Jules Guérin

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Jules Guérin
Description de cette image, également commentée ci-après

Jules Guérin, photographie publiée dans L'Antijuif.

Naissance
Madrid ( Espagne )
Décès
Paris
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Jules-Napoléon Guérin, né à Madrid le , et mort à Paris le [1], est un journaliste français, directeur de l'hebdomadaire L'Antijuif.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Madrid en Espagne où son père ingénieur avait été appelé pour construire la première usine à gaz espagnole, Jules Guérin grandit à Paris et a très vite des aspirations politiques proches des anciens communards. C'est lui qui fera se rencontrer Louise Michel et le marquis de Morès. Sa première arrestation a lieu pendant les obsèques de Jules Ferry en 1893 : de nombreux anarchistes reprochaient à l'ancien maire de Paris sa sévérité lors des insurrections du 31 octobre 1870 et 22 janvier 1871.

Contre le Grand Orient de France, il fonde la ligue antimaçonnique et antisémite du Grand Occident de France (issue de la Ligue antisémitique de France fondée en juin 1896) qui fut particulièrement active et virulente lors de l'affaire Dreyfus. Il est alors financé par le duc d'Orléans[2] et par le millionnaire catholique Edmond Archdeacon[3].

Journaliste anti-dreyfusard et militant antisémite proche d'Édouard Drumont (avec lequel il se brouillera plus tard), directeur de la Ligue antisémite formée dans la foulée de l'affaire, Guérin était également membre de la Ligue de la patrie française. Il fut impliqué dans le coup d'État manqué mené notamment par Paul Déroulède en 1899.

Comme ses compatriotes (parmi lesquels se trouvent les royalistes André Buffet et Eugène de Lur-Saluces) ralliés par le duc d'Orléans, Guérin est poursuivi pour complot contre la sûreté de l'État. Il se réfugia alors dans l'immeuble qu'occupait l'organisation du Grand Occident de France sur la rue de Chabrol (siège de son journal) avec une douzaine d'hommes armés et y soutint un siège qui dura 38 jours (épisode dit du « Fort Chabrol »). La garde républicaine et la police dirigée par le préfet Lépine étant apparus comme inefficaces, cela suscita des railleries dans l'opinion publique. Après sa reddition, il fut arrêté ; le gouvernement de défense républicaine décida de poursuivre les meneurs en Haute Cour[4]. Il fut condamné en 1900 à une peine de dix ans de détention, commuée l'année suivante en bannissement.

La théorie du complot pour renverser le pouvoir peut être remise en cause par le fait que les acteurs se détestaient et se jalousaient ; ainsi il aurait été difficile qu'ils s'unissent. Jules Guérin poursuivra malgré tout son activité antisémite et sa propagande anti-dreyfusarde jusqu'à sa mort à Paris en 1910. D'après le témoignage de ses proches, Marcel Proust aurait assisté à ses obsèques[5]. Il est enterré à Paris au cimetière de Montmartre. Sa tombe restée sans nom pendant 80 ans, a été restaurée par l'Association Mémoire Jules Guérin.

Louis-Ferdinand Céline lui rend hommage dans Maudits soupirs pour une autre fois[6] : « Le Fort Chabrol dans mon enfance… la rue barrée en face de l'église… en haut de la rue La Fayette. Ça me faisait repasser des souvenirs… J'écoutais plus leurs bêtises… C'était encore avec mon père après son bureau. Ils tiraillaient par les fenêtres, ils soutenaient un siège… des anarchistes… Je la voyais encore la rue… la rue vide… la barricade… on était montés de l'Opéra, enfin de notre Passage. C'était un événement terrible. Je crois que c'est les premiers coups de feu que j'ai entendus… Et puis du temps avait passé… Je me souvenais bien du nom de leur chef : Guérin… Mon père en parlait souvent… Et puis encore quelques années… Un dimanche d'hiver à Ablon en 1910, j'avais vu partir son cercueil sur un bachot. »

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les différentes manifestations de la pensée, F. Alcan, (1899)
  • La faillite du socialisme, Paris, Guillaumin et Cie, 1902 (en ligne)
  • Les Trafiquants de l'antisémitisme. La maison Drumont and C°, Paris, Félix Juven, 1906 (en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. article nécrologique du Figaro, 13 février 1910.
  2. Laurent Joly, « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », in Revue d’histoire moderne et contemporaine, no 54, mars 2007, p. 63-90.
  3. Bertrand Joly, A droite de la droite, éditions du Septentrion, 2012, p.44-50.
  4. http://www.senat.fr/evenement/archives/D40/deb3.html
  5. pariszigzag.fr.
  6. Louis-Ferdinand Céline, Maudits soupirs pour une autre fois, Éditions Gallimard, 1985, page 210, (ISBN 2-07-070511-0).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

sur le coup d'État de la Patrie française
  • Charles Chenu, Affaire de la “Patrie française”, 18-19 avril 1899. 9e chambre du Tribunal correctionnel. Plaidoirie de Me Chenu, Paris, Plon-Nourrit, 1899.
  • Haute Cour de justice. Affaire Buffet, Déroulède, Guérin et autres, inculpés de complot, 8 fascicules, Paris, Imprimerie nationale, 1899.
  • Le Procès de la Patrie française, Perrin et Cie, 1899.
En général
  • Jean-Paul Clébert, Fort Chabrol, Paris, Denoël, 1981
  • Robert Le Texier, Le Fol été du fort Chabrol, Paris, France-Empire, 1990
  • Pierre Birnbaum, La France de l'affaire Dreyfus, Paris, Gallimard, 1994
  • Éric Fournier, La Cité du sang, Paris, Libertalia, 2008 ([PDF] en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]