les tournures du vieux haut allemand, à partir de l'invasion et des migrations forcées d’Alamans et de Bavarii imposées par Charlemagne[3].

Le verbe et sa conjugaison

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Comme dans la plupart des langues germaniques (allemand, néerlandais et anglais inclus), les verbes du vieux saxon peuvent être rangés en deux catégories selon les terminaisons qu'ils prennent dans la formation de leurs temps du passé. Les verbes dits forts se caractérisent – comme en allemand et en néerlandais et en anglais pour les verbes irréguliers sans terminaisons -t / -d – par un changement vocalique du radical au passage du présent au prétérit (singan > sang > gisungan), tandis que les verbes dits faibles comportent plutôt l'adjonction d'une consonne de type dental -d ou -t (makon > makoda > gimakod) – comme les verbes faibles en allemand et en néerlandais, et comme les verbes dits réguliers de l'anglais.

Comme en allemand et en néerlandais, mais aussi comme en vieil anglais, le participe passé des verbes du vieux saxon est marqué par l'ajout d'un préfixe gi- (ge- en allemand, néerlandais et vieil anglais). Toutefois, ce préfixe n'était pas obligatoire en vieux saxon et les textes qui nous sont parvenus regorgent d'exemples d'omission du préfixe gi-, tout comme en vieil anglais, alors qu'en allemand, et plus encore en néerlandais, ce préfixe est obligatoire.

Verbes forts Verbes faibles
Conjugaison Pronom 'chevaucher' 'voler' 'aider' 'casser' 'parler' 'voyager' 'manier' 'juger' 'déclarer' 'dire'
Infinitif rīdan fliogan helpan brekan sprekan faran waldan dōmian mahlon seggian
Présent de l'indicatif
ik rīdu fliugu hilpu briku spriku faru waldu dōmiu mahlo(n) seggiu
thū rīdis fliugis hilpis brikis sprikis feris weldis dōmis mahlos sages
hē/it/siu rīdid fliugid hilpid brikid sprikid ferid weldid dōmid mahlod saged
wī/gī/sia rīdad fliogad helpad brekad sprekad farad waldad dōmiad mahliod seggiad
Prétérit
ik rēd flōg halp brak sprak fōr wēld dōmda mahloda sagda
thū ridi flugi hulpi brāki sprāki fōri wēldi dōmdes mahlodes sagdes
hē/it/siu rēd flōg halp brak sprak fōr wēld dōmda mahloda sagda
wī/gī/sia ridun flugun hulpun brākun sprākun fōrun wēldun dōmdun mahlodun sagdun
Présent du subjonctif
ik rīde flioge helpe breke spreke fare walde dōmie mahlo seggie
thū rīdes flioges helpes brekes sprekes fares waldes dōmies mahlos seggies
hē/it/siu rīde flioge helpe breke spreke fare walde dōmie mahlo seggie
wī/gī/sia rīden fliogen helpen breken spreken faren walden dōmien mahlion seggien
Passé du subjonctif
ik ridi flugi hulpi brāki sprāki fōri wēldi dōmdi mahlodi sagdi
thū ridis flugis hulpis brākis sprākis fōris wēldis dōmdis mahlodis sagdis
hē/it/siu ridi flugi hulpi brāki sprāki fōri wēldi dōmdi mahlodi sagdi
wī/gī/sia ridin flugin hulpin brākin sprākin fōrin wēldin dōmdin mahlodin sagdin
Impératif Singular rīd fliog help brek sprek far wald dōmi mahlo sage
Plural rīdad fliogad helpad brekad sprekad farad waldad dōmiad mahliod seggiad
Present participle rīdandi fliogandi helpandi brekandi sprekandi farandi waldandi dōmiandi mahlondi seggiandi
Participe passé (gi)ridan (gi)flogan (gi)holpan (gi)brokan (gi)sprekan (gi)faran (gi)waldan (gi)dōmid (gi)mahlod (gi)sagd

Langues et dialectes apparentés

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Les langues les plus proches du vieux-saxon sont le vieil anglais et le vieux frison : on désigne d'ailleurs souvent ces trois langues comme les représentantes du rameau anglo frison[4]. Ensuite on trouve les autres langues du rameau occidental, à savoir le bas francique et le vieux haut allemand[5],[6].

Le descendant actuel du vieux saxon est le bas saxon moderne, couramment appelé localement Plattdeutsch.

Échantillon de texte

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Voici les premières lignes[7] du Heliand :

« Manega uuaron the sia iro mod gespon,

that sia uuord godes uuisean bigunnun,

reckean that giruni, that thie riceo Crist

undar mancunnea maritha gifrumida

mid uuordun endi mid uuercun. That uuolda tho uuisara filo

liudo barno lobon, lera Cristes,

helag uuord godas, endi mid iro handon scriban

berethlico an buok, huo sia is gibodscip scoldin

frummian firiho barn. Than uuarun thoh sia fiori te thiu

under thera menigo, thia habdon maht godes,

helpa fan himila, hekagna gest,

craft fan Criste :
 »

Traduction :

« Nombreux furent ceux qui mobilisèrent leur courage et commencèrent à publier la parole de Dieu, celle, fameuse, que le puissant Christ annonça au genre humain et confirma en paroles et en actes. Beaucoup de sages voulaient louer à la face des enfants du peuple l'enseignement du Christ, la sainte parole de Dieu, et écrire de leurs mains un livre resplendissant sur la façon dont les enfants des hommes allaient mettre en œuvre ces préceptes. Parmi tous ceux-là cependant, en étaient quatre pour ce faire, qui tenaient le pouvoir de Dieu, l'aide du ciel, l'esprit saint, la force du Christ. »

Notes et références

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  1. (en) Old Saxon language sur le site de l'Encyclopédie Britannica, page consultée le
  2. Jack Feuillet, Grammaire du vieux-saxon, Paris, Honoré Champion, (ISBN 978-2-7453-4980-4)
  3. Claus Jürgen Hutterer, Die germanischen Sprachen : ihre Geschichte in Grundzügen, Wiesbaden, Drei-Lilien-Verlag, (réimpr. 2e), 566 p. (ISBN 3-922383-52-1), « IV.3.61 », p. 243
  4. D'après Charles Barber, The English Language, Cambridge University Press, coll. « Canto », (réimpr. 2000), 300 p. (ISBN 978-0-521-78570-9, lire en ligne), « The Germanic Languages », p. 86
  5. Claus Jürgen Hutterer, Die germanischen Sprachen : ihre Geschichte in Grundzügen, Wiesbaden, Drei-Lilien-Verlag, (réimpr. 2e), 566 p. (ISBN 3-922383-52-1), « IV.3.1 », p. 195
  6. Adolf Bach, Geschichte der deutschen Sprache, Wiesbaden, VMA-Verlag (réimpr. 9.), p. 78 et suiv. (§ 44)
  7. Eric Vanneufville, Heliand - L'Evangile de la Mer du Nord, Brepols, (ISBN 978-2-503-52866-3), p. 32 & 33

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Bibliographie

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  • (de + en) Heinrich Tiefenbach, Altsächsisches Handwörterbuch = A concise old Saxon dictionary, De Gruyter, Berlin, New York (N.Y.), 2010, XLV-599 p. (ISBN 978-3-11-023233-2)
  • (de) O. Behaghel & J.-H. Gallée, Altsächsische Grammatik, Niemeyer & Brill, 1891 (ISBN 978-3-74348-835-9)

Articles connexes

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Liens externes

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